mardi 13 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Cannes, usine à rêves

Mercredi,
la grand-messe cannoise du 7e art s'ouvre avec un film symbolique de cette alliance entre paillettes et exigence cinématographique. "Grace de Monaco" d'Olivier Dahan fait partie de ces biopics qui font parler d'eux avant même d'être sortis sur les écrans. Une polémique sur le montage final (le producteur a "charcuté" la version voulue par Olivier Dahan) et des déclarations fracassantes de la famille Grimaldi suffisent pour faire le buzz. Rajoutez Nicole Kidman dans le rôle titre et le succès devrait déferler comme un ouragan sur la Croisette.
Beaucoup de films en compétition restent absolument top secrets. Heureusement quelques bandes annonces permettent de se faire une idée. Reste ensuite à interpréter les quelques images distillées par les distributeurs. La palme du mystère à "Adieu au langage" de Godard. Sous forme de flashes on distingue des coquelicots, des chiens, beaucoup de nuages, des poils pubiens et une femme nue. Faut quand même un minimum attirer le chaland…
La plus mortelle d'ennui : ex aequo entre "Coming Home" et "Sommeil d'hiver" films chinois et turc.

Par contre on est alléché par "Maps to the stars" (délire hollywoodien bourré de perversité) de David Cronenberg et "The Homesman" (western sur la folie) de Tommy Lee Jones.

Au menu figurent aussi quelques surprises et enthousiasmes dithyrambiques de la critique. Même s'il est hors compétition, souhaitons que ce soit "Geronimo" (sortie nationale le 15 octobre) de Tony Gatlif tourné en partie à Perpignan, l'an dernier.
En extra-bonus, un extrait du film de Godard. 

Livre - Les mystères d'un sac féminin dévoilés par Antoine Laurain

Quand il découvre un sac féminin sur une poubelle, Laurent, libraire, ne se doute pas que sa propriétaire va bouleverser sa vie. Une comédie romantique attachante signée Antoine Laurain.

Ode au hasard et aux rebondissements, « La femme au carnet rouge » est le genre de roman qui permet au lecteur de s'évader de son monde de grisaille, de conflits et de routine. Il suffit parfois d'un tout petit événement pour faire le grand saut. Alors, deux solitudes résignées se transforment en grand amour dévastateur. Mais avant le dénouement heureux, forcément heureux, les obstacles sont nombreux. C'est cette course que raconte avec brio Antoine Laurain dans ce roman court qui évite le principal défaut de ce genre d'histoire : la mièvrerie. 
Laure est doreuse. Elle manie la feuille d'or avec dextérité et grâce. Laurent est libraire. Il aime lire et faire partager ses coups de cœur. Parisiens tous les deux, ils ne se sont jamais rencontrée, ne se connaissent pas et n'ont pas un seul ami en commun. Ils sont fait l'un pour l'autre. Mais comment les faire se rencontrer ? Dans la vraie vie, il existe une chance sur 10 millions pour que la magie opère. Antoine Laurain, en grand manipulateur du destin, va imaginer une succession de hasards que le lecteur gobera avec délectation. Car rêver ne coûte rien et n'engage que ceux qui sont consentants.

