mercredi 29 mars 2017

DVD et blu-ray : L’amour, la vie, l’avenir

Si les histoires d’amour finissent mal en général, qu’en est-il de l’Histoire de l’amour ? Réponse en regardant ce film de Radu Mihaileanu sorti l’an dernier et dont les versions DVD et blu-ray sont en vente aujourd’hui avec en bonus de nombreuses scènes coupées.
Une œuvre fleuve avec en toile de fond le drame de la seconde guerre mondiale, les séparations, les déportations massives des juifs, leur extermination méthodique, le retour des rares rescapés. Le réalisateur a fait le choix de mélanger les époques, sans transition, passant d’un monde à un autre.


Dans le New York du début des années 2000, Léo (Derek Jacobi), un serrurier à la retraite vit seul. Il n’a plus qu’un ami, Bruno, comme lui originaire de Pologne. La Pologne, des décennies plus tôt. Léo et Alma (Gemma Arterton) filent le parfait amour au village. Mais les nazis approchent. Ils se jurent fidélité, s’aiment une fois et la jeune femme va se réfugier à New York. Elle emporte deux promesses : que Léo n’aime personne d’autre qu’elle et qu’il lui écrive un roman. C’est la fameuse « Histoire de l’amour », roman volé, disparu puis retrouvé, fil rouge du film. Un manuscrit qui sera rendu à Léo par une autre Alma (Sophie Nélisse), jeune fille qui elle aussi rêve de devenir «la femme la plus aimée du monde».
Tourné en grande partie à New York, le film du réalisateur d’origine roumaine s’éclaire avec de multiples touches d’humour et des personnages drôlatiques comme le petit frère de la jeune Alma, persuadé qu’il est un des élus qui portent le monde sur leurs épaules. Bonne excuse pour ne pas faire les courses ou la vaisselle... 
➤ « L’histoire de l’amour », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray. 

mardi 28 mars 2017

Roman : Dans la tête d’une femme amoureuse


Gilda a un gros défaut : tomber follement amoureuse des hommes à problème. En plein été, lors d’une soirée chez sa sœur, Patrick entre dans sa vie. En plein divorce, il lui avoue être assez pessimiste. Et si c’était lui le grand amour de sa vie ?
Elle le recontacte, malgré les avertissements de Lady, son double qui « vit dans sa conscience ». Ce roman de Géraldine Barbe, au ton léger et désinvolte, parfois naïf, permet aux hommes de comprendre comment fonctionnent les femmes. Ces dernières se reconnaîtront certainement dans les aventures sentimentales de Gilda. Ensuite, dans ce roman, on ne peut que se demander quelle est la part de fiction et de vécu. La réponse vient de la bouche de Lady : « Les auteurs sont une race à part. Tout ce que je peux en dire c’est que contrairement à la croyance populaire, ils ne vivent pas d’amour mais de fantasmes. »
Alors, à vous de tenter de démêler le vrai du faux, de rire ou pleurer, de croire ou d’être sceptique sur les amours de Gilda. 
➤ « Tous les hommes chaussent du 44 » de Géraldine Barbe, Éditions du Rouergue, 14,50 €

De choses et d'autres : Elève Macron, au piquet !

« Elève Macron, au piquet ! » La formation de banquier peut mener à la présidence de la République, mais n’est pas la panacée en géographie. Emmanuel Macron en a sorti une belle ce weekend.
Alors que les journalistes l’interrogent sur son sentiment face à la crise et la grève générale en Guyane, il répond, sérieux, « bloquer le fonctionnement de l’île ne peut être une réponse apportée à la situation. » Petit rappel : le département, frontalier avec le Brésil et le Surinam, n’est pas une île. Comment expliquer cette erreur ? Les fans ont compris « île de Cayenne », expression utilisée pour désigner l’agglomération. Un peu tiré par les cheveux. J’opterai plutôt pour une généralisation de ce que l’on désigne comme les « poussières de l’empire », ces territoires perdus sur les océans. Iles minuscules, derniers vestiges d’une puissance coloniale. La Réunion où il tenait meeting justement, Tahiti, Wallis, la Guadeloupe, Miquelon… toutes des îles. Sauf justement la Guyane. Le piège !
Ce n’est pas la première fois que le candidat d’En Marche trébuche en géographie. Dans son livre programme, il situait Villeurbanne en région lilloise.
A la place de ses soutiens, je me méfierais de ses prochains voyages. S’il vient à Perpignan, le terrain est miné. Il est capable de dire que la population est fière de la reconnaissance de sa langue… l’occitan. Ou pire, que Barcelone est la capitale de l’Espagne. Gare à la troisième erreur élève Macron, vous risquez le redoublement.
(Chronique parue le 28 mars en dernière page de l'Indépendant) 

