jeudi 4 août 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Zone frontière (1/3)

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"Tu es fou !" me lance ma femme. "Pas le choix, plus de cartouche (*). » « Alors ce sera sans moi !" Logique. Qui aurait l'idée saugrenue d'aller au Perthus un 3 août ? Excepté les milliers de touristes qui, sans jamais l'avouer, choisissent les plages des Pyrénées-Orientales pour leur proximité avec ce marché géant de l'alcool et du tabac.
J'espère éviter le pire en partant tôt. Mais même à 8 h 30, on roule au pas sur le dernier kilomètre de la nationale. Connaissant ma propension à rater mes créneaux, j'évite la rue centrale et oblique directement vers le parking 2, celui des hauteurs. La bonne idée que voilà. Des places en pagaille et surtout la possibilité de prendre un peu de fraîcheur dans une chênaie ouverte à la promenade. Mais je ne suis pas là pour faire de la randonnée touristique. Seul l'attrait des prix cassés me conduit dans cette zone frontière.
Le problème du parking en hauteur, c'est qu'il faudra au retour gravir un long escalier (87 marches exactement) pour récupérer mon véhicule. A entendre l'accent des autres piétons, plus de doute, je suis arrivé. Je croise un hipster parisien tatoué de partout et des vacanciers ch'tis qui se demandent s'ils sont déjà en Espagne. Remarque pleine d'à-propos de la charmante quadra en robe bleue : "Non. On est encore dans la partie française. Sinon mon téléphone me l'aurait dit." La belle et aveugle confiance dans les miracles de la géolocalisation. 9 heures. Me voilà dans la place. Comme des centaines de visiteurs. La mêlée commence.
(*) Il ne s'agit ni de cartouches d'encre et encore moins d'armes...

mercredi 3 août 2016

THRILLER : La Norvège, son pétrole et ses sectes

Ce thriller efficace brouille les piste entre secte chrétienne, intégristes islamistes et anciens nazis.

La Norvège, pays nordique prospérant sur ses réserves pétrolières, a tout pour être un petit paradis. Pourtant, le pays n'est pas à l'abri de certaines dérives. On se souvent du massacre commis par le néo-nazi Breivik et le roman policier d'Ingar Johnsrud ne va en rien rassurer les lecteurs. Les pratiques politiques de ce pays sont parfois très peu recommandables. Première partie d'une trilogie, cette enquête du commissaire Fredrik Beier débute par une multitude de fausses pistes. Le héros, à peine remis d'un grave accident qui l'a laissé claudiquant, divorcé et en deuil de son dernier enfant, est sur la touche. Il tente de retrouver un peu d'allant dans son métier. Mais le traumatisme est important.
Un flic au bord de la rupture, incapable de se concentrer et encore moins de faire des efforts physiques. Quand la chef du principal parti de droite demande à la police de retrouver sa fille et son jeune enfant, disparue depuis quelques semaines, c'est vers Beier que la hiérarchie se tourne. Le sujet est sensible, mais sans risque. A priori. La jeune femme, une brillante chimiste, a tout plaqué pour rejoindre une secte chrétienne retirée dans une ferme. Beier n'a pas le temps de se rendre à « La lumière de Dieu » qu'un tueur y commet un massacre.
Cinq morts et le reste de la communauté envolé. Principal suspect : un islamiste radical pris pour cible par le pasteur retrouvé égorgé.
Ennemis intérieurs
Beier conserve l'affaire et bénéficie même de l'aide d'un membre des services secrets norvégiens. Kafa Iqbal, originaire du Pakistan, est la spécialiste de ce milieu religieux, « la jeune femme élancée avait la peau plutôt olivâtre que mate et une raie sur le côté partageait ses cheveux noirs et épais. Son visage était large avec des mâchoires arrondies, le menton fin et bien dessiné. Ses yeux brillaient comme deux pièces de monnaie qui vous regardait bien en face. » Si la collaboration est très délicate dans un premier temps, ils vont apprendre à s'apprécier (voire un peu plus car Beier n'est pas insensible à ce charme oriental), notamment quand ils croisent le tueur, un monstre de violence qui cache bien son jeu derrière un masque en silicone.
L'hypothèse musulmane s'évapore rapidement, simple mise en scène pour lancer les enquêteurs sur une piste erronée. En vérité, les ennemis de la secte sont intérieurs et très haut placés. Ce pavé sans temps mort, donne également un éclairage intéressant sur le passé du pays, quand dans les années 40, certains politiques locaux trouvaient un grand intérêt à collaborer avec l'Allemagne aryenne.
Et la force du roman réside dans son final, totalement ouvert, avec un sacré challenge à relever pour Beier et Iqbal dans les prochains épisodes.
« Les adeptes » d'Ingar Johnsrud, Robert Laffont, 21 €.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Lettre du passé (3/3)

