dimanche 19 décembre 2010

BD - Moebius métallique


Au cours du tournant des années 1970, Jean Giraud alias Gir, jusque-là auteur classique d'un western traditionnel, s'invente une nouvelle personnalité, celle de Moebius, et prend une part majeure dans la révolution qui touche la bande dessinée adulte, sous l'influence de l'underground américain et de la vague de la "contre culture". 

Cofondateur du magazine Métal Hurlant et des Humanoïdes Associés, Moebius change profondément l'esthétique de la science-fiction et les modes narratifs du genre bande dessinée. Avec Arzach, Le Major Fatal et des dizaines d'histoires (La Déviation, Cauchemar Blanc), l'œuvre de Moebius aura un retentissement mondial. Dans ce gros album de 420 pages, vous pourrez retrouver ces BD mythiques, affranchies de toute contrainte. 

Des classiques ainsi que des récits courts, moins connus, voire oubliés.

« Moebius Œuvres ». Les Humanoïdes Associés. 99 euros

mercredi 15 décembre 2010

Jeunesse - Méchant lion

Ce petit album, sous des airs de conte pour enfant, est en fait une belle parabole sur le pouvoir et son aveuglement. Son auteur, Caryl Férey en a fait un résumé très évocateur au cours d'une interview : « Le roi, un tyran, veut marier son fils Pupus à une princesse pour garder sa dynastie, mais le jeune prince préfère courir dans la savane avec de jeunes guépards tandis que des hyènes enlèvent la princesse. Krotokus demande au renard Goupille, seul marin qu'il a sous la main, de poursuivre avec lui les hyènes pirates à travers les îles mystérieuses... » 

L'autre intérêt de ce livre accessible dès 10 ans est de découvrir une autre facette du talent d'illustrateur de Christian Heinrich, le créateur des P'tites poules. Il abandonne la couleur directe pour des dessins au trait précis et très évocateurs. Il excelle dans les bêtes à crocs, du lion, bien évidemment, au dinosaure en passant par les hyènes, particulièrement réussies.

« Krotokus 1er, roi des animaux », Caryl Férey, Pocket Jeunesse, 14,90 €

mardi 14 décembre 2010

Beau livre - La porte des dragons


Si vous doutez encore du pouvoir des livres, plongez dans « La roue des vents » écrit et illustré par Vincent Joubert. Ce bel objet va vous entraîner loin, très loin de votre blafarde réalité. Un récit fantastique dans lequel vous aurez l'impression, comme le héros Joachim Fendl'or, qu'il est possible de chevaucher un dragon. 

Des dragons il y en a beaucoup question dans ce roman qui peut être offert au jeunes à partir de 10 ans. Notamment Clovis : il est affectueux, grincheux et chante faux. Il est menacé aussi de disparition après des siècles d'existence. Le récit devient alors aventureux, Joachim, avec Clovis et Maître Gontran, se lançant à la recherche de graines magiques ouvrant la roue des vents, une porte vers le sanctuaire des dragons. 

On s'extasie devant la richesse des illustrations. Vous resterez parfois plusieurs minutes à détailler un dessin pleine page venant renforcer l'action relatée quelques pages plus tôt.

« La roue des vents ». Ankama éditions. 19,90 euros 

lundi 13 décembre 2010

Roman illustré - Alger en 4L


Youcef, réalisateur à la télévision nationale algérienne, vit toujours chez ses parents à bientôt 38 ans. Il ne travaille pas beaucoup. Son indépendance et son imagination l'ont propulsé directement dans un placard généreusement trouvé par la bureaucratie d'Etat. 

Finalement, il en profite : « au moins je suis peinard. J'ai la liberté et le fric. » Son salaire il en garde un tiers pour lui, un autre tiers est versé à ses parents, le dernier sert à entretenir Zoubida. Ce n'est pas sa maîtresse, mais sa 4L chérie. Cette vieille voiture est le personnage pivot de ce roman de Fellag richement illustré par Jacques Ferrandez. 

Une histoire entre insouciance, drague et réalité de l'Algérie des années 80, celle qui n'était pas encore déchirée par une guerre religieuse larvée. Les superbes dessins, aux couleurs pastel, chaudes comme le soleil du Maghreb, donnent encore plus de force à ce récit mélangeant amour des belles mécaniques et désir des belles du mécano.

