mardi 2 avril 2013

Billet - Trop de Thrones

Ils n'arrêtent pas de me casser les oreilles avec ça depuis une semaine :
la saison 3 de la série « Game of Thrones » a débuté ce dimanche. « Ils », ce sont toutes mes connaissances âgées de 18 à 30 ans, un peu geeks sur les bords et passionnées de fantastique médiéval. Ils trépignent, impatients  de découvrir ce que sont devenus John Snow, Daenerys ou Tyrion Lannister, le chouchou de beaucoup.
Petit problème, le premier épisode de la nouvelle saison est diffusé... sur HBO, aux USA. Pour le voir en France, il faudra patienter. Et payer. Car c'est Canal + qui en a acquis les droits. Certes le bouquet d'Orange le diffuse le lendemain de sa sortie, mais comme Bein Sport, ces chaînes se révèlent aussi fantômes que leurs abonnés.
Les vrais passionnés de Game of Thrones s'illustrent par un détail capital : ils savent exactement où aller sur internet pour voir des films en streaming. Avec un souci. Le premier épisode sera-t-il disponible dès le lendemain ou devront-ils attendre plus de 48 heures ? En 2012, Game of Thrones a brillamment remporté la première place au palmarès des séries les plus piratées.
En attendant il existe quantité de sites pour se mettre dans le bain. Comme ce quizz, « à quelle maison appartenez-vous ? » ou cette carte d'Europe à la mode Thrones (la France serait le Stormland dominé par la famille Baratheon). Et si vous aimez le personnage du prêtre rouge Thoros de Myr, vous avez raté l'occasion de le rencontrer : il était la semaine dernière en vacances dans l'Aude.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Tangomango chez Wakfu pirates d'Ankama

La société Ankama a fait du « transmedia » son ADN. Les créateurs développent des univers pouvant s'adapter aux jeux en ligne comme à l'animation ou la bande dessinée. Dofus puis Wakfu sont les fers de lance de cette démarche médiatique totale. La collection Wakfu Heroes s'enrichit d'un nouveau titre : Tangomango. 
On découvre comment Elaine, encore fillette, est devenue la plus jeune navigatrice de ce monde imaginaire. Avec son père adoptif, Encre Noire, un poulpe rose, elle bichonne son navire, Le singe hurleur, pour porter haut le pavillon pirate. 
Ecrit et dessiné par Adrian, un auteur espagnol, cette série entre comique et fantastique, s'éloigne du jeu en ligne pour flirter vers la BD d'aventure classique. Divertissante et franchement rigolote, cet album est une des bonnes surprises de ce début d'année.

« Tangomango » (tome1), Ankama, 12,90 €

lundi 1 avril 2013

Billet - Les faux poissons d'internet

La tradition des poissons d'avril dans les journaux a du plomb dans l'aile. Pas par manque d'imagination des journalistes, mais à cause d'internet et de la recrudescence d'informations insolites. Pour preuve, la semaine dernière trois anecdotes auraient aisément pu faire d'acceptables poissons... si elles n'avaient pas été authentiques. 
Un escroc anglais vend de faux détecteurs de drogue à des policiers belges. Le vendeur peu scrupuleux achète des détecteurs de balles de golf (13 euros l'unité) et explique qu'ils peuvent également repérer drogue, explosifs et même cadavres... Il se montre tellement convaincant dans sa démonstration qu'il parvient à les écouler 25000 euros pièce. Tout le monde pourrait croire à un poisson en raison de la nationalité des grugés. Et pourtant...
Un juge canadien condamne une adolescente. La sanction : interdiction d'aller sur Facebook durant une année. A 12 ans, elle a proféré des menaces contre deux de ses camarades sur son mur Facebook. Elle affirmait vouloir les étrangler... Il t a des relents de poisson car interdire à une ado d'aller sur Facebook, durant une année en plus, paraît complètement impossible à moins de l'exiler au pôle Nord...
La sous-préfecture de Draguignan est évacuée après une alerte à la bombe. Dans le colis on ne retrouve que des saucissons. Pas crédible dès qu'on précise que la charcuterie est... corse.
Alors merci le web de nous faire vivre dans l'ambiance du 1er avril 365 jours par an !