lundi 27 mars 2017

Livres de poche : des auteurs originaux et rigolos




Quim Vargas est détective privé. Un vrai de vrai, qui officie à Bourges. Pour sa 3e enquête, son créateur, Olivier Bardy (un Catalan exilé dans le Berry) le plonge dans le grand cirque politico-médiatique de l’élection présidentielle. Exactement c’est son garde du corps, surnommé la Légion, qui a décidé de briguer le titre suprême. Jeux de mots dans chaque phrase, caricature hilarante : Bardy a beaucoup lu San-Antonio et en est devenu un digne disciple.
➤ « Môa président », De Borée, 9,90 €


Avec sa chienne Priscilla affublée d’une banane rose, Elvis sillonne les routes au volant de sa Cadillac ornée de cornes de vache pour aller donner des concerts. Abandonné à l’âge de 5 ans près des toilettes d’un restoroute, il a été recueilli par un couple d’épiciers fans de Georgette Plana, et est devenu Ze sosie officiel du King ! Nadine Monfils n’a pas son pareil pour imaginer des « monstres » littéraires.
➤ « Elvis Cadillac », Pocket, 6,30 €


Dans ‘Le Degré zéro de l’écriture’, Roland Barthes développe une savante théorie linguistique difficilement accessible aux non-initiés. Burnier et Rambaud s’en sont donnés à cœur joie en « dézinguant » le sabir du maître à travers ce dictionnaire « franco-Barthes » aussi iconoclaste que réjouissant. Tous les admirateurs de Barthes dotés du sens de l’humour sauront apprécier cet hommage repris en poche dans la collection « Le goût des mots ».
➤ « Le Roland-Barthes sans peine », Points, 5,90 €


De choses et d'autres : Pour et contre les allergies


Grande découverte scientifique : un laboratoire français vient de mettre au point un patch contre l’allergie aux arachides. Mine de rien, les cacahuètes sont redoutables. Dans la série télévisée américaine « The Big Bang Theory », un des personnages, Howard, redoute plus que tout le moindre résidu d’arachide dans ses plats préparés. Si par malheur il en ingurgite un soupçon, le choc anaphylactique le transforme en bonhomme Michelin, lui qui d’ordinaire pèse 40 kilos tout mouillé.
Une source de gags inépuisable, aujourd’hui compromise par la découverte française. Il restera aux scénaristes l’autre allergie de la série, celle de Leonard, intolérant au lactose. Pas de risque de mort rapide dans son cas mais des flatulences incontrôlables. Effet comique assuré pour qui sait rire de tout.
Personnellement, je préférerais un produit qui rend allergique. Comme dans Tintin et les Picaros : le capitaine Haddock ne peut plus ingurgiter la moindre goutte d’alcool sans avoir envie de recracher tant cela lui semble infect. Moi qui me bats sans cesse contre les kilos en trop, si la charcuterie prenait le goût du céleri cru, je fondrais à vue d’œil.
Mais le top serait d’inventer un remède contre le mensonge. Un perturbateur endocrinien qui vous oblige à dire la vérité. Certainement dévastateur pour nombre de Français dans leur vie quotidienne, mais au moins on bénéficierait d’une campagne électorale beaucoup plus digne. 
En bonus, Howard aux urgences (en vo) :

dimanche 26 mars 2017

BD : L’écrivain et son double



Rodolphe au scénario, Griffo au dessin : ce sont des valeurs sûres de la BD qui signent le premier tome de « Dickens & Dickens ». Dans le Londres du milieu du XIXe siècle, Charles Dickens, journaliste et romancier, aime se promener de nuit dans Londres. Il remarque un homme qui le suit. Un inconnu qui lui ressemble étrangement. Intrigué il demande à deux détectives, peu regardant sur les manières utilisées, de lui faire comprendre que cette filature doit cesser. Retrouvés égorgés, Dickens prend peur. À juste titre car l’inconnu n’est autre que lui. Réinventant le mythe du double fantôme (doppelganger) et de Dr Jeckyll et M. Hyde, l’histoire imaginée par Rodolphe permet à Griffo de dessiner des ambiances troubles avec fog et redingotes.
➤ « Dickens & Dickens » (tome 1), Vents d’Ouest, 14,50 € 

Polar : Écoutes fructueuses pour "La Daronne"


