samedi 6 novembre 2010

BD - Bobo de Deliège, prisonnier du temps


Les éditions Dupuis poursuivent leur politique de réédition des meilleures séries des années 60 à 90. A côté des classiques (Johan et Pirlouit, Natacha, Tif et Tondu...) certaines BD ont le mérite de mettre en lumière des héros et des auteurs qui n'ont jamais connu le succès malgré des atouts indéniables. Et pour la première fois, M. Archive a puisé dans le vivier des mini-récits. 

Bobo, créé par Rosy et dessiné par Deliège, est un modèle de longévité. Il a commencé ses premières tentatives d'évasion début 60 pour ne finalement raccrocher sa pelle (et sa pierre) à la fin des années 90. Ce gros recueil cartonné petit format reprend les 10 premiers mini-récits de Bobo parus au centre de Spirou entre 1961 et 1962. En noir et blanc, simple en raison du format réduit, ce sont des condensés d'absurde.


Bobo, à l'époque, n'est pas simplement sympathique. Cela semble un véritable truand qui n'a qu'une obsession, se faire la belle. Des évasions qui tourneront toujours court, en raison de circonstances toutes plus farfelues les unes que les autres. C'est un vrai plaisir de redécouvrir ce personnage. Paul Deliège, le dessinateur, a signé plus de 80 mini récits avant de pouvoir lui permettre d'évoluer dans les véritables pages de Spirou. Gags, récits complets, histoires à suivre : Bobo aura tout testé... sauf la liberté.

Remettre les mini récits au goût du jour est une spécialité du site Bdoubliées qui commercialise certaines pépites sous forme numérique et même parfois en papier. Il ne reste plus qu'aux éditions Dupuis à ressortir en intégrale ce qui aura été la plus belle création de Deliège, les Krostons, modèles de méchanceté dans une BD franco-belge un peu trop gentille à l'époque.

« Bobo, 10 mini récits », Dupuis, 19 € 

vendredi 5 novembre 2010

BD - L'apprentissage de Desberg sur Tif et Tondu


La réédition de l'intégrale des aventures de Tif et Tondu, en plus de nous faire redécouvrir l'élégance du trait de Will, donne l'occasion au lecteur plus jeune de lire les premiers scénarios de Desberg. Avant d'être l'auteur à succès du Scorpion ou de IRS, Desberg a été à bonne école. 

Quelques récits complets dans Spirou et il est remarqué par Maurice Tillieux qui désire passer la main sur sa série vedette. Ce 8e recueil de l'intégrale reprend trois aventures parues au milieu des années 70. « Aventure Birmane » est signée de Tillieux seul mais les deux suivantes, « Le gouffre interdit » et « Les passe-montagnes » marquent une écriture à deux. 

Dès les premières pages, Desberg impose sa marque. Il ajoute une dose de suspense supplémentaire et n'hésitera pas à introduire un peu de fantastique plus tard. Certes, les histoires ont pris un petit coup de vieux, mais cela se laisse lire et les régulières apparitions de belles blondes filiformes dessinées par Will suffisent à elles seules à sauver ces récits du passé.

« Tif et Tondu, l'intégrale » (tome 8), Dupuis, 19 € 

jeudi 4 novembre 2010

BD - Cubitus, un chien universel


Il est des reprises compliquées. Un héros de bande dessinée, avant d'être universel, est la propriété de son créateur, sa chose. On y retrouve beaucoup de sa mentalité, de sa conception de la vie. Cubitus en est l'exemple type. Rares étaient ceux qui pensaient que ce gros chien au caractère bien trempé pouvait se passer de Dupa. 

Pourtant il est toujours là et force est de constater que Rodrigue (dessin) et Aucaigne (scénario) ont réussi à faire le lien. Cubitus, son maître Sémaphore et son ennemi le chat Sénéchal forment toujours ce triangle désopilant où chacun, à tour de rôle, ridiculise l'autre et rit de leurs déboires. Une série moins animalière qu'il n'y paraît car le chat, comme le chien, ont parfois des attitudes et des réactions plus humaines que les tristes bipèdes errant dans ces gags. 

