Samedi, 17 heures, on sonne à la porte. J’ouvre. Un jeune me salue et m’explique : « Je fête mes 30 ans, j’ai loué la salle en face de chez vous. On risque de faire un peu de bruit, je voulais vous prévenir. » Sympa la démarche. Si ce n’est que ça, je le rassure. « Pas de souci, on a changé les fenêtres pour passer au double vitrage et avec les volets fermés, cela m’étonnerait qu’on entende quoi que ce soit. Vous pouvez vous amuser, ça ne nous dérangera pas. »
Une petite heure plus tard, je ferme les volets justement. J’ai une vue plongeante sur la fameuse salle, d’ordinaire utilisée par des associations locales comme le club de majorettes ou la peinture sur soie. Les premières notes de musiques traversent la rue. De la techno, avec basses bien lourdes, de celles qui vous vrillent le ventre. Malgré l’assurance que l’isolation phonique du double vitrage est au top, force est de constater que face à ces fréquences, les fenêtres déclarent forfait. Boum ! Boum ! Pour la diversité, on repassera. La soirée se déroule. Le son de la télé couvre les bruits parasites. Mais une fois coupée, le Boum ! Boum ! reprend le dessus.
Mon épouse se couche et met ses boules Quiès (les spéciales antironflements...). Moi, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je sombre vaguement et me réveille à 4 heures. Le Boum ! Boum ! est toujours aussi fort. Je ne comprends pas comment ils peuvent supporter ça. Et tout à coup silence. Juste 20 secondes avant que ne retentisse le classique « Joyeux anniversaire » a cappela. Une minute de pause puis le Boum ! Boum ! reprend. Jusqu’au petit matin.
A 11 heures, quand je me lève, plus un bruit. Les fenêtres de la salle sont grandes ouvertes, comme pour permettre aux derniers Boum ! Boum ! de s’échapper loin de mes oreilles. Résultat une nuit agitée, mais je ne vais pas me plaindre, j’étais prévenu.
Comment marchez-vous dans la rue, nez en l’air tel un insouciant ou tête baissée comme un timide chronique ? Quelle que soit votre réponse, si vous habitez Lyon, vous ne pourrez plus désormais éviter la publicité. En plus des abribus, des panneaux 4 par 4 et des affiches dans les vitrines, les annonceurs ont l’autorisation d’imprimer des publicités sur les trottoirs alors qu’elles étaient jusque-là interdites par les codes de la route et de l’environnement. Après les hommes-sandwichs, les trottoirs de la pub.
Cette expérimentation, d’une durée de 18 mois, devait initialement être ouverte à trois grandes villes. Mais si Lyon n’a pas rechigné à cet envahissement du domaine public, Bordeaux et Nantes ont refusé l’expérience. Un refus sec et net, avec des arguments très culturels en Gironde (pas question de souiller la zone de la ville classée site de l’Unesco) et plus prosaïque (refus de tout marquage au sol) en Loire-Atlantique.
A Lyon, d’où est venue l’idée d’une start-up, pas de remise en question. Étrange initiative quand de plus ne plus de monde dénonce la prolifération de panneaux publicitaires en périphérie des villes. Donc, pas de jaloux. Les centres-villes aussi auront leur overdose. Et comme il n’y a plus de place en hauteur, elles seront placées au sol.
Pourtant ces nouvelles publicités étaient vendues comme « éphémères » avec un marquage « biodégradable ». Comme quoi, la pub écolo reste de la pub... De toute manière, tout ce débat est particulièrement vain : les gens ne regardent plus autour d’eux (vers en haut ou en bas) mais seulement leur smartphone... au risque de percuter le poteau d’une publicité.
Pas facile de renouveler le personnel politique français. Dernier exemple en date ces derniers jours avec la nomination de nouveaux porte-parole du parti de La République en marche. Autour de Christophe Castaner, trois jeunes pousses prometteuses, Gabriel Attal, Laetitia Avia et Rayan Nezzar. Mais, car il y a toujours des mais en politique, le casting n’est pas si réussi qu’il n’y paraît.