Ce polar de Hannelore Cayre commence comme un roman français contemporain. La vie du personnage principal, détaillée sur la première moitié du livre, est originale mais loin, très loin de la pègre. Petite fille sauvage, ses parents ont fait fortune dans le transport international. Mariée à un entrepreneur, elle a connu le vertige de l’extrême richesse quelques années. Mais un AVC a tout fait chavirer.
Depuis, elle vit seule dans un petit appartement parisien et survit en servant d’interprète pour les stups. D’origine juive, elle parle parfaitement l’arabe. Souvent mieux que les petits dealers qu’elle écoute à longueur de journée. Fière de son titre de veuve, à presque 50 ans elle tourne un peu en rond.
Alors, dans la seconde partie du roman, elle plonge dans l’inconnu quand un go fast tourne mal. Elle garde les informations pour elle et récupére des centaines de kilos de résine. Seule, elle devient la Daronne et va changer sa vie. Celles de beaucoup de truands et de flics aussi car quand de si grosses quantités disparaissent, les lésés sont très nombreux.
➤ « La Daronne » de Hannelore Cayre, Métailié Noir, 17 €

samedi 25 mars 2017

BD : La vie avant les voyelles



Le titre de la série interpelle. Au début tout le monde lit Franck. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de « a ». Frnck : quel drôle de nom pour un héros. Au début de l’histoire, ce gamin d’une dizaine d’années, orphelin, a bien la voyelle dans son nom. Sur le point d’être adopté, il préfère s’enfuir et en pleine forêt, tombe dans un trou d’eau. Quand il émerge, il a changé d’époque. Il est à la préhistoire. Pour preuve il se retrouve nez à nez avec un tigre aux dents de sabre. Des sauvages le sauvent. Et c’est là qu’il constate qu’ils parlent sans la moindre voyelle. Entre fantastique et humour, cette série écrite par Olivier Bocquet et dessinée par Brice Cossu est particulièrement entraînante. Les tribulations de Frnck chez Cro Magnon font rire, même si on devine, en arrière-plan, une intrigue familiale plus complexe.
➤ « Frnck » (tome 1), Dupuis, 9,90 €

De choses et d'autres : l'Eden français


Et si toutes les solutions à nos problèmes se trouvaient dans les émissions de télé- réalité ? Celles du genre de Survivor, devenue Koh Lanta en France. En Angleterre, ils ont poussé le concept encore plus loin. Eden, dans un coin retiré d’Ecosse, suivait la vie d’un groupe coupé du monde pendant une année complète. Ils viennent de mettre fin à l’expérience. Avec une surprise au bout du suspense : l’émission n’a pas rencontré le succès escompté et n’est plus diffusée depuis six mois. Channel 4 a quand même continué à tourner mais n’en diffusera qu’un résumé programmé « prochainement ».
La campagne de la présidentielle avec ses coups bas, révélations et attaques incessantes me rappelle par moment un mauvais épisode de Koh Lanta. Pour mettre fin à ce chaos électoral, pourquoi ne pas larguer les 11 finalistes sur une île déserte et les laisser se débrouiller entre eux quelques mois. Hamon signera-t-il enfin l’alliance avec Mélenchon ? Macron, sans ses soutiens, retombera de son piédestal, bon élève en théorie mais incapable de scier une branche ou d’attraper le moindre poisson. Marine Le Pen, trop autoritaire, risque de se retrouver bannie du groupe en quelques heures. Fillon, en teeshirt et bermuda, rencontrera l’unique l’occasion de vivre tel un simple quidam.
Et tous ne viseront qu’un but : devenir meilleur pote avec Jean Lasalle, le seul capable de traire une brebis, et Philippe Poutou, ouvrier adroit de ses mains.

vendredi 24 mars 2017

BD : Plaies d’Afrique dans "Katanga" de Nury et Vallée


Dans « Il était une fois en France », Fabien Nury et Sylvain Vallée ont romancé les pires heures de la collaboration. Le même duo se reforme pour retracer la période tout aussi trouble de la décolonisation. L’histoire se déroule au Congo en 1960. La Belgique vient d’accorder au pays son indépendance. Au grand désespoir des groupes miniers obligés de traiter avec les nouveaux maîtres du pays. À moins de provoquer une scission du pays. C’est ce qui se passe au Katanga, une des régions les plus ruches du pays. Un gouvernement fantoche est mis en place et des mercenaires engagés pour former les soldats locaux et maintenir l’ordre autour des mines de diamants et de cuivre. Dans ce premier tome, les principaux personnages sont présentés, du gangster corse au ministre katangais descendant du créateur du royaume en passant par la prostituée engagée comme espionne. 72 pages denses, pleines d’actions violentes, de rebondissements et de suspense. Du très grand spectacle comme Fabien Nury sait si bien en écrire pour son dessinateur.
➤ « Katanga » (tome 1), Dargaud, 16,95 €