« Le mécano du vendredi ». Lattès. 24 euros

dimanche 12 décembre 2010

Tradition - Plongez dans les "Légendes d'ici et d'ailleurs"

Dans chaque région de France, contes et légendes se transmettent de génération en génération. Des histoires sans auteur qui perdurent dans la tradition orale. Les plus belles d'entre elles sont réunies dans un luxueux volume de plus de 330 pages enluminées d'aquarelles de Sandrine Bonini. 

De notre région, le Languedoc-Roussillon, on retiendra plus spécialement « La quenouille de fer » se déroulant entre Saissac et Montolieu dans l'Aude. Jeanne, une jeune femme simple et appréciée de ses amis, change quand elle entre en possession d'un anneau magique que lui donne un mystérieux moine. Elle va se transformer du tout au tout, l'anneau lui permettant de devenir comtesse de Saissac, un titre qui va décupler son ambition. L'histoire finit mal et de nos jours encore, le château de Saissac n'est que ruines...

« Les plus belles légendes de France ». Omnibus. 28 euros

samedi 11 décembre 2010

BD - Exhibitionnisme dessiné pour Frédéric Boilet et Aurélia Aurita

Une histoire d'amour est incomplète si les deux composantes du couple ne s'épanouissent pas sexuellement. Et parfois, pour permettre la réalisation de tous ses fantasmes, une petite dose d'exhibitionnisme est nécessaire. C'est un peu la finalité de cette BD-témoignage d'Aurélia Aurita. 

La jeune illustratrice raconte sa belle histoire avec Frédéric Boilet, dessinateur français installé au Japon. Le premier tome avait posé les jalons, le second vient conforter l'impression de découvrir une créatrice au ton nouveau, une sorte de Virginie Despentes du 9e art. A Paris, en tournée de dédicaces ou dans la vie quotidienne à Tokyo, Chenda se dévoile au lecteur. Ses humeurs, ses envies, ses malheurs. Elle se sent trop jeune pour un amoureux de 20 ans son aîné. 

Elle redoute aussi que l'on croit qu'elle ne couche que pour réussir dans un milieu très masculin. Elle découvre aussi la jalousie et la peur. La peur de ne pas pouvoir vieillir avec son amoureux, la peur de le perdre, de lasser... Ce pourrait être déprimant, au contraire c'est joyeux et jouissif. Car quand Chenda doute, elle se précipite sur Frédéric et oublie tout dans ses longues caresses et coups de reins. 

L'amour c'est bien, avec le sexe c'est mieux, semble nous expliquer Aurélia Aurita.

« Fraise et chocolat » (tome 2), Pocket, 6,90 euros

vendredi 10 décembre 2010

BD - La fille timide (Sophie) et le mec du milieu (aux rouflaquettes)

Les amours de jeunesse, nostalgie, nostalgie. Pour Sophie Awaad, jeune dessinatrice, les amours de jeunesse se résument surtout des râteaux... Elle les raconte avec une belle auto-dérision dans « Le mec du milieu », BD en noir et blanc parue aux éditions Delcourt dans la collection Shampooing. Longtemps, Sophie a cru être un garçon. A l'école élémentaire, elle se faisait appeler Edgar et se battait dans la cour de récréation. Elle est revenue à la réalité quand elle a demandé à la plus belle fille de sa classe si elle pouvait devenir son amoureuse. Étonnement de l'intéressée et fin de non recevoir. 

Sophie aurait pu devenir lesbienne. Elle a, plus simplement, admis cette évidence, elle voulait être un garçon car elle était très attirée par eux. Problème : ce n'était pas réciproque. La première partie de l'album raconte son cheminement intellectuel de fille timide à qui on ne demandait jamais de danser, encore moins de coucher alors que c'est ce qu'elle désirait le plus au fond d'elle même. 