Malgré une belle diversité d’origines, le trio compte un mouton noir. Vite repéré par de nombreux sites internet alertés par les activités de jeunesse de Rayan Nezzar. Soit il y a à peine cinq ans. Étudiant, il ne mâche pas ses mots sur Twitter. En plus de ne pas cacher une aversion pour l’État juif, il se permet quelques jugements expéditifs sur certaines personnalités politiques françaises. Petit florilège - que les oreilles chastes évitent ce passage : « Valls : zéro couille » « Valls est une fiotte »,Valérie Pécresse : « quelle pouffiasse celle-là » et pour finir: « Copé petite pute ».
Cet énarque, issu de Montreuil, a travaillé à Bercy et est un des penseurs du programme social d’Emmanuel Macron. Si quelques Marcheurs ont vaguement tenté de défendre des « erreurs de jeunesse », rapidement l’ampleur du scandale (et surtout de la teneur des tweets) a poussé le tout nouveau porte-parole à démissionner moins d’une semaine après sa nomination. Explications dans un communiqué : « J’ai tenu des propos irréfléchis quand j’étais étudiant, je les regrette bien évidemment et présente toutes mes excuses pour ces mots qui ont pu choquer. » Rayan Nezzar reste simple député. Il a encore un peu plus de quatre ans pour prouver qu’il a véritablement changé. Mais tout le monde l’attend au tournant.
Le cinéma amateur regorge de trésors trop souvent ignorés. Perdus même. Saluons donc dans ce livre-DVD édité conjointement par la Cinémathèque de Toulouse, l’Institut Jean Vigo et les éditions Trabucaire, la possibilité de voir et revoir la chaîne des Pyrénées filmée sous toutes les coutures et en toutes saisons. Le livre, d’un peu plus d’une centaine de pages, est indépendant du DVD. Et mieux vaut commencer par déguster les images avant de plonger dans des explications et analyses de la représentation de la montagne.
■ Moisson et foins
Tout commence par la voix docte et un peu trop haut perchée du commentateur du film «En montagne au long des saisons » de Louis Labourgogne. Réalisé en 1950, il a été utilisé comme outil pédagogique dans les écoles. Tourné dans les environs de Luchon, les premières images servent d’introduction à la sélection de films amateurs. Une phrase sur le plaisir de l’alpinisme et dans la foulée d’autres documents, plus anciens ou plus récents, illustrent ces escapades sur le Canigou ou sur les pentes espagnoles du massif, avec bivouac, grillade de truites au feu de bois et montée en cordée, dans la neige ou les pierres.
Un important volet est consacré à l’agriculture et les images récupérées par l’Institut Jean Vigo sont exceptionnelles. De la moisson aux foins (tirés par des bœufs) en passant par les longues estives des moutons et même la culture des pommes de terre, il y en a pour tous les goûts. On appréciera une cargolade dans la forêt, tout en regrettant de ne pas entendre les chants catalans car le film est muet.
Enfin, on se délectera des images de sports d’hiver. Beaucoup de chutes à ski à Font-Romeu. Mais aussi des descentes aux flambeaux dont les effets de lumière, sur les pellicules d’époque, transforment les séquences en composition chromatique du plus bel effet. Il y a même quelques images du train jaune. Mais là, on constate que rien n’a changé, si ce n’est les poules qui déambulent sur les quais de la gare...
Le livre rédigé sous la direction de Michel Cadé, président de l’Institut Jean Vigo de Perpignan, analyse en profondeur ces images sauvées de l’oubli. Il recontextualise aussi certains films et revient sur toutes les incursions du cinéma, le professionnel, dans les Pyré- nées. C’est d’ailleurs un long entretien avec les frères Larrieu qui ferme l’ouvrage. Les réalisateurs donnent leur vision du pyrénéisme et racontent quelques anecdotes sur les tournages de deux films emblématiques de leur carrière, tournés dans le massif, parfois de façon sportive, « La brèche de Roland » et « Le voyage aux Pyrénées ».
