Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
vendredi 27 juillet 2018
BD - N'est pas Tintin qui veut
Il rêvait de marcher sur les traces du héros de son enfance. Bertin Timbert a donc tout fait pour devenir journaliste comme Tintin. Mais le grand reporter du Petit Vingtième n’est pas passé par la case « chiens écrasés » de la presse quotidienne régionale. Bertin décroche un premier poste au service nécrologie de l’Echo du Mont de Dour-Uduluc.
Après une courte période d’observation, il gravit rapidement les échelons et va pouvoir mettre sa plume et son sens de l’observation acéré au service de sujets plus passionnants que les noces de diamant de Eugène et Marthe Rabiaux, l’inauguration du nouveau camion des pompiers ou la pose de la première pierre d’un pont.
Mais comme la BD de Devig et Derycke est aussi éloignée de la vraie vie que le quotidien d’un militant d’En Marche, il découvre chez Marthe une tendance à la nymphomanie, surprend la femme du maire accrochée à la barre des pompiers et que les employés de l’entreprise de BTP, en plus du pont, participent à la construction de la piscine privée du fils du député. La caricature de la vie journalistique de province est grossière. Mais sonne pourtant étonnamment juste...
➤ « Bertin Timbert, grand reporter », Fluide Glacial, 4,50 €
mercredi 25 juillet 2018
BD - La vraie vie de Dracula, un grand méchant
La nature humaine est ainsi faite : on ne s’intéresse qu’aux pires choses. Entre un grand bienfaiteur de l’Humanité et un tortionnaire de première, on est toujours attiré par le méchant. Cela a donné l’idée à Bernard Swyssen de raconter la véritable existence de quelques « salauds » de première.
Nouvelle collection inaugurée par Dracula, titre illustré par Julien Solé. Vlad Dracul a passé sa vie à conquérir le pouvoir. Luttant contre les Ottomans et les voisins occidentaux, il a trouvé une excellente (toute relative) idée pour se faire connaître et respecter: empaler à tout va. Une activité si plaisante qu’il aime déjeuner en plein air entouré de pieux sanguinolents. Un pique-nique dans toute l’acception du terme.
Loin d’être pénible cette leçon d’histoire est un parfait passe-temps, les auteurs truffant le récit de gags et références comiques. Un excellent album, empalez c’est pesé !
➤ « Les méchants de l’histoire » (Dracula), Dupuis, 12,50 €
mardi 24 juillet 2018
Polar - Toute puissante justice
Le personnage principal de «Reconnu coupable », roman policier de John Fairfax, pourrait donner des leçons à notre classe politique. William Benson, étudiant en philosophie, est accusé du meurtre d’un jeune homme après une rixe dans un bar. Il clame son innocence mais est quand même condamné. Le prix de sa réhabilitation passe par la reconnaissance de sa culpabilité. 16 ans plus tard, il est enfin libre, a suivi des études de droit et compte s’installer à son compte comme avocat. Benson est innocent mais avoue un meurtre qu’il n’a pas commis pour avoir les armes de sa défense. Les politiques actuels devraient en prendre de la graine.
Au lieu de se défausser sur des fusibles ou nier l’évidence, être droit dans ses bottes, assumer pour mieux repartir est une option qui visiblement n’existe pas dans ce milieu où tout doit aller très vite et selon leur propre scénario.
Passé cette parenthèse liée à l’actualité, le roman est passionnant. Benson, marqué pas son incarcération, n’a pas changé dans sa volonté, mais il a découvert un monde qu’il ne soupçonnait pas : celui des condamnés qui jamais plus n’auront la possibilité de vivre sans se faire mettre sur le dos l’étiquette infâme d’ancien prisonnier. Sa première cliente est une femme accusée d’avoir tué son patron. Avant le procès il mène l’enquête et ses nouveaux amis (les détenus relâchés), se révéleront d’une grande utilité.
