L'art, paraît-il, fait maigrir. Emballement médiatique la semaine dernière autour d'un prétendu "régime Giacometti". Expérience auprès de 128 personnes,des chercheurs suisses placent chaque cobaye devant un bol de chips et un écran d'ordinateur. Pour la moitié l'écran reste blanc, l'autre contemple une sculpture d'Alberto Giacometti, pape de la forme squelettique. Résultat de l'expérience, 21 % de chips en moins englouties par les hommes et femmes qui se trouvent face à la forme maigre du sculpteur. Donc, l'art fait maigrir. Du moins, celui de Giacometti. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis sceptique. N'est-ce pas tout simplement l'ennui qui a poussé les cobayes de l'écran vide à boulotter les chips ? Perso, quelle que soit l'image affichée, l'attraction des chips prévaudrait. Pour être crédible cette expérience aurait dû être complétée par une autre. Pourquoi ne pas avoir proposé des peintures de Fernando Botero ? Thèse, antithèse. Maigreur contre rondeur. La complexité de l'esprit humain permet d'envisager les deux solutions. Manger encore moins de chips pour ne pas ressembler à ces femmes proches de l'obésité morbide (d'un point de vue strictement médical), ou s'en délecter en se persuadant qu'elles aussi doivent aimer cette "junk-food". Après on peut aussi imaginer la solution extrême. Au lieu de la représentation, offrez-vous une véritable œuvre d'Alberto Giacometti. Vu le prix du marché, il ne vous restera plus grand-chose pour acheter à manger.
Dans le Paris grouillant du Moyen âge, la justice est expéditive. Son bras est incarné par le Bourreau, mystérieux personnage masqué, capable de retrouver les tueurs et autres malandrins pour leur faire payer le prix fort. Cette histoire de Mathieu Gabella mise en images par Julien Carette a des airs de super-héros historique. Mais l'intrigue se révèle bien plus complexe. Ce Bourreau n'est que le bras armé de notables qui font la pluie et le beau temps. Il tue sans poser de questions, invincible tant qu'il reste anonyme. Le récit se déroule sur deux niveaux temporels. Lors de la mission du Bourreau pour châtier les tueurs d'une noble dame et 20 ans auparavant, quand il a été recruté par le précédent exécuteur masqué qui lui a appris les rudiments du "métier". Un soupçon de fantastique avec l'apparition d'un Bouffon justicier donne à l'ensemble un attrait certain, dans la lignée de l'autre série de Gabella, "La Licorne". "Le Bourreau" (tome 1), Delcourt, 14,95 euros
Homme de l'ombre durant ses jeunes années, Emmanuel Macron, une fois bombardé ministre de l'Économie par François Hollande, a-t-il succombé à l'appel des sirènes de la médiatisation ? Non seulement il lance son propre mouvement "En marche !", mais en plus il se targue d'aller au contact du peuple. A ses risques et périls comme la semaine dernière à Lunel. Le beau gosse, chouchou des sondages (des sondeurs plus exactement), tombe le masque en pleine rue. Abordé par des manifestants hostiles à la loi travail, à bout d'argument, le ministre ose cette réplique digne des pires moments de la lutte des classes : "Vous n'allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler." Sortie de route directe. La phrase à ne pas dire. Surtout quand on appartient à un gouvernement se revendiquant toujours de gauche. Le fameux "costard" de Macron symbolise à merveille la fracture entre la grande majorité et cette petite élite, inamovible, qui roule tantôt pour un camp, tantôt pour l'autre. Mais toujours vêtu de ce même costume de luxe, image désuète d'une prétendue réussite. La triste réplique pleine de suffisance de Macron a bien évidemment été moquée sur les réseaux sociaux. D'autant plus que les militants d'"En marche !", samedi, pour leur première sortie officielle, offraient des tee-shirts aux badauds. Franchement, de costumes, des cravates à la limite, auraient été plus en accord avec les déclarations de leur mentor. Ce qui s'appelle se faire tailler un costard.
