samedi 26 juin 2010

BD - Animal lecteur : libraires au bord de la crise de nerfs


Voilà par excellence la BD qui va énerver les libraires et les collectionneurs. Pas pour le contenu, désopilant, mais la forme. C'est quoi ce format tout pourri qui va dans aucun bac ni les étagères préformatées de chez Ikéa ? Pour la hauteur,, cela va, mais la largeur est toute riquiqui... Un format directement hérité de l'emplacement de prépublication de ces gags dans le magazine Spirou. 

Sergio Salma (scénario) et Libon (dessin), ont obtenu carte blanche pour boucher une colonne en page 3 du magazine. Ils ont imaginé le quotidien d'un libraire. Mais attention, pas n'importe quel libraire, un spécialisé en BD, celui à qui vous allez régulièrement casser les pieds pour lui demander quand sortira le prochain Thorgal (*) ou si cette BD (une des 3000 nouveautés qu'il na pas lu), elle mérite qu'on l'achète. Parfois c'est un peu amer, souvent très rigolo. Le problème en bande dessinée, selon ce libraire de plus en plus blasé, c'est la surproduction et le manque d'originalité. 

Pour ce qui est du premier problème, cet album y participe mais en est également victime. Par contre, côté originalité, « Animal lecteur » sort du lot. Personnellement, on n'est pas libraire, mais on ne peut que vous conseiller cet OVNI. Enfin, surtout si vous achetez vos BD dans des librairies spécialisées. Les écumeurs de grandes surfaces ne comprendront rien à ce monde bourré de références culturelles.

« Animal lecteur, ça va cartonner ! », Dupuis, 13,50 €

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(*) : « En fait on s'en fout un peu, Thorgal ce n'est plus ce que c'était » répondrait le lecteur « vieux et nostalgique », un des personnages de la BD. 

vendredi 25 juin 2010

Roman - "L'envol du papillon", une belle leçon de vie...

Poignant. Dérangeant. « L'envol du papillon » de Lisa Genova nous emmène dans un autre monde, là où rien n'est sûr, là où les jours ne se ressemblent pas.


Imaginez-vous, le temps d'une lecture, réduits à combattre cet ennemi perfide, invisible et insaisissable qu'est la folie. Le mot est fort, peut-être, mais les faits parlent d'eux-mêmes.

Alice Howland, titulaire d'une chaire à Harvard, assiste, impuissante, à la dégradation de ses facultés mentales. Les trous de mémoire font désormais partie de son quotidien, et tous, autour d'elle, y compris son médecin, les mettent sur le compte des bouleversements de la ménopause et d'un stress élevé dû à son travail.

Seule Alice se rend compte que ses troubles ne sont pas anodins et va consulter un neurologue. Tests à l'appui, le verdict est terrible. Alice est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzheimer.

Lisa Genova, diplômée en neuroscience, a choisi de conter l'histoire du point de vue d'Alice.

Touchés au cœur

Au fil des pages, Alice nous entraîne dans son monde si différent et effrayant à la fois. Au tout début de la maladie, elle est victime de faits étranges. Lors d'un de ses joggings quotidien, elle est incapable de se rappeler le chemin de la maison. Un peu plus tard, dans un des amphis de Harvard, elle ne se rappelle plus que c'est elle, le professeur que ses étudiants attendent, et, au lieu de donner son cours, s'installe dans les rangées du fond de la salle, pestant contre le retard de l'intervenant ! Sous l'œil interloqué de ses élèves.

Autre torture, assortie d'un immense sentiment de culpabilité, la maladie se transmet par les gènes, de génération en génération. Les enfants d'Alice ont cinquante pour cent de « chance » de la développer, mais aussi de la transmettre à leurs propres enfants. Et le problème est d'autant plus crucial que la fille aînée d'Alice essaie d'avoir un bébé...

Alice, sous la plume de Lisa Genova, nous entraîne dans les méandres de son cerveau en perdition. « Alice n'avait plus de cours à donner, plus de demandes de bourse à rédiger, plus de nouvelles recherches à diriger, plus de communications à préparer. Elle n'en aurait plus jamais. La part la plus importante de son être, celle qu'elle avait portée au pinacle, astiquée régulièrement sur son piédestal de marbre, lui semblait morte. Et les autres parts – de minuscules parcelles – se lamentaient, s'apitoyant sur leur sort, se demandant comment obtenir un peu de considération ».