➤ « Reconnu coupable » de John Fairfax, Éditions du Masque, 8 €
mercredi 18 juillet 2018
DVD ET BLU-RAY - Bagdad Café, retour gagnant
Film allemand tourné dans le désert californien, «Bagdad Café » de Percy Adlon a remporté un succès exceptionnel en France. Un engouement toujours d’actualité, le réalisateur montant de nouveau les marches de Cannes cette année pour y présenter la version restaurée de son film. Une version que l’on retrouve dans ce blu-ray exploitant toute la beauté des images d’un film lumineux. Jasmin, une grosse bavaroise (merveilleuse Marianne Sägebrecht) échoue dans un café-motel miteux du désert californien tenu par l’acariatre Brenda (CCH Bounder). Une blanche européenne et une afro américaine que tout oppose. Brenda va même jusqu’à dénoncer Jasmin à la police. Mais la touriste, abandonnée par son mari, va utiliser toute sa délicatesse pour conquérir les habitués du lieu, des enfants de Brenda à ses clients dont le peintre Cox (Jack Palance). Et les deux femmes vont se rapprocher, s’apprécier.
Un film universel sur l’amitié, la tolérance et la compréhension des autres. Un chef-d’œuvre à jamais raconté par Percy Adlon, 30 années après sa sortie, dans un documentaire tourné sur place.
➤ «Bagdad Café», Studiocanal, 19,99 €
lundi 16 juillet 2018
BD - Brindille, fée en fuite
Des étincelles, comme autant de lucioles multicolores virevoltent dans cesse au dessus de sa tête. Cette petite fille, que ses sauveurs vont surnommer Brindille, est en fuite. Nue, elle a grimpé au sommet d’un immense mur, pourchassée par un violent incendie. Elle a rampé dans la forêt ne s’arrêtant, épuisée qu’au fond d’une grotte. C’est là qu’un lutin l’a découverte. Vêtue de feuilles d’arbres, elle devra se contenter de cultiver la terre et surveiller les enfants. La chasse, c’est pour les hommes.
Rebelle et désireuse d’apprendre d’où elle vient (elle ne se souvient rien d’avant l’incendie), elle quitte la sécurité du village et participe à la battue. C’est là qu’elle se découvre un don pour dominer les animaux.
Cette nouvelle série écrite par Brrémaud, plonge le lecteur dans un monde végétal féerique. Car peu de doute, Brindille est une fée. Mais dans ce monde étrange elle n’est pas la bienvenue et rapidement une armée de fantômes et autres monstres horribles se met à la pourchasser. Elle recevra l’aide d’un loup. L’occasion pour Bertolucci, le dessinateur de croquer ces animaux qu’il aime tant comme dans son autre série, « Love ».
➤ « Brindille » (tome 1), Vents d’Ouest, 96 pages, 17,50 €
samedi 14 juillet 2018
Série Télé - Kimmy, femme taupe à New York
Il y a un peu de Candide de Voltaire dans « Unbreakable Kimmy Schmidt », série de Robert Carlock et Tina Fey. Kimmy (Elie Kemper) est enlevée par un révérend fou au fin fond de l’Amérique profonde.
Il lui fait croire que la fin du monde arrive et pour la « protéger », l’enferme dans un bunker avec trois autres malheureuses.
15 ans plus tard, elle est libérée et devient célèbre en tant que « femme taupe ». Mais au lieu de rentrer dans sa cambrouse, elle reste à New York pour rattraper sa jeunesse perdue.
Kimmy la naïve, mais à la volonté de fer se met en colocation avec Titus (Tituss Burgess) dans un appartement miteux propriété de Lilian (Carol Kane). Toute l’alchimie de la série réside dans ces trois personnages antagonistes. Lilian est paranoïaque, vivant encore dans le passé quand elle était mariée à un musicien noir. Titus, gros, maniéré est la quintessence de l’artiste gay incompris.
Comment Kimmy peut-elle comprendre notre société elle qui en est restée aux premiers épisodes de Friends ? Tina Fey (qui s’offre un rôle de psy déjantée), produit et insuffle un second degré dévastateur à une série qui fait la part belle à la musique (Titus chante très bien et à tout bout de chanp) et au vivre ensemble, malgré nos différences.