Ecrivain américain au succès indéniable en France, Robert Goolrick offre un joli cadeau à ses lecteurs hexagonaux. « L'enjoliveur » est une grosse nouvelle spécialement écrite pour les éditions Anne-Carrière. Ce texte nous plonge dans l'enfance de l'écrivain de « Féroces » et « Arrive un vagabond ». Le petit Robert, comme ses copains de la ville de province où il tente de survivre entre deux parents alcooliques, est fasciné par les enjoliveurs des voitures. Des jouets qui peuvent aussi se transformer en dangereux objets s'ils sont lancés avec force ou servent de réceptacle à des embrasement d'huile. L'occasion aussi de parler de sa grand-mère, qui a failli le tuer un « matin givré de février » et de sa mère qu'il « avait toujours vue saccager systématiquement sa propre existence avant de s'attaquer à celles de ses proches » et qui pourtant, « avait jadis connu l'amour ». « L'enjoliveur » de Robert Goolrick, Anne Carrière, 12 euros
Vincent Ravalec, s'amuse à raconter comment un romancier tente de modifier un thriller qui devient réalité. Pas tendre le nouveau roman de Vincent Ravalec. Même s'il est question de bonbon dans le titre, le texte n'est pas aussi rose que la couverture. Car le bonbon dont il est question dans ce thriller provincial, mystique et farfelu, est désespéré. Tout commence dans l'esprit d'Origène Pildefer. Cet employé de médiathèque tente, en vain, de publier un roman. Après plusieurs refus, il décide de travailler son prochain texte avec l'aide de ses élèves de l'atelier d'écriture qu'il anime en soirée. Nouveau refus. Il est sur le point d'abandonner quand il croise à Paris, trois des personnages de son texte refusé. A-t-il des pouvoirs médiumniques ? On ne le saura pas exactement, mais Vincent Ravalec, sur cette idée saugrenue, plonge dans un roman gigogne. Origène, pour vérifier si la fiction pouvait devenir réalité, suit les trois jeunes femmes qu'il a imaginées et découvre que comme dans le roman, elles vont passer le week-end dans un village paumé de province. Elles doivent assister à une procession religieuse autour d'une sainte, au pied de la statue d'une friandise en train de fondre intitulée "Bonbon désespéré". Le périple se termine dans un labyrinthe de souterrains creusés sous un château. Problème : elles n'en reviendront jamais. Du moins dans le manuscrit, elles meurent violées et torturées. Peut-il alors changer le cours de l'histoire, réécrire pour que la fin soit moins trash et gore ? Une course contre la montre racontée avec brio par un Vincent Ravalec très à l'aise dans ces changements de niveau de narration. Grâce aussi à la multitude de personnages tous plus iconoclastes les uns que les autres, des notables grotesques en passant par les voyous psychopathes sans oublier la flamboyante Suzette, fille de la bonne du curé, frustrée sexuellement mais qui découvre durant ce fameux week-end un formidable et insoupçonné amant. "Bonbon désespéré" de Vincent Ravalec, Editions du Rocher, 16,90 euros
Sans être abonné à Netflix ni avoir vu les deux premiers épisodes de la série diffusés en prime time sur TF1, je peux affirmer avec certitude que "Marseille" deviendra un programme culte. Il suffit de voir quelques extraits méchamment distillés par des "admirateurs" au second degré. Si j'en crois ces petites vidéos, il y est essentiellement question de sexe, d'ambition et d'accent. Présenté comme la "House of cards" à la frenchie, Marseille est plutôt un mix de "Plus belle la vie" chez les bourgeois et d'une pagnolade du temps des Raimu et autres Fernandel. Si Depardieu en politique bien installé n'en fait pas des tonnes, on ne peut pas en dire autant de Benoît Magimel, qui de l'avis de tous les critiques, est la véritable vedette de l'histoire. Attraction plus exactement. Affublé d'un accent du sud assez changeant, il surjoue en permanence et passe son temps à grimacer. Grimace quand il prépare un coup tordu. Grimace quand il "honore" une collaboratrice entre deux rendez-vous. Grimace quand il se baigne. Le tout avec des dialogues dignes des plus grands textes surréalistes. "C'est moi qui vais t'enculer avec une poignée de graviers en prime", "À part ma queue, qu'est-ce que tu veux ?" sans oublier celle qui, si vous ne prenez pas au second degré, risque de vous faire tomber au trente-sixième dessous. Magimel, nu dans une piscine, caresse un opposant politique tout aussi dénudé et lui demande, angélique, "Vous trouvez pas ça bizarre... qu'on se touche le zob en parlant de Picasso ?" Toute la série y est résumée : vulgaire, improbable et irrésistiblement comique.
Comment rendre intéressant un film sur la crise de l'immobilier américain, les fameuses subprimes provoquant l'expropriation de millions de foyers modestes incapables de rembourser leur emprunt. Ramin Bahrani, jeune réalisateur, a placé son film "99 homes" sur le plan humain. Dennis Nash (Andrew Garfield), le principal protagoniste, ouvrier dans le bâtiment, est directement concerné. Au chômage, seul pour élever son fils, avec sa mère à charge, il est persuadé que le tribunal écoutera ses arguments. Mais la justice américaine ne lui accorde que 60 secondes. Une minute pour voir sa vie s'écrouler, sa maison saisie par la banque. Entre alors en action Rick Carver (Michael Shannon), le courtier en immobilier chargé de récupérer le bien pour l'établissement financier. Un expert en opération délicate, sans états d'âme. Il se fait aider par des policiers qui ont toute latitude pour arrêter les récalcitrants. Pour Nash, c'est la personnification même de ses malheurs. Paradoxalement c'est aussi son sauveur. Carter, séduit par la volonté de Nash, lui propose des petits boulots. Puis il le forme pour devenir son adjoint. Même si ses trafics sont à la limite de la légalité, Nash accepte de le suivre. Car il n'a qu'un seul et unique désir : récupérer sa maison.
