jeudi 28 mars 2013

BD - Mauvais contact dans "Prométhée" de Bec et Bocci

Christophe Bec
ne manque pas d'imagination. Ni d'ambition. « Prométhée », série vedette des éditions Soleil, traite ni plus ni moins que de la fin de l'Humanité dans l'hypothèse d'un contact avec une intelligence extraterrestre. Assurant seul le dessin et le scénario, il s'est résolu à déléguer la partie graphique à Alessandro Bocci à partir du 3e épisode. On en est déjà au 7e, il y en aura 13 (comme le chiffre qui marque le début des ennuis de la Terre) d'ici 2019. 
Les anomalies se multiplient partout sur le globe. D'immenses trous apparaissent, engloutissant bâtiments et hommes. Au même moment, la présidence US a la certitude que le contact avec les extraterrestres, prévu le 13e jour, tuera 99% de la population. Pour survivre, il faut opérer d'urgence une élite soigneusement choisie. C'est dense, complètement crédible, palpitant. 
Du Bec, tout simplement. Une véritable marque de fabrique dans le monde de la BD française.
« Prométhée » (tome 7), Soleil, 13,95 €

mercredi 27 mars 2013

Billet - Avec Christine Boutin c'est cinéma pour tous

Marion Cotillard a du mouron à se faire. Moquée pour sa scène d'agonie dans le dernier Batman, elle a trouvé encore plus mauvaise actrice qu'elle. C'est du moins l'avis d'internautes particulièrement méchants avec... Christine Boutin.
L'opposante au mariage pour tous manifeste dimanche à Paris. Au mauvais endroit au mauvais moment, elle est visée par des tirs de CRS. Plus habituée à se faire asperger d'eau bénite que de gaz lacrymogène, elle s'évanouit. Allongée sur la chaussée, la main sur le haut de la tête, elle est secourue par d'autres manifestants. Une scène photographiée par l'AFP. Le cliché se propage, comme le symbole des violences policières gratuites. Et est immédiatement parodié sous le mot-clé #JoueLaCommeBoutin. Car pour les internautes, ce n'est que comédie. Les copieurs restent parfois sobres, reproduisant la scène à l'identique, avec simplement quelques éléments rajoutés (un exemplaire de Têtu, une boîte d'Alka Seltzer). D'autres reconstituent la scène en Lego ou la comparent à des œuvres d'art, notamment une peinture de Jésus Christ, après sa crucifixion, allongé contre la Vierge Marie.
Pourtant, selon la principale intéressée, ce n'était pas du chiqué du tout. Dans un twitt, Christine Boutin revient sur le buzz : « Je vous remercie tous pour vos mises en scène qui sont souvent très drôles. Mais pour moi c'était du vrai ! »
Mauvaise actrice peut-être, mais pas dénuée d'humour !

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Les couleurs vives de l'amour sans frontières

En Russie, en pleine révolution bolchévique, un homme et une femme se croisent dans les ruines d'un palais. Il est Américain, fils de diplomate. Elle est Russe, révolutionnaire et artiste. Walter et Natalia sont faits pour s'entendre et s'aimer. Mais ce ne sera pas ce jour-là. Trois ans plus tard, ils sont tous les deux élèves dans une école d'art. L'abstrait et les couleurs vives sont les nouvelles règles de l'URSS naissante. Walter et Natalia sont choisis pour porter la bonne parole artistique dans le vaste pays en proie à la guerre civile et surtout à la famine. Un décalage complet et absolu entre ces jeunes idéalistes pour qui la modernité est l'avenir de la planète et les paysans à peine sortis du Moyen âge.
Une histoire d'amour intense et compliquée, racontée par Jack Manini et dessinée par Olivier Mangin. La suite de l'aventure se déroulera à Berlin, toujours durant ces temps troubles, avec d'autres couleurs dominantes après le rouge révolutionnaire.
« La guerre des amants » (tome 1), Glénat, 13,90 €

mardi 26 mars 2013

Billet - Cyborgs à lunettes persona non grata

Vie privée contre réalité augmentée. Les gadgets concoctés par certaines entreprises se montrent ludiques. Mais aussi très intrusifs.

En Angleterre, trois Londoniens attachés à la protection de la vie privée lancent une campagne intitulée « Stop the cyborgs ». Il ne s'agit pas de barrer le passage à d'hypothétiques Terminators en provenance du futur mais bien de s'opposer aux « Google Glass » que le moteur de recherche projette de commercialiser l'année prochaine. Ces lunettes connectées permettent de vivre une réalité augmentée. Non seulement vous aurez des indications en surimpression (heure, température, trajet...) mais aussi la possibilité de photographier ou filmer ce que vous voyez. Les lunettes réagissent aux commandes vocales et les images peuvent être diffusées en direct. D'accord, elles permettent de partager. D'espionner aussi.
Pour « Stop the cyborg », le but consiste à éviter « un futur dans lequel la vie privée est impossible et le contrôle des entreprises total ». Et avant même que les lunettes ne soient mises sur le marché, un logo existe, à apposer à l'entrée de lieux où elles seront interdites. Un bar à Seattle, le 5 Point Café, est le premier à relayer l'initiative.
Excessives ces craintes ? Pas sûr. Il suffit de voir comment les smartphones sont devenus indispensables. Or, ils permettent aux opérateurs (et donc aux autorités) de vous « tracer » au mètre près. Si en plus ils détiennent l'image et le son, la vie privée deviendrait effectivement un concept du passé.   

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.

Polar - Dans la glace des souvenirs

Erlendur revient. Le héros policier d'Arnaldur Indridason est de retour. Une double enquête dans les fjords glacés de l'est de l'Islande.

Une petite voiture rouge, une nécrologie dans le journal barrée du mot « ordure », une ferme en ruine. Ce sont quelques-uns des morceaux du puzzle de ce roman policier signé Arnaldur Indridason. L'écrivain islandais renoue avec son héros du début, le policier Erlendur. Il ne va pas fort. Carrément dépressif. Il a pris des vacances et quitté la moderne Reykjavic pour les villages isolés de l'est du pays. Des hameaux blottis au fond de fjords majestueux. Au-dessus, la montagne et le froid intense.
Erlendur cherche à exorciser son passé. Enfant, ses parents ont possédé une ferme dans cette région sauvage. Une vie simple, proche de la nature. Jusqu'à cette nuit d'hiver. Une sortie dans la montagne, l'arrivée soudaine d'une tempête de neige. Le père laisse ses deux enfants pour chercher du secours. Erlendur tient fermement la main de son petit frère Beggi. Et puis le froid intense lui fait lâcher prise. Les secours retrouvent Erlendur, pas Beggi. Des décennies plus tard, le flic borné et têtu, torturé par la culpabilité, cherche encore la cadavre de son cadet.
Et pour ne pas devenir complètement fou, il se renseigne aussi sur les autres disparitions mystérieuses de la région. C'est comme ça qu'il fait connaissance de Matthildur. Cette jeune femme, en pleine tempête de neige dans les années 40, s'est évanouie dans la nature. Les secours, alertés par son mari Jakob, n'ont jamais retrouvé le corps. Erlendur va mener de front les deux recherches, arpentant la lande mais aussi les archives et les maisons de retraite de la région. Il va interroger les rares survivants, parents et amis de Matthildur. Et son instinct de limier va le persuader qu'il y a bien un mystère derrière cette disparition.

Espace infini
D'un côté une enquête classique, si ce n'est qu'elle est décalée d'un demi-siècle, de l'autre une quête personnelle qu'Erlendur ne peut partager avec personne. Le tout mené dans cette région d'Islande, sauvage et préservée. Erlendur a installé son camp de base dans l'ancienne ferme de ses parents. Ce n'est plus qu'une ruine aujourd'hui. Ouverte à tous les vents, froide, glaciale. Il dort sur une paillasse, dans un sac de couchage. Une lampe tempête pour s'éclairer.
Des conditions extrêmes qu'il s'impose, comme une pénitence pour avoir abandonné son petit frère. Et régulièrement, il va dans la montagne et dort à la belle étoile sur un tapis de mousse. « Il aimait s'allonger sur le dos, la tête posée sur son sac, les yeux levés vers les étoiles en méditant sur toutes ces théories qui affirmaient que le monde et l'univers étaient encore en expansion. Il appréciait de regarder le ciel nocturne et son océan d'étoiles en pensant à ces échelles de grandeur qui dépassaient l'entendement. Cela reposait l'esprit et lui procurait un apaisement passager de pouvoir réfléchir à l'infiniment grand, au grand dessein. » C'est cela Erlendur : un flic pragmatique, torturé de culpabilité, incapable d'être heureux, de vivre simplement en oubliant les fantômes du passé. Dans ces terres de l'est il va déterrer quelques cadavres, imagés ou bien réels...
Michel LITOUT
« Etranges rivages », Arnaldur Indridason, Métailié Noir, 19,50 € (également disponible au format poche chez Points)

