jeudi 1 mai 2014

Cinéma - La philosophie passée au shampooing dans "Pas son genre" de Lucas Belvaux

Quand un professeur de philosophie parisien rencontre une coiffeuse à Arras, tous ses amis lui disent qu'elle n'est « Pas son genre ». Lucas Belvaux en fait un film entre douceur et amertume. Choc de cultures dans cette comédie de Lucas Belvaux.

Le réalisateur belge quitte son univers sombre de polars crépusculaires (Cavale, Rapt) pour revenir à la comédie. Mais dans cette histoire d'amour improbable entre deux êtres que tout oppose, il met une bonne dose de désillusion et de fatalisme. Comme pour conjurer le sort de ces trop conventionnels petits films d'amour français essentiellement basés sur un couple d'acteurs.
Clément (Loïc Corbery), jeune et brillant professeur de philosophie, ne sait pas aimer. Du moins il n'arrive pas à s'impliquer. Son esprit analytique l'empêche de se lâcher, de laisser libre cours à ses sentiments. Ce Parisien, fils de bourgeois, a remporté un joli succès de librairie avec un roman dans lequel il raconte ses conquêtes. De l'autofiction à la mode bobo comme le pire parisianisme sait en faire la promotion. Petit monde étriqué qui se croit au centre de la planète.
Déprime à Arras
Quand Clément apprend qu'il est muté -pour une année seulement- à Arras, il croit défaillir. La province ! Le Nord ! Le voilà professeur dans un lycée, tentant de faire apprécier la philosophie à des élèves d'une section économique qui n'ont qu'une idée : se faire de l'argent le plus vite possible. Il vit à l'hôtel. Du lundi au mercredi. Le reste du temps il retourne à Paris, la vraie vie selon lui. Mais les soirées sont longues à Arras. Surtout quand on se trouve en panne d'inspiration. Il drague donc la gentille coiffeuse qui vient de lui rafraîchir sa coupe.
Jennifer (Émilie Dequenne), fausse blonde toujours de bonne humeur, élève seule son grand garçon. Avec ses copines et collègues du salon, elle va s'éclater au karaoké du coin. Strass, paillettes et gloss, elle ne philosophe pas. Profite simplement de la vie comme elle vient. Quand Clément l'invite à boire un verre, puis au cinéma et au restaurant, elle n'est pas dupe. Mais décide de mener l'histoire à son rythme. Elle le fera languir, apprendra à mieux le connaître avant de faire le grand saut. Clément est sous le charme. Car Jennifer, sous ses airs de petite fille trop simple, cache beaucoup une profondeur insoupçonnée sur sa vision de la vie. Un exemple dans ce dialogue surréaliste où la coiffeuse explique à son futur amant qu'elle n'est pas belle : « Un mannequin comme Kate Moss est belle. Moi je suis juste jolie. J'ai un certain charme. » Clément vient de rencontrer la première coiffeuse kantienne.
Leur amour, secret, sera rendu public au cours d'une soirée en boîte de nuit avec les copines. L'occasion de voir la danse la plus sensuelle de ces dernières années au cinéma sur la magnifique chanson antillaise « Carrésé mwen » de Marie-Josée Alie. Ces deux-là s'aiment, c'est sûr. Mais les barrières sociales et la peur de la désillusion poussent certains à tout faire pour rejeter ce bonheur, trop beau pour être réel. La mayonnaise de Lucas Belvaux, cinéaste réaliste prend parfaitement dans une conclusion décoiffante...
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Blonde platine

Pour interpréter Jennifer, la coiffeuse amoureuse de « Pas son genre », Lucas Belvaux avait dans un premier temps choisi Sophie Quinton qu'il avait dirigée dans son précédent film « 38 témoins ». Mais la jolie blonde, prise par ailleurs, a décliné la proposition. Émilie Dequenne a récupéré le rôle. Première modification : le réalisateur la teint en blonde.

L'inoubliable interprète de Rosetta des frères Dardenne et de la jeune Marie dans « J'ai oublié de te dire » de Laurent Vinas-Raymond entièrement tourné dans les Pyrénées-Orientales avoue avoir une personnalité très proche de celle de la coiffeuse, malheureuse en amour, accro aux revues people et adepte de karaoké. « C’est une fille optimiste, une fille qui va de l’avant, une fille moderne, indépendante. En un mot : vivante ! » se réjouit Émilie Dequenne. Elle est parfaite dans ce rôle tout en apparence. Souriante, enjouée, toujours en train de courir pour rattraper un retard, la blonde à la recherche du grand amour est aussi une mère poule pour son gamin.
Et une fois le strass parti sous le sur le coton de lait démaquillant, elle montre son vrai visage de femme blessée, seule et pleine de doute. Son attitude trop enjouée cache une philosophie plus sombre : à quoi bon être heureuse si cela ne doit pas durer éternellement ?