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Messieurs, je suis en rage. La leçon racontée dans le récit fantastique que m'a consacré Prosper Mérimée en 1837 ne vous a donc rien appris ? Clairement écrit sur le socle, l'avertissement ne prête pas à confusion : "Prends garde à toi si elle t'aime." Oui, toute femme amoureuse est redoutable. Et jamais au grand jamais vous ne devrez le perdre de vue. Un engagement, on le prend pour la vie. Et en cas de rupture, la mort est au rendez-vous. Nous sommes ainsi, nous, les œuvres d'art : excessives et possessives.
Certes il est difficile de ne pas tomber sous le charme. Presque nue, je dévoile fièrement ma poitrine, des siècles avant la mode du monokini sur les plages de Méditerranée et d'ailleurs. Un simple drap cache le reste de ma nudité. J'attire les regards et ensorcelle. Mérimée le premier a compris la fascination exercée par mes courbes mais aussi mon visage : "Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais rien vu d'aussi beau."
Vous savez messieurs que les femmes ne sont pas partageuses. Et malgré tout vous continuez à nous considérer comme des objets, corvéables à merci, carrément jetables après "utilisation".
N'oubliez pas que toute femme est une déesse, ses pouvoirs sont immenses, bien supérieurs à votre stupide force physique. Ne nous faites pas souffrir au risque de tout perdre. Non je ne suis pas de marbre. Au contraire ma chair est de bronze. Ce métal lourd et sombre dont on fabrique aussi les canons. Pas de beauté, mais de destruction massive.
La Vénus d'Ille (P. P. Michel Litout)
Chronique parue en dernière page de l'Indépendant du Midi le mercredi 3 août.

mardi 2 août 2016

BD : Manara soft


Autre dessinateur italien spécialiste des histoires érotiques, Manara est lui toujours actif. Il vient de vendre des toiles de Brigitte Bardot au temps de sa splendeur. Et son œuvre est rééditée dans une collection qui lui est dédiée. Nouvel opus avec ces « Odyssées initiatiques » reprenant « L'homme des neiges » et « L'homme de papier ». Mais attention, ces deux histoires sont excessivement sages. La première, sur un scénario de Castelli, évoque le Yéti. Pas une seule femme à l'horizon. Beaucoup de spiritualité à la place dans cette BD datant de 1979. La seconde histoire, assez déjantée, voit l'apparition d'une indienne peu vêtue, mais rien à voir avec le « Déclic ». Reste de superbes dessins dans les neiges éternelles ou le désert américain.
« Odyssées initiatiques », Glénat, 19,50 €.


DE CHOSES ET D'AUTRES : Lettre du passé (2/3)

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Chers amis, bien des années après mon départ, je vous donne de mes nouvelles. Enfoui dans ma profonde tombe, j'ai beaucoup dormi. Et puis le 21 juillet 1971 la lumière du jour a éclairé mon visage. Si la nature environnante n'a que peu changé, la faune est moins riche. Pas un seul rhinocéros à l'horizon. Pourtant ces bêtes pullulaient au moment de mon arrivée dans la région. Que ne donnerais-je pas pour un bon steak de rhino. Même si mes vieilles dents n'ont plus la résistance nécessaire pour déchirer les chairs juteuses. Élément immuable par contre, l'accueil hostile des hominidés du coin. Ils ne m'ont jamais permis de franchir la rivière. Une frontière qu'ils gardent farouchement contre toute invasion.
Il est vrai que nous, Homo heidelbergensis, sommes originaires de Mauer là-haut dans le Nord. Nous ne portons pas ces étranges coiffes rouges symboles d'appartenance des tribus autochtones, ni ne mangeons comme eux des escargots. Dans leur langage caractéristique ils expliquent que nous ne sommes pas les bienvenus : "Groumpf, ici péica tal'han, pas pour om'doc !".
J'ignore tout de ces "om'doc". Peut-être des Néandertaliens ? Il paraît que finalement ils ont pris le dessus. Du moins c'est ce qu'il semble émerger des discussions autour de moi, même si le sujet indiffère les jeunes qui ont perdu leurs réflexes primitifs de chasseurs. Ces mêmes écervelés ne boudent cependant pas mes conseils lorsqu'il s'agit de capturer leurs Pokémons...
L'Homme de Tautavel (P. P. Michel Litout)
Chronique parue en dernière page de l'Indépendant du Midi le mardi 2 août. 

