samedi 7 mars 2009

BD - Garrot gorille


La collection "Job" de chez Bamboo offre l'opportunité à de nombreux auteurs de créer des séries certes sans prétention mais qui leur permettent quand même de montrer toute l'étendue de leur talent. 

Derrière "Les Vétos", on retrouve un scénariste pro du gag, Gilson, et un dessinateur qui est longtemps resté dans l'ombre, simple assistant, Péral. Le premier signe les scénarios de Mélusine, Garage Isidore ou du défunt et très regretté Cactus Club. Le second a repris le dessin de Billy the Cat. 

Ils proposent donc aux lecteurs de rire aux exploits de deux vétérinaires au quotidien souvent agité et stressant. Dan et Nath vont croiser dans ces 46 gags en une planche beaucoup de chiens et de chats, quelques vaches, un gorille (qui donne son titre à l'album, "Garrot gorille" et non "Vétos zozos" comme on peut le lire sur la première version de la couverture), une mygale, deux chevaux, des singes, un canari et même une mouflette. Pour cette dernière, heureusement que l'album n'est pas en odorama. 

Péral, dans un style très franco belge, semble apporter plus d'attention aux caricatures des animaux que des humains. Un album qui regorge de clins d'œil au monde de la bande dessinée, de la bestiole de monsieur Malik (le dessinateur de Cupidon et d'Archie Cash est un passionné d'insectes et de reptiles) en passant par la une d'une revue people révélant quelques secrets inavouables concernant des dessinateurs de la collection. En scrutant bien les planches vous aurez droit à quelques sourires en bonus.

"Les Vétos" (tome 1), Bamboo, 9,45 euros 

vendredi 6 mars 2009

BD - Vampire et guerrier


Pietro Battagila (Bataille en italien) est soldat. En 1917, il est sur le front italien. Au fond d'une tranchée. Malgré une infériorité numérique évidente, les gradés décident de lancer l'offensive contre les Autrichiens, à la baïonnette. Un véritable massacre. Pietro est abattu, une balle en pleine tête.  

Quelques heures plus tard, Pietro se relève au milieu d'un monceau de cadavres. Pietro est un vampire, il en faut beaucoup plus pour l'empêcher de nuire. Pietro Battaglia retrouvera les gradés et les saignera, littéralement. Ce héros de BD italien a été créé il y a une dizaine d'années par Roberto Racchioni (scénario) et Leomacs (dessin). 

Cet album de 150 pages en noir et blanc propose deux aventures du héros sanguinaire. On le retrouve également dans les années 50. Dans un petit village italien, il se mettra au service des différents candidats aux élections locales. Les communistes contre la démocratie chrétienne. Pietro, en bon anarchiste, ne fera pas de jaloux...

« Batailles », Emmanuel Proust Editeur, 16,90 € 

jeudi 5 mars 2009

BD - Les Porphyre, une famille tourmentée


Hyacinthe Porphyre a semé la terreur et la mort durant toute son existence. Ce naufrageur breton a mal fini. Pendu haut et court. Il laisse une veuve enceinte. Elle sombre dans la folie, tuant le dernier rejeton de cette sombre lignée. Du moins c'est ce que tout le monde croit. En fait, il resterait deux fils Porphyre, Konan et Gwémon. 

Le premier revient au village après des années de bagne. Le second a vécu caché, avec sa mère, dans les ruines de la propriété familiale. La violence des Porphyre va revenir sur le devant de la scène car tous cherchent à s'approprier le trésor du vieux Hyacinthe. Une meute déchaînée à laquelle se joint des bagnards évadés, des villageois rancuniers et une donzelle, noble et arrogante. 

Ce mélodrame imaginé par Balac permet à Joël Parnotte, le dessinateur, de coucher sur papier une splendide côte bretonne, sauvage et tout aussi violente que la population qu'elle abrite. Un troisième tome qui n'est pas avare en révélations sur les véritables filiations des uns et des autres.

« Le sang des Porphyre » (tome 3), Dargaud, 13,50 €  

mercredi 4 mars 2009

BD - Fabrique de malades


Magique, fantastique, effrayante : le troisième et dernier opus de la série « Le Mal » tient toutes ses promesses. Avec explication de l'origine de la mystérieuse maladie, tout en laissant une ouverture sur un monde féérique pouvant parfois interférer dans notre quotidien. Le petit village de Saint-Antoine est toujours sous le choc. 