Le nouveau film d’Alexander Payne est la première belle découverte cinématographique de cette année 2018. Refusant de s’intégrer dans une catégorie trop précise, il surfe entre science-fiction, brûlot écologiste, comédie et belle histoire d’amour. Au final, il reste une œuvre qui fait beaucoup réfléchir et l’histoire d’un homme trop souvent perdu dans ses choix et la répétition de ses erreurs.
Matt Damon est parfait en Américain moyen plein de doutes, le reste du casting donnant du corps et de l’intelligence à cette réussite indéniable. Tout débute en Norvège. Des chercheurs, pour trouver des solutions à l’épuisement des ressources naturelles de la Terre, se lancent sur plusieurs pistes. L’une d’elles prend le problème à l’envers. La population mondiale augmente trop. Il est hors de question de limiter les naissances. Alors, pourquoi ne pas la réduire non pas en nombre mais en taille ? ■ Tout petit et très seul Le downsizing, un procédé est mis au point pour diminuer un être vivant. Dans les faits, un homme de 1 m 80 et 80 kg est transformé en un homoncule de 12 cm et de 12 grammes. Certes, il faut lui aménager un habitat spécial, mais une fois la réduction effectuée, il ne produit quasiment plus de déchets et mange très peu. Pour beaucoup, c’est effectivement la solution à la surpopulation. Mais cela a un coût. Et seuls les plus aisés peuvent se payer un « downsizing ». Même si tout devient relatif, puisqu’un cadre moyen, devient millionnaire dans son futur miniature. Une fois le principe énoncé, on entre dans le vif du sujet. Paul (Matt Dillon) arrive à persuader sa femme (Kristen Wiig) de faire le grand saut. Ils vendent tous leurs biens, disent au revoir à leurs amis du monde des grands et se rendent dans un centre médical se faire réduire. Paul se réveille cinq heures plus tard. Seul. Au dernier moment, sa femme a changé d’avis. Un mauvais cinéaste aurait pu se contenter de rallonger ce passage. La culpabilité de la femme, la colère puis le désespoir du mari, devenu minuscule, à la merci de sa femme gigantesque. Mais Alexander Payne voit plus loin, et de fa- çon plus intelligente. Il plonge Paul dans ce monde de maisons de poupées où le luxe est omniprésent. L’ennui aussi. Comme si on vivait sous une cloche, sans la moindre liberté. Paul va mettre longtemps à reprendre goût à la vie. Surtout à admettre que cette opération irréversible, est la pire erreur de sa vie, lui qui en a déjà fait pas mal. Américain moyen à l’esprit étriqué, Paul va s’ouvrir quand il rencontre Dusan (Christoph Waltz), Serbe magouilleur à la philosophie de vie très libérale et libertine. Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’il ne faut pas voir grand... ------------ Hong Chau crève l’écran
Absente de la première partie du film, Hong Chau crève l’écran dès qu’elle entre dans l’histoire et la vie de Paul. Dissidente vietnamienne, à la tête d’un mouvement populaire contre l’expropriation de villages entiers, Ngoc Lan Tran a été emprisonnée durant deux ans dans les geôles asiatiques. Et le gouvernement, pour la faire définitivement taire, la réduit sous la contrainte. Dans l’affaire elle perd une jambe. Comment continuer la lutte politique quand on ne mesure plus que 12 cm ? Une solution expéditive qui prouve au monde que le downsizing, présenté comme une solution pour sauver la planète, peut aussi se révéler une redoutable arme politique pour les dictatures. Recueillie par des familles d’accueil de « petits » dans les mini villes américaines, Ngoc Lan Tran sera finalement oubliée. Rejetée, elle termine dans un quartier populaire, obligée de faire des ménages pour survivre. C’est la prothèse, mal réglée qui va interpeller Paul. Ce petit bout de femme, autoritaire et en permanence en action, en plus de son travail quotidien, se transforme à la fin de ses journées en bienfaitrice des plus pauvres des «petits». Son travail dans les maisons de riches lui permet de récupérer nourriture et médicaments pour les plus nécessiteux. Humanitaire un jour, humanitaire toujours. Cette touche de tendresse, de don de soi, dans ce monde aseptisé transforme le film en véritable bombe émotive. Hong Chau, fille de boat people, est née dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Arrivée aux USA elle a fait des études de cinéma et a été remarquée dans quelques séries télé. Mais c’est avec Downsizing qu’elle obtient son premier grand rôle. ➤ Comédie d’Alexander Payne (USA, 2 h 16) avec Matt Damon, Hong Chau, Kristen Wiig, Christoph Waltz.
