dimanche 5 décembre 2010

BD - Les naufragés et les militaires

Arleston n'a pas que le monde de Troy à son actif. Il a également développé une autre série, tout aussi passionnante, sur le naufrage de trois voyageurs spatiaux sur la planète d'Ythaq. Dessinée par Adrien Floch, cette saga en est déjà à son 8e titre, l'avant-dernier, la suite et la fin étant annoncée dans le 9e titre, « L'impossible vérité », à découvrir en 2012. 

Un immense vaisseau spatial de l'armée vient de se poser sur Ythaq. Les militaires (ridiculisés à longueur de page par un Arleston sarcastique à souhait) doivent tenter de retrouver les 13 vaisseaux disparus aux alentours de cette planète même pas censée exister. Granite, la blonde, est toujours aussi vaillante et responsable, Callista, la belle brume ténébreuse, tente de retrouver un minimum de confort dans ce monde arriéré alors que Narvarth, le poète mécanicien, semble être aux prises avec des forces manipulant son esprit. 

C'est un peu bavard au début (il le faut bien pour placer les jeux de mots irrésistibles), et très mouvementé à la fin. Un subtil équilibre parfaitement maitrisé par Arleston.

« Les naufragés d'Ythaq » (tome 8), Soleil, 13,50 € 

samedi 4 décembre 2010

BD - Compagnie ténébreuse

Des nazis en cavale, des sacrifices humains, de jolies nanas, un héros complexe : les ingrédients servant au cocktail de « La compagnie des ténèbres » n'ont rien d'exceptionnel. Pourtant l'ensemble fonctionne et on se surprend à trembler dans le sillage du héros, un agent du Mossad pourchassant d'anciens SS au cœur de la jungle amazonienne dans les années 60. 

Patrick Galliano a corsé le tout en mettant l'intrigue principale en abime dans un futur proche apocalyptique, au dérèglement climatique catastrophique. Joseph Adams, sous couvert d'une mission de recherche archéologique, a pour mission d'éliminer un dignitaire nazi, sorcier ayant conseillé Hitler jusqu'aux derniers jours de la guerre. Il a trouvé refuge dans une tribu qui pratique toujours les sacrifices humains. Joseph Adams qui, en route, tombera dans les bras de Maria, une belle métisse ayant des pouvoirs surnaturels. 

Dessinée par Mario Milano, cette BD 100 % aventure et action a des petits airs de Manara. Notamment quand la belle et lascive Maria est un peu dénudée (en gros, du début à la fin des 52 pages...)

« La compagnie des ténèbres » (tome 1), Glénat, 13,50 € 

vendredi 3 décembre 2010

BD - Choron story

Daniel Fuchs, bouquiniste de son état, a longtemps été un des piliers des éditions du Square. La maison d'édition créée par Georges Bernier, alias Professeur Choron, a connu son heure de gloire avec le succès de Charlie Hebdo. Daniel Fuchs a raconté ses années « bêtes et méchantes » (le slogan de Hara-Kiri) à Joub et Nicoby qui ont transformé ce long témoignage en un roman graphique quasi historique. 

On croise dans ces pages Reiser, Cabu, Siné, Gébé, Chenz et autres Wolinski. Mais le véritable héros reste Choron, génial éditeur, piètre gestionnaire. Daniel Fuchs se souvient de ses débuts. Il a prêté sa bouille ronde et barbue pour quelques fausses pubs et autres romans-photos en plus de chapeauter les ventes. Il ressort de cette épopée un incroyablement bouillonnement, entre génie créatif et destruction de tous les tabous. Hara-Kiri allait très loin dans ses satires, les auteurs encore plus loin en coulisses. Ils prenaient du bon temps, profitant complètement de la libération des mœurs héritée de mai 68. 

Cela donne envie de retrouver cette ambiance insouciante et surtout met en exergue les limites de notre époque redevenue très pudibonde et politiquement correcte.

« Mes années bêtes et méchantes », Drugstore, 17 € 

jeudi 2 décembre 2010

Roman - Champignons polynésiens

Passionné par les champignons, Arnold Trevellyan quitte les brumes londoniennes pour un lagon polynésien. Un roman déroutant et inventif.

Si vous aimez les champignons, plus spécialement le plus recherché des gourmets, l'oronge vraie, vous savourerez ce roman de Giles Milton avec délectation. Car il est beaucoup question de champignons dans cette fantaisie entraînant le lecteur sur une petite île polynésienne en passant par des carrières dans le Morvan et le Londres de la fin des années 80.