Les quatre saisons sont diffusées sur Netflix
mercredi 11 juillet 2018
Polar - Surveillance abusive
Un lieu clos, une dizaine de personnages, une angoisse allant crescendo : « Sécurité » de Gina Wohlsdorf marque par son économie de moyen. Cette histoire de massacre dans un grand hôtel sur la côte américaine à trois jours de son ouverture officielle est racontée au présent, dans un style direct, percutant. Un peu comme si l’on assistait à un film réalisé avec les images issues des centaines de caméras de vidéo surveillance voulues par le milliardaire à l’origine du projet.
Pour organiser cette réception majestueuse, Tessa est aux manettes. «Tessa est jolie mais pas d’une séduction évidente». «Tessa est le genre de personne qui se jette sur les critiques avec reconnaissance et considère les compliments comme une insulte. C’est exaspérant.» Longtemps on ne sait pas qui est le narrateur. Seule certitude, il est dans le poste de contrôle de la sécurité à scruter les membres du personnel. Un chef français (caricatural mais hilarant, il faut l’admettre), un couple chargé de la décoration et quelques femmes de ménage.
Et puis l’élément extérieur, Brian, le presque frère de Tessa, cascadeur à moto, si protecteur pour celle qui comme lui a vécu une dizaine d’années dans la même famille d’accueil. Tout bascule quand un tueur entre en jeu. Un pro, méthodique. Sadique aussi. Un excellent thriller qui vous dégoûtera des grands hôtels et des labyrinthes végétaux.
« Sécurité » de Gina Wohlsdorf, Actes Sud, 21,80 €
lundi 9 juillet 2018
BD : Se soigner par les voyages
Entre les châteaux Cathares et ceux d’Espagne, que choisissez-vous ? La question se pose aux membres de ce voyage organisé peu commun raconté par Louis (scénario) et Marty (dessin) dans « Road Therapy ». Thérapie car les excursionnistes sont des patients d’une clinique psychiatrique.
Une anorexique, une maniaco-dépressive, une autre atteinte du syndrome de la Tourrette : le voyage vers les Pyrénées s’annonce mouvementé.
Du moins si le chauffeur daigne arriver. Malade, il est remplacé au pied levé par Igor, inconnu et donc forcément suspect aux yeux des deux infirmiers encadrants.
Igor un peu trop enthousiaste pour ces malades craignant la nouveauté ou la vitesse.
Mais dès qu’il évoque les fameux châteaux en Espagne, mirage qui parle à ces zinzins, les ruines cathares perdent de leur attrait.
Ce roman graphique, très dialogué, donne l’occasion aux auteurs de mettre en lumière ces « patients », « malades de la tête », mais conscients de tout ce qui les entoure et souvent plus sensibles aux thérapies alternatives que les bonnes vieilles recettes des infirmiers expérimentés.
« Road Therapy » de Louis et Marty, Bamboo, 72 pages, 16,90 €
Une anorexique, une maniaco-dépressive, une autre atteinte du syndrome de la Tourrette : le voyage vers les Pyrénées s’annonce mouvementé.
Du moins si le chauffeur daigne arriver. Malade, il est remplacé au pied levé par Igor, inconnu et donc forcément suspect aux yeux des deux infirmiers encadrants.
Igor un peu trop enthousiaste pour ces malades craignant la nouveauté ou la vitesse.
Mais dès qu’il évoque les fameux châteaux en Espagne, mirage qui parle à ces zinzins, les ruines cathares perdent de leur attrait.
Ce roman graphique, très dialogué, donne l’occasion aux auteurs de mettre en lumière ces « patients », « malades de la tête », mais conscients de tout ce qui les entoure et souvent plus sensibles aux thérapies alternatives que les bonnes vieilles recettes des infirmiers expérimentés.
« Road Therapy » de Louis et Marty, Bamboo, 72 pages, 16,90 €
mercredi 4 juillet 2018
BD - Dernier rendez-vous au phare
Les récits d’angoisse et d’horreur sont à la mode. L’action de « Ni terre, ni mer » se déroule dans un phare sur un caillou rocheux au large. Un voilier y fait naufrage. Ses cinq passagers, trois filles et deux garçons de très bonnes familles, sont recueillis par les deux hommes qui gardent le phare.