Et c'est bien là le cœur du roman. Lisa Genova, spécialiste en la matière, nous ouvre les yeux sur le calvaire que vivent les malades atteint d'Alzheimer et leur avidité d'être reconnus en tant que personne. Au début de la maladie, ils se rendent compte de tout ce qui leur arrive mais sont impuissants face à cette force brutale qui leur ronge le cerveau de manière sournoise et imprévisible.

Mais la maladie précipite les choses. En quelques mois, les malades sont figés dans leur monde, impuissants qu'ils sont à affronter la réalité.

Leur perception, bien que réduite, leur permet quand même d'éprouver des sensations. Tel l'exemple d'Alice, qui, sans reconnaître ses propres enfants, trouve un bonheur infini à respirer l'odeur des bébés de sa fille aînée...

Un roman qui résonne comme le ferait un témoignage, et nous laisse tour à tour indignés, attendris et finalement conquis. Un véritable hymne à la vie.

Fabienne HUART

« L'envol du papillon », Lisa Genova, Presses de la Cité, 20 euros


jeudi 24 juin 2010

BD - Alexis, directeur de conscience


En 1977, à 30 ans, Alexis meurt. Pour qui n'a pas lu Pilote et Fluide Glacial de ces années-là, Alexis est un inconnu. Pourtant il est toujours présent, chaque mois dans l'ours de Fluide Glacial en tant que directeur de conscience. Dessinateur de Superdupont, ce surdoué était devenu un compère idéal pour Gotlib. Dans cette intégrale de 140 pages on retrouve les histoires écrites par l'inventeur de la Rubrique à Brac mais également des fantaisies solitaires. 

Alexis s'était fait une spécialité des récits absurdes, aux effets encore plus efficaces grâce à son dessin réaliste et racé. Il n'avait pas son pareil pour imaginer des chutes déroutantes, iconoclastes. Et puis il dessinait les femmes comme personne. Sensuelles, coquines, un peu dévêtues, jamais vulgaires, mais si désirables. 

Plus de 30 ans après, ne boudez pas votre plaisir et redécouvrez Alexis, directeur de conscience pour l'éternité.

« Alexis, intégrale », Fluide Glacial, 29 € 

mercredi 23 juin 2010

BD - Le commandant Achab et les vedettes éphémères


Dans le genre BD policière, le commandant Achab est l'opposé absolu de Ric Hochet. Face au jeune journaliste lisse et bien pensant, le vieux flic unijambiste, grand fumeur de cannabis, a quand même un peu plus de saveur. 

Ecrites par Stéphane Piatzszek et dessinées par Stéphane Douay, les enquêtes du commandant Achab devraient rapidement devenir cultes. Pour sa seconde affaire, il se retrouve plongé dans le milieu des vedettes éphémères, ces starlettes au succès foudroyant, portées par les scandales dévoilés par les paparazzi. Tosca fait une dernière fois la une. La chanteuse vient d'être assassinée. 

Son ancien petit ami, lui aussi chanteur de variété, se dénonce. Mais il se pourrait que ce ne soit qu'un coup de pub pour relancer sa carrière déjà sur le déclin. Dans ce panier de crabes, Achab va tenter de comprendre puis se mettre au niveau et bousculer sans ménagement les protagonistes pour découvrir la vérité.

« Commandant Achab » (tome 2), Soleil Quadrants, 14,30 € 

mardi 22 juin 2010

BD - "Quai d'Orsay" vous ouvre les coulisses diplomatiques


Envie de connaître les secrets de la diplomatie française ? Plongez alors dans cet album racontant dans le détail le quotidien des conseillers d'un ministre visionnaire. Abel Lanzac, le scénariste, s'est directement inspiré de son expérience en tant que membre de cabinets ministériels. 

Pour illustrer ce récit se passant presque exclusivement dans des bureaux, Christophe Blain a mis l'accent sur le ministre, Alexandre Taillars de Worms, géant hyperactif, toujours en avance d'un coup, même si parfois c'est involontaire. Un portrait très ressemblant à Dominique de Villepin. Un ministre impossible à arrêter, au verbe fort et généreux, désespéré par la mollesse de ses collaborateurs, leur manque d'audace. 

Un portrait saisissant qui subjugue le lecteur comme l'est le personnage principal, le narrateur, Arthur, jeune conseiller chargé d'écrire les discours du ministre.

« Quai d'Orsay » (tome 1), Dargaud, 15,50 €

vendredi 18 juin 2010

Histoire - Les Français parlent aux Français


Il y a 70 ans, le 18 juin 1940, sur les ondes de la BBC à Londres, un général prend la parole pour demander aux Français de poursuivre la lutte. Message fondateur, l'Appel du général de Gaulle, en donnant naissance à la France Libre, marque également le coup d'envoi d'une aventure singulière, celle d'une poignée de réfractaires qui, au micro de Radio Londres, multipliera quotidiennement de juin 1940 à octobre 1944 les messages d'espoir et de combat pour le peuple de France placé sous la botte nazie. Les voix qui deviendront familières, celles de Maurice Schumann, de René Cassin ou de Jacques Duchesne, voisinent avec celles des témoins anonymes et des grandes consciences nationales, tels Georges Bernanos ou Jules Romains ; toutes clament leur foi en la France éternelle et en la victoire finale, leur amour de la liberté.

Ce premier volume couvre la première année de l'Occupation, alors qu'en France se met en place le gouvernement de Vichy et que l'Angleterre résiste avec succès aux assauts de l'aviation allemande. Ces textes, particulièrement édifiants, ont été collectés en grande partie par un historien, jeune soldat présent à Londres, Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Mais le tri et le choix a été réalisé par Jacques Pessis. Le journaliste a découvert l'histoire de Radio Londres par l'intermédiaire de Pierre Dac. L'humoriste français a lui aussi été de l'aventure et Jacques Pessis, son légataire universel, a profité de ses manuscrits.

« Les Français parlent aux Français », éditions Omnibus, 29 euros 

jeudi 17 juin 2010

BD - Insouciance estivale


Ce roman graphique est idéal pour une lecture estivale. Du moins avant de découvrir les quatre pages finales qui changent radicalement le ton de ce récit signé Nicoby. Mathieu, dans le métro parisien, aperçoit Amélie. Il l'avait rencontrée un été, alors qu'il faisait du camping avec ses parents. L'album est un long flashback racontant dans le détail cet été inoubliable. Mathieu est toujours chaperonné par sa mère. 

Ce n'est pas le cas de Franck et Greg, ni de Marine et Amélie. Ils ne se connaissaient pas avant. Vont apprendre à s'apprivoiser sous le soleil, sur le sable. Le bel été que voilà, avec baisers mouillés, nuits d'amours, premiers frissons de la liberté. 

Nicoby raconte parfaitement ces scènes sonnant étonnamment justes. Son dessin, simple, sans fioriture, éblouit comme un soleil rasant, celui des petits matins après une nuit blanche.

« Vacances », Drugstore, 15 € 

mercredi 16 juin 2010

BD - La "Face cachée" du Japon besogneux


Plongée dans le monde du travail japonais avec cet album d'un grande virtuosité graphique. « Face cachée » s'attache au quotidien de quelques analystes financiers employés dans une société de Tokyo qui cultive le goût du résultat, de l'efficacité et de la convivialité (quand le patron décide d'offrir une soirée détente dans un bar ou un karaoké). 

Satoshi, la trentaine, est un des éléments les plus brillants. Il dort dans une minuscule chambre d'hôtel, rejoignant le week-end sa femme et sa fille restées dans une ville côtière. Sa collègue, la belle, jeune et célibataire Mayumi, craque pour lui. Il cèdera à ses avances un soir de blues. Junishi, le troisième larron, jalouse Satoshi. Au point de vue professionnel et sentimental. 

Ce qui, pourrait être un vaudeville exotique se révèle sous la plume de Runberg une passionnante études de mœurs bien plus compliquée qu'en apparence. Olivier Martin, grâce à un dessin réaliste et précis, parvient exprimer les frustrations, secrets et espoirs des protagonistes.

« Face cachée » (tome 1), Futuropolis, 19 € 

mardi 15 juin 2010

BD - La "Seconde chance" d'une entremetteuse imaginée par Ozanam et Renart


« Seconde chance » de Renart (dessin) et Ozanam (scénario) c'est un peu la version adulte de Cupidon du duo Cauvin-Malik. La belle Marianne Welles a des airs de tueuse à gages. Mais lorsqu'elle reçoit un contrat, c'est toujours pour deux noms. Deux êtres qui vont devenir amoureux fou quand elle leur tire dessus avec son revolver. Tout marche parfaitement jusqu'à cette fameuse Saint-Valentin. 