Le mot de ce début d’année ? Génie ! Comme le brillantissime président des États-Unis, Donald Trump. Auparavant, dans les cours royales, il existait des conteurs officiels chargés de tresser des couronnes de fleurs aux monarques. Forcément bons, bienveillants, intelligents. En un mot comme en cent: géniaux. Aujourd’hui ils sont remplacés par les services de communication officiels priés de prêcher la bonne parole. On explique les projets de loi, on justifie les décisions. Et on tente au passage, discrètement, de flatter un peu le patron.
Aux USA, depuis un an, les fameux services de cybernétique de la Maison Blanche ont du pain sur la planche. Pas pour faire l’apologie du boss, mais pour tenter de limiter sa communication triomphante. Car le monde entier doit le savoir: Donald Trump est un génie. Ce ne sont pas ses supporters ou des journalistes à sa botte qui le disent. C’est lui, en personne, à la première personne, dans des tweets qui vont encore beaucoup faire jaser. Le livre d’un ancien collaborateur ose l’attaquer. Réplique immédiate de Trump : c’est un gros loser alors que moi je suis un génie. La preuve ? Il a réussi dans les affaires, était une star de la télé et est devenu président des USA au premier essai.
Plusieurs élus démocrates se permettent de mettre en cause l’équilibre psychologique de Trump. La réponse réside sans doute dans l’analyse d’un psy justement. Pour lui, Trump agit comme un enfant. Il ne supporte pas la controverse, est persuadé d’avoir toujours raison et d’être le meilleur en toutes circonstances. Même avec le leader nord-coréen, qui présente lui aussi des airs poupins, il met son orgueil en avant en affirmant que son bouton rouge est le plus gros. Je ne vois qu’une solution pour que la marche du monde s’améliore : faire appel à Super Nanny.
Les écrivains sont-ils d’éternels insatisfaits ? On peut se poser la question en découvrant le thème et la trame du dernier roman de Jean Contrucci. Cet ancien journaliste provençal, a connu la reconnaissance littéraire en signant des romans historiques palpitants repris sous le titre générique « Les nouveaux mystères de Marseille ». Mais... Jean Contrucci, qui baigne ans le milieu de l’édition depuis des décennies (critique puis auteur), avait visiblement quelques comptes à régler avec des figures imaginaires mais dans lesquelles beaucoup pourraient se reconnaître. ■ Le retour du gerfaut Lauréat d’un prix Goncourt, Jean-Gabriel Lesparres a depuis surfé sur ce coup d’éclat de début de carrière. Auréolé par cette récompense prestigieuse, ses autres romans se sont bien vendus. Mais sur une pente descendante. Inéluctable. A 70 ans passés, il bute sur la fin de son petit dernier. Il n’a plus la flamme et en relisant son manuscrit, il prend conscience que ce texte, non seulement est prétentieux (il y raconte ses conquêtes féminines du temps de sa splendeur), mais aussi médiocre. «Je n’avais rien de nouveau à dire. Je n’étais plus capable de progrès. Pire, j’étais conscient de ma régression» constate le vieil auteur. Pourtant «à l’âge où on baisse les bras, je sentais monter en moi des envies de révolte. La seule à ma portée était le refus de publier le livre de trop». Mais c’est sans compter avec les exigences de son éditeur qui a payé de confortables avances à valoir sur le futur roman de la «star» de la maison d’édition.
