mercredi 3 décembre 2014

Livre - Marseille la cosmopolite

A Marseille, rien n'est comme ailleurs. Dans la police par exemple, un flic a pour prénom Yugurthen. Bertrand du Chambon nous raconte son histoire.

A moitié juif, à moitié arabe (berbère exactement) : Yugurthen Saragosti est un cas à part. Policier à Marseille, il est souvent en duo avec Volpellio, plus classique dans sa vie et ses apparences. Gros, gras, fan de l'OM, d'origine Corse, il est sans cesse sur la corde raide entre légalité et magouille avec d'anciens truands. Pourtant la paire fonctionne bien et les résultats sont souvent là.
La première enquête de ce policier que l'on espère récurrent débute par la découverte d'un cadavre. Classique. Un « nonide » dans le jargon de la maréchaussée. Un non-identifié qui se révèle être un jeune beur, pauvre. Qui a pu le massacrer dans le quartier des Arnavaux. Et pourquoi ? Yugurthen s'intéresse d'autant à cette affaire qu'il reconnaît le mort. Il s'appellait Sadak et venait du Nord de la France. Il espérait repartir du bon pied à Marseille après quelques malheurs familiaux. Yugurthen a été son bienfaiteur durant quelques mois. Il l'a hébergé et aidé comme il a pu. Et puis Sadak a disparu. Il semblait aller mieux et avait trouvé du réconfort dans les bras d'une certaine Nadia.
Notre flic atypique va donc creuser cette affaire, sans jamais révéler à sa hiérarchie qu'il connaissait bien la victime. Sadak a vécu un grand amour avec une jeune femme. Ils ont eu un bébé. Mais quelques jours après la naissance, il est mort. Depuis lors, Sadak sombre. Rejetté par la femme qu'il aime, il devient SDF. Nadia doit certainement savoir ce qu'il faisait avant de mourir. Surprise, Nadia n'est pas une femme mais un travesti. Bien connu des milieux échangistes de Marseille. Et depuis quelques temps, elle se vendait avec un jeune homme qui ressemble étrangement à Sadak. L'affaire se corse. Du beau monde risque d'être mouillé.

Bertrand du Chambon, dont c'est le premier polar, a un style étonnamment riche et varié. Si Yugurthen a des réflexions à la limite de la philosophie, ses camarades (dont le fameux Volpellio) sont beaucoup plus terre-à-terre pour ne pas dire triviaux. Cela n'empêche pas notre policier de jouer le joli-coeur. Notamment quand il croise la route d'une mignone automobiliste. « Des cheveux châtain foncés, bien lisses et tirés en arrière avec quelques chose de flou, de floconneux... Des yeux vert d'eau soulignés d'un mascara sombre, des paupières un peu plissées, coquines. Un petit nez retroussé. Une bouche assez large, pulpeuse, faite pour le sourire et le baiser. » Coup de foudre dans les embouteillages marseillais, très présents dans le roman. Elle se nomme Mélodie et sera d'une grande utilité dans l'enquête. Mais l'auteur semble l'avoir inventée surtout pour pimenter son récit de quelques scènes qui auraient eu leur place dans les San-Antonio, quand l'autre célèbre flic français de la littérature policière enchaînait les aventures toutes plus chaudes les unes que les autres. Il est comme ça Yugurthen (et c'est pour ça qu'on l'aime tant) : philosophe et égrillard.

« Yugurthen », Bertrand du Chambon, Seuil, 18 €

mardi 2 décembre 2014

BD - Menace sur Paris en septembre 1914


Septembre 1914. la guerre vient d'être déclarée, l'armée allemande marche vers Paris. Joffre est aux commandes des troupes françaises. A Paris, les politiques sont de plus en plus inquiets. Deux camps s'opposent. Certains pensent que la déferlante allemande est trop forte. Il faut déclarer Paris ville ouverte pour empêcher les massacres et la destruction. D'autres préfèrent tout tenter pour sauver la capitale. Car si Paris tombe, il n'y aura plus d'espoir ailleurs en France. 
Le général Gallieni est sorti de sa retraite pour devenir l'adjoint de Joffre. Plus spécialement chargé de la défense de Paris, il refuse coute que coute de baisser les armes. En urgence il élabore des défenses sommaires et mobilise. Mais ses désaccords avec Joffre compliquent la situation. 
Quand les Allemands arrivent à quelques dizaines de kilomètres de la Tour Eiffel, ils font une erreur que Gallieni repère immédiatement. Il parvient à persuader Joffre d'abandonner cette attitude attentiste pour passer à l'offensive. C'est la fameuse bataille de la Marne. Une épopée militaire et stratégique racontée par Jean-Yves Le Naour et dessinée par Claude Plumail, illustrateur rigoureux, chantre de l'exactitude.

