mardi 3 mars 2009

Polar - Vieilles recettes dans "L'eau qui dort..."

Le serial killer de ce roman policier très british de Nigel McCrery est une personne âgée, experte en décoctions mortelles à base de plantes.



Tous les polars ne sont pas rythmés par des bagarres, coups de feu, courses-poursuites et déductions rapides et géniales. Ce roman de Nigel McCrery semble l'antithèse du genre. Héros policier acariâtre contre tueuse qui parvient à ses fins en obtenant la confiance de ses victimes, tel est le duel passionnant proposé dans « L'eau qui dort... ».

Violet Chambers est une personne dévouée. La soixantaine active, cela fait des mois et des mois qu'elle donne de son temps pour aider Daisy. Cette vieille dame, de plus en plus impotente, doit beaucoup à Violet. Cette dernière lui fait les courses, s'occupe de son compte en banque. Aujourd'hui cela va changer. Violet sent que sa proie est prête. Elle prépare le thé de Daisy. Un thé amélioré. A la rose de Noël. Une plante qui contient un violent poison. L'auteur décrit la lente agonie de Daisy qui se vide littéralement dans son petit salon. Une scène d'une rare intensité qui ne perturbe pas du tout Violet, tueuse sans cœur, sans sentiment, si ce n'est de la haine pour cette personne âgée. Tout ce qu'elle voit dans ce meurtre, ce sont les conséquences ménagères : « Elle décida de ne plus jamais avoir recours à la rose de Noël. Certes, la préparation était aisée et l'effet rapide, mais cela faisait trop de saletés. Le ménage n'était pas chose agréable, même sans tous ces fluides corporels. » On retrouvera Violet quelques mois plus tard. Elle a pris l'identité de Daisy (et tous ses biens), et se met en chasse d'une autre victime dans une petite localité en bord de mer.

Un cadavre rempli... de cadavres

Un chapitre pour décrire les agissement de Violet-Daisy, un autre pour suivre l'enquête de l'inspecteur Lapslie. Ce policier en arrêt maladie, souffre d'une maladie rare. Il est synesthète. En clair, ses sens se mélangent. Un bruit se transforme en goût dans sa bouche. Son adjointe, quand elle parle, à goût de citron, le légiste au coca-cognac. Parfois c'est très désagréable : les cris de ses enfants lui provoquent d'irrésistibles nausées.

Ce flic en détresse ne peut quasiment plus avoir de vie sociale. Il est pourtant choisi pour aller sur une scène de crime en pleine campagne. Un accident tout bête. La voiture rate le virage, le conducteur est tué dans le choc. Mais un second mort fait son apparition. La voiture a déterré un cadavre. « Là, dans un tas de terre, de feuilles et de fougères, il y avait un cadavre. Un vrai cadavre, plus un squelette auquel on aurait ajouté des choses qu'un corps auquel on en aurait soustrait. » Cette mort (c'est une femme) livrera une partie de ses mystères en salle d'autopsie. « Sur la table en acier inoxydable, étaient déposés les débris que le docteur avait ôtés du ventre du cadavre : cinq corps desséchés de ce qui ressemblait à des campagnols plus deux rats et une bête plus grosse du genre putois ou furet. » Ils sont morts en mangeant l'estomac du mort. Le meurtre par empoisonnement devient évident, Lapslie se lance aux trousses de cette empoisonneuse.

Cet affrontement fait tout le sel de ce roman policier donnant la part belle à la psychologie complexe des deux protagonistes.

« L'eau qui dort... », Nigel McCrery, Pygmalion suspense, 20,90 € 

lundi 2 mars 2009

BD - Maladie d'avenir dans "Le Feul"


Portée par un dessin classique et académique de Frédéric Peynet, l'histoire du Feul se termine en forme de mise en garde pour les générations futures. Jean-Charles Gaudin a profité de cette série d'heroic fantasy pour délivrer un message écologique fort. Dans ce troisième et ultime épisode, le petit groupe d'humains et de bourouwns, après s'être affronté, s'est uni pour trouver l'origine de la maladie qui décime les populations, le Feul. 

Elle semble venir de la rivière et ils remontent son lit pour finalement être capturés par une autre ethnie qui les transforme en esclaves. Ils vont travailler dans des carrières où la maladie sévit fortement. Alors que la résistance s'organise dans le camp, deux membres de l'expédition ayant conservé leur liberté vont aller dans les entrailles de la terre pour découvrir la vérité sur les origines du Feul. 

Une série qui devrait ouvrir les yeux des générations futures sur les erreurs écologiques que nous avons accumulés depuis quelques dizaines d'années.