Le carnet dans le sac
Un soir, en rentrant de chez des amis, devant la porte de son immeuble, Laure est agressée. Un homme lui vole son sac. Elle tente de se défendre, il la projette contre la porte cochère. Choc au crâne, coma. Le lendemain, Laurent, en revenant de prendre son café avant d'ouvrir sa librairie, remarque un sac féminin posé en évidence sur une poubelle. Il s'en saisit, l'explore rapidement, se doute qu'il a été volé et décide d'aller le ramener, plus tard, aux objets trouvés. En dix pages, l'auteur a fait le lien entre la veuve éplorée (le mari de Laure, photographe de presse, est mort il y a plusieurs années en reportage en Afghanistan) et le divorcé sclérosé. Le reste sera un chassé-croisé entre eux deux. Laurent ramène finalement le sac chez lui. Et pour trouver un indice pour découvrir le nom de la propriétaire, il en explore le contenu. « Il tira doucement la glissière dorée de la fermeture éclair jusqu'à l'extrémité opposée. Le sac exhala une odeur de cuir chaud et de parfum féminin. » Il va tâtonner, suivre de mauvaises pistes pour finalement découvrir le prénom de l'inconnue. Et surtout il va se plonger dans le carnet rouge rempli de sa belle écriture. « Laurent était fasciné par ces réflexions qui se succédaient, aléatoires, touchantes, loufoques, sensuelles. Il avait ouvert une porte qui menait à l'esprit de la femme au sac mauve et même s'il était un peu déplacé de lire les pages du petit carnet, il ne pouvait s'en détacher. » Bref, le libraire tombe amoureux de Laure sans jamais l'avoir vue ni savoir à quoi elle ressemble. La belle, toujours endormie à l'hôpital, ne se doute pas de l'intrusion dans sa vie intime.
En lisant ce texte enlevé, aux personnages si plaisant, on imagine le joli film français que cela ferait. Un peu de suspense, quelques rebondissements, des personnages secondaires forts comme Chloé, la fille de Laurent ou William, le collègue et meilleur ami de Laure : tout y est pour enchanter les foules. Après le très imaginatif « Chapeau de Mitterrand », Antoine Laurain place la barre encore plus haut, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs sensibles au romantisme.
Michel LITOUT
« La femme au carnet rouge », Antoine Laurain, Flammarion, 18 €

lundi 12 mai 2014

Livre - L'amour plus fort que la maladie grâce au roman "Dieu me déteste" d'Hollis Seamon

Richard, bientôt 18 ans, veut mordre la vie à pleine dent. Mais c'est la mort qui est au bout du couloir. Cancer en phase terminale. Roman fort et poignant signé Hollis Seamon.

Écrire sur la maladie peut parfois devenir encore plus pénible que la maladie elle-même. Trop de morale ou de compassion détourne le lecteur du but premier. Car si l'on écrit sur la maladie, le cancer en particulier, c'est avant tout pour faire prendre conscience que cette menace devrait nous faire agir différemment. Il ne faut pas reporter au lendemain ces rêves un peu fou. C'est ici et maintenant. 
Il suffit de se mettre dans la peau de Richard Casey, le jeune narrateur de « Dieu me déteste », roman d'Hollis Seamon. Cette enseignante a voulu dans ce premier roman rendre hommage aux jeunes malades qu'elle a croisé dans les couloirs des hôpitaux quand elle allait rendre visite à son propre fils. Richard est donc un « mix » de ces gamins pressés de profiter de la vie qui leur échappe chaque jour un peu plus. Richard a presque 18 ans. Il a bon espoir de fêter son anniversaire. Par contre, il a déjà dit adieu à ses 19 ans. Il vient d'être transférer dans le service des soins palliatifs. Il sait parfaitement ce que cela veut dire : espérance de vie inférieure à un mois... Il est vrai qu'il n'est pas gaillard. Maigre, sous perfusion, bourré de morphine, il a toutes les peines du monde à se déplacer. Il arpente donc les couloirs de l'hôpital en chaise roulante. Mais au moins il peut bouger et n'est pas plongé dans un coma irréversible comme certains de ses voisins. Dans le service il y a essentiellement des personnes âgées. Sauf la chambre occupée par Sylvie. Le belle et rebelle Sylvie, elle aussi très affaiblie par la maladie. Comment l'amour peut-il s'inviter dans ce lieu de mort ? Tout simplement par l'envie de gamins taraudés par l'envie de connaître les joies de la vie, toutes les joies !