BD - Gargamel amoureux


Les Schtroumpfs n'en peuvent plus. Il ne se passe pas un jour sans que Gargamel, le méchant sorcier ne tente de les capturer. Ils décident donc d'agir après avoir surpris un monologue du triste sire. Il se sent seul. Personne à qui parler. Voilà la solution : lui trouver une gentille femme pour calmer ses ardeurs guerrières. 
Sur cette intrigue minimale, Alain Jost et Thierry Culliford, les scénaristes fidèle au monde de Peyo, signent une histoire complète enlevée et plaisante, avec en vedette un Gargamel comme on ne l'a encore jamais vu. Après un premier rendez-vous arrangé avec une jolie paysanne (qui se passe très mal, tous les goujats devraient en prendre de la graine), le sorcier tombe sous le charme d'une certaine Roxana. Brune ténébreuse, herboriste, elle s'intéresse beaucoup aux grimoires. Discuter avec un sorcier est pour elle une aubaine. Alors, Gargamel va-t-il conclure ? Ne rêvez pas ! Tous les efforts des Schtroumpfs vont se heurter à un obstacle infranchissable : la mère de Gargamel, l'acariâtre belle-mère par excellence.

« Les Schtroumpfs » (tome 32), Le Lombard, 10,60 €

mercredi 30 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - La nécropole des jeux vidéo

L'archéologie vient de s'enrichir d'une nouvelle branche. Après l'égyptologie, la castellologie ou l'archéologie urbaine, voici la « game-archéologie ». Une invention de mon cru pour cette histoire de
cimetière de jeux vidéo découvert en plein désert du Nouveau-Mexique aux USA.
Au début des années 80, quasi la préhistoire du jeu vidéo, la société Atari règne en maître. Mais déjà les Japonais pointent le bout de leurs consoles. Le mauvais moment pour sortir ce que tout spécialiste considère comme « le pire jeu vidéo de l'histoire ».
Voulant surfer sur le succès de ET, Atari sort une cassette tirée de l'univers du film de Spielberg. Des milliers d'exemplaires sont fabriqués. En pure perte. Pour faire oublier cet échec, la société, en grave difficulté, décide de se débarrasser de la montagne d'invendus. Une légende urbaine insistante raconte que les jeux auraient été enterrés dans un endroit secret, comme pour conjurer le sort, éloigner le mauvais œil.



Des années plus tard, Zak Penn, réalisateur de documentaire, décide d'enquêter. Ses recherches le mènent dans un coin de désert du Nouveau-Mexique. En 1983, une sarabande de camions a déversé dans d'immenses trous de mystérieux déchets. Armé de bulldozers, Zak Penn retourne la zone et découvre la plus grande nécropole de jeux vidéo jamais mise à jour. Des milliers et des milliers de cassettes (ET et Pac-Man) ainsi que des consoles dépassées.
Entretemps, Atari a fait faillite. Aujourd'hui, une partie de la cause de sa perte pourrait être remise sur le marché avec le statut d'antiquités hors de prix...

Chronique "De choses et d'autres" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

DVD - Les hauts et les bas d'un couple suédois


Chef d'œuvre du cinéma des années 70, « Scènes de la vie conjugale » d'Ingmar Bergman avec Liv Ullmann et Erland Josephson ressort en DVD et Blu-ray après un remarquable travail de restauration.
Dans le coffret édité par Studiocanal, vous trouverez le film, mais également les six épisodes de la série TV à l'origine du long métrage. En grande partie autobiographique, cette histoire universelle des hauts et des bas dans un couple traverse les décennies. Mariés depuis dix ans, Marianne et Johann ont tout pour être heureux: deux enfants, d'excellents emplois... 