lundi 1 août 2016

BD : Anita de Crepax, ultra branchée



Guido Crepax a longtemps été le meilleur dessinateur de BD érotique au monde. Ses séries, souvent publiées dans Charlie Mensuel, étaient de véritables odes à la beauté des femmes. Ses séries portaient le prénom de l'héroïne fort dévêtue. Il y a eu Valentina mais aussi Justine, Bianca ou Belinda. Sans oublier Anita dont les quatre albums viennent d'être réédités dans la collection Erotix de chez Delcourt. Anita, secrétaire, est fascinée par la télévision. Le soir, seule chez elle, elle fixe l'écran et plonge dans des rêves érotiques. Elle sera aussi fascinée (et très excitée) par le téléphone ou les ordinateurs à une époque où internet n'était même pas inventé. On admirera le talent de visionnaire de Crepax en plus de son talent de dessinateur absolument sans concurrence quand il s'agit de dessiner une chute de reins ou le galbe d'un sein.
« Anita » (intégrale), Delcourt, 22,95€

DE CHOSES ET D'AUTRES : Lettre du passé (1/3)

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Chers amis, voilà plus d'un siècle que je suis en vacances prolongées. Contre mon gré. Ce 31 juillet 1914, loin de me prélasser, tout en dînant au café du Croissant, je mettais la dernière touche à un texte essentiel pour la préservation de la paix quand un jeune exalté m'a tué à bout portant. Depuis, la France a subi nombre de guerres. A l'intérieur et hors de ses frontières. Mort en pacifiste, j'ai dû contempler en silence la montée des sentiments belliqueux et la récupération de mon image.
Et l'avenir de mon pays semble bien sombre si j'en crois ce qui s'est passé samedi après-midi au pied de ma statue à Perpignan. Le parti socialiste, dont j'ai fondé la première version, me rend traditionnellement hommage. Arrivent alors des contre-manifestants. Ils se revendiquent eux aussi de mon héritage, pour dénoncer la « loi travail » comme mon combat contre les « lois scélérates » dans les années 1890.
Mes héritiers « officiels », sans doute tourneboulés par ce soleil du Midi qui tape fort en été, plutôt que de tenter de trouver un terrain d'entente, ont choisi la pire des solutions de mon point de vue : la violence. Rien de bien méchant, quelques gifles et bousculades, mais malheureusement le symbole est fort. Comment accorder le moindre crédit à ceux qui se revendiquent de ma pensée s'ils bafouent ce qui m'a permis de rester dans l'histoire de France : une farouche volonté de non-violence ?
A croire que cette gauche que j'ai tant aimée, tant portée et choyée, a fait sienne le slogan de son opposante de droite : « Être la plus bête du monde ». 
Jean Jaurès (P. P. Michel Litout)
Chronique parue le lundi 1er aout en dernière page de l'Indépendant Perpignan. Photo Nicolas Parent

dimanche 31 juillet 2016

BD : SKY-DOLL, JOLIE POUPÉE



Il a fallu une sacrée dose de patience aux fans de la série Sky-Doll de Canepa et Barbucci. Après trois albums, silence durant dix ans avec la scénariste occupée par son rôle de directrice de collection. Barbucci a lui signé plusieurs albums d'Ekhö, peaufinant son trait onctueux. Nouveau départ donc pour la jolie Noa, androïde construite pour nettoyer les astronefs mais qui a pris le large, consciente de ne pas être qu'une machine. Réfugiée sur la planète Sudra, elle améliore le quotidien en monnayant son don: celui de ressusciter les morts. Mais son concepteur retrouve sa trace. Cette série de science-fiction, totalement atypique, propose aliens originaux, explications métaphysiques (pas loin des histoires à la Jodorowsky) et surtout des dessins et des couleurs d'une extraordinaire beauté. Il existe même une version luxe grand format en noir et blanc pour les esthètes.
« Sky-Doll » (tome 4), Soleil, 14,95 €


samedi 30 juillet 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Michel passe à la radio (2/2)