Papa jaloux
La force de ce texte réside dans les situations cocasses et crues. Richard reste un gamin comme les autres. Le soir d'Halloween, il n'a qu'une envie : c'est de quitter le service pour faire la fête avec les gens normaux. Par chance son oncle passe par là et l'emmène dans une virée mémorable. Première sortie en toute liberté (le terme de fugue est plus appropriée) pour un maximum de sensations nouvelles et inédites. Certes, il lui faudra deux jours pour se remettre, mais cela valait le coup. Car Richard est un grand philosophe. Il trouve toujours le bon côté des choses. « Une fois, j'ai fait la liste de tous les trucs dont je n'aurai pas à m'inquiéter – trouver un boulot, élever des enfants ingrats, divorcer, me faire opérer des dents de sagesse, surveiller mon cholestérol-, et maintenant je sais que je peux y ajouter avoir du bide et rabattre une longue mèche sur le crâne pour planquer les trous. Ça a beau être bizarre, ça me fait du bien. » Il oublie les mauvais côtés pour n'en garder que les bons.
Mais cela ne marche pas auprès de tout le monde. Quand le père de Sylvie apprend que Richard lui tourne autour, malade ou pas, le papa file une rouste au malotru. Mais ça aussi c'est gai pour Richard. Avoir l'impression d'être un garçon comme les autres. D'autant que Sylvie est de moins en moins indifférente à son charme si particulier.
Plus qu'une simple histoire d'amour entre deux corps souffreteux, « Dieu me déteste » est une formidable leçon de vie, sur la famille, le personnel soignant. La fatalité aussi...

« Dieu me déteste », Hollis Seamon, Anne Carrière, 19 €


dimanche 11 mai 2014

BD - Plongez au cœur du Débarquement allié grâce à cette série publiée chez Glénat


A la veille de la commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Normandie, les éditions Glénat proposent une série de trois albums sur le fameux D-Day. Les deux premiers viennent de paraître, le troisième est annoncé en librairie le 4 juin. Les histoires, indépendantes les unes des autres, racontent la prise de trois lieux symboliques. Le premier, écrit par Michael Le Galli, se focalise sur les combats autour de Sainte-Mère-eglise. Ce n'est pas à proprement parlé le débarquement mais sa préparation par les parachutistes. En pleine nuit, dans des conditions difficiles, les paras américains sautent sur la campagne normande. 
Beaucoup de pertes mais suffisamment d'hommes décidés pour faire quelques brèches dans la défense allemande et couper les moyens de communication avec l'arrière. Le dessin est de Davide Fabbri, artiste italien qui aime l'Amérique et les comics. Il est également à la base du story-board du second tome, finalisé par Christian Della Vecchia sur un texte de Bruno Falba. Direction la plage d'Omaha Beach et l'assaut des fortifications nazis, sous l'objectif de Cappa. Humains et documentés, ces albums permettent de ne pas oublier ces hommes morts pour un idéal et contre la tyrannie fasciste.

« Opération Overlord » (tomes 1 et 2), Glénat, 13,90 €


samedi 10 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Démocratie extensive à l'épreuve des Européennes

Ces élections européennes s'annoncent sous les meilleurs auspices ! Pas au niveau de la participation ni de l'intérêt des électeurs (malheureusement) mais à celui de la diversité des listes en lice. Si aux municipales, je me plaignais de ne pas avoir de choix (une seule liste en course, celle du maire sortant réélu avec 100 % des voix...), cette fois il y en a pléthore. 25 listes dans la circonscription du Sud-Ouest. En Ile-de-France, ils font mieux avec 32 étiquettes.
En plus des partis classiques, de gauche à droite, on trouve quelques "perles", de celles qui font la joie et le bonheur des gloseurs de choses et d'autres dans mon genre. Certains candidats s'affichent ouvertement hors normes comme le "Parti faire un tour" (le Pffft !) ou la liste "Cannabis sans frontières".
Plus près de chez nous, que peut donc bien proposer le "Programme libertaire pour une Europe exemplaire contre le sexisme et la précarité" ? Réponse dans sa profession de foi : "Nous ne violons pas", "Les faibles nous protégeons"... Sans oublier l'essentiel "Nous ne tuons pas". Au rang des aberrations, saluons les Royalistes et les partisans du vote blanc. Les premiers proclament un slogan très soixante-huitard : "Ils vous promettent la lune, exigez le soleil". Les seconds ne craignent pas la contradiction : pour soutenir le vote blanc, ils impriment leurs propres bulletins...
Plus exactement, c'est vous qui les imprimez depuis leur site internet, de même que toutes ces petites listes qui ont rarement les moyens de financer leur campagne. Mais si elles passent les 3 %, ce sont elles qui seront remboursées !