Un iconoclaste. Arnold Trevellyan est assurément un iconoclaste. Ce commissaire-priseur s'épanouit dans son métier. Il vit heureux en compagnie de sa ravissante femme, Flora. Et il a une passion : les champignons. Une vie somme toute rangée, et pourtant, dans les premières pages du roman, quand on rencontre pour la première fois Arnold, il se prélasse sur une plage de sable blanc, au bord du lagon de Tuva, une petite île perdue dans le Pacifique. Ce n'est pas un simple touriste. C'est le roi. Souverain d'un petit paradis tropical. Comment en est-il arrivé là ? On le découvre en même temps que Tobias, un journaliste enquêtant sur cet étonnant sujet de sa gracieuse majesté bombardé roi d'un pays minuscule, du jour au lendemain.

Cavernes et ordre secret

Tout a commencé quand Flora a voulu casser le quotidien du couple. Elle pousse Arnold a prendre un an de congé sans solde et à se consacrer entièrement à sa marotte, les champignons. Arnold et Flora louent une maison, perdue dans les bois au centre de la France et se lancent à la recherche des amanites, toxiques ou comestibles. Un isolement qui sera fatal. Flora quitte Arnold alors que ce dernier vient de découvrir l'entrée de vastes carrières. Son existence va alors basculer. Cette véritable ville souterraine est le repère de l'Ordre, une société secrète qui œuvre depuis des siècles à préserver et restaurer les monarchies partout sur le globe. C'est là qu'il rencontre Lola, la reine de Tuva. Coup de foudre, mariage : le roi Arnold va pouvoir régner.

Le roman de Giles Milton est construit comme un puzzle énigmatique. Le journaliste, en interviewant Peter un ami d'Arnold puis Flora, reconstitue cet incroyable parcours. Mais en parallèle, Arnold, dans des cassettes audios, raconte son étonnante aventure, avec grandiloquence et fougue. Car Arnold a un réel talent de conteur, doublé de celui d'un séducteur irrésistible. Pour preuve, quand il faisait des conférences sur les champignons, le public était surtout féminin, « un auditoire presque exclusivement féminin. Des centaines de femmes qui bavaient devant lui. Il les tenait sous son charme. Et quand il a parlé des propriétés aphrodisiaques de la vesse-de-loup, on a presque entendu les phéromones entrer en ébullition. »

Banquet royal

Champignons et sexe, ils font parfois bon ménage. Arnold va d'ailleurs se distinguer en permettant à l'Ordre de disposer de quantité suffisantes d'oronges (appelées également amanites des Césars) pour un banquet organisé tous les 7 ans. En bon Anglais, Giles Milton met la royauté au centre du roman. La royauté et surtout la façon de la préserver dans ce monde où la démocratie semble ne pas avoir encore dit son dernier mot. En lisant les tribulations des différents protagonistes, on se croit parfois dans un sketch des Monty Python. Complètement loufoque parfois, romantique à souhait par moment, ce roman est avant tout un regard décalé sur notre monde. Arnold est-il un doux rêveur génial ou le simple pion d'une histoire encore plus complexe ?

« Le monde selon Arnold », Giles Milton, éditions Buchet-Chastel, 21 €

mercredi 1 décembre 2010

BD - Un enquêteur old school


Fabien Vehlmann, avant d'être le repreneur de Spirou et le scénariste de la série à succès « Seuls », a débuté par des histoires courtes. La première de Green Manor a vu le jour en 1998. Plus de 10 ans plus tard, les 16 « charmantes historiettes criminelles » sont reprises dans une luxueuse intégrale à la finition soignée. Hommage aux ambiances à la Conan Doyle, cette série est dessinée par Bodart. A la base, c'était pour se « distraire » de ses autres productions. Il y a visiblement pris beaucoup de plaisir. 

Ce gros album de 160 pages est complété par un cahier graphique présentant les crayonnés de certaines planches et des croquis de recherche de personnages. Une virtuosité exceptionnelle : par moment, la spontanéité du trait de Bodart fait penser à Alexis.

« Green Manor » (intégrale), Dupuis, 35 € 

mardi 30 novembre 2010

BD - Un migrateur dans des "Terres lointaines"

Pas facile de se retrouver seul sur une planète inconnue. Quand Paul Clauden débarque sur Altaïr-3 en compagnie de sa mère et de sa jeune sœur, il ne se doute pas que son père ne serait pas au rendez-vous. Malgré l'adversité, il va tenter de le retrouver, se lançant dans un long périple sur ce monde étrange du à l'imagination de Léo. 