« Le Feul » (tome 3), Soleil, 12,90 € 

dimanche 1 mars 2009

Mes BD souvenirs (2)


 Mon premier album, je m'en souviens comme si c'était hier. Il est vrai que je l'ai lu et relu car pendant des années cela a été également son seul et unique album. Je devais avoir 11 ans à peine. Pour Noël, ma grande sœur Monique m'avait offert « Le Temple du Soleil » d'Hergé. Mon premier Tintin. Pas le plus mauvais, loin de là. Je ne me souviens pas des autres cadeaux de ce Noël, mais ce Tintin restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Au début, je n'ai pas compris que c'était une suite. J'attendrai d'ailleurs des années avant de lire « Les 7 boules de cristal ». Je me contentais de cette histoire me faisant découvrir une Amérique du Sud mystérieuse entre jungle et montagne. J'ai beaucoup ri au lama fâché.

 La scène la plus spectaculaire reste, à mon avis, celle de l'attaque du condor. La progression dans la forêt vierge m'a émerveillé. Je pouvais rester des heures à détailler chaque dessin, parfois à tenter de les recopier. La galerie de portraits, en pages de garde, est resté longtemps un mystère pour moi qui n'avait pas lu les autres albums. Ce « Temple du Soleil » restera le plus beau cadeau de Noël de toute ma vie.

J'ai conservé cet album très longtemps, malgré son état de plus en plus détérioré. Il n'a cependant pas survécu à un énième déménagement (je dois approcher de la trentaine de changement d'adresse sur quatre continents différents...). Adulte, à l'aise économiquement, ma collection de BD a dépassé les 4000 titres, dont tous les Tintin. Aujourd'hui, je n'ai plus que 2000 albums. Et un seul Tintin classique : « L'affaire Tournesol », acheté il y a quatre mois... J'ai failli craquer cet hiver pour l'intégrale. Mais c'était cher (77 euros, 88 maintenant) et peu pratique. Je pense que je vais reconstituer la série des Tintin en sillonnant les vide-greniers de la région.

Tintin m'a fait découvrir la BD franco-belge. Quelques années plus tard, dans le rayon librairie des Nouvelles Galeries de Langon, j'ai réussi à convaincre ma mère de m'acheter un recueil de la revue Tintin (période Hebdoptimiste). Je plongeais une nouvelle fois dans un monde merveilleux qui a totalement changé mon existence

(A suivre dimanche prochain) 

samedi 28 février 2009

BD - Réminiscences du "Bunker"


Christophe Bec, cette fois associé à Stéphane Betbeder, s'affirme comme un scénariste incontournable de la BD de science-fiction. Son « Bunker », dessiné par Genzianella décrit un pays placé sous la dictature militaire d'un Impérator sur le déclin. Les services spéciaux, sorte de police politique, sont sur les traces d'Aleksi Stassik. 

Ce soldat en fuite aurait joué un rôle essentiel, il y a 25 ans, dans une catastrophe ayant provoqué des milliers de morts dans la région d'Azbuska. Dans sa cavale, il a le soutien d'Anika, la nièce de l'Impérator. Entre Aleksi et Anika une complicité va naître. Tous les deux ont une enfance secrète, des origines exceptionnelles et des talents psychiques hors du commun. Les auteurs prennent le temps de décrire les doutes psychologiques des héros. 

Cet épisode charnière dans la série (prévue en 5 tomes) donne l'occasion au dessinateur de donner sa vision de ruines industrielles, campagnes calmes et sereines et déserts envahis par des colonnes militaires.

« Bunker » (tome 3), Dupuis, 13,50 € 

vendredi 27 février 2009

BD - Charlie Schlingo dernière


Auteur de BD culte ayant élevé le « n'importe quoi » au rang de chef d'œuvre, Charlie Schlingo n'a pas été épargné par la vie. Mais il s'est bien rattrapé, profitant au maximum des rares joies encore permises sur cette terre : l'alcool, les femmes, la déconne... 

Cette biographie écrite par Teulé et dessinée par Cestac fait du yoyo entre émotion et franche rigolade. Une jambe folle à cause de la polio n'a pas empêché Charlie Schlingo de bouffer la vie à pleine dents. Le petit provincial, une fois monté à Paris, s'est lancé à corps perdu dans la bande dessinée, sa passion, cette forme d'expression qui lui a permis d'oublier son triste sort d'handicapé. 

Ses histoires loufoques sont publiées dans Hara Kiri et Métal Hurlant. Il ne rencontre pas le succès populaire, mais une poignée de fans sont fidèles. Josette de Rechange, son héroïne, va traîner ses bas résille dans quelques albums. 

Sa fin fut tragique, la seