jeudi 24 août 2017

De choses et d'autres - Vacances incognito

Rompus à l’exercice des couvertures de journaux ou magazines, les gens célèbres, une fois en vacances, souhaitent bénéficier d’un peu de tranquillité. Se promener incognito dans un pays étranger devient un luxe pour ces stars mondiales. Prenez par exemple l’acteur américain Samuel L. Jackson, tête d’affiche du film «Hitman et Bodyguard » sorti ce mercredi et Magic Jonhson, basketteur de légende. Ils se sont payés quelques jours de détente en Toscane, à Forte dei Marmi. A la cool. En short (de basketteur) et avec une petite séance de shopping à la clé. Ils ont été surpris par les habitants, assis sur un banc. Ils n’ont pas refusé les photos, bien au contraire, posant souriants avec leurs achats. Visiblement des objets de luxe, l’un des sacs siglé Louis Vuitton.

Mais en Italie, les hommes noirs qui circulent dans les rues en ce moment appartiennent surtout à la masse des réfugiés arrivés par bateau de fortune. Un journaliste malicieux (ou inconscient), a publié sur un réseau social cette photo avec ce commentaire : «Voilà comment les migrants vivent aux frais de l’État ». Plusieurs personnes ont immédiatement relayé le cliché, renchérissant sur le rejet de ces hommes soi-disant réfugiés en Europe pour fuir la misère et la guerre. Vous avez dit délit de faciès ? Le journaliste, qui a affirmé après coup avoir publié cette fausse information pour se moquer du populisme italien, a sans le vouloir, permis à des milliers de racistes de prendre la parole. De se dévoiler aussi. Tout en indiquant qu’ils sont décidément incultes en cinéma et basket.

Récemment à Perpignan et Port-Vendres, Michael Jordan a fait un petit tour en jet et yacht de luxe. Mais pas de risque qu’on le confonde avec un migrant: aucune photo et un bataillon de gardes du corps pour éloigner les fans. De même que les idiots racistes. Chasse gardée. 

mercredi 23 août 2017

DVD et blu-ray - Quand Don Siegel dominait le cinéma d’action

Quand sort « L’inspecteur Harry » en 1971, Don Siegel, en dehors de la polémique sur l’apologie de l’autodéfense, devient le cinéaste majeur des films policiers et d’action. Sa science du montage, du rythme et des personnages entiers font qu’il va marquer des générations de cinéastes. Le film doit aussi beaucoup à son acteur principal, Clint Estwood, dont c’est la troisième collaboration avec le réalisateur. Deux années plus tard, Don Siegel est de retour avec « Tuez Charley Varrick ! ». Tout aussi virtuose, au scénario plein de rebondissements, de chausse-trappes, ce polar mené à 100 à l’heure vient de ressortir en DVD et blu-ray, restaurés, avec un livret pour bien comprendre le phénomène. Car ce film est véritablement phénoménal.

■ Gros braquage

Le début de l’histoire est classique. Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, une jeune femme au volant d’une grosse voiture se gare devant une banque. Son mari, vieux et un pied dans le plâtre, veut déposer un chèque. Il demande à voir le directeur de la banque et quand tous les employés sont présents dans le hall, il sort un revolver et le braque. Avec deux complices il dé- robe les sacs contenus dans les coffres. Mais cela se passe mal. Un complice, et un gardien sont tués, deux policiers aussi, la conductrice blessée. Il ne reste de la bande que Charley Varrick (Walter Mathau) et un jeune complice. qui découvre un trésor dans les sacs : 750 000 dollars. Charley comprend alors qu’il vient de voler la mafia et que la traque va être impitoyable.

Walter Matthau, surtout connu pour ses rôles comiques en duo avec Jack Lemmon, est étonnamment crédible dans le rôle de cet ancien aviateur prêt à tout pour lui aussi avoir une fin de vie à l’abri, loin des soucis financiers. Seul bémol, le tueur sadique de la mafia fume la pipe comme un banal commissaire Maigret...

Le coffret offre un second DVD, un documentaire sur le film avec témoignages et explications. Un bijou pour les passionnés de cinéma d’action américain.

➤ « Tuez Charley Varrick ! », Wild Side Video, 29,99 € le coffret


mardi 22 août 2017

Rentrée littéraire - Une famille française face à l’Histoire dans "Taba-Taba" de Patrick Deville


Voyage dans l’Histoire de France. Le nouveau roman de Patrick Deville, écrivain-voyageur, est une vaste photographie de la vie politique du pays de la fin du XIXe siècle à nos jours. Mais pour parler de l’universel, il a fait le choix de ne le faire que par l’entremise de sa propre famille. Des colonies aux tranchées de 14-18, de l’éducation pour tous aux attentats de 2015 en passant par la Résistance, les Deville étaient toujours présents, acteurs ou spectateurs, mais à la vie façonnée, modifiée ou bouleversée par ces événements.
Il y a l’arbre généalogique synthétique, impersonnel et le roman, chaleureux et édifiant. Le choix est vite fait pour Patrick Deville. Il débute son récit dans un ancien lazaret devenu hôpital psychiatrique. Un gamin, boiteux, y côtoie un ancien marin répétant sans cesse «Taba, Taba ». Ce gamin c’est l’auteur qui va y revoir l’arrivée de son arrière-grand-mère, en provenance d’Égypte, plus d’un siècle auparavant. Elle rencontre un homme qui deviendra instituteur, de ceux qui recrutés par Jules Ferry formeront la fameuse armée pacifique des « hussards noirs ».

■ De Bram à Sorèze
L’auteur, au volant de sa voiture, entreprend un long voyage pèlerinage sur les différents lieux de vie de ses ancêtres. Une voiture qui joue un rôle dans le roman, « j’observais en bas dans la cour la Passat - le Passé en catalan mais l’Alizé en allemand - comme un animal gris métallisé dont ma vie dépendait. » Son récit familial l’entraîne dans la banlieue parisienne, les champs de bataille de Verdun.
Et puis, en 1941, cap au sud. Les Allemands déferlent sur la France. La famille Deville fuit. « On leur avait dit qu’ils devaient descendre à Brame. Ils avaient entendu Brame. Ils avaient découvert dans la gare minuscule l’absence du e final. Ils sont à Bram, dans le département de l’Aude. » La ville de l’époque est décrite par le père de l’auteur. Lui y retourne de nos jours et en dresse un portrait contrasté. C’est le sud, mais la cité est à l’agonie. Uniquement tourné vers le passé, le rugby des Spanghero et des Rancoule. Ensuite ce sera le maquis dans le Lot. Un tour de France qui s’achève à Saint-Nazaire, dans ce lazaret devenu asile, après une longue parenthèse à Sorèze dans la Montagne noire.
Le roman offre le triple intérêt de raconter la vie d’une famille, de la replacer dans le contexte historique et surtout de découvrir ce que sont devenus ces lieux aujourd’hui. Une vision souvent teintée de nostalgie par un auteur qui a la capacité de voir au-delà des apparences et de découvrir des histoires derrière une lettre, un objet ou une simple façade décrépie. 
➤ « Taba-Taba » de Patrick Deville, Seuil, 20 €

lundi 21 août 2017

BD - La guerre froide réécrite


Encore une série d’aviation autour de l’uchronie. Maza, après avoir signés trois albums de la série « USA Uber Alles », déjà avec Pécau, plonge en pleine guerre froide. En 1983, une pilote de chasse de l’armée est-allemande perd son coéquipier lors d’une escarmouche avec des chasseurs américains. Il semble que ces derniers sont les éclaireurs d’une vaste offensive contre le bloc soviétique. Reagan aurait-il décidé de lancer le feu nucléaire sur l’empire russe ? Sur cette hypothèse, les auteurs proposent un récit où espions, militaires, dignitaires et généraux jouent un jeu dangereux. Ce n’est qu’une uchronie, mais on est certainement passé très près de ces événements. Le tome 2 est annoncé en librairie le 18 octobre prochain.

➤ « Luftballons » (tome 1), Delcourt, 14,95 € 

De choses et d'autres - A court d'arguments

Un grand classique des vacances, la sortie en boîte de nuit. Mais crise oblige, certaines enseignes sont obligées d’organiser des soirées spéciales pour remplir le bar et les tiroirs-caisses. L’Annexe dans le Var a ainsi été victime de ce que l’on appelle un bad buzz. Les patrons de ce repère d’amateurs de fiesta de la Côte d’Azur ont décidé de moduler le prix des consommations en fonction de la longueur des jupes des clientes. Sous le titre de « Oserez-vous le court ? », ils tentent d’appâter les cagoles de la région : « Vos jupes valent des consos...» Et de préciser le mode d’emploi. Si votre jupe est d’une longueur de 25 cm ou moins, vous ne paierez pas l’entrée. En-dessous de 23 cm vous bénéficiez d’une conso offerte par centimètre, ceci jusqu’à 18 cm. En-dessous, vous avez carrément droit à une bouteille de rosé. Et attention, les organisateurs ont bien l’intention de se rincer l’œil : « Les jupes mises par-dessus leggins, collants opaques, pantalons, etc., seront hors concours. » En somme, grossièrement résumé : montrez vos fesses, vous pourrez boire comme un trou.

Il s’est heureusement trouvé quantité d’hommes et de femmes pour s’insurger contre cette opération. Et de demander de boycotter cette «Annexe » qui semble surtout une réunion de tristes machos. L’indignation est devenue nationale. Associer le prix des consommations à la longueur des vêtements est particulièrement avilissant pour les femmes. La logique aurait voulu que la boîte de nuit, face à un tel raffut, abandonne l’idée et s’excuse platement.

C’est mal connaître les cacous du sud, pendant mâle de la cagole. Non seulement l’idée a été maintenue mais l’Annexe a publié sur son site des remerciements « à ceux qui ont polémiqué, cela nous a permis d’avoir de nouveaux clients. » Pour le coup, c’est moi qui me trouve à court d’arguments. 

dimanche 20 août 2017

BD - La guerre aérienne du passé


Alors que les poilus croupissaient dans les tranchées, les pilotes s’affrontaient lors de duels homériques dans le ciel de France. Parmi les as des aviateurs français, Alexandre Marais a la particularité d’avoir été défiguré et de dissimuler ses blessures de guerre sous un masque. Il va devoir apprendre à combattre avec un nouveau venu, Louis Lafitte, jeune, beau et très talentueux. Rapidement, les deux militaires vont vouloir se mesurer dans les airs. C’est à celui qui abattra le plus de « Boches ». Mais ces derniers aussi ont des as dans leur chasse et Marais, tout comme Lafitte, devront s’épauler pour tout simplement survivre. 
Le récit de Thierry Lamy, entre vérité historique et romance (Marais tombe amoureux de sa marraine de guerre au rôle plus trouble qu’il n’y parait), raconte une belle histoire prévue en trois parties toutes dessinées par Cédric Fernandez, déjà remarqué dans le genre avec sa biographie de Saint-Exupéry.

➤ « Faucheurs de vent » (tome 1), Glénat, 13,90 €


samedi 19 août 2017

BD - La guerre civile du futur


L’apartheid social règne sur la Terre dans ce futur proche imaginé par Marazano et mis en images par Ponzio. Notre monde se divise en deux catégories. Les riches qui vivent dans des enclaves. Les pauvres laissés à l’abandon dans des zones ravagées. Bien sûr, les habitants de ces zones de non-droit ont le désir d’aller dans les enclaves. Intervient alors la troisième catégorie de citoyens, les membres des Sections d’intervention. Une armée destinée à réprimer les révoltes, voire éliminer froidement les récalcitrants. Vivian, le personnage principal de cette série est le chef d’une des sections les plus efficaces. Ils sont méchants, agressifs et obéissants. Pourtant le chef semble cacher quelque chose à ses hommes. Se pourrait-il qu’il soit en réalité un des meneurs de la révolution qui se trame en coulisse ? Une série plus politique que militaire, qui fait réfléchir sur le tout sécuritaire et a forcément un écho particulier en ces temps de Vigipirate et d’attaque des soldats de Sentinelle.

➤ « Mémoires de la guerre civile » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

De choses et d'autres - Instantanés de plage sous forme de BD


Si au cours de votre petite séance de bronzette et de baignade sur la plage, vous remarquez une jeune femme en train de dessiner sous son parasol, prenez garde, vous pourriez vous reconnaître dans les prochaines « Conversations de plage » de Camille Pot. Diplômée des Arts déco de Strasbourg, l’illustratrice a quitté la froide Alsace pour les chauds rivages de Méditerranée ou de l’Atlantique. Des vacances studieuses à écouter des conversations de plage ou les imaginer, les transformer en petites BD et au final les proposer dans un album format poche, idéal à glisser entre le seau, la pelle et les serviettes.

On y rencontre des enfants, un couple, des amies, des dragueurs et des mégères. Toute une faune qui allongée sur le sable ou en train de construire des châteaux, se repose ou s’amuse. Avec quelques fulgurances, que l’on saisit parfaitement quand on se réveille d’une sieste réparatrice et qu’on prend conscience que « pendant ce temps-là, il y en a qui font le changement à Châtelet-les-Halles ».

Mais on rit jaune aussi dans ce bouquin quand un homme, pas forcé- ment très âgé, dit à sa compagne : « C’est terriblement beau... N’est-ce pas, Marie Douce ? ça me donne envie de nous réserver une petite concession dans ce joli cimetière en marge de la dune... Nous y aurons une vue imprenable...» De l’humour noir au soleil.  

➤ « Conversations de plage » de Camille Pot, Warum, 12 €

vendredi 18 août 2017

Polars - Désert américain contre Canal du Midi, shérif ou policier ?

Magie des romans policiers permettant des évasions maximales en quelques pages. Non seulement on est pris par des énigmes souvent passionnantes, mais en plus, les auteurs pour corser les intrigues, les placent dans des lieux originaux à découvrir, au bout du monde ou près de chez soi. Exemple avec ces deux polars, l’un se déroulant dans le Wyoming, état le moins peuplé des USA et certainement le plus désertique, l’autre dans un petit village de l’Aude, couvert de vignes verdoyantes le long du célèbre et bucolique Canal du Midi. Shérif Longmire de Craig Johnson ou policier Manuel Garcia dans une de ses propres enquêtes ? Faites votre choix.

■ Bout du monde



Le shérif Walt Longmire règne sur un comté peu peuplé mais très étendu. Ses concitoyens : des retraités, quelques Indiens de la nation Cheyenne et des originaux cherchant calme et oubli. C’est le cas d’une secte issue de la religion mormone. Dans « La dent du serpent », Longmire découvre leur lieu de vie en ramenant à bon port un adolescent surpris en train de voler des victuailles chez une vieille dame. Une communauté installée loin dans le dé- sert, « sur un chemin de graviers conduisant à un portail fait de rondins attachés ensemble, au-dessus duquel un portique annonçait ‘East Spring Ranch’. Ce n’était pas tout à fait le bout du monde, mais on en était suffisamment près pour pouvoir y envoyer un télégramme, sans toutefois espérer de réponse ». Une fois le décor planté, les ennuis commencent pour Longmire et ses adjoints. Une rude bataille, avec l’intolérance et des secrets profondément enfouis à la clé. Passionnant et dépaysant.

■ Amours tragiques



Autre ambiance si vous vous plongez dans « Les amants du Canal du Midi » de Manuel Garcia. Cet auteur, ancien policier, une fois à la retraite a voulu revenir sur une des affaires qui ont marqué sa carrière professionnelle. En 1970, à Mirepeisset, hameau audois, au bord du Canal du Midi, José Salvador, un enfant du village, est retrouvé assassiné dans la maison de son père. Les gendarmes arrêtent rapidement le présumé coupable. Mais quelques années plus tard, le juge d’instruction décide de rouvrir l’enquête et de la confier à ce policier rigoureux. L’auteur, tout en retraçant ses découvertes qui ont relancé l’affaire, décrit cette région qu’il aime tant: « Quand il faisait très chaud, il aimait s’asseoir à l’ombre des platanes, fermer les yeux et s’abandonner à d’intimes rêveries ». Un premier roman qui pourrait marquer la naissance d’un héros récurrent.  
➤ « La dent du serpent » de Craig Johnson, Gallmeister, 22,80 €
➤ « Les amants du canal du Midi » de Manuel Garcia, TDO éditions, 15 €

De choses et d'autres - Carte postale sanglante

La traditionnelle carte postale envoyée depuis son lieu de villégiature a de moins en moins de succès. Pourtant, le format impose la brièveté du message de plus en plus en vogue dans notre mode de vie moderne, où tout doit aller très vite. L’ancêtre du SMS en quelque sorte. Une fois que l’on a indiqué l’adresse et collé le timbre, il ne reste qu’une petite moitié de carte pour donner de nos nouvelles.

Cela se résume souvent à «Il fait beau, la nourriture est bonne et tout se passe bien. Des vacances inoubliables, un véritable rêve». Pas de place pour de la grande littérature. Il faut aller à l’essentiel, souvent le futile quand on est en vacances. Sans y mettre trop de précisions ou de considérations personnelles, car sans enveloppe, le texte est visible par tout le monde, du receveur des postes au préposé du tri sans oublier le facteur, généralement de confiance, mais on ne sait jamais.

Des cartes postales de ce genre, il y en a certainement des dizaines et des dizaines qui ont été postées hier de Barcelone. Jetées d’une main négligente par ces touristes arpentant les Ramblas ensoleillées. Un petit clin d’œil pour ceux qui sont restés dans la grisaille. Juste pour les rassurer et partager son bonheur. Et puis pour certains, les vacances ont viré au cauchemar. La réalité de notre monde devenu fou a rattrapé ces vacanciers qui cherchaient juste à profiter d’un moment de détente dans la capitale catalane. Barcelone la riante, la baroque. Une ville qui a toujours été à part, chérie des artistes, à l’ambiance si particulière. La folie et la mort ont foncé sur les innocents.

Ces cartes postales arriveront bien à destination dans quelques jours. Mais pour certains, blessés dans l’attaque terroriste d’hier, elles seront le souvenir horrible de vacances sanglantes.