C'est déjà le 6e recueil des « nouvelles aventures » et l'album se termine par une histoire complète parodiant King Kong, comme savait si bien le faire Dupa dont le talent n'aura jamais été reconnu à sa juste valeur.

« Les nouvelles aventures de Cubitus » (tome 6), Le Lombard, 9,95 € 

mercredi 3 novembre 2010

BD - Disney et Carl Barks sous couverture cartonnée


Les personnages imaginés par Walt Disney (Mickey, Donald, Picsou...) ont bercé des générations de jeunes lecteurs dans les pages des revues portant leurs noms. Mais paradoxalement, ces héros très populaires n'ont que très rarement bénéficié de reprises en albums cartonnés. Une injustice réparée grâce à l'association entre Glénat et Disney Hachette Presse proposant en ce mois d'octobre cinq premiers titres. 

Tout d'abord un florilège d'histoires par thèmes. Vous pourrez découvrir dans cette première fournée Donald en cowboy ou pirate, Mickey en magicien ou artiste de music-hall. L'autre titre, plus luxueux, reprend les plus belles histoires de Noël signées Carl Barks. Cet auteur américain est devenu en quelques années le plus grand spécialiste de Donald et de tout son petit monde. Sous sa plume, les aventures du canard prennent une tournure particulièrement poétique et bon enfant. 

Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, le premier tome de l'intégrale Carl Barks est annoncée pour ce début novembre...

« Mes plus belles histoires de Noël », 12,50 €, « Histoires de... pirates, cowboys, magiciens, spectacles », 7,30 € chaque volume 

mardi 2 novembre 2010

Roman - Passionnants Templiers sous la plume de Raymond Khoury

La suite très attendue du « Dernier des templiers » permet à Raymond Khoury de prolonger les aventures du couple Reilly - Chaykin.


Raymond Khoury, scénariste confirmé pour la télévision anglaise, a décroché le jackpot en écrivant son troisième roman surfant sur la mode « thriller et controverse sur l'origine du christianisme ». Sa force, utiliser certains pans de l'histoire des Templiers pour donner encore plus de mystère à son récit. « Le dernier des Templiers » s'est vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires partout dans le monde. Les nombreux fans attendaient une suite, d'autant que les deux personnages principaux, Sean Reilly et Tess Chaykin, à l'issue d'aventures mouvementées, semblaient vouloir filer le parfait amour.

En cette rentrée 2010, « La malédiction des templiers » reprend la recette du premier tome. Sans être à proprement parler une suite, ce thriller fait régulièrement référence aux événements du précédent roman. Le récit se déroule également sur deux plans : en 1203 durant la croisade et de nos jours.

Course poursuite dans Rome

Constantinople, 1203. Tandis que les croisés s'apprêtent à assiéger la ville, un groupe de Templiers s'infiltre dans la bibliothèque impériale afin d'y dérober des documents secrets qui ne doivent en aucun cas arriver entre les mains du Pape. Les hommes parviennent à voler trois coffres recelant de dangereux secrets. Mais ils ne vivront pas assez longtemps pour les découvrir.

Le Vatican, de nos jours. Sean Reilly, agent du FBI, a le privilège de pouvoir consulter les archives secrètes de l'Inquisition conservées au Vatican, auxquelles seule la garde rapprochée du pape a accès. Mais il ne va pas tarder à violer la confiance du Saint-Siège. En effet, Tess Chaykin, la femme qu'il aime, a été enlevée par un terroriste, et la clé de sa liberté se trouve dans l'un des documents archivés : le Fondo Templari, une histoire secrète des Templiers...

La partie contemporaine du roman s'ouvre sur une série de scènes d'action que ne renieraient pas les producteurs hollywoodiens. A la différence que Raymond Khoury peut se permettre d'utiliser des décors que même les plus riches cinéastes ne pourraient se payer : la bibliothèque du Vatican, le musée des véhicules du pape et même une « papamobile », vedette d'une course poursuite dans les rues de Rome... Du grand spectacle que cet ancien scénariste maîtrise parfaitement.

Alternant entre l'époque tumultueuse des croisades et notre monde actuel, ce thriller historique mené tambour battant plonge une nouvelle fois le lecteur au cœur de l'univers fascinant des Templiers. A recommander à tous les férus d'histoire des religions et amateurs de thrillers palpitants.