BD - 30 pièces magiques selon Pécau et Kordey chez Delcourt


Après 32 tomes de l'Histoire secrète, Pécau et Kordey reprennent leur collaboration. Mais cette fois « Les 30 deniers » est prévu en seulement 4 volumes. Quatre titres qui prendront pour titre les maximes de l'ordre secret des Régents : « Savoir, oser, vouloir et garder le silence ». Dans « Savoir », le tome 1, Yann Gral, ancien agent des services secrets français, apprend que sa petite fille souffre d'une tumeur au cerveau. Elle n'a plus que quelques mois à vivre. La médecine ne pouvant pas opérer, il se tourne vers son vieil ami, Constantin Vangelis
Cet homme de l'ombre, prototype de l'éminence grise (il a longtemps côtoyé le président Mitterrand) l'envoie chez Sinoe, une sorte de guérisseuse. Effectivement, la tumeur régresse rapidement. Yann, qui a perdu sa femme en Afghanistan, revit. Mais c'est de courte durée. En se rendant chez Sinoe, il la découvre morte, assassinée. Le meurtrier est encore là. Il s'enfuit fier d'avoir dérobé le « talent » de la jeune femme. Yann va alors découvrir l'histoire des 30 deniers, pièces magiques très convoitées. 
Sociétés secrètes, magie, manipulation : tous les ingrédients sont réunis pour une série prometteuse.

« Les 30 deniers » (tome 1), Delcourt, 14,95 €

vendredi 9 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Samedi soir, votez pour la barbue !

Le concours de l'Eurovision de la chanson, demain soir en direct sur France 3, ne semble plus exister que pour provoquer des polémiques à petite ou grande échelle. En France, la chanson sélectionnée, outre ses paroles affligeantes, est suspectée de plagier d'un tube de Stromae. Bien peu de chose à côté de la bombe autrichienne. Conchita Wurst a toutes les chances d'être la candidate la plus attendue. Pas à cause de son prénom, peu autrichien. Ni de son nom ridicule (saucisse en allemand…). Encore moins de sa chanson, "Rise like a Phenix", sirupeuse à souhait. Ce n'est pas non plus contre ses faux cils de 5 cm de long que nombre d'Autrichiens refusent de la soutenir. Non, si Conchita compte tant d'ennemis, c'est parce qu'en plus de sa longue robe de soirée et sa chevelure de jais, elle arbore une superbe… barbe.


En réalité, Conchita a pour patronyme Tom Neuwirth. Ce chanteur de 25 ans, après une première carrière dans un boys band, fait son coming out. Drag Queen jusqu'au bout des ongles, il refuse cependant de se raser la barbe. Voilà comment ce clone transgenre de Céline Dion va attirer tous les regards en Europe le temps d'une soirée. L'extrême-droite autrichienne fulmine. Certains pays de l'Est, notamment la Russie, manquent de s'étrangler. N'oublions pas qu'à Moscou la "propagande homosexuelle" est interdite.
Conchita-Tom s'est longuement expliquée sur sa démarche : "J'ai créé cette femme à barbe pour montrer au monde qu'on peut faire ce qu'on veut de sa vie". Si en plus elle gagne le concours, les pourfendeurs de la théorie du genre risquent de s'étouffer en avalant leur chapelet !
Chronique "De choses et d'autres" parue vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - "Lady Liberty", fille de chevalier


