mardi 13 février 2018

De choses et d'autres - Là où Patrick Balkany fait une bonne touche

« Mon mari n’est pas un geek ». La déclaration sort de la bouche d’Isabelle Balkany, femme de Patrick, maire Les Républicains de Levallois-Perret, bombardé une nouvelle fois par les feux des projecteurs des réseaux sociaux. En cause une photo de la police municipale postée sur son compte Instagram. Pas les agents qui assurent la circulation à la sortie des écoles, non, ceux qui se prennent pour Rambo et posent, sourcils froncés, tenue de camouflage, arme à la main. Loin de rassurer, cette force de sécurité municipale angoisse plutôt. 

Mais pourquoi Patrick Balkany utilise-t-il ce cliché vraiment trop cliché pour louer ses policiers ? Justement, car il n’est pas un geek. A la base, selon sa femme, il reçoit cette photo des agents pour les vœux du service. Il veut la renvoyer en message privé à un ami. Son doigt ripe et voilà le tirage sur son compte public avec en bénéficiaires ses abonnés (et plus grâce au buzz). 

Les commentaires ne furent pas tendres : certains comparent la police municipale à une «milice », d’autres, plus méchants, décrivent les agents comme « les hommes de main du Parrain. » 

Loin de moi l’idée de vouloir faire un mauvais procès au maire, laissons-lui le bénéfice du doute. Qui n’a pas un jour commis une erreur en postant une photo sur un réseau social ou en envoyant un mail ? La photo honteuse de fin de soirée trop arrosée qui se retrouve sur son mur Facebook et qui, comme par hasard, remporte le plus de « like » de toutes nos dernières publications. 

Ou le mail incendiaire contre un collègue ou un parent, destiné normalement à un confident et qui se retrouve par inadvertance (ou manque d’expérience), dans une boucle où, pas de chance, se trouve justement la personne qu’on vient d’assassiner par écrit. Indulgence pour ces « non-geeks ». Sauf Balkany. 

De choses et d'autres - Chocolat pour tous les goûts

Maintenant que les promotions sur le Nutella ne seront jamais plus aussi intéressantes (Intermarché abandonne les rabais de 70%), les accros au sucre et au chocolat devront trouver des alternatives. Car mine de rien, elle coûte un bras, cette pâte à tartiner si populaire chez les jeunes (et moins jeunes). Le Nutella est une belle succes story, un peu à la Coca-Cola. Une marque devenue planétaire, avec une recette longtemps gardée secrète. Gras, on se doute que ça l’est. Mais c’est en été qu’on le visualise. Quand le mercure menace d’exploser le thermomètre (chose très fréquente sous nos latitudes), le mélange perd son unicité. Et une sorte de flaque d’huile fait son apparition en haut du pot. La fameuse huile de palme utilisée en quantité abondante à une époque et qui a causé pas mal de problèmes à la maison-mère. Pour obtenir une matière première moins chère, les producteurs ont entrepris de planter des millions de palmiers sur des zones anciennement boisées. Conséquence, certains primates ont perdu leur habitat naturel et sont menacés de disparition. Nutella a beaucoup bataillé pour expliquer que son huile était éthique.

On croit la polémique oubliée quand des bagarres engendrées par d’indécentes promos provoquent à nouveau une mauvaise publicité au produit. Comme une sorte de malédiction. A croire que quelque part, un sorcier a marabouté le Nutella. Comme ces légendes urbaines qui prétendent que cette pâte à tartiner donne des boutons. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je soupçonne une astuce de parents qui cherchent à réduire la consommation d’un ado qui commence à être en surpoids. Car le Nutella, sur un bout de pain c’est bon. À la petite cuillère, ça devient une tuerie. Au propre comme au figuré. 

Cinéma - La violence conjugale décortiquée dans "Jusqu'à la garde"


Le titre « Jusqu’à la garde » du film de Xavier Legrand peut être compris dans plusieurs sens. La garde cela peut être celle de l’enfant de ce couple qui se déchire. Ou la garde de l’épée ou d’un poignard dans une vision plus violente de l’histoire. Car plus les relations entre le père et la mère s’enveniment, plus cette violence conjugale dramatiquement meurtrière en France (une femme tuée par son conjoint tous les deux jours), prend le dessus sur toute raison.