« La malédiction des templiers », Raymond Khoury, Presses de la Cité, 22 €

Il existe également une adaptation en bande dessinée chez Dargaud du « Dernier templier ». Miguel Lalor a déjà dessiné deux volumes et le troisième devrait paraître en début d'année prochaine) 

lundi 1 novembre 2010

BD - Naufragés d'anticipation


Alejandro Jodorowsky n'a pas terminé son exploration de l'espace infini et des méandres de l'âme humaine. Le créateur de l'Incal et des Méta-Barons se lance dans une nouvelle série en quatre tomes, librement inspirée du roman de Jules Verne, « Deux ans de vacances ». 

Sur la planète militaire Okkar, placée sous la dictature d'un nain caractériel et colérique (sic), le vaisseau militaire école Sloughi décolle avec à son bord les fils et filles de l'élite dirigeante. Ils sont prétentieux et arrogants. Rapidement ils se disputent le pilotage de l'astronef et finalement s'échouent sur une planète déserte. Ils devront y apprendre à vivre ensemble. Les « fils de » ont beaucoup de chemin à parcourir. 

Dessinée par Janjetov, cette histoire d'adolescents caractériels se déroule dans des décors magnifiques, d'un océan déchaîné à des forêts immenses en passant par des ruines industrielles.

« Ogregod » (tome 1), Delcourt, 13,95 € 

dimanche 31 octobre 2010

BD - Les Léturgie signent une parodie de Lost avec Spoon et White


Spoon et White sont les deux flics américains les plus calamiteux de la création. Imaginés par Yann, animés par Jean Léturgie et dessinés par son fils, Simon, ils se retrouvent naufragés sur une île déserte en compagnie de quelques rescapés. 

Cette parodie hilarante de Lost, la série télé, manque un peu de piquant mais offre son lot de gags et de personnages délirants. En premier lieu les deux Belges rescapés de l'avion, un sosie de Benoit Poelvoorde ne parlant qu'en patois wallon et un écolo radical, obtus au point de se faire bouffer par un ours polaire pour sauver l'espèce... 

Simon Léturgie profite également du climat tropical pour dévêtir ses héroïnes. La belle et ambitieuse Courtney Balconi notamment qui a cependant de la concurrence avec Sardine, une rousse à forte poitrine tentant désespérément à percer dans le cinéma hollywoodien. 

Cette série comique très caustique fait du bien aux zygomatiques dans cette époque où le politiquement correct semble érigé en dogme absolu.

« Spoon & White » (tome 8), Vents d'Ouest, 9,95 € 

samedi 30 octobre 2010

BD - Le dernier Jojo d'André Geerts


André Geerts est décédé l'été dernier. Il avait à peine 50 ans. Dans sa tête, et ses œuvres, il avait toujours l'âge de son héros Jojo, soit un peu moins de 10 ans. Geerts n'a pas réussi à terminer le 18e album de ce gamin craquant. Les deux dernières planches ont été finalisées par ses amis. 

La mamy de Jojo ne va pas bien. Triste, comme absente, elle ne semble plus avoir le même entrain que d'habitude. Jojo s'inquiète et la pousse à aller chez un médecin. Dans la salle d'attente, il découpe un bulletin de participation à un concours. A la surprise générale, il gagne le premier prix : une croisière en Méditerranée. Il s'embarque, en compagnie de Mamy, qui n'a toujours pas le moral, et son copain Gros Louis. L'air du large et les rencontres fortuites vont permettre au trio de retrouver un peu de joie de vivre. 

Cette ultime aventure sur la déprime de la vieillesse est scénarisée par Sergio Salma. On retrouve toute la poésie du monde de Jojo, imposé au fil des années par Geerts, un poète que risque de cruellement manquer au monde de la BD.

« Jojo » (tome 18), Dupuis, 9,95 € 

vendredi 29 octobre 2010

Polar - Manipulations transalpines

Pourquoi un tueur à gages a-t-il assassiné trois personnes dans les thermes de Saturnia en Italie ? Serge Quadruppani décortique ce scandale d'Etat dans un polar très politique.