lundi 25 mars 2013

Billet - Super sponsor

Envahissante la publicité. Notamment sur internet où il devient impossible de voir une vidéo sans subir un spot. Si les marques ne ratent aucune occasion de s'incruster sur les écrans, le pire est encore à venir selon un artiste italien. Roberto Vergati Santos a diffusé sur internet un diaporama dans lequel il imagine des super héros sponsorisés comme de vulgaires sportifs. Si Batman reste classe avec la virgule de Nike, Wolverine fait un peu plouc avec le logo d'Adidas sur le torse. Iron Man a l'air idiot  avec le M de MacDo tatoué sur son armure. Quant à Superman, son justaucorps griffé Giorgio Armani casse le mythe. Ce n'est que pure spéculation, mais ne doutons pas que quelques publicitaires vont tenter de récupérer l'idée. 
Pour une fois, la France devrait montrer l'exemple. Nous aussi avons quelques héros ou personnalités au fort potentiel. Reste à y associer le bon produit. Avec Astérix, le Viagra® s'impose tant la petite pilule bleue s'apparente à une potion magique pour certains messieurs vieillissants. Depardieu c'est la vodka. Le vin aussi. Et tout alcool dépassant les 10°... Navarro pourrait décrocher le jackpot en signant pour les couches Confiance. Mais il devra batailler avec Derrick... Quant à Véronique Genest alias Julie Lescault, elle a une nouvelle fois tout compris avant tout le monde. Cela fait des années que son image est associée à une marque de jambon. Les fabricants de quiche parviendront-ils à se relever de cette erreur stratégique ?

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.  

BD - Les cases déstructurées de Fred et Marc-Antoine Mathieu

La bande dessinée souffre d'une image trop formatée. Cases, planches, pagination : longtemps les auteurs devaient se fondre dans un moule, brider leur créativité pour des raisons pratiques, matérielles. Mais certains ont littéralement explosé ces contraintes, dynamitant un principe de narration trop linéaire. Fred, au milieu des années 60, a été un pionnier avec Philémon. Marc-Antoine Mathieu un digne héritier en lançant Julius Corentin Acquefacques dans le monde des rêves.

« Le train où vont les choses »
est le 16e et dernier tome des pérégrinations de Philémon dans le monde des îles-lettres de l'Océan Atlantique. Débuté à la fin des années 80, cette histoire de Lokoapattes embourbées par manque d'imagination était un peu symbolique de l'état d'esprit du créateur. 20 pages et puis plus rien... Des idées noires, un manque d'envie. Fred a changé d'univers pour mieux se retrouver. Mais il avait quand même le désir de boucler la boucle. C'est chose faite, au minimum. Un épilogue sous forme de bande de Moëbius puisqu'on retrouve en scène finale les premières pages du premier album. Un monde meurt, un univers magique se referme. Mais il sera toujours là, grâce aux albums, pour ouvrir celui des générations futures.


« Le décalage »,
6e titre des aventures (même si c'est un bien grand mot) de Julius Corentin Acquefacques, débute... à la page 7. La couverture est en fin de volume et les personnages, pour accélérer leur errance dans le grand rien, ont même arraché des pages au cœur du récit. Julius, en ratant le début de l'aventure, se retrouve dans le rôle du témoin impuissant. Un album de Marc-Antoine Mathieu c'est avant tout des trouvailles techniques. Scénographe réputé, il n'a pas son pareil pour jouer avec les codes de la narration. Un peu comme Fred, mais à la puissance 1000. Fred que l'on retrouve d'ailleurs dans les remerciements, placés au cœur de la BD, décalage oblige.