Du suicide de la vieille Yvonne mais aussi des conséquences du Mal, une maladie s'apparentant à la lèpre et qui frappe durement les couches les plus populaires. Ces événements, le lecteur les découvre en même temps qu'un simple maçon, vivant à Saint-Antoine et bien décidé de découvrir ce qui se trame en coulisse. Il trouvera une partie de la solution à Lyon, un historien lui racontant comment les Allemands, à la fin de la seconde guerre mondiale, ont tenté de mettre au point une arme bactériologique. 

Olivier Py est le scénariste de cette bande dessinée illustrée par André Houot. Dans un style réaliste qui fait la part belle aux trognes de seconds rôles, il dessine également quelques monstres et chimères du plus bel effet.

« Le Mal » (tome 3), Glénat, 13 € 

mardi 3 mars 2009

Polar - Vieilles recettes dans "L'eau qui dort..."

Le serial killer de ce roman policier très british de Nigel McCrery est une personne âgée, experte en décoctions mortelles à base de plantes.



Tous les polars ne sont pas rythmés par des bagarres, coups de feu, courses-poursuites et déductions rapides et géniales. Ce roman de Nigel McCrery semble l'antithèse du genre. Héros policier acariâtre contre tueuse qui parvient à ses fins en obtenant la confiance de ses victimes, tel est le duel passionnant proposé dans « L'eau qui dort... ».

Violet Chambers est une personne dévouée. La soixantaine active, cela fait des mois et des mois qu'elle donne de son temps pour aider Daisy. Cette vieille dame, de plus en plus impotente, doit beaucoup à Violet. Cette dernière lui fait les courses, s'occupe de son compte en banque. Aujourd'hui cela va changer. Violet sent que sa proie est prête. Elle prépare le thé de Daisy. Un thé amélioré. A la rose de Noël. Une plante qui contient un violent poison. L'auteur décrit la lente agonie de Daisy qui se vide littéralement dans son petit salon. Une scène d'une rare intensité qui ne perturbe pas du tout Violet, tueuse sans cœur, sans sentiment, si ce n'est de la haine pour cette personne âgée. Tout ce qu'elle voit dans ce meurtre, ce sont les conséquences ménagères : « Elle décida de ne plus jamais avoir recours à la rose de Noël. Certes, la préparation était aisée et l'effet rapide, mais cela faisait trop de saletés. Le ménage n'était pas chose agréable, même sans tous ces fluides corporels. » On retrouvera Violet quelques mois plus tard. Elle a pris l'identité de Daisy (et tous ses biens), et se met en chasse d'une autre victime dans une petite localité en bord de mer.

Un cadavre rempli... de cadavres

Un chapitre pour décrire les agissement de Violet-Daisy, un autre pour suivre l'enquête de l'inspecteur Lapslie. Ce policier en arrêt maladie, souffre d'une maladie rare. Il est synesthète. En clair, ses sens se mélangent. Un bruit se transforme en goût dans sa bouche. Son adjointe, quand elle parle, à goût de citron, le légiste au coca-cognac. Parfois c'est très désagréable : les cris de ses enfants lui provoquent d'irrésistibles nausées.

Ce flic en détresse ne peut quasiment plus avoir de vie sociale. Il est pourtant choisi pour aller sur une scène de crime en pleine campagne. Un accident tout bête. La voiture rate le virage, le conducteur est tué dans le choc. Mais un second mort fait son apparition. La voiture a déterré un cadavre. « Là, dans un tas de terre, de feuilles et de fougères, il y avait un cadavre. Un vrai cadavre, plus un squelette auquel on aurait ajouté des choses qu'un corps auquel on en aurait soustrait. » Cette mort (c'est une femme) livrera une partie de ses mystères en salle d'autopsie. « Sur la table en acier inoxydable, étaient déposés les débris que le docteur avait ôtés du ventre du cadavre : cinq corps desséchés de ce qui ressemblait à des campagnols plus deux rats et une bête plus grosse du genre putois ou furet. » Ils sont morts en mangeant l'estomac du mort. Le meurtre par empoisonnement devient évident, Lapslie se lance aux trousses de cette empoisonneuse.

Cet affrontement fait tout le sel de ce roman policier donnant la part belle à la psychologie complexe des deux protagonistes.

« L'eau qui dort... », Nigel McCrery, Pygmalion suspense, 20,90 € 

lundi 2 mars 2009

BD - Maladie d'avenir dans "Le Feul"


Portée par un dessin classique et académique de Frédéric Peynet, l'histoire du Feul se termine en forme de mise en garde pour les générations futures. Jean-Charles Gaudin a profité de cette série d'heroic fantasy pour délivrer un message écologique fort. Dans ce troisième et ultime épisode, le petit groupe d'humains et de bourouwns, après s'être affronté, s'est uni pour trouver l'origine de la maladie qui décime les populations, le Feul. 