Radio Michel tourne en boucle sur mon ordinateur. Pas que j'apprécie spécialement Sardou ou Berger, mais la webradio permet également de rire de bon cœur aux jingles bricolés par les concepteurs du projet. Mélanie le Beller et Julien Baldacchino ont tous les deux 25 ans et chantent comme des pieds. Quand ils fredonnent "Radio Michel, la radio de tous les Michel" sur l'air des "Poèmes de Michelle" de Teri Moïse, on comprend mieux leur credo expliqué dans un article de l'Obs "Ça reste de la grosse déconnade !

Si Radio Michel reste confidentielle, on s'en fiche un peu. On se marre bien et c'est l'essentiel." Et question chansons idiotes, le choix ne manque pas dans la programmation. Ne ratez pas "C'est Michel" de l'interprète éponyme dont le texte débute par ces vers inénarrables "Des mocassins en croco, une moustache à la Franco, c'est Michel". Sur un air techno entêtant, suivez cette caricature de beauf dans une virée en boîte jusqu'à sa rencontre avec... Michèle.
Dans le genre parodie, il existe aussi un certain Michel Bléro, spécialiste des reprises de tubes actuels, avec paroles grivoises comme le très hot "Aïe, je vais te pécho !".
Michel, prénom pourtant très commun, est devenu depuis quelques décennies la personnification d'un ignare un peu demeuré. Des vidéos de "Michel" tournent sur le web, concurrence frontale aux exploits des "Régis". Alors à quand une "Télé Michel" avec Denisot, Field, Polac, Drucker et des films de Galabru, Boujenah, Audiard ou de Michel Simon ?
En bonus : une compilarion de "Régis". 

vendredi 29 juillet 2016

DVD et blu-ray : Le premier eco-terroriste de l'espace dans "Silent Running"

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Tourné au début des années 70, "Silent Running", film de science-fiction aux effets spéciaux soignés, est en réalité un des premiers manifeste pour la préservation de l'environnement sur terre. Dans un futur proche, la pollution a eu raison de toute végétation sur la planète bleue. Pour sauver un hypothétique avenir, il est décidé de recréer des dômes accueillant un grand échantillon de la flore terrestre. Dômes lancés aux confins de l'espace, aux bons soins de quatre astronautes plus ou moins motivés.


Si trois des pilotes n'en peuvent plus de tourner en rond dans la base, le quatrième, Freeman Lowell (Bruce Dern) s'extasie chaque jour un peu plus face à cet équilibre naturel. La quiétude des arbres, les légumes et fruits nourriciers : il est persuadé qu'il est en train de sauver l'avenir de la race humaine. Par contre ses supérieurs ne sont pas de cet avis. Programme trop cher. Abandon immédiat du projet et destruction des dômes par le feu nucléaire. Freeman ne le supporte pas. Au dernier moment, il s'oppose à un de ses collègues et le tue à mains nues. Ensuite il se débarrasse des deux autres et lance son arche de Noé végétale dans l'espace inconnu. Le scénario, un peu faible sur certaines séquences, n'en demeure pas moins d'une incroyable lucidité quant à l'œuvre de destruction de la race humaine sur terre. Est-il encore temps de changer ?
Le film, au début des années 70 se voulait un signal d'alerte. Sans véritable effet quand on voit l'état de la planète un demi-siècle plus tard. Premier film de Douglas Trumbull, "Silent Running", malgré un petit budget, a bénéficié d'effets spéciaux impressionnants. Entre la reconstitution de l'intérieur du vaisseau spatial dans un porte-avions désaffecté ou l'animation de trois robots, "Silent Running" fait partie de ces films pionniers.
Pourtant l'ancien responsable des effets spéciaux de "2001 odyssée de l'espace" n'a pas confirmé dans cette veine. Les bonus du coffret permettent de savoir ce qu'il est devenu. Un long making-of donne aussi une foule d'informations sur le tournage, du choix de Bruce Dern au casting très particulier pour animer les robots.
"Silent Running", Wild Side Vidéo, coffret DVD et blu-ray, 25 €.