Alors Jean-Gabriel, sans rien dire à sa jeune femme ni à personne de son entourage, va organiser le vol de son manuscrit. Avec pour consigne au voleur de détruire ce manuscrit qui ne sera jamais achevé. Tout se passe à merveille jusqu’au jour où le roman, achevé et même amélioré, refait surface sous la signature d’une totale inconnue qui aurait posté le texte de New York. Cette critique acerbe du milieu littéraire, avec ses coups de poker, ses fausses amitiés ou ses petites magouilles reste en toile de fond de ce «Vol du gerfaut». Car en excellent conteur, Jean Contrucci se concentre surtout sur l’intrigue, l’enquête du romancier et l’incroyable machination à double voire triple détente. ➤ « Le vol du gerfaut » de Jean Contrucci, HC Éditions, 19 € (en vente le 11 janvier)
Même très loin de la capitale, nos deux départements offrent suffisamment d'intérêt pour que des cinéastes reconnus plantent leurs caméras sur nos terres. Des dizaines de films, des plus anciens aux plus récents, témoignages immortels de nos paysages et de ses habitants, souvent sollicités pour faire de la figuration. L'Indépendant a souvent fait des reportages sur ces tournages, événements d'ampleur pour les villes et villages concernés. Dans les archives nous avons retrouvé des témoignages et des clichés prises par les photographes du journal. Alors place à six plongées dans l'univers cinématographique, du « Miracle des Loups » d'André Hunebelle en 1961 à la Cité de Carcassonne aux « Municipaux » des Chevaliers du Fiel à Port-Vendres dont la sortie est prévue en avril, en passant par Collioure, Les Cabanes de Fleury, Cerbère, Perpignan, Castans et Gruissan. Des lieux mais aussi des vedettes, de Bourvil à De Funès en passant par Belmondo, Jean Marais ou Béatrice Dalle.
Une esquive, deux pas en avant, trois en arrière, Jean Marais est en mauvaise posture. Une grosse épée en main, il tente de se défaire de quelques malandrins qui lui en veulent. Un combat déséquilibré mais acharné. Nous sommes le 6 avril 1961 sur le pont mérovingien de Rieux-en-Val. Le comédien français interprète le chevalier Robert de Neuville, héros du film d'André Hunebelle, « Le Miracle des loups ». Jean Marais vient de tomber dans une embuscade, se défend bec et ongle mais doit s'incliner face à des adversaires en surnombre. Blessé, les malfrats se saisissent de son corps et le jettent par dessus la balustrade en pierre. Devant des centaines de spectateurs venus assister au tournage, Jean Marais plonge dans la rivière et s'extrait péniblement du courant. Cette scène n'est pas la plus spectaculaire du film mais elle a marqué le petit village du Val de Dagne. Le pont, toujours dans son jus après de multiples restaurations, est le témoin de cette grande production française de cape et d'épée du début des années 60.