Ce troisième épisode permet à Paul de croiser de nouveaux personnages, d'un chercheur en biologie à une candidate à la députation en passant par le tenancier d'un tripot qui propose des shows holographiques érotiques. 

Sans oublier quelques monstres extraterrestres dessinés par Icar qui a la lourde charge d'animer graphiquement les inventions de Léo. Dans le genre, les porquereaux sont aussi originaux que hideux. Rien que pour eux, l'album vaut le détour.

« Terres lointaines » (tome 3), Dargaud, 10,95 €

lundi 29 novembre 2010

BD - Râleur et Américain de base


Les USA ne sont pas exactement comme nous Français les imaginons. La société américaine est beaucoup plus complexe et cet album regroupant quelques reportages dessinés de Peter Bagge en est l'illustration parfaite. Bagge a débuté jeune dessinateur révolté publiant dans des fanzines indépendants. Il a vieilli et depuis a fait son coming out de réactionnaire de base. 

Exactement il est « libertarien », une idéologie qui prône la liberté individuelle totale. Cela les place à droite quand ils réclament le port d'arme pour tous, à gauche quand ils revendiquent la libéralisation de toutes les drogues. De drôles de zozos, qui se présentent au élections, piquent des voix aux républicains et se lamentent ensuite quand Obama est élu. Peter Bagge, avec un recul étonnant, juge ses compatriotes, ses propres idées et la société dans laquelle il reconnaît qu'il fait bon vivre. I

l n'est pas tendre et tape là où ça fait mal, un peu comme un Didier Goux (célèbre blogueur) ricain maniant mieux le pinceau que la paraphrase.

« Tous des idiots, sauf moi », Delcourt, 17,50 €

dimanche 28 novembre 2010

L'invasion des chats de la mort qui tue

Vous aimez les chats ? Vous aimerez ces livres qui les transforment en héros, désopilants, ridicules ou tendres.

Bludzee


Un petit chat noir seul dans un appartement. Le début minimaliste de cette histoire imaginée par Lewis Trondheim se transforme en gros album de plus de 350 pages. A la base, Bludzee est un feuilleton quotidien diffusé sur les smartphones. Un gang par jour durant une année. C'était en septembre 2009 et l'expérience achevée, les arriérés n'ayant pas de bijoux technologiques dans leurs poches pourront savourer les aventures de ce minou espiègle au yeux bleus. Bludzee devra apprendre à se nourrir seul, à surmonter ses peurs, oser sortir de l'appartement, affronter les autres... 

Une longue et belle initiation au cours de laquelle il va croiser quelques monstres, d'autres chats, des oiseaux, un chien, des insectes et, heureusement, quelques pots de plantes vertes pour s'y cacher. Bludzee qui deviendra le compagnon de Markus, un chat tueur à gages que l'on pourrait retrouver prochainement sous forme de dessin animé. (Delcourt, 25 €)

Simon's cat

 Le chat de Simon est de retour pour de nouvelles aventures. Mais cette fois, le gros matou imaginé par Simon Tofield quitte la quiétude du foyer familial pour affronter les rigueurs de la vie. Tout sauf courageux, il aura fort à faire face à cette multitude de dangers, parfois réels, souvent imaginaires. Ce phénomène d'édition international remporte un succès incroyable. Simon Tofield a d'abord posté des scénettes animées sur internet. Le succès aidant, il a décliné son personnage sous forme de petites bandes dessinées muettes ou de dessins gags. C'est hilarant et irrésistible. (Fleuve Noir, 14,90 €)

Chi, une vie de chat


Les chats cela sert à faire rire, mais aussi à émouvoir. Chi, le chaton de la BD japonaise signée de Konami Kanata est une adorable boule de poil qui va faire fondre toute une famille. A la base, Chi se perd lors d'une balade en compagnie de sa maman. C'est un petit garçon qui le découvre, apeuré dans un parc. Chi va gagner une amitié et un foyer. Plusieurs histoires courtes racontent cette adoption avec ses bons et mauvais moments. Comment devenir propre, comment oublier sa maman, comprendre que le grand monsieur est son papa, arrêter de tout casser dans l'appartement : les scènes sont tirées du quotidien, chaque propriétaire d'un chaton se reconnait et se souviendra avec nostalgie de ces moments. En couverture, Chi pleure. Vous risquez vous aussi parfois écraser une petite larme... (Glénat Kids, 10,50 €)