La première partie est procédurale. Une juge reçoit en audience dans son bureau Myriam (Léa Drucker) et Antoine Besson (Denis Ménochet). Ils sont flanqués de leurs deux avocates. Si les problèmes de pension sont résolus, il faut trancher pour ce qui est de la garde du plus jeune (l’aînée va avoir 18 ans). La mère refuse que Julien (Thomas Gioria), 12 ans, ait le moindre contact avec son père. Ce dernier réclame simplement un weekend sur deux. Il a changé de travail et de lieu de domicile pour se rapprocher de sa femme, retournée vivre chez ses parents avec les enfants. Pour se protéger dit-elle. Car elle redoute des réactions violentes d’Antoine. Des craintes confirmées par Julien dans une lettre lue en préambule par la juge. Des mots glaçants de sous-entendus.

■ Une victime qui veut s’en sortir

La suite du film se déroule une fois le jugement rendu. Le père a eu gain de cause. Il vient chercher son fils et immédiatement une atmosphère de tension, d’angoisse, s’instaure. On devine que l’enfant rejette en bloc son père. Il est plus conciliant avec ses grands-parents paternels, mais sent bien qu’il n’est qu’un pion dans le jeu du mari obnubilé par la reconquête de sa femme. Xavier Legrand, dont c’est le premier long-métrage, a déjà abordé ce sujet dans un court-métrage. Tout le film est tenu par la composition de Denis Ménochet (lire ci-dessous), force de la nature, pouvant passer pour un nounours ou une masse de muscles tendus et prêts à tout.

Léa Drucker, femme fragile, terrorisée, fait pourtant face. Jamais le réalisateur ne la montre en victime consentante. Au contraire elle fait tout pour tourner la page, gommer ce passé de menaces. Au point de sacrifier la figure paternelle de ses enfants. Mais entre un père aimant et un mari violent, le choix est vite fait. 

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Denis Ménochet : Un acteur physique pour un rôle tout en tension

Impossible de ne pas frémir face à la stature de Denis Ménochet, l’interprète du mari de Léa Drucker. Une véritable performance pour cet acteur de plus en plus utilisé depuis sa participation remarquée à « Inglourious Basterds » de Quentin Tarentino. Il a tourné dans des séries, françaises et étrangères, nombre de films, mais toujours dans des petits rôles. Jamais encore il n’a eu l’occasion de porter un long-métrage. Les épaules, pas de problème, il les a. Sa carrure est impressionnante. Mais cet homme massif, dans tous les sens du terme dans le cas du personnage d’Antoine Besson, devait également montrer des fêlures. Car quand une situation dégénère entre un homme et une femme, il y a plus qu’une simple jalousie maladive ou une envie de « posséder » son épouse à la base du problème. 

Dans la scène d’ouverture, face à la juge, il semble plus stable et équilibré que son épouse, celle qui a déserté le domicile conjugal. Il fait des concessions, n’a pas d’exigences exorbitantes. Juste de profiter de son fils un week-end sur deux. Sa barbe lui donne même un petit côté nounours à la Grégory Gadebois. Mais un simple regard lui permet de faire passer cette violence sourde qu’il retient en lui. Une colère accumulée qui déborde. Parfois par des pleurs. Mais aussi par une déconnexion de la réalité, jusqu’à l’inacceptable. Denis Ménochet réussit l’exploit de rendre presque sympathique un salaud de la pire espèce. Ou du moins de faire comprendre son attitude au spectateur. 