Si l'équipe d'André Hunebelle a choisi l'Aude, ce n'est pas pour la beauté bucolique et champêtre des vignes et collines de la région mais pour son emblématique Cité de Carcassonne. Les remparts et tours sont censés être ceux de Péronne où se déroule l'intrigue. Le réalisateur a les pierres, il lui faut désormais des centaines de figurants pour les scènes grandioses d'arrivée de Louis XI. Le 2 avril dans la presse locale, un appel à la figuration est lancé. Plus de 300 volontaire sont recrutés, essentiellement des jeunes qui immédiatement essaient les habits en fonction de leurs affectations. L'Indépendant du 7 avril raconte que les figurants sont classés « par rang de taille. Des uns on fit des seigneurs, des ecclésiastiques, des bourgeois, des autres des hommes de guerre et des gens du peuple. »
La suite du tournage se déroule à Carcassonne dans les petites rues montant à la Cité. Au niveau de la Porte d'Aude, problème pour l'équipe. L'enthousiasme des habitants, voulant voir absolument, perturbe les prises. Une solution est trouvée selon l'Indépendant du 8 avril : « On avait mis à l'une des portes où les curieux étaient particulièrement nombreux un homme d'armes de Charles le Téméraire. Quelle que soit l'époque, le prestige de l'uniforme demeure le même. A voir ce personnage casqué, botté et armé, chacun était impressionné et chacun obéit lorsque d'une voix grave, ce soldat d'un autre temps dit aux curieux en s'effaçant : « Et maintenant, passez braves gens ».
Le 10 avril, grand jour. La plus grandiose des scènes est au menu de l'après-midi. Malgré une météo capricieuse, les centaines de figurants et la vingtaine d'hommes en armes et à cheval rendent pour quelques minutes toute leur grandeur aux lieux. Un roi entre en ville. Les gens l'acclament. Et certains, figurants mais patriotes dans l'âme, ne peuvent s'empêcher de crier « Vive de Gaulle ».
Ce tournage a marqué les mémoires car Jean Marais, présent durant deux semaines, était une star incontournable du cinéma français de l'époque. Gentil, abordable, il se prêtait aisément aux séances d'autographe ou de photographie avec ses fans. Après le succès du Bossu ou du Capitaine Fracasse, il affectionnait ces films en costumes d'époque où il pouvait tant jouer de sa séduction que de sa force et de son habileté. Il a été mis à rude épreuve dans cette histoire. Il a beaucoup manié le fléau d'armes. En répétition et durant la scène finale dite du « Jugement de Dieu ». Là encore, la Cité est utilisée comme image de fond. Sur une colline, des centaines de Carcassonnais interprètent la foule avide de violence dans ce combat à mort. Comme à son habitude, Jean Marais ne se fait pas doubler, contrairement au « méchant » joué par Guy Delorme. Il chute, prend des coups, se relève, est blessé… Le duel dure quelques minutes à l'écran. André Hunebelle prendra plusieurs heures pour le mettre en boîte. Il voulait, selon un dossier réalisé par Isabelle Debien pour Languedoc-Roussillon Cinéma (consultable sur internet à l'adresse http://www.languedoc-roussillon-cinema.net) que « cette séquence soit mouvementée et farouche comme il doit en être entre rivaux qui se veulent « male mort » ».
Le soir, l'équipe se retrouve autour du réalisateur au cinéma l'Odeum pour visionner les scènes tournées les jours précédents. L'Indépendant a eu le privilège d'assister à ce débriefing. « André Hunebelle, les acteurs, les techniciens étaient là, faisant des mots d'esprits, riant parfois et critiquant beaucoup. Cependant M. Hunebelle, à quelques détails près, ne cachait pas sa satisfaction partagée par les membres de son équipe, heureux eux-mêmes d'avoir accompli du bon travail. » Le fin mot de l'histoire, on le trouve toujours dans l'Indépendant du 14 avril. Une tirade qui concerne les scènes du duel à cheval mais qui donnent le ton général de ce tournage : « Cela était beau à voir. Toutes choses, jusque dans le moindre détail, avaient été parfaitement reconstituées : aménagement des lieux, costumes, armures. Au fond, les murailles de la Cité contribuaient superbement à porter l'illusion à son comble. »
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Un making-of d'époque
En plus des reportages dans les journaux locaux, notamment dans l'Indépendant, un document exceptionnel permet de comprendre le grandiose de l'événement. Georges Savi, cinéaste amateur, a obtenu l'autorisation de filmer les coulisses du film. Un document en 8mm, making-of avant l'heure, intitulé « L'envers du décor » est visible sur YouTube. On apprécie la longue séquence sur le pont de Rieux-en-Val et les différentes mises en place de l'entrée triomphale de Louis XI. Georges Savi a expliqué en 2011 à l'Indépendant qu'il « filmait pendant les répétitions car la caméra faisait trop de bruit ». Il a aussi mis en vedette les deux doublures locales des rôles titres lors des essais d'éclairage au bord du lac de Saint-Ferréol. Car en plus de la Cité et du Val de Dagne, l'équipe technique a planté ses caméras dans la Montagne Noire durant une journée.