Mais quand le mari tombe amoureux de la jeune Paula, tout vole en éclat. Le film raconte vingt années de vie commune. Du bonheur des débuts à la violence de la séparation puis les retrouvailles. Très écrit, comme toujours avec Bergman, ce long-métrage permet à Liv Ullmann d'incarner une femme partagée entre amour fou, humiliation et désir impulsif. A redécouvrir. 


mardi 29 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Gégé tient la forme

Gérard Depardieu pète la forme. Alors que son film sur l'affaire DSK s'apprête à sortir avec pertes et fracas, il vient de s'offrir un voyage au Caucase sur les traces d'Alexandre Dumas. Et comme l'auteur des « Trois Mousquetaires » qui à l'époque était accompagné d'un peintre, l'interprète d'Obélix embarque dans ses bagages un artiste : Mathieu Sapin, dessinateur de BD. Un couple improbable. Mathieu Sapin, petit, maigrichon, un peu dégarni et peu causant est l'antithèse de Depardieu. Gérard conduit un side-car, Mathieu dessine les paysages. L'ensemble donne un documentaire qui sera diffusé sur Arte le 4 mai à 22 h 25. Et pour tout savoir de l'opinion de Depardieu à propos de Poutine, Castro et Hollande, achetez Casemate,
la revue sur la BD qui publie une très bonne interview.

Cependant c'est bel et bien dans le rôle de DSK que l'acteur va crever l'écran ces prochaines semaines. Le film d'Abel Ferrara, après bien des problèmes pour boucler son budget, est enfin finalisé. Personne ne l'a vu. Mais la société de production a expliqué que les scènes les plus torrides ont dû être retirées et raconté la difficulté pour trouver l'actrice principale (Jacqueline Bisset a remplacé au pied levé une Isabelle Adjani effrayée par le scénario sans concession). Mais pour qu'un film existe, il faut qu'il soit diffusé dans les salles. Là aussi la malédiction a frappé. Pas un distributeur n'en veut. Conséquence, faute de sélection au festival de Cannes, « Welcome to New York » sort directement sur les plateformes de vidéo à la demande. Une première pour un film atypique. L'Affaire DSK n'a pas fini de faire parler...

Livre - Quand les firmes privées veulent le pouvoir


L'Union européenne et les USA négocient la mise en place d'un grand marché transatlantique. Raoul Marc Jennar affirme dans un livre de vulgarisation qu'il s'agit d'une « menace sur les peuples d'Europe ».


 « Je suis un lanceur d'alerte. » Raoul Marc Jennar, en publiant ce petit livre sur le grand marché transatlantique aux éditions Cap Béar entend prévenir la population mais également les élus européens de ce qui se joue actuellement des deux côtés de l'océan. Depuis juillet 2013, la Commission européenne négocie avec le secrétaire d'État au commerce US la mise en place, d'ici la mi 2015, d'un grand marché transatlantique. Un des objectifs est de purement et simplement éliminer les droits de douane entre Europe et USA. Pour l'auteur, une telle décision serait la porte ouverte au déclin de l'agriculture européenne, voire la mort de tous les petits producteurs. Cette libéralisation des échanges entre l'ancien et le nouveau monde, est une demande pressente des grandes entreprises. Américaines essentiellement. In fine, « cela équivaut à donner le pouvoir aux firmes privées » s'alarme cet ancien haut fonctionnaire belge particulièrement au fait du fonctionnement de la commission européenne.

Arbitrage controversé
Les négociations sont basées sur une feuille de route adoptée par l'ensemble des états européens. 46 articles écrits dans un anglais très technocratique, traduits et décortiqués par Raoul Marc Jennar. Il en explique toutes les conséquences avec des exemples concrets. L'idée est d'harmoniser toutes les normes. Et de faire miroiter que ce grand marché va créer de l'emploi et de la croissance. La tentation consiste à aller vers les normes les plus basses, donc celles des USA. Cela aurait des répercussions sur de nombreux secteurs de la société, de la santé aux marchés publics. De plus, le texte prévoit qu'en cas de conflit entre un groupe privé et une collectivité locale, le différend ne serait plus jugé par un tribunal mais par l'intermédiaire d'un arbitrage, comme dans l'affaire Tapie-Crédit Lyonnais. Un tel système existe déjà dans le cadre de l'Alena, qui lie USA, Canada et Mexique depuis 20 ans. « Le Canada a été attaqué 30 fois par des firmes privées américaines. Le Canada a perdu 30 fois. » Quant au Mexique, « cinq plaintes ont été déposées contre lui par des firmes américaines qui, au total, l'ont obligé à payer 204 millions de dollars. Car le Mexique a perdu dans les 5 cas. » Pour Raoul Marc Jennar, si ce traité est signé, il est inéluctable que les grands groupes américains feront de même avec l'Europe. Et à tous les niveaux, des Régions aux Landers en passant par les communes.