Le chat en cent poèmes


Enfin les chats, compagnons du quotidien, sont souvent source d'inspiration. Les poètes ont régulièrement chanté leurs charmes. En cette période de fêtes de fin d'année, ce joli recueil de plus de 200 pages richement illustrées sera parfait pour tout amateur de félin. « Le chat en cent poèmes » ce sont des textes réunis par Albine Novarino-Pothier, de la nuit des temps aux poètes les plus contemporains. Tous ne sont pas connus, certains sont très célèbres comme Eluard, Colette ou Boris Vian. La magie des mots agit de la même façon qu'un chat, combinaison de cruauté et de tendresse. Avec ou sans griffes, craquez pour les chats ! (Omnibus, 26 €)



samedi 27 novembre 2010

BD - Les aventures de Fred chez les « cocos de l'Est »

Fred Neidhardt est un auteur insaisissable. On sent qu'il rêve d'une carrière classique de dessinateur de BD franco-belge, mais son mauvais fond l'en empêche. Car Fred aime choquer. Il a signé quelques impostures mémorables, dépassant parfois les limites de la bienséance des années 2000. Pourtant, sous ces airs de mauvais garçon, on devine un sentimental. La faute à son enfance, où amour fou le disputait à masturbation frénétique. Après « Pattes d'eph & col roulé », il prolonge ses mémoires de petit garçon avec cette « Peur du rouge » se déroulant au début des années 80. 

Élevé dans une famille bourgeoise redoutant comme la peste l'arrivée des communistes (les Rouges) au pouvoir dans le sillage de Mitterrand, il relate dans ce long roman graphique une visite en Allemagne, à Berlin exactement. A l'époque, la capitale allemande est toujours partagée par le fameux mur. Privilège du touriste, Fred et ses camarades peuvent le franchir, comparer l'Est et l'Ouest. 

Le récit oscille entre plaisanteries potaches entre gamins en pleine adolescence rebelle et scènes chocs, notamment quand ils visitent le mémorial à la barbarie nazie. Mais le véritable but du voyage de Fred, c'est la rencontre avec la fille qui hante ses nuits. Il a lu « Moi, Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée », est tombé amoureux de ce visage grave en couverture. Il tente de retrouver les lieux décrits par la jeune fille. Les sens aux aguets, il espère sans cesse la voir. Et rêve qu'il la sauve, tel un chevalier blanc... Dans la réalité, cela se passe différemment. Drogués et punks prennent un malin plaisir à faire peur à ce jeune touriste égaré. Fred sera finalement secouru par Günter, un Allemand moderne. Un peu trop au niveau des pratiques sexuelles...

Après ce récit âpre et sans concession, Fred Neidhardt a logiquement voulu passer à quelque chose de plus léger. Il a signé une parodie de Spirou et Fantasio publiée cet été dans l'hebdomadaire du même nom. Son « Spouri et Fantaziz » mode racaille était hilarant. On en retrouve l'essentiel sur le blog de Fred, le Fleurblog.

« La peur du rouge », Fred Neidhardt, Delcourt, 13,95 €

vendredi 26 novembre 2010

BD - La police est partout

Cette nouvelle série écrite par Alcante et dessinée par Dupré, pourrait donner l'impression que ces 56 pages ne sont que le prétexte à vanter les mérites d'Interpol, la collaboration de polices du monde entier pour traquer les gangsters. 

En surface, c'est cela. Mais en grattant un peu la couche de peinture enjolivante recouvrant l'ensemble, on découvre d'autres messages. Le « méchant », Patrice Hellers, n'est pas le tueur que l'on croit. Accusé injustement de viol dans sa jeunesse, il a plaqué son milieu bourgeois pour prendre sa revanche sur la police, les juges et les politiques. 

Au final, il n'aspire qu'à une vie tranquille en compagnie de sa femme et de son fils. A l'opposé, la « victime », un politicien belge Wallon, a mené sa carrière en attisant les haines entre communautés, s'enrichissant personnellement au passage en magouillant sans vergogne. Les policiers, eux, sont loin de ces considérations. 

Certes le commissaire Dambre, dans les premières pages se plaint des budgets en baisse votés par le gouvernement, mais il mènera quand même son enquête au bout. Efficace, bien dessinée, pas trop manichéenne : cette série est prometteuse.

« Interpol » (tome 1), Dupuis, 11,50 €