« Les taxis de la Marne », Bamboo, 13,90 €

lundi 1 décembre 2014

BD - Les réponses de Vandel

Philippe Vandel est une grosse tête. Ce journaliste qui a débuté dans les pages d'Actuel, a ensuite beaucoup écumé les plateaux télés puis les studios de radio. Devenu spécialiste du tout et du n'importe quoi, il a fait fructifier sa culture générale sans limite. C'est comme cela qu'il a imaginé la série des « Pourquoi ? » Une chronique radio originale entendue notamment sur France Info, radio où Philippe Vandel officie actuellement tous les jours. Le principe est simple : se demander la signification et les raisons de choses qui semblent évidentes. Comme « pourquoi les plaques d'égoût sont rondes ? » ou « pourquoi les moustiques piquent-ils ? » De la radio, ces réponses ont migré vers le livre et sont désormais adaptées en bande dessinée. Alan se charge des textes (sur les connaissances de Vandel) et Madd des dessins. Chaque question est traitée en une planche, avec plusieurs niveaux de lecture. Si l'explication est souvent amusante et rigolote, les dessins sont truffés de gags autonomes. Non seulement on apprend beaucoup de choses, mais en plus c'est hilarant. Le cadeau idéal pour les petits curieux qui ont un brin d'humour.

« Les pourquoi », Jungle & Kero, 10,95 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Danse incognito

Rayane Bensetti a remporté la 5e édition de l'émission « Danse avec les stars ». Je n'ai jamais entendu parler de Rayane Bensetti. Pourtant c'est bien lui la « star ». Si j'avais regardé ne serait-ce que quelques minutes de ce télé-crochet j'aurais peut-être su que ce jeune et beau gosse est acteur. Un pur produit TF1. Après une apparition dans Joséphine Ange gardien, il incarne un personnage récurrent de la mini série « Pep's » sur l'univers de l'école. On le verra également dans la série Clem, toujours sur la première chaîne. Sa victoire dans l'émission de danse me paraît un peu cousue de fil blanc. Comme la suite logique d'un contrat commercial. 

Est-il bon acteur ? Bon danseur ? Ne comptez pas sur moi pour vous répondre, je n'ai jamais eu l'occasion de voir ce jeune homme qui a débarqué sur les écrans à l'âge de 4 ans dans des spots publicitaires. En fait comme une grande majorité de Français, j'ai totalement zappé « Danse avec les stars ». Les audiences accusent une nette baisse par rapport aux précédentes éditions. La faute sans doute à un casting trop sportif. Pas assez de people et de scandales... 

Pour la saison 6 (elle aura bien lieu malgré les scores décevants) TF1 devra corser un peu la distribution. Aller chercher des « stars » un rien border line. Du Samy Naceri (s'il parvient à tenir debout...) du Valérie Trierweiler (histoire d'énerver un peu plus François en la montrant langoureuse voire lascive dans les bras de son coéquipier). Le top ? Nabilla évidemment. Mais la prod devra bien de planquer tous les couteaux. 

dimanche 30 novembre 2014

Thriller - N'ouvrez jamais les yeux !

Dans un monde futuriste, plongé dans l'obscurité par nécessité, Josh Malerman fait trembler ses lecteurs sans jamais décrire la menace qui anéanti la planète.

Le premier incident est apparu en Russie. Un homme est pris de folie subite. Il tue plusieurs de ses proches et se suicide. Des phénomènes qui se reproduisent et se propagent. Comme une épidémie. Un premier cas est signalé en Alaska. Puis ce sont les autres états d'Amérique qui sont touchés. Les tueries suicidaires sont localisées puis généralisées. En quelques semaines il n'est plus question que de cela partout dans les médias. Après bien des suppositions erronées, il semble que les crises sont déclenchées par la vue de quelque chose. Certains parlent de « créatures » qui seraient en train d'envahir la planète. Mais cela reste en l'état de supposition. En fait, personne ne peut témoigner après avoir été touché par l'épidémie. Alors certains se disent que la meilleure façon de survivre reste de ne plus regarder dehors, de ne plus jamais ouvrir les yeux et de rester cloitré dans sa maison en espérant que cela va passer.
Ce préambule est expliqué dans les premières pages très percutantes et angoissantes de « Bird Box », premier roman de Josh Malerman, auteur américain également chanteur et parolier d'un groupe rock. La situation est décrite par l'intermédiaire de Malorie. Quand les premières crises sont apparues, elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Elle n'a pas le temps de prévenir le père, rapidement le pays se met à l'arrêt. Plus de téléphone, de télévision, réseau internet coupé. Elle s'enferme dans la maison avec sa sœur, son seul soutien. Mais cette dernière, supportant moins bien la claustration volontaire, craque et regarde par la fenêtre. Elle finira deux heures plus tard dans la baignoire, totalement vidée de son sang après s'être tailladée les veines.