Deux cadavres plus tard, on retrouve les survivants pour la seconde partie de cette intrigue imaginée par Olivier Mégaton et dessiné par l’Italien Genzianella au dessin épuré, un peu à la Paul Gillon.
L’ensemble est plus que convaincant, logique car Mégaton est un as de la mise en scène qui s’est illustré sur des productions Besson comme Taken ou le Transporteur.
« Ni terre, ni mer » (tome 2), Dupuis, 14,50 €
lundi 2 juillet 2018
DE CHOSES ET D’AUTRES - Tombée du ciel
Quand je suis en stand-by comme la semaine dernière, me balader sur internet sans but précis fait partie de mes occupations favorites. « Pure perte de temps » me glisse perfidement mon épouse, toujours prompte à me trouver des activités plus utiles à la bonne marche du foyer.
Reste que j’y trouve des images incroyables. Comme cette vidéo de cinq secondes découverte samedi. Tirée d’une caméra de vidéo surveillance d’un magasin situé à Alberta au Canada. On y voit un présentoir de produits ménagers. Tout à coup des morceaux de plafond s’écroulent, suivis par une femme qui chute lourdement sur le dos, roule sur le sol, se relève et court vers une porte, les bras en l’air.
D’où sort cette femme « tombée du ciel » ? Par quelle incroyable circonstance a-t-elle été filmée en pleine chute et surtout, pourquoi ces images sont-elles diffusées ? J’ai parcouru péniblement (merci Google traduction) plusieurs articles en anglais pour comprendre qu’il s’agissait d’une voleuse présumée. Elle paye ses achats avec une carte bancaire volée. Découverte, elle tente de se cacher dans le faux plafond de la boutique à l’arrivée de la police. On la voit grimper sur les rayons et disparaître dans une ouverture.
La vidéo a connu un beau succès. Mais je m’interroge sur le côté voyeur du fait divers. Car la présumée voleuse semble se faire mal en tombant. Et la suite de l’arrestation est assez musclée.
Peut-on rire du malheur des autres même si, sur le coup, on trouve la scène cocasse ?
Enfin, il faut avouer que toutes les situations comiques partent du même principe. Du jardinier qui se prend un râteau (au sens propre) au célèbre arroseur arrosé des débuts du cinéma.
N’empêche. Dans ce cas précis, j’ai ri jaune.
Chronique parue le lundi 2 juillet 2018 en dernière page de l'Indépendant
Reste que j’y trouve des images incroyables. Comme cette vidéo de cinq secondes découverte samedi. Tirée d’une caméra de vidéo surveillance d’un magasin situé à Alberta au Canada. On y voit un présentoir de produits ménagers. Tout à coup des morceaux de plafond s’écroulent, suivis par une femme qui chute lourdement sur le dos, roule sur le sol, se relève et court vers une porte, les bras en l’air.
D’où sort cette femme « tombée du ciel » ? Par quelle incroyable circonstance a-t-elle été filmée en pleine chute et surtout, pourquoi ces images sont-elles diffusées ? J’ai parcouru péniblement (merci Google traduction) plusieurs articles en anglais pour comprendre qu’il s’agissait d’une voleuse présumée. Elle paye ses achats avec une carte bancaire volée. Découverte, elle tente de se cacher dans le faux plafond de la boutique à l’arrivée de la police. On la voit grimper sur les rayons et disparaître dans une ouverture.
La vidéo a connu un beau succès. Mais je m’interroge sur le côté voyeur du fait divers. Car la présumée voleuse semble se faire mal en tombant. Et la suite de l’arrestation est assez musclée.
Peut-on rire du malheur des autres même si, sur le coup, on trouve la scène cocasse ?
Enfin, il faut avouer que toutes les situations comiques partent du même principe. Du jardinier qui se prend un râteau (au sens propre) au célèbre arroseur arrosé des débuts du cinéma.
Chronique parue le lundi 2 juillet 2018 en dernière page de l'Indépendant
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