Mais tout n'est pas joué. « Je ne crois pas à la fatalité » réplique dans un grand sourire l'auteur qui rencontre régulièrement ses lecteurs lors de séances de dédicaces ou dans des conférences.


« Le grand marché transatlantique » de Raoul Marc Jennar, éditions Cap Béar, 68 pages, 5 euros  

lundi 28 avril 2014

Livre - "Destination ténèbres" de Frank M. Robinson en poche

Considéré comme un des classiques de la science-fiction américaine, « Destination ténèbres » de Frank M. Robinson, paru en 1991, est enfin disponible en France au format poche dans la collection Folio SF. Ce thriller spatial emmène le lecteur aux confins de l'espace, si loin de la terre. Le roman débute par l'exploration de Séthi IV
Sur cette planète hostile, le jeune Moineau dévisse en escaladant une falaise. Sa combinaison fuit. Il se sent mourir. Ecran noir. Il se réveille dans l'infirmerie de l'Astron. Amnésique. Il ne se souvient que de l'accident. Rien sur sa vie d'avant. Avec ses yeux et sa sensibilité, le lecteur va découvrir la vie à bord, les différentes communautés (en fonction des emplois), les travaux obligatoires, la tyrannie du capitaine Fusaka et surtout l'existence d'une mutinerie embryonnaire. 
Ce huis clos obsédant est mené de main de maître par Frank M. Robinson, scénariste de la tour infernale.
(Folio SF, 8,90 €)

dimanche 27 avril 2014

Roman - Le voleur de la canicule

En pleine canicule de 2003, un jeune garçon découvre les pratiques d'un audacieux voleur malvoyant. Un conte moderne signé Jean-Pierre Milovanoff.


L'été 2003 restera pour toujours dans les mémoires comme celui de la canicule du siècle. Dans les grandes villes, Paris surtout, des centaines de personnes âgées sont mortes chez elles, dans une indifférence généralisée. Les morgues débordaient, pour parer au plus pressé, certains entrepôts frigorifiques de Rungis ont servi de chambre froide pour ces cadavres abandonnés de tous. 
Ce dramatique fait divers sert de toile de fond du roman de Jean-Pierre Milovanoff. Le héros et narrateur, Théo, un jeune garçon, n'a pas conscience du drame qui se joue derrière les murs des rues parisiennes qu'il arpente quotidiennement pour passer le temps. Il va à la piscine, achète une glace, boit une limonade dans un café. Il remarque le ballet incessant des ambulances du samu et des corbillards des pompes funèbres, mais sans en mesurer véritablement les conséquences. Il profite de cet été quasi solitaire car sa mère, d'origine africaine, est infirmière à l'hôpital. Son service, déjà en effectif réduit pour cause de vacances, se retrouve débordé par cet afflux de malades, puis de morts. Elle multiplie les remplacements, double ses services, s'épuise silencieusement à la tâche.