Malorie, paniquée à l'idée de se retrouver seule, va oser s'aventurer dehors et rejoindre une maison servant de refuge pour les derniers humains doués de raison. Elle y restera quatre ans.
Le roman est en fait scindé en deux parties, se déroulant en parallèle. Les scènes flashback où Malorie raconte son arrivée dans la maison, sa rencontre avec les autres survivants, comment ils ont mis au point une technique pour ne jamais plus prendre le risque de voir la cause de leur malheur. L'autre partie du roman se déroule quatre ans plus tard, Malorie doit quitter la maison avec deux enfants, une fille et un garçon sans prénoms, les yeux recouverts d'un bandeau, totalement aveugles dans un environnement hostile, pour descendre la rivière sur une barque rejoindre une hypothétique communauté à l'abri.
Entre paranoïa et survie, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Il y a pourtant encore de l'espoir puisque Malorie attend un enfant. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de paniquer en imaginant ce que sera leur avenir. « L'accouchement auquel Malorie s'attend désormais ressemble à celui d'une mère louve : bestial, douloureux, inhumain. Il n'y aura pas de docteur, pas de sage-femme. Pas de médicaments ». Dans les faits, ce sera pire et constitue peut-être le passage le plus marquant de ce roman d'anticipation aux multiples scènes d'anthologie.

« Bird Box » de Josh Malerman, Calmann-Lévy, 20,90 €

samedi 29 novembre 2014

BD - Des chevaux, des colts et des vaches dans "Texas cowboys" et le nouveau Lucky Luke

Quasi disparu de la production cinématographique, le western inspire encore les auteurs de bande dessinée. Et même ceux de la jeune garde comme Lewis Trondheim qui revisite le genre comme peut le faire un Quentin Tarentino.


Harvey Drinkwater est de retour. Le jeune reporter a connu la gloire sur la côte Est en racontant la vie tumultueuse de Fort Worth, petite bourgade du Texas où les vaches et les malfrats sont plus nombreux que les honnêtes gens. Bien malgré lui, il est obligé de retourner au Texas. Il aurait aimé se contenter des informations distillées par son contact sur place, Ivy Forest, mais quelques ennuis personnels le poussent à s'éloigner de Boston. Des ennuis, il n'en manque pas, d'anciens membres de la bande à Bass tiennent à faire la peau à Drinkwater. Sur ce fil rouge issu du premier volume, Lewis Trondheim, le scénariste, a brodé plusieurs intrigues parallèles. Il aurait eu tort de s'en priver, l'album découpé en neuf chapitres compte pas moins de 150 pages. On découvre ainsi le parcours heurté du troupeau de Mem Cooper, une belle veuve qui ne laisse pas indifférent Ivy. Elle a parmi ses employées la jeune et jolie blonde Sophia Carpenter. Elle voudrait se marier, mais son père refuse absolument que cela soit avec un cow-boy. Drinkwater ferait un parti idéal. Il est aussi question de combat de boxe. Un champion de la côte Est vient défier un dur local. Mais c'est sans compter avec Butch La Framboise, la meilleure trouvaille de cet album. Même si sa conversation est très limitée (il ne s'exprime que par les poings en mettant ses contradicteurs KO en deux directs), il est un bon compagnon quand la situation se complique. Mathieu Bonhomme, au dessin, s'adapte au format comics, usant au maximum classique gaufrier à six cases carrées pour entraîner le lecteur dans cette aventure trépidante.