L'Italie, depuis quelques années, traîne une image de pays à la dérive où corruption et magouilles politiques gangrènent l'Etat. Pourtant, ce pays rayonne toujours par sa culture et sa création artistique. Exemple avec sa littérature, notamment dans le domaine du polar. Andrea Camilleri est devenu un auteur très lu en France. L'auteur sicilien doit beaucoup à son traducteur, Serge Quadruppani qui lui aussi est un romancier de talent. On retrouve donc un peu de cette touche italienne dans son dernier roman, « Saturne ».

La première partie est une galerie de personnages. Ceux, qui pour une raison ou une autre, ont décidé de passer un week-end dans les thermes de Saturnia, coquette station en bord de mer. Il y a Frédérique, jeune et belle Française qui rejoint son amant italien, Roberto. Elle a laissé à Paris son mari, un artiste d'avant-garde. Puis la famille de Domenico Gardonni, il est cameraman de la Rai. En compagnie de sa femme et de ses deux enfants, il voudrait passer deux jours loin de ses soucis. Essentiellement un cancer qui le condamne à brève échéance. Giovanna est rentière. Elle roule vers Saturnia avec Maria Salvina, sa compagne. Cette dernière, costumière dans le cinéma, arrondit ses fins de mois en gardant les chats de certaines stars à l'égo surdimentionné.

L'ex-flic et le tueur

Ils ne sont pas seuls à se diriger vers Saturnia. Cédric Rottheimer suit de près la voiture de Roberto et Frédérique. Cet ancien flic, personnage récurrent des polars de Serge Quadruppani, est détective privé, gros et homosexuel. Il a été embauché par le mari de Frédérique. Sa mission : filmer la femme infidèle en compagnie de son amant. Des images que le mari entend détourner pour en faire une œuvre d'art intitulée « La Trahison trahie ». Enfin sur la route de Saturnia, Jean Kopa se prépare pour son dernier contrat. Tueur à gages, il doit abattre trois personnes (pas une de plus), au hasard, dans les thermes de Saturnia. Ensuite il compte disparaître en compagnie de sa sœur, gravement handicapée.

L'attentat fait évidemment beaucoup de bruit médiatique dans une Italie s'apprêtant à recevoir les chefs d'Etat du G8, d'autant qu'il est revendiqué 30 minutes plus tard par Al Quaeda. Les trois victimes sont Frédérique, Maria et Rita, la femme de Domenico.

Cette mise en place permet à Serge Quadruppani de décrire tous les milieux sociaux de cette Italie qu'il affectionne tant. Un autre visage du pays apparaît quand l'enquête est ouverte. Une policière intègre mais très fatiguée, des services spéciaux ressemblant fort à une police politique, des juges marchant sur des œufs : il faudra le renfort de Rottheimer pour démêler de nœud gordien et découvrir les véritables commanditaires. Le détective sera embauché par les familles de victimes... et le tueur qui se révèle beaucoup plus compliqué qu'un simple exécuteur des basses œuvres. C'est d'ailleurs la marque de fabrique de Quadruppani, spécialiste des personnages complexes, à la psychologie tortueuse. Comme cette Italie, à l'image faussée, si loin du manichéisme d'opérette régulièrement décrit dans les médias.

« Saturne », Serge Quadruppani, Editions du Masque, 17 € 

jeudi 28 octobre 2010

BD - Amitié guerrière doublée d'un amour


Hervé Loiselet, pour son premier scénario réaliste, signe une saga qui fait la part belle aux militaires. En juin 40, en pleine attaque allemande, trois soldats vont se croiser dans une cave de l'Est de la France. 

Abdel, Algérien, Roger, son camarade français et Franz, l'appelé allemand. Durant une nuit ils cohabiteront en compagnie de la jeune et jolie Jacqueline. La naissance d'une amitié guerrière doublée d'un amour triple. Les quatre ne se quitteront plus, sur toutes les zones de guerre des 20 années suivantes, de l'Indochine à l'Algérie. 

Blary, le dessinateur, adoucit considérablement ce récit violent avec des illustrations à la ligne claire légère, noyée dans des aquarelles lumineuses.

« 20 ans de guerre », Le Lombard, 15,50 €