Marianne, pourtant la plus cotée de sa corporation, ne remplit pas son contrat. Au contraire elle démissionne, redevient humaine et se lance à la recherche de l'homme qu'elle devait exécuter. Un homme qui lui a fait un effet bœuf. Dans la vraie vie, Marianne va vivre de ce qu'elle fait de mieux : tirer sur les gens. Mais cette fois elle les exécute réellement. Une reconversion qui n'est pas du goût de ses anciens employeurs. 

Une « Seconde chance » toujours au second degré, entre romance langoureuse et polar à la Tarantino. Etonnant et séduisant...

« Seconde chance », Casterman, 14 € 

lundi 14 juin 2010

San-Antonio : un monument de la littérature française

Une intégrale dans la collection Bouquins, une biographie en poche, des romans réédités chez Fleuve Noir : San-Antonio est toujours dans le coup.


Mort le 6 juin 2000, Frédéric Dard n'en finit plus de conquérir de nouveaux lecteurs. Son héros, le commissaire San-Antonio, est toujours aussi présent dans les bacs des libraires. Si les éditions Fleuve Noir poursuivent la réédition (avec des couvertures inédites de Boucq) de tous les titres parus depuis 1949, vous aurez également la possibilité de découvrir les 175 épisodes de cette saga, policière et lubrique, dans la collection Bouquins de Robert Laffont. Une édition « publiée selon son texte original et pour la première fois dans sa chronologie » explique dans sa préface François Rivière, le coordonnateur de ce vaste projet éditorial. Le premier recueil, reprenant les débuts du commissaire le plus célèbre de France, est composé des titres suivants : Réglez-lui son compte, Laissez tomber la fille, Les souris ont la peau tendre, Mes hommages à la donzelle, Du plomb dans les tripes, Des dragées sans baptême, Des clients pour la morgue, Descendez à la prochaine, et Passez-moi la Joconde. Un pavé de 1 200 pages à savourer sans tarder, même si tous les ingrédients du monde « sanantoniesque » ne sont pas encore présents.

Incontournable Bérurier

A la fin des années 40, Frédéric Dard est déjà un écrivain très productif. Il multiplie les romans policiers, psychologiques, grivois... Il réside à Lyon et doit faire vivre sa famille de sa plume. En 49, la première aventure ayant San-Antonio pour héros paraît chez l'éditeur lyonnais Granger. Sans aucun succès. Mais le personnage aura une seconde chance quand Frédéric Dard est contacté par une jeune maison d'édition, le Fleuve Noir, désireuse de lancer des héros récurrents sur le modèle du Saint ou de OSS 117. Là aussi le succès mettra du temps à venir. Une genèse racontée brillamment par François Rivière.

C'est dans le courant des années 50, alors que cinq à six aventures de San-Antonio paraissent chaque année, que le public s'enthousiasme pour ces récits débridés, aux intrigues parfaitement ciselées et aux personnages de plus en plus truculents. San-Antonio semble le plus sortable du lot (si l'on excepte Félicie, la maman parfaite) face à Bérurier, Pinaud ou Berthe. Des personnages que l'on retrouve en partie dès dans le second tome de cette intégrale. Après une première salve en mai, les tomes 3 et 4 viennent de paraître cette semaine, toujours au prix de 28 euros le volume.

Deux romans à savourer

Le dixième anniversaire de la disparition de Frédéric Dard est également l'occasion pour le Fleuve Noir de reprendre les titres qui ont participé au succès phénoménal de San-Antonio. En grand format, savourez le truculent « L'histoire de France vue par San-Antonio ». Par Bérurier aurait été plus juste. Un roman qui avait dépassé le million d'exemplaires vendus l'année de sa parution, en 1964. Plus grave, mais tout aussi représentatif du talent de Frédéric Dard, « La vieille qui marchait dans la mer », roman paru en 1988. L'auteur explique qu'il s'agit de « l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige. » Si vous ne connaissez pas encore San-Antonio, ne manquez pas cette occasion de plonger dans un univers incomparable, une expérience littéraire ultime à déguster comme ces vins anciens qui ont pris du corps avec les années.