La seconde partie est centrée sur sa « fixette » de son année de terminale. Un jour, elle remarque un garçon qui fumait beaucoup, en doudoune et avec des rouflaquettes. Elle tombe raide amoureuse du « mec du milieu ». Comment l'aborder, se faire remarquer, passer du rêve à la réalité : Sophie Awaad va passer une année d'enfer de frustration complète et absolue, tétanisée par la timidité. Et quand elle osera enfin passer à l'action, rien ne se déroulera comme dans ses rêves à l'eau de rose. 

C'est souvent hilarant, parfois triste et doux amer. Et inévitablement, on se reconnaît un peu dans cette galerie de personnages, que l'on soit fille timide ou mec du milieu.

« Le mec du milieu » de Sophie Awaad. Editions Delcourt, collection Shampooing. 13,95 €

jeudi 9 décembre 2010

BD - "Le testament de César", un nouvel Alix plein de promesses

Jacques Martin, le créateur d'Alix, a toujours voulu que son personnage lui survive. Plusieurs équipes se sont succédées pour animer les aventures du jeune Gaulois, ami de César. Parfois ce n'était pas très concluant, notamment au niveau du dessin. 

Ce « Testament de César » fait partie des excellentes cuvées. Pourtant c'est la première fois que Marco Venanzi s'attaque à ce monument de la BD francophone. Il assure même le scénario. Et au final, on a l'impression de replonger dans les meilleurs titres de la série du temps de Martin, avec complots et mensonges sur fond de découverte de la vie quotidienne des Romains. 

Cette histoire de testament gardé par les Vestales et de mariage annulé pour cause d'assassinat de la mariée, donne l'occasion à l'auteur de détailler les pratiques de ces religieuses très surveillées. On se se surprend également à être très intéressé par la méthode de mise à mort d'une femme ayant fauté : flagellée puis enterrée vivante. L'histoire comme on l'aime...

« Alix » (tome 29), Casterman, 10,40 €


mercredi 8 décembre 2010

BD - Le dernier Victor Sackville

Clap de fin pour Victor Sackville. C'est d'ailleurs clairement indiqué sur la couverture du tome 23 avec un gros « The end » ornant l'écran du cinéma où se déroule l'action. On regrettera cet espion anglais distingué, efficace et charmeur. Il est sorti de l'imagination fertile de François Rivière et de Gabrielle Borile. 

Côté dessin, c'est Francis Carin qui a donné corps à ses aventures, aux quatre coins du monde. Pour cette ultime énigme, Sackville est à Hollywood. Durant ces années 20, l'industrie cinématographique est en plein développement. Un agent dormant anglais aurait découvert un trafic avant de disparaître. Sackville va tenter de le retrouver. François Rivière semble avoir pris beaucoup de plaisir à décrire un milieu qu'il connaît particulièrement bien. 

Le portrait de la scénariste excentrique (cougar avant l'heure), est très réussi. Et pour donner un peu de piment à l'ensemble, un vieil ennemi refait son apparition : Tadjeff, mégalomane ayant endossé, sans problème le costume de producteur.

« Victor Sackville » (tome 23), Le Lombard, 10,95 € 

mardi 7 décembre 2010

BD - Yoko Tsuno affronte la servante de Lucifer

En se rendant en Écosse en compagnie de la jeune et espiègle Emilia, Yoko Tsuno va être confrontée à la « servante de Lucifer », prisonnière depuis le 13e siècle. Ce n'est pas une femme à proprement parlé mais un automate à la peau violette. N'écoutant que leur curiosité, les deux amies libèrent la servante de ses chaînes et immédiatement, cette dernière se réveille et les agresse. Mais elle n'a quasiment plus d'énergie et retombe en catalepsie. 

Yoko va appeler les Vinéens à la rescousse pour tenter de percer les mystères de l'automate. La 25e aventure de Yoko Tsuno est donc centrée sur le peuple de Vinéa, mais ne se passe pas dans l'espace. La suite de l'histoire conduit les héros imaginés par Roger Leloup dans les entrailles de la terre, dans cet enfer, résidence du fameux Lucifer, maître de l'automate. Un méchant pur et dur, ce qui est assez rare dans les albums de Leloup. 

Yoko Tsuno fait désormais partie des classiques de la BD franco-belge. Le trait est toujours aussi précis et minutieux, il n'a pas vieilli d'un iota.

« Yoko Tsuno » (tome 25), Dupuis, 9,95 €