Le neveu des Dalton


Tagada revoilà les Dalton ! Depuis la mort de Morris, le créateur de Lucky Luke, le petit monde de cette série humoristique championne des ventes poursuit son petit bonhomme de chemin. Achdé assure le dessin dans un style de plus en plus approchant de l'original. Simplicité et efficacité sont au rendez-vous. Pour les scénarios, ils sont nombreux à collaborer à la série et le titre de cette année est écrit par Laurent Gerra et Jacques Pessis. L'humoriste de RTL et le journaliste touche-à-tout ont écrit une histoire ouvertement en hommage au film « Les Tontons flingueurs » qui fête cette année son demi-siècle. Lucky Luke est chargé de surveiller les Dalton, placés en liberté conditionnelle pour assurer l'éducation de Junior, leur neveu. Un gamin turbulent, digne de son célèbre nom tant il multiplie les bêtises. Lucky Luke, malgré son calme légendaire, manque de craquer. Il est vrai que quatre Dalton ça passe, cinq, c'est le désastre. Et pour les fans de cinéma, le jeu consistera à reconnaître les quelques caricatures placées par Achdé, de Lino Ventura à Jean Lefebvre...

« Texas Cowboys » (tome 2), Dupuis, 20,50 €
« Les aventures de Lucky Luke » (tome 6), Lucky Comics, 10,60 €

vendredi 28 novembre 2014

De choses et d'autres - Fêtes et générosité


Décidément l'actualité est bien triste ces derniers jours. J'avoue, je n'en peux plus des crises économiques, faillites, chômage, faits divers et autres mauvaises nouvelles. Je voudrais un peu de paix, des enfants heureux. Et des sourires, de la joie et de la bonne humeur. Novembre et son cortège de commémorations funèbres arrive à son terme, place à décembre, ses fêtes, ses cadeaux...

Malheureusement cet état d'esprit risque ne pas faire le poids face à la dure réalité. Il est certes facile de dire « stop à la morosité, croquons la vie à pleines dents ». Après s'être serré la ceinture durant de longs mois, la tentation est grande de lâcher la bride. Une année, c'est un peu comme un bon repas. On garde le meilleur pour la fin. Décembre, c'est le dessert onctueux et savoureux, le gâteau crémeux et riche dont on ne veut pas se priver. Encore faut-il disposer des moyens de se payer hors d'œuvre et plat principal. Des millions de foyers regretteront que Noël et nouvel an tombent en fin de mois, lorsque le porte-monnaie permet tout juste de se payer des pâtes ou des pommes de terre. Alors si par chance vous comptez parmi les « privilégiés » qui pourront faire la fête sans trop compter, avant de dépenser tout votre 13e mois dans des produits luxueux mais totalement superflus, pensez aux autres. Aujourd'hui et demain, dans des centaines de supermarchés, des bénévoles vous solliciteront pour la traditionnelle collecte de la banque alimentaire. Et en plus de contribuer à l'aide aux plus démunis, votre générosité vous procurera autant de satisfaction que votre repas de fête. 

BD - Sisco au centre de magouilles diplomatiques



Certaines séries semblent se bonifier au fil des épisodes. Exemple flagrant avec Sisco, écrite par Benec et dessinée par Thomas Legrain. Une amélioration nette du côté de ce dernier. Dessinateur réaliste, il parvient à trouver son style, entre la rigueur d'un Francq et l'élégance d'un Gillon. Côté scénario aussi l'intrigue, plus épurée, rejoint parfois l'efficacité d'un Desberg.
Sisco, ancien responsable de la sécurité du président de la République, homme de l'ombre habitué aux basses œuvres nécessitées par le secret d'état, est de plus en plus sur la sellette. 
Il se trouve soupçonné d'avoir fomenté un projet d'assassinat pour les services secrets indiens. Si toute la police française, officielle comme secrète, est lancée à ses trousses, lui doit absolument découvrir qui tire les ficelles dans l'ombre et tente de lui faire porter le chapeau. Violent et palpitant, ces 46 pages se lisent d'une traite, avec l'apparition d'un « méchant » qu'on aimerait revoir dans les prochains épisodes.

« Sisco » (tome 8), Le Lombard, 12 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Trop près des drames


« Night Call », film sur les « faitdiversiers » américains est sorti hier au cinéma. L'histoire d'un petit truand sans scrupules, étonné que l'on puisse se remplir les poches en filmant les drames en quasi direct. Les télévisions locales US ouvrent systématiquement leurs journaux avec des images d'accidents de la circulation, de bagarres voire de crimes. Un seul impératif : le sang. En France, la déontologie professionnelle interdit de telles dérives. Mais pour combien de temps ? En faisant appel aux témoins, les chaînes d'info en continu risquent de provoquer des vocations. On a pu voir le moment où Rémi Fraisse est fauché par la grenade offensive lancée par les gendarmes mobiles. Plus symptomatique, avant-hier, le public n'a rien raté du braquage d'une bijouterie parisienne. 
Filmé avec un téléphone portable, on y distingue les malfaiteurs s'enfuir en scooter alors que des coups de feu retentissent. Puis ils se réfugient dans un salon de coiffure et prennent des otages. Fort heureusement, l'attaque se terminera sans effusion de sang. Dans ces cas précis, la marge est étroite entre information qui a du sens et voyeurisme malsain. Filmer ou photographier des cadavres dans une voiture accidentée ou sur la chaussée est à la portée de tout le monde. 
Tout journaliste de terrain, en France comme ailleurs, a parfois vu des horreurs. Mais prendre la décision de diffuser ces images est un cas de conscience autrement problématique. Pour l'instant, le barrage tient bon. Souhaitons que « Night Call » ne donne pas de mauvaises idées à certains responsables éditoriaux en mal d'audience. 

jeudi 27 novembre 2014

Cinéma - Trois femmes et une poupée dans "Tiens-toi droite"

Film choral au féminin, “Tiens-toi droite” de Katia Lewkowicz décortique l'image des femmes. Toutes les femmes.


Une réalisatrice, Katia Lewkowicz, qui écrit le scénario, trois actrices pour trois rôles de femmes radicalement différentes : “Tiens-toi droite” est le film au féminin par excellence. Féministe ? Un peu aussi, mais ce n’est pas réellement le propos.
Cette comédie douce-amère porte un regard tendre sur la difficile condition féminine. Toutes les spectatrices se reconnaîtront un peu dans ces portraits, tous les spectateurs mâles hésiteront entre compassion, interrogation et incompréhension.
Première à entrer en scène : Lili (Laura Smet). Elle voue une véritable dévotion à son père, mineur de fond. Mais elle doit s’exiler en Nouvelle-Calédonie. Elle devient une jeune fille d’une grande beauté. Remporte même le titre de Miss locale et revient dans le Nord de la France pour tenter de décrocher le titre de Miss Pays francophones.

Pour Sam (Noémie Lvovsky), le temps des miss est loin. En fait elle n’a jamais été très belle. Mais elle a de la personnalité et a rencontré le mari parfait. Résultat elle lui a donné trois filles et tombe une quatrième fois enceinte. Il est content, ce sera un garçon...

Enfin Louise (Marina Foïs) a un rapport assez compliqué avec sa mère. Cette ouvrière dans un grand pressing a, comme ses collègues, subi les assauts sexuels de son patron. Résultat Louise a plusieurs demi-sœurs, toutes héritières du pressing du père qui n’a reconnu ses multiples paternités que devant les juges. Louise est une executive-women accomplie. Elle gère le pressing et décroche un poste de cadre dans une entreprise de jouets. Son nouveau challenge : larguer son amant et créer la nouvelle poupée qui fera rêver toutes les petites filles.

Le film est déconcertant au début car il suit ces trois destins qui n’ont aucun lien entre eux. Mais petit à petit les trois mondes vont se rapprocher pour se retrouver totalement imbriqués et dépendants les uns des autres.
Cela passe d’abord par Lola, la fille de Sam. Elle tient un blog vidéo. Elle y raconte comment sa maman, au lieu d’accoucher d’un garçon tant désiré, met au monde... des jumelles. A cinq filles, le papa craque.
Lola, un peu enrobée, est en admiration devant Lili, la femme parfaite à ses yeux. Une Lili à la cote de popularité exponentielle (surtout depuis qu’elle sort avec un riche industriel) embauchée par Louise pour faire la promotion de la nouvelle poupée et lui prêter ses formes idéales. Lola deviendra une sorte de spin-doctor influente et Sam sera embauchée dans l’usine de jouets. Trois femmes, une poupée, des enjeux colossaux.
Pour son second film, Katia Lewkowicz a façonné trois femmes fatales dans trois registres différents.
Lili fait craquer par sa spontanéité et un brin de naïveté.
Sam émeut quand elle décide de reprendre sa vie en main et de se passer de cet homme entouré de femmes et incapable de les aimer pour ce qu’elles sont véritablement.
Enfin Louise, la plus torturée, est au bord de la dépression quand elle prend conscience de l’ampleur de sa tache et surtout de l’hostilité de tous les hommes qui ne supportent pas qu’une femme puisse donner des ordres et prendre des décisions.