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue en dernière page de l'Indépendant ce lundi 1er avril. 


BD - Maladie d'amour


Nina, 26 ans, est anhédonique. Ce diagnostic est de José, un psychologue surfant sur la vague des sites de rencontres. Nina, suite au décès tragique de sa mère, a décidé de transformer sa vie en un long cauchemar. Tout ce qu'elle fait doit lui être désagréable. Cette blonde au jolis minois n'a plus sourit depuis des années. Elle ne mange que des légumes qu'elle n'arrive pas à digérer, fait du sport alors qu'elle déteste cela, du water-polo car elle a une aversion de l'eau. S'interdisant tout bonheur, il lui est inconcevable d'aimer, de partager, d'être heureuse. Cela mine son père, un richissime assureur. José, pour échapper à la ruine, accepte de prendre Nina en main et de lui trouver son double affectif. 
Pierre Makyo délaisse pour une fois les longues séries pour écrire un scénario entre science-fiction psychologique et banale histoire d'amour. Le tout est transcendé par Frédéric Bihel et ses couleurs délavées. La mélancolie de Nina est parfaitement retranscrite, tout comme la maturation de José, obligé de reconnaître son attirance pour cette tristesse infinie.
« Tout sauf l'amour », Futuropolis, 18,50 €

dimanche 31 mars 2013

BD - Entraide fasciste

La seconde guerre mondiale, en Europe, a coupé la France en deux. On oublie trop souvent que durant les années d'occupation, une importante partie de la population française, au lieu de choisir la Résistance, a été fidèle au gouvernement officiel, celui de Pétain. Un choix parfois motivé par la politique. Ainsi à l'époque, la peur du communisme a poussé de nombreux citoyens dans les bras de partis nationalistes. Et beaucoup ont même fait le forcing pour s'engager dans le combat pour prêter main forte aux nazis dans leur conquête de Moscou. Michel Dufranne ouvre ce dossier noir dans « Odessa », série complète en deux volumes.
Un résistant part à la recherche de son frère, supposé disparu sur le front de l'Est alors qu'il portait l'uniforme vert de gris. Il va plonger dans ces milieux fascistes, très efficaces quand il a fallu « exfiltrer » certaines têtes pensantes vers l'Amérique latine.
De Bruxelles aux plaines russes en passant par la pampa argentine, un périple peu glorieux illustré par Peka, dessinateur au trait très comparable à celui de Kas.
« Odessa » (tomes 1 et 2), Casterman, 12,95 € chaque volume



samedi 30 mars 2013

Billet - De l'âge des SMS

Fin 2012, 72 millions de téléphones portables étaient actifs en France. Soit un taux de pénétration supérieur à 110 %. En clair, tout le monde   aujourd'hui a la possibilité d'envoyer des SMS. Mais pas évident de tout comprendre dans ce langage mis au point par des jeunes, pour des jeunes. Les contenus parfois abscons donnent l'idée à Alexandre Hattab de collecter les échanges les plus surréalistes quand « Mes parents font des SMS » (J'ai Lu, 5 euros). Si le premier chapitre reste relativement indulgent pour les aînés, les choses se gâtent par la suite. Notamment dans le chapitre « La technologie les dépasse » où se trouvent les pires situations, que tout découvreur des smileys ou des abréviations a connu au moins une fois. « Paçe me cherch& hallah Bouh-tik, Pas-pas » écrit un père à sa fille qui lui répond, désespérée : « Ok mais c'est pas ça le principe du langage SMS ! MDR » Tout le monde sait que MDR est la version condensée de « Mort de rire » sauf cette mère un peu parano : « MDR ça veut dire Maison de retraite ? » 
Dans les galères techniques, il faut aussi compter avec les touches introuvables. Les messages s'en voient parfois rallongés : « ça va point d'interrogation » ou transformés en galimatias, « Ouestlafoutuebarreespace ». 
Et puis il y a les situations mignonnes comme cette mère demandant à sa fille si elle s'y connaît en iPhone, précisant que c'est un « Apple iPhone »... On peut en rire, mais si vous débutez en SMS, ce petit livre peut se révéler très utile...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - L'abbé Shelton en mission en Argentine