➤ « Jusqu’à la Garde », thriller de Xavier Legrand (France, 1 h 33) avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux.

dimanche 11 février 2018

Roman - Une folle jeunesse indifférente à la vie

Il est toujours intéressant de tenter de comprendre le mode de fonctionnement des jeunes. Même si ce n’est pas une science exacte. Car des jeunes, il y en des centaines de types. Julien Dufresne Lamy, dans son roman, tente de décrypter le clan des « Indifférents ». Ils se sont eux-mêmes trouvé ce surnom. A la base ils sont trois, Théo, Daisy et Léonard, deux garçons et une fille. Tous issus de la grande bourgeoisie du bassin d’Arcachon. Lycéens, ils sont dans leur monde, plein de dérision, de m’en foutisme et de provocation. Indifférents aux modes. Indifférents à l’ordre. Indifférents aux normes.

L’histoire débute quand Justine arrive dans la région. Elle va intégrer le trio, le rééquilibrant. Sa mère vient d’être embauchée comme comptable personnelle du père de Théo, Paul Castillon. Un emploi s’accompagnant de l’hébergement dans la grande villa familiale. Justine a d’abord l’impression de faire partie du clan Castillon, encore plus quand elle intègre les Indifférents et que Théo lui déclare sa flamme.

■ Présent tragique

On apprécie dans ce roman la description sans pincettes de ces jeunes. Justine, mal dans sa peau, trouve ses frères de mélancolie. Et elle ne comprend pas les autres élèves du lycée, les filles notamment, «Elles sont belles et répugnantes. Elles ont des sourcils qui ressemblent à de la ponctuation. Des yeux de biches faméliques et une peau de neige. Elles m’approchent en s’esclaffant. Des compliments sur mes cheveux emmêlés et mon vieux bracelet en macramé. Elles me disent que je suis vintage et que j’ai l’air de m’y connaître. Je réponds merci sans savoir si je dois me sentir humiliée. » Justine s’intègre grâce aux Indifférents. Et se retrouve exclue, à cause d’eux. La force romanesque de cette histoire est dans sa construction et son suspens. Julien Dufresne Lamy ne se contente pas des errements des adolescents. Par des chapitres courts, il annonce le drame. L’arrivée de Justine, les parties de surf, les jeux nocturnes, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui ce que Justine raconte c’est autre chose. C’est la mort qui va frapper le groupe. Car un des Indifférents va mourir.

Le suspense est total, permanent et la révélation finale vous bouleversera. Un très grand roman, ample et précis, à l’écriture fluide et aux personnages d’une rare vérité. 

➤ « Les Indifférents » de Julien Dufresne Lamy, Belfond, 19 €

BD - La foi par les reliques


Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, après des collaborations remarquées au cinéma et dans le documentaire, s’unissent pour écrire le scénario d’une BD confiée à Eric Libergé. Trois tomes, trois époques, un objet central : le « Suaire de Turin ». 

En 1357, en France, Lucie, d’origine noble, a voué sa vie aux pauvres. Notamment aux malades de la peste. Elle se retrouve malgré elle au centre de « l’invention » du suaire. Une version romanesque de la foi, ses dérives et son incompatibilité avec les intérêts personnels. Edifiant et parfaitement dessiné dans un noir et blanc puissant.

➤ « Le Suaire » (tome 1), Futuropolis, 17 € 

BD - Autruches et femme encombrantes


Dans les autruches, comme pour le cochon, tout est bon. Josep Pla, éleveur le sait depuis des années. Il a transformé sa ferme en Catalogne Sud en vaste élevage de ces oiseaux originaires d’Afrique. Pas très intelligentes les autruches. Mais mauvaises parfois. Comme la femme de Josep. À la différence que les autruches, il peut les zigouiller régulièrement pour passer ses nerfs. Pour sa femme c’est moins évident. Quoique… 

La scène d’ouverture de ce roman graphique imaginé par Zidrou, dessiné par Benoît Springer et mis en couleur par Séverine Lambour est d’une violence extrême. Car Josep a craqué. Avec une masse il vient de fracasser le crâne de sa moitié. Du sang partout et un corps qu’il fait disparaître au fond d’un puits sec. De sa voiture, sur le chemin du retour, il téléphone à sa maîtresse pour la rassurer : « C’est fait. » Problème, arrivé dans la cuisine, il y retrouve sa femme, rayonnante (si l’on oublie les bigoudis) et bien en vie. 