Elle semble venir de la rivière et ils remontent son lit pour finalement être capturés par une autre ethnie qui les transforme en esclaves. Ils vont travailler dans des carrières où la maladie sévit fortement. Alors que la résistance s'organise dans le camp, deux membres de l'expédition ayant conservé leur liberté vont aller dans les entrailles de la terre pour découvrir la vérité sur les origines du Feul. 

Une série qui devrait ouvrir les yeux des générations futures sur les erreurs écologiques que nous avons accumulés depuis quelques dizaines d'années.

« Le Feul » (tome 3), Soleil, 12,90 € 

dimanche 1 mars 2009

Mes BD souvenirs (2)


 Mon premier album, je m'en souviens comme si c'était hier. Il est vrai que je l'ai lu et relu car pendant des années cela a été également son seul et unique album. Je devais avoir 11 ans à peine. Pour Noël, ma grande sœur Monique m'avait offert « Le Temple du Soleil » d'Hergé. Mon premier Tintin. Pas le plus mauvais, loin de là. Je ne me souviens pas des autres cadeaux de ce Noël, mais ce Tintin restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Au début, je n'ai pas compris que c'était une suite. J'attendrai d'ailleurs des années avant de lire « Les 7 boules de cristal ». Je me contentais de cette histoire me faisant découvrir une Amérique du Sud mystérieuse entre jungle et montagne. J'ai beaucoup ri au lama fâché.

 La scène la plus spectaculaire reste, à mon avis, celle de l'attaque du condor. La progression dans la forêt vierge m'a émerveillé. Je pouvais rester des heures à détailler chaque dessin, parfois à tenter de les recopier. La galerie de portraits, en pages de garde, est resté longtemps un mystère pour moi qui n'avait pas lu les autres albums. Ce « Temple du Soleil » restera le plus beau cadeau de Noël de toute ma vie.

J'ai conservé cet album très longtemps, malgré son état de plus en plus détérioré. Il n'a cependant pas survécu à un énième déménagement (je dois approcher de la trentaine de changement d'adresse sur quatre continents différents...). Adulte, à l'aise économiquement, ma collection de BD a dépassé les 4000 titres, dont tous les Tintin. Aujourd'hui, je n'ai plus que 2000 albums. Et un seul Tintin classique : « L'affaire Tournesol », acheté il y a quatre mois... J'ai failli craquer cet hiver pour l'intégrale. Mais c'était cher (77 euros, 88 maintenant) et peu pratique. Je pense que je vais reconstituer la série des Tintin en sillonnant les vide-greniers de la région.

Tintin m'a fait découvrir la BD franco-belge. Quelques années plus tard, dans le rayon librairie des Nouvelles Galeries de Langon, j'ai réussi à convaincre ma mère de m'acheter un recueil de la revue Tintin (période Hebdoptimiste). Je plongeais une nouvelle fois dans un monde merveilleux qui a totalement changé mon existence

(A suivre dimanche prochain) 

samedi 28 février 2009

BD - Réminiscences du "Bunker"


Christophe Bec, cette fois associé à Stéphane Betbeder, s'affirme comme un scénariste incontournable de la BD de science-fiction. Son « Bunker », dessiné par Genzianella décrit un pays placé sous la dictature militaire d'un Impérator sur le déclin. Les services spéciaux, sorte de police politique, sont sur les traces d'Aleksi Stassik. 

Ce soldat en fuite aurait joué un rôle essentiel, il y a 25 ans, dans une catastrophe ayant provoqué des milliers de morts dans la région d'Azbuska. Dans sa cavale, il a le soutien d'Anika, la nièce de l'Impérator. Entre Aleksi et Anika une complicité va naître. Tous les deux ont une enfance secrète, des origines exceptionnelles et des talents psychiques hors du commun. Les auteurs prennent le temps de décrire les doutes psychologiques des héros. 

Cet épisode charnière dans la série (prévue en 5 tomes) donne l'occasion au dessinateur de donner sa vision de ruines industrielles, campagnes calmes et sereines et déserts envahis par des colonnes militaires.