Wayne Shelton, héros aventurier imaginé par Jean Van Hamme, a le profil rêvé pour être au centre d'histoires mouvementées et dépaysantes. Millionnaire, prêt à tout pour augmenter sa fortune, Wayne, malgré ses tempes blanches est encore très vert. Et cela ne date pas d'hier. 
Dans sa jeunesse, il a traversé l'Amérique latine en moto. Heureusement pour le lecteur il n'a pas finit comme le Che. Mais ce passé de liberté et d'insouciance lui revient en pleine figure quand il il est accusé par la police argentine d'avoir violé une jeune héritière. C'était il y a 30 ans, mais ce pays très catholique sait se souvenir quand il y a l'honneur d'une famille en jeu. Wayne est victime d'un complot. La belle qui a succombé à ses charmes a aujourd'hui besoin de notre héros pour récupérer le ticket gagnant à la loterie nationale. Pour assurer sa liberté, Wayne endosse l'habit de prêtre et va au fin fond des montagnes retrouver un curé peu scrupuleux. 
Dessinée par Denayer, toujours aussi efficace, cette aventure est légère, pleine d'humour et de bons sentiments. Rien de bien transcendant pour certains. En fait de la belle ouvrage, ce qui fait le succès de la BD depuis des décennies, devenu malheureusement trop rare de nos jours.
« Wayne Shelton » (tome 11), Dargaud, 11,99 €


vendredi 29 mars 2013

Billet - Dans le bunker de l'impitoyable guerre numérique

Connexion à internet lente, vidéos hachées, boîte mail déboussolée... Depuis une semaine le réseau bafouille. N'accusez pas immédiatement votre fournisseur d'accès (services devenus en quelques années responsables de tous les maux numériques, parfois à juste titre) car les perturbations sont  mondiales et directement liées à l'une des plus importantes attaques de cybercriminalité. Une véritable guerre entre deux entités quasi invisibles pour le public, mais aux antagonismes absolus. D'un côté Spamhaus, société suisse chargée de détecter les sites envoyant ces millions de spams. S'ils tombent directement dans votre corbeille, c'est grâce à Spamhaus et ses programmes espions. De l'autre Cyberbunker, un site néerlandais chantre de la liberté totale et très peu regardant sur le pedigree des organismes hébergés. Spamhaus a placé Cyberbunker sur sa liste noire. Les Hollandais, dont les serveurs sont localisés dans un ancien bunker de l'OTAN, n'apprécient pas. Ils auraient donc lancé cette cyberattaque en bombardant Spamhaus de millions de demandes de connexions simultanées grâce à toute une batterie de robots implantés dans les pays de l'Est. Résultat, tout le réseau est ralenti par cette augmentation brutale du trafic.

Et voilà comment cette guerre invisible impacte le quidam, pestant sans son coin sans savoir qu'il n'est qu'un grain de sable dans une tempête planétaire. Ainsi va Internet, entre individualisme et gigantisme.
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.  

Polar - Mémé Cornemuse sur les traces de Béru

Mémé Cornemuse aurait tout à fait pu être un personnage de San-Antonio. Nadine Monfils, sa créatrice, lui donne l'occasion de s'émanciper.

Adeptes du bon goût s'abstenir. Mémé Cornemuse, l'héroïne totalement déjantée imaginée par Nadine Monfils est de retour. Cette grand-mère indigne, fan de Jean-Claude Van Damme et d'Annie Cordy, imagine le casse du siècle. Une bijouterie regorgeant de breloques. Première opération, s'installer près de la place. Mémé endosse les habits de concierge. L'immeuble est stratégiquement collé aux coffres. Puis embaucher un arpette qui fera le sale boulot. Un ancien taulard va prendre ses quartiers dans la cave et creuser un tunnel. Problème, Mémé doit répondre aux sollicitations incessantes des locataires. L'occasion pour Nadine Monfils de décrire quelques cas sociaux d'exception. Ginette Plouf par exemple, une trentenaire avachie, cocue depuis des lustres. Elle est au centre de l'intrigue principale. En rentrant du boulot, elle craque pour des chaussures jaunes. « Elles ont appartenu à Lady Di ! » lui affirme plein d'assurance le commerçant escroc. Ginette, sur ses escarpins, voit la vie différemment. Elle reprend confiance en elle.