Détrousseur de logements vides
Mais l'été 2003, pour Théo, restera celui de sa rencontre avec Rico, « Le visiteur aveugle » qui donne son titre au roman. Il le croise une première fois dans le hall de son immeuble en train de déchiffrer un nom sur les boîtes aux lettres. « Costume clair, feutre d'un jaune proche du marron, sandales de cuir. Il tenait un stylo à bille dans la main droite. J'eus le temps de voir qu'il était en train de noter l'étage et le numéro d'un appartement sur la paume de son autre main. Il était grand, mince, d'allure sportive, avec des joues creuses et un nez de boxeur. Son visage aux pommette dures souriait dans le vide. » Le fameux Rico cherche le petit appartement d'une certaine Madame Roseland. Une de ses vieilles amies qui vient de mourir. Seule, dans sa bonbonnière entourée de ses souvenirs d'ancienne reine de l'Alcazar. Théo le conduit au 6e étage et l'aide à entrer dans ces pièces sentant le renfermé. Comme fasciné par cet homme étrange, le gamin l'écoute raconter la vie de cette femme, adulée puis oubliée de tous. Comme une métaphore de toute vie humaine faite de hauts et de bas.
Cela n'empêche pas Théo de comprendre que Rico ne connaissait pas véritablement Mme Roseland. Et que son pèlerinage est très intéressé. Rico est un simple voleur, un aigrefin : « Il tira de la poche intérieure de son veston une lame dentelée, à peine plus grande qu'une lime à ongles. Il la porta devant ses yeux, souffla dessus puis la glissa dans le premier tiroir du secrétaire qui s'ouvrit aussi bien que s'il avait tourné la clé. » Et l'enfant de se retrouver complice d'un cambrioleur...
Le roman de Jean-Pierre Milovanoff va cependant beaucoup plus loin que cette simple relation coupable. Il revient sur ce drame sanitaire décrivant Paris sous un jour nouveau. « On respirait difficilement dans les appartements étroits et mal aérés. A midi, les avenues et les boulevards désertés diffusaient une chaleur de four le long des façades. Les trottoirs étaient brûlants. Les rideaux de fer des petits commerces fermés faisaient mal aux yeux. La circulation était fluide. Peu de taxis. Rares autobus. Seules les ambulances circulaient normalement, c'est à dire vite, dans des directions différentes. » Enfin le texte apporte un éclairage plus universel sur l'enfance, la difficulté d'exprimer l'amour que l'on porte à ses parents, du complexe détachement de sa famille. Une écriture lumineuse, comme un beau jour d'été, chaud mais pas caniculaire.

« Le visiteur aveugle », Jean-Pierre Milovanoff, Grasset, 14 €




samedi 26 avril 2014

BD - Belle Deuche en folie chez Bamboo


Qui n'est jamais monté dans une deux-chevaux ne peut pas comprendre cette BD lancée par Achdé en 2000 et reprise par Rudy. La petite voiture de Citroën, est un poème à elle toute seule. Du bruit du moteur aux portières s'ouvrant à l'envers en passant par le levier de vitesse sur le tableau de bord et les amortisseurs d'une souplesse à toute épreuve, la Deuche est devenue un objet de collection très recherché. 


M. Lerbag fait partie de ces cinglés capables de rêver à leur voiture au lieu de leur femme, même de se relever la nuit pour la recouvrir d'une couverture en cas de gelée nocturne (la voiture, pas la femme...). Sûr que la Deuche n'a rien à voir avec les caisses des pros du tuning. Pas de clinquant dans la carrosserie aussi résistante que du carton, juste du pratique et du léger. Tout terrain avant l'heure, économe comme jamais : la deux-chevaux sur bien des points était révolutionnaire. Aujourd'hui c'est juste une voiture sympathique, source inépuisable de gags pour des auteurs qui connaissent leur Citroën sur le bout des doigts.

« Les damnés de la route » (tome 8), Bamboo, 10,60 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Photos ratées et exercice de style

Je ne vais pas vous mentir, même si je suis persuadé du contraire, je ne suis pas un bon photographe. Déjà du temps de l'argentique, quand j'appuyais sur le déclencheur, j'étais certain que ce qui serait quelques heures plus tard sur papier serait 1 : net, 2 : bien cadré et 3 : joli. Dans la réalité, arriver à avoir bon à un des trois points relevait carrément de l'exploit...
L'arrivée du numérique aurait dû me simplifier la vie. Non, car j'ai un véritable don pour rater mes photos. Et j'ai beau en faire des centaines, jamais au grand jamais ce ne sera ce que j'attendais.


Pourtant une photo ratée peut rapporter gros. En ce moment, une marque de smartphone, pour lancer la 5e version de son modèle vedette, organise un concours sur Twitter. Publiez une de vos réalisations bien foireuse (bougé, flou, tête coupée, yeux fermés...) accompagné du mot-dièse #FailNoMore et vous pourrez remporter le fameux téléphone. J'ai regardé quelques contributions. Pas une ne m'arrive à la cheville.


Exceptés peut-être les clichés de Paris au petit matin postés quotidiennement par Pascale Clark. La journaliste de France Inter shoote les rues de la capitale depuis son taxi. Déjà passablement flous, les clichés sont en plus passés dans un filtre Instagram. Il n'en fallait pas plus pour qu'un galeriste parisien s'y intéresse et expose la série. Beaucoup se sont moqués du résultat, summum de la gloriole bobo. Une grande voix ne fait pas de grandes photos. La preuve en images. Toujours ce fossé entre l'intention et la réalisation. A savoir le talent.