Le film semble parfois un peu grossir le trait. Mais les acteurs, excellents, parviennent à faire accepter des situations extrêmes. La fin, relativement ouverte, laisse quand même un petit espoir de rédemption, même si les dégâts sont souvent irréparables. On retiendra surtout de "99 homes" la performance de Michael Shannon dans le rôle du 'méchant'. Certes il est odieux et détestable, mais il reste cohérent, comme si, en y réfléchissant bien, son attitude était compréhensible, pour ne pas dire excusable. La loi du marché... DVD et blu-ray sont proposés avec un long entretien croisé entre le réalisateur et son interprète enregistré au festival de Deauville, où le film a remporté le grand prix en 2015. "99 homes", Wild Side Vidéo, 19,99 euros
Belle opération du Livre de Poche en faveur de l'Unicef. 17 grands noms de la littérature et de la culture francophones (Maxime Chattam, Jean-Louis Fournier ou Romain Puértolas, entre autres) s'unissent pour agir en faveur de l'éducation des enfants dans le monde. Ces nouvelles explorent le continent infiniment riche de l'enfance. « Enfant, je me souviens... », Le Livre de Poche, 5 euros (1,50 euro sont reversés à l'Unicef pour chaque livre acheté)
Yasmina Reza est connue pour ses pièces de théâtre jouées avec succès depuis des années dans le monde entier. Mais elle a également écrit récits et romans qu'il est toujours bon de redécouvrir. Folio ressort trois de ses textes montrant la richesse de son talent : « Une désolation » (5,90 euros), roman, « Le dieu du carnage », pièce et théâtre (5,20 euros) et « Nulle part » (3 euros), bouleversant récit sur l'enfance.
Comment surmonter une relation toxique ? Lucia Etxebarria, célèbre romancière espagnole (Amour, Prozac et autres curiosités) a puisé dans son expérience personnelle pour donner des clés à ses lectrices empêtrées dans la même situation qu'elle. Moins léger, plus instructif, un essai essentiel face au mal du siècle. "Ton cœur perd la tête", 10/18, 8,10 euros
Satire du milieu littéraire, ce roman de Joachim Zelter relativise tous les succès de librairies. Le narrateur est écrivain. Un romancier qui peine sur son nouveau bouquin. Un jour il reçoit un mail d'un inconnu simplement intitulé "Selim Hacopian a écrit un livre". Ce Sélim, originaire d'Ouzbékistan, va entrer dans sa vie, l'abordant en lui donnant du "Monsieur l'écreuvain" s'incrustant, cherchant des conseils, des idées pour finaliser son œuvre. Problème, Selim ne sait pas écrire. Mais il a une arme absolue : son CV. Une vie aventureuse qui interpelle une maison d'édition qui répond à ses sollicitations par un incroyable "Nous en voulons plus". L'immigré, chargé du nettoyage des rayonnages d'une bibliothèque, se retrouve bombardé écrivain à succès. De quoi miner le moral du narrateur, nègre involontaire de Selim. 'Monsieur l'écrivain', Joachim Zelter, Grasset, 13 euros
A l'ouest, rien de nouveau. Très à l'est de l'Europe par contre se concentrent les modes et dérives de nos sociétés occidentales. Au Japon et de plus en plus enCorée du Sud, sorte de concentré du pire comme du meilleur des nouvelles technologies. Les parents français ont tendance à se plaindre de l'addiction de leurs enfants à leur smartphone ; ils seraient catastrophés en Corée du Sud. Au point que le gouvernement a décidé de légiférer, mettant en place dès 2011 une loi dite "Cendrillon". En clair, les plateformes de jeux en ligne ont l'obligation d'en interdire l'accès aux moins de 16 ans entre minuit et 7 heures du matin. Une loi pour obliger la jeunesse à dormir la nuit. Pas si étonnant quand on sait que de récentes études démontrent que 10 % des jeunes Coréens s'avouent dépendants de ce type de distraction. Ils ne sont cependant pas les seuls dans le pays à abuser du smartphone. En moyenne, un habitant de la péninsule passe 4 heures par jour les yeux rivés à un écran. Une situation dramatique qui a conduit des artistes à organiser un happening appelé "Relax your brain" soit "Relaxez votre cerveau". Les volontaires, téléphone éteint, assis immobiles dans un parc pendant 90 minutes, avaient pour instruction de ne rien faire si ce n'est laisser vagabonder leur esprit. Un exercice "recommandé pour ceux qui souffrent de pensées compliquées", explique après coup l'un des protagonistes. Imparable. Excepté si l'on joue sur son smartphone dans le seul but de se vider la tête de ces fameuses "pensées compliquées".