Qui était exactement Lady Liberty ? Jean-Luc Sala, scénariste de cette nouvelle série entre histoire et aventure, tente de répondre à cette énigme de l'Histoire des USA. Au début de la guerre d'Indépendance, la Révolution américaine, dans l'ombre, une certaine Lady 355 a joué un rôle important. En se basant sur des faits historiques, il a imaginé la vie de ce personnage qui risque de faire fantasmer nombre d'adolescents et de grand enfants. De son vrai Lya de Beaumont, Lady Liberty est la fille adoptive du Chevalier d'Eon. Cet espion français, dont le genre n'est pas défini exactement (femme déguisée en homme pour faire la guerre ou homme déguisé en femme pour séduire ses adversaires ?), dans son exil londonien, milite pour l'indépendance des 13 colonies. 
Dans ce premier album dessiné par Aurore, dessinatrice au couleurs vives et travaillées, Lya a pour mission de délivrer Margareth Gage, une des premières héroïnes de l'Indépendance. Prisonnière à Londres, prochainement jugée, elle doit servir d'exemple pour refroidir les ardeurs des sécessionnistes. Lya devra batailler ferme, notamment contre Beaumarchais, au service de Louis XVI, pour tirer la belle Américaine des griffes des tuniques rouges.

« Lady Liberty » (tome 1), Soleil, 14,50 €

jeudi 8 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - "L'enfant de Schindler", un témoignage bouleversant

Aujourd'hui 8 mai, la France célèbre la capitulation de l'Allemagne nazie. Si depuis les deux pays sont réconciliés, cela n'empêche pas de se remémorer les horreurs commises par Hitler et ses sbires. Un bouleversant témoignage vient d'être publié aux éditions PKJ. Leon Leyson raconte comment il est devenu « L'enfant de Schindler ».
Ce jeune Juif polonais, en 1943, était le plus jeune nom de la fameuse liste devenue célèbre après le film de Spielberg. Son témoignage poignant permet de mieux comprendre dans quelles conditions les Nazis ont persécuté la communauté juive. L'action se déroule à Cracovie en Pologne. Leon, gamin insouciant, vit heureux auprès de son père, employé dans une entreprise locale. Quand les Allemands envahissent le pays et s'approprient l'industrie, Moshe Leyson change de patron. Il dépend désormais d'un certain Schindler. Rapidement les Juifs sont parqués dans un ghetto, les premières rafles ont lieu. « Les parents ne pouvaient plus rassurer leurs enfants avec des mots comme "ce sera bientôt fini". A présent ils disaient "ça pourrait être pire" »... Ensuite c'est le transfert dans le camp de travail de Plaszow : « Ma première impression, celle de me trouver en enfer sur terre, n'a jamais changé ». Sa description de la vie (survie exactement) dans ce camp est hallucinante. Encore plus quand on réalise que ces brimades quotidiennes sont vécues par un gamin de 12 ans. Alors pour ne jamais oublier, lisez et faites lire à vos enfants ce récit paru hier en librairie.
« L'enfant de Schindler » de Leon Leyson, PKJ, 15,90 euros.

 Chronique "De choses et d'autres" parue ce jeudi 8 mai en dernière page de l'Indépendant. 

Cinéma - "D'une vie à l'autre", fausse histoire familiale de Georg Maas

Mensonge, fausse identité, agent dormant : l'ancienne RDA a longtemps brillé par ses services secrets. « D'une vie à l'autre » de Georg Maas revient sur ces pratiques.