Garniture de camembert
A l'arrêt de bus, elle croit découvrir le prince charmant. Simplement un dragueur compulsif qui, une fois sa petite affaire conclue sur le capot d'une voiture dans un parking souterrain, prend ses jambes à son cou. De retour au domicile conjugal, l'infidèle est tentée d'avouer sa faute à Marcel, son mari. Mais ce dernier est mort. Assassiné exactement. Mains coupées et sexe planté dans un camembert au frigo...
Ginette paniquée, prévient la concierge. Et comme Mémé ne veut pas que la flicaille investisse son immeuble, elle se charge de faire disparaître le corps. Une mise en bouche totalement foutraque, et ce n'est que le début. En cherchant à découvrir qui a tué Marcel, Ginette et Mémé vont croiser nombre d'hurluberlus. Genre cette locataire « qui avait un gros grain de beauté sur la joue gauche, garni d'un poil noir. Avec le double menton, on aurait dit une sorte de bonobo en jupe plissée. »

Sexe à tous les étages
Autre rebondissement improbable, l'héroïne apprend qu'elle a un fils. Elle n'a aucun souvenir des 9 mois de grossesse, si ce n'est avoir laissé, dans sa jeunesse, un paquet sanguinolent devant un couvent. Elle se met à rêver à ce gamin maintenant adulte. Un regain d'amour maternel ? Pas vraiment : « Cornemuse aurait bien aimé avoir un fils pédé. Un qui lui aurait ramené des jeunes éphèbes bien membrés et musclés, histoire de passer ses soirées à s'envoyer en l'air. »

Le sexe, en long en large et en travers, c'est un des points communs des romans de Nadine Monfils avec l'univers de San-Antonio. Le commissaire imaginé par Frédéric Dard poursuit ses aventures, sous la plume de Patrice, le fils. Les éditions Fayard viennent de publier le nouvel opus (toujours deux nouveautés par an...) intitulé « San Antonio contre X ». Une reine du cinéma X vient d’être assassinée. Puis une autre hardeuse subit le même sort, en plus sauvage encore. San-Antonio se charge de l'enquête, flanqué du phénoménal Béru, devenu pornstar pour la circonstance. 
Selon l'auteur, jamais en mal de superlatifs, «c'est le plus mystérieux, le plus cocasse et le plus torride de tous les San-Antonio. »
Michel Litout
« La vieille qui voulait tuer le bon dieu », Nadine Monfils, Belfond, 19 €
« San Antonio contre X », Patrice Dard, Fayard, 6,90 €



jeudi 28 mars 2013

Billet - Summly the best

A 17 ans, Nick D'Aloisio a toutes les chances de devenir le plus jeune e-millionnaire de la planète. Il vient de revendre sa micro société et son application vedette Summly la bagatelle de 30 millions de dollars au géant « Yahoo! ».

Petit génie de l'informatique, ce lycéen anglais aime bidouiller. A 12 ans, dans sa chambre, au lieu de se pâmer devant les posters de Justin Timberlake ou des Pussycat Dolls, il se lance en solo dans l'invention d'applications pour smartphones. Un programme pour partager ses goûts musicaux au début, un autre, « totalement inutile et affreux » selon ses propres dires, est un tapis roulant pour doigts... Il découvre les algorithmes à 14 ans et met au point une application chargée de définir l'humeur de quelqu'un en fonction de ses statuts Facebook. Algorithmes qui constituent la clé de voute de Summly. L'application fait un tabac sur l'AppleStore. Noyé par le trop-plein d'informations sur le net ? Summly se charge de sélectionner les faits les plus importants et les résume en 400 signes. En condensé (façon Summly) cette chronique donne approximativement : « Un lycéen devient millionnaire en créant un robot numérique capable d'écrire ses résumés de texte »... 
Cette belle histoire en fera rêver plus d'un. Notamment les geeks dénués du moindre talent artistique, sportif ou... relationnel. Car en réalité, la façon la plus simple de devenir millionnaire est et restera l'héritage.  

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.