Ce récit atypique, mêlant violence, fantastique et animaux est très dérangeant. Contrairement à l’autruche, il n’y a rien de bon dans les personnages du récit, du mari à la maîtresse en passant par l’épouse coriace.

➤ « La petite souriante », Dupuis, 14,50 €

Histoire - De la Retirada aux camps d’étrangers

Docteur en histoire et journaliste, Grégory Tuban reprend dans ce livre sa thèse de doctorat sur « le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939 - 1944) » Ces « Camps d’étrangers », ont ouvert en février 1939, quand près d’un demi-million de réfugiés venus d’Espagne ont franchi la frontière pour fuir la prise de la Catalogne par les forces franquistes. 300 000 d’entre eux sont placés dans des camps où ils sont comptabilisés et identifiés par les services de la Sûreté nationale. Ces camps, créés par la République française, serviront de modèle à ceux mis en place sous l’Occupation par Vichy. Au-delà des faits, Grégory Tuban retrace dans ce travail novateur, tant dans l’historiographie de la Retirada que dans celle des camps d’étrangers ; le parcours de ces indésirables entre 1939 et 1944.

 ➤ « Camps d’étrangers » de Grégory Tuban, Nouveau Monde Éditions, 21 €.

Livres de poche - L'Amérique réelle et romanesque

Le journalisme et bien plus encore…


Tom Wolfe, pionnier du « nouveau journalisme «, cette manière inédite – et très libre – d’évoquer le temps présent. Tom Wolfe, aux premières loges pour témoigner de la phénoménale explosion du rock et de l’affirmation de la jeunesse triomphante. Retrouvez dans ce volume quelques-unes de ses chroniques où en plus d’inventer un nouveau journalisme, il témoignait au plus près de la naissance d’un nouveau monde.

➤ « Où est votre stylo ? », Pocket, 8 €.

Goolrick, brûlant

Dans ce roman se déroulant en Virginie, dans une magnifique propriété, digne d’Autant en emporte le vent, Robert Goolrick offre au lecteur une fable sur l’amour, la dette et le poids du péché de nos pères.

➤ « Après l’incendie », Editions 10/18, 7,50 €

BD - Mercenaires en Méditerranée


La Méditerranée du XIe siècle est encore plus la fameuse « Mare Nostrum » que de nos jours. Depuis l’avènement de l’empire romain, elle est le théâtre d’affrontements sans fin entre peuples aux religions antagonistes mais qui se rejoignent sur l’amour de l’or. 

En Sicile, Harald tente de reprendre l’île aux guerriers maures. Il reçoit le renfort de mercenaires normands. Tancrède, chef défiguré, propose ses services à Harald. Il est accompagné d’un étrange prêtre aux missions obscures. Tancrède qui sous cette identité est en train de venger un défunt noble normand. 

Du grand spectacle pour cette série historique écrite par Brugeas et dessinée par Toulhoat au trait comparable à celui de Hermann, période Tours de Bois-Maury

➤ « Ira Dei » (tome 1), Dargaud, 13,99 €  

BD - Sexe et tatouage


En rencontrant Guillem March, Jean Dufaux a trouvé le dessinateur parfait pour ses histoires les plus érotiques. Ce nouveau triptyque conduit le lecteur en Californie. La patrie du cinéma mais également du porno à tous les coins de rue. Jude, personnage principal de ces 56 pages très chaudes, est un travailleur du sexe. 

Tous les soirs, avec sa compagne, il se donne en spectacle sur la scène d’un théâtre particulier. Il fait fantasmer toutes les clientes et devient parfois le favori d’une riche héritière comme Sina Songh. Mais Jude est surtout repéré par une société de production de films. Il passe des tests avec une partenaire au corps recouvert de tatouages et est embauché. Pour le meilleur et le pire. 

Entre polar, société secrète et fantastique, cette série se regarde autant qu’elle se lit.

➤ « The Dream » (tome 1), Dupuis, 14,50 €