« Le train où vont les choses », Fred, Dargaud, 13,99 euros
« Le décalage », Marc-Antoine Mathieu, Delcourt, 14,30 euros

dimanche 24 mars 2013

Billet - Twitter a 7 ans, l'âge de réseau


« Twitter fête ses 7 ans... l'âge de réseau. » cette jolie formule est de Diane Saint-Réquier, Mme @lactualaloupe, une « veilleuse » parmi les plus rapides et originales du micro réseau social. Imaginé en 2000, Twitter n'a démarré que le 21 mars 2006 après des années passées dans les cartons de son concepteur Jack Dorsey. Un paradoxe quand on sait que la force de ce concept tient dans sa rapidité. Dans le cas de Twitter, son expansion est directement liée à l'avènement des smartphones. Et la limite de 140 signes n'est pas une invention théorique mais la norme déjà imposée aux SMS. Twitter, à la base, n'est que la simple possibilité de faire un envoi massif (et gratuit) d'un SMS à tous ses contacts. Twitter est l'accélérateur de croissance de l'internet mobile. Facebook tente de se raccrocher aux branches, mais aura toujours un wagon de retard. 
Aujourd'hui, Twitter compte 500 millions d'utilisateurs enregistrés dans le monde. Un quart est véritablement actif. Mais le succès de ce réseau social est flagrant dès qu'il est question d'actualité. Formidable agence de presse planétaire, son instantanéité est redoutablement efficace. Seul bémol, il reste à trouver un pare-feu contre les dérives. Une liberté totale autorise tous les excès, notamment en matière de racisme. Espérons que la plainte au pénal de l'Union des étudiants juifs de France contre l'entreprise américaine fasse un peu bouger les lignes. Même si réclamer 38,5 millions d'euros semble un peu excessif. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue jeudi en dernière page de l'Indépendant

BD - La vie après les barreaux dans "Au vent mauvais" de Rascal et Murat

Sept ans derrière les barreaux. Sept ans de foutus. Abel Mérian a rongé son frein. Condamné pour un hold-up, il a trouvé la patience dans la certitude de retrouver son magot à sa sortie. Sept ans à oublier en se payant une nouvelle vie, ailleurs.
Rascal, le scénariste, est avant tout un romancier. Thierry Murat a adapté ce texte, avec un dessin minimaliste. Grandes cases, couleurs délavées, longs textes narratifs : la forme est plus proche d'un album de Loustal que d'une BD classique. Le lecteur lui est rapidement emporté par ce road movie défaitiste. Rien ne se passe comme prévu et Abel devra trouver une autre chimère pour continuer à croire à cette foutue vie. La déception finale n'en sera que plus douloureuse.
« Au vent mauvais », Futuropolis, 18 €

samedi 23 mars 2013

Billet - Caramba ! Carambar arrête les blagues !


Caramba !  Carambar n'aura jamais plus le même goût. La recette ne change pas mais le fabricant a décidé de
supprimer les blagues à l'intérieur du papier d'emballage. Parler d'une « blague Carambar » est pourtant passé dans le langage populaire pour décrire une mauvaise plaisanterie. Exemple : « Quelle est la blague à deux balles ? Pan Pan ! » Les galéjades seront remplacées par des jeux « ludo-éducatifs », bonjour la prise de tête ! Sur le site internet de la friandise sucrée, un compte à rebours s'égraine inexorablement. Il prendra fin lundi.
Sur Twitter, les réactions des internautes se révèlent très partagées. Un gros contingent affiche sa nostalgie, « l'humour de notre enfance disparaît ». D'autres en profitent pour se moquer de certains comiques : « Les dégâts collatéraux de l'affaire Carambar. Le prochain spectacle de l'humoriste Arthur est annulé » twitte Didier Porte, toujours aussi vachard avec son « collègue ». 
Cette décision marketing possède au moins le mérite de remettre le produit à la pointe de l'actualité. Les nostalgiques ne représentent certainement pas les consommateurs d'aujourd'hui. Les enfants ont beaucoup changé. Si les blagues disparaissent, c'est non seulement parce qu'elles ne font plus rire, mais qu'en plus elles paraissent complètement ringardes à une clientèle incapable de comprendre le second degré.
Enfin, les indécrottables grands enfants pourront se rattraper avec les décalcomanies de Malabar. Même si aujourd'hui on dit « tatoo »...
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.