Tout le poids de l'histoire européenne, sombre et meurtrière, du siècle dernier, repose sur ce film tantôt thriller, chronique familiale ou espionnage. Entre la Norvège et l'Allemagne, les relations ont souvent été compliquées. Durant la seconde guerre mondiale, les Nazis ont trouvé dans le pays des femmes susceptibles de garantir la « pureté de la race aryenne ». Des Lebensborn, sortes d'usine à reproduction ont vu le jour. Les soldats allemands, sélectionnés, avaient pour mission de procréer avec des femmes jugées « pures ». Les bébés, arrachés aux mères, étaient placés dans des orphelinats en Allemagne pour assurer la relève de la « suprématie blanche ». Ase Avensen (Liv Ullmann) a donné naissance à une petite fille. Depuis la Libération, elle n'avait plus de nouvelles de son enfant. Le rideau de fer empêchait toute recherche. Mais 20 ans plus tard, Katrine (Juliane Köhler) parvient à rejoindre les rives de la Norvège. Elle affirme être la fille d'Ase. La mère retrouve sa fille qui refait sa vie en Norvège, pays libre. Tout est bien qui finit bien...
Jeu de la vérité
Georg Maas, dont c'est le second long-métrage, aborde une double thématique. Les enfants des Lebensborn et les agissements de la Stasi. Car Katrine se révèle être un agent de l'ancienne Allemagne de l'Est. Le film se déroule en 1990, quelques mois après la chute du Mur de Berlin. L'Allemagne, en pleine réunification, n'a pas encore le temps de s'intéresser aux crimes d'État de la partie orientale. Par contre des organismes européens luttent pour que les mères et les enfants des Lebensborn soient indemnisés. Un jeune avocat (Ken Duken) va remuer le passé d'Ase et de Katrine. Au risque de faire éclater une vérité que Katrine refoule depuis des années.
Tout le film est centré sur Katrine. La première scène la montre se déguisant (perruque noire, lunettes sombres) pour rechercher des archives en Allemagne. De retour chez elle, elle reprend son aspect de mère attentionnée. Sa fille, adulte, a un bébé. Son mari, militaire dans la marine, est commandant d'un sous-marin. Sa mère continue toujours d'exploiter la ferme familiale. Elle-même travaille et a des responsabilités dans une entreprise de pointe. Cette image de bonheur familial ne serait qu'une façade. Katrine joue un rôle, toujours au service d'une Stasi qui tente de sauver (ou de se débarrasser) de ses derniers agents dormants.
Sans jamais juger, « D'une vie à l'autre » nous entraîne dans les états d'âmes d'une femme qui a presque cru à la mise en scène de sa vie. On assiste à ses doutes, ses renoncements et derniers sursauts pour tenter de rétablir la vérité. Déchirée, elle sait qu'elle risque de faire voler en éclat plusieurs vies. La sienne bien entendu, mais aussi et surtout celles de ses proches.



Merveilleuse Liv Ullmann

Ce film allemand permet de revoir à l'écran l'actrice norvégienne Liv Ullmann. Elle joue le rôle d'une femme vieillie et marquée par les épreuves de la vie. Un personnage fort, qui donne tout son sens à l'histoire. Liv Ullmann reste la muse et l'interprète préférée d'Ingmar Bergman. La merveilleuse blonde a tourné dans plusieurs films du génie suédois. Il l'engage pour la première fois pour le film « Persona ». Il est frappé par sa ressemblance avec son autre artiste fétiche, Bibi Anderson. Rapidement le metteur en scène tombe amoureux de la jeune comédienne et partage sa vie de longues années. Elle sera l'inoubliable Marianne de « Scènes de la vie conjugale ». Des rôles sur mesure, dans lesquels Bergman met beaucoup d'émotion.


C'est aussi le cas dans « Sonate d'automne ». Liv Ullmann y interprète le rôle d'une fille qui a beaucoup à reprocher à sa mère. La longue scène où elle avoue à sa mère qu'elle la hait depuis son plus jeune âge fait partie des moments d'anthologie du cinéma mondial.