« Bunker » (tome 3), Dupuis, 13,50 € 

vendredi 27 février 2009

BD - Charlie Schlingo dernière


Auteur de BD culte ayant élevé le « n'importe quoi » au rang de chef d'œuvre, Charlie Schlingo n'a pas été épargné par la vie. Mais il s'est bien rattrapé, profitant au maximum des rares joies encore permises sur cette terre : l'alcool, les femmes, la déconne... 

Cette biographie écrite par Teulé et dessinée par Cestac fait du yoyo entre émotion et franche rigolade. Une jambe folle à cause de la polio n'a pas empêché Charlie Schlingo de bouffer la vie à pleine dents. Le petit provincial, une fois monté à Paris, s'est lancé à corps perdu dans la bande dessinée, sa passion, cette forme d'expression qui lui a permis d'oublier son triste sort d'handicapé. 

Ses histoires loufoques sont publiées dans Hara Kiri et Métal Hurlant. Il ne rencontre pas le succès populaire, mais une poignée de fans sont fidèles. Josette de Rechange, son héroïne, va traîner ses bas résille dans quelques albums. 

Sa fin fut tragique, la seule chute pas drôle de sa carrière.

« Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps », Dargaud, 18 € 

jeudi 26 février 2009

roman français - Délires américains


Voix singulière dans la littérature francophone, Nicolas Pages propose dans ce roman un vaste tour d'horizon de tous les excès possibles et imaginables dans cette ville sans pareille qu'est New York. Après un court texte d'introduction à la première personne, tout le reste du récit prend la forme d'un dialogue. Entre Arnaud et Vincent dans un premier temps, dans un appartement à New York, puis Arnaud, Vincent et Lucas, dans une ferme, en France. 

Des amis, qui ont en commun d'être devenus "accros" à Big Apple. Dans la première partie, c'est Arnaud qui raconte à Vincent les aventures extraordinaires qu'il a vécu en peu de temps. En 2000, donc avant l'attentat des tours jumelles, il est étudiant. Le soir, il travaille dans un bar gay. Il est lui-même homosexuel et ne se prive pas de collectionner les aventures. Parfois il prend un cachet d'ecstasy ou une ligne de cocaïne.

Cocaïne à gogo

Sa vie va radicalement changer quand il acceptera de changer de colocataire. Dans un grand appartement il accueille Ricardo, steward brésilien faisant régulièrement des allers-retours entre les USA et l'Amérique du Sud. Il ramène dans ses bagages de l'esctasy et de la cocaïne. Beaucoup de cocaïne. Résultat leur train de vie s'améliore rapidement. « Ricardo se faisait entre dix et vingt mille dollars par semaine, explique Arnaud. Il y avait des sacs entiers de billets. On avait vraiment la belle vie. » Arnaud se souvient de cette période aujourd'hui révolue. Avec nostalgie mais aussi beaucoup de clairvoyance. 

A une question de Vincent, il se confesse presque. « Je ne m'occupais que de ma propre petite personne. Et comme j'avais le fric, j'avais ce que je voulais et qui je voulais. Je me suis repayé toute nouvelle collection de vyniles. Et pour les mecs, j'ai légèrement abusé. J'avais une assurance que je ne me connaissais pas. C'est triste, mais c'était grâce au fric. Je me suis comporté en total égoïste. Tout ce qui m'intéressait c'était mon plaisir. » Ces regrets, sincères, atténuent l'apologie de l'usage de la drogue qui semble transparaître de ce texte sans tabou.

Voyage mouvementé

Cela aurait pu continuer longtemps comme cela, mais un jour Ricardo, paniqué, craint de s'être fait repéré. Arnaud va prendre les choses en main et cacher la drogue (pas moins de trois kilos), chez un ami français, Lucas. Ricardo cessant son activité, Arnaud va récupérer la cocaïne et la revendre. Des dizaines de milliers de dollars qu'ils vont dépenser, avec Lucas, dans une traversée de l'Amérique, d'Est en Ouest.

Cette seconde partie, picaresque et toute aussi déjantée dans les excès, est au centre de la conversation à trois, en France, devant une cheminée, bien des années après. Un peu comme des anciens combattants narrant leurs exploits. Des ghettos noirs à Chicago à la rencontre d'une bande de Hells Angels en passant par les drags queens de San Francisco, c'est toute l'Amérique cachée qui est mise en exergue dans ce roman se dévorant d'une traite. On est emporté dans cette folle cavalcade, la magie du texte faisant oublier tout sens critique face à cette débauche de sexe et de drogue. Au final, un drôle de trip pour le lecteur qui sort su livre tout tourneboulé.

« I love NY », Nicolas Pages, Flammarion, 18 €