Le scénario
Tiré d'un roman d'Henry Dupuy-Mazuel, « Le miracle des loups » a pour toile de fond la rivalité entre le Duc de Bourgogne Charles le Téméraire et son cousin le roi de France Louis XI, mais le premier n’a en réalité d’autre intention que de lui ravir son trône. Courtisant Jeanne de Beauvais, filleule du roi, il est fort marri qu’elle rejette ses avances. Il la fait enlever et fait accuser le chevalier Robert de Neuville de ce forfait. Neuville se retrouve en prison mais il s’échappe, retrouve la trace de la belle Jeanne et se dresse sur la route de Charles le Téméraire.
Un précédent en 1924
La Cité de Carcassonne avait déjà servi d'écrin pour le tournage d'un film sur le roman de Dupuy-Mazuel. « Le Miracle des loups » de 1924 est une super production menée par Raymond Bernard, rival d'Abel Gance à l'époque. Ce ne sont pas des centaines de figurants qu'il utilisa pour filmer une scène d'attaque mais des milliers. Des milliers d'Audois qui déferlent sur les remparts de la cité dans la fumée des tirs de canons. Impossible de faire plus spectaculaire. Mais le film est muet et a mal vieilli.
Entre roman philosophique et saga de science-fiction, « La méthode Sisik » de Laurent Graff fait partie de ces petits romans qui, l’air de rien, pourraient avoir beaucoup de conséquence sur notre quotidien. La fameuse méthode est mise au point par le dénommé Sisik, retraité des archives, casanier et solitaire. Pour lui, chaque jour doit être identique au précédent. Comme s’il figeait sa vie. Le temps. Et en répétant minutieusement cette journée-vie, il se découvre presque immortel. Une méthode analysée, décortiquée, répétée pour envoyer un équipage d’astronautes vers une planète éloignée de plusieurs années lumière de la terre.
Le récit, de routinier, se transforme en exploration des espaces infinis, avec un grain de sable qui remet tout en cause. Un roman qui comme dans la vie se révèle trop long dans le normal et trop court dans l’exceptionnel. ➤ « La méthode Sisik » de Laurent Graff, Le Dilettante, 15 € (en vente le 10 janvier)
Blessé à la tête à la bataille de Waterloo, ce soldat français en partie amnésique se retrouve dans une position inconfortable. Présenté par la belle Mathilde comme étant son mari, le colonel Brunoy, riche noble de province, il a par ailleurs l’impression de n’être que Maxime Danjou, ancien capitaine au 7e Hussards. Ce dilemme qui frise la folie est raconté dans le premier tome de cette série historique écrite par Frank Giroud et dessinée par Gilles Mezzomo.
À la fin, coup de théâtre, Brunoy est accusé du meurtre sauvage de sa femme. La seconde partie de l’histoire vire clairement vers l’enquête policière. Danjou-Brunoy s’évade avant son jugement et avec l’aide d’un détective va tenter de dénouer les fils de cette machination. Les multiples coups de théâtre (avec autant de suspects) sont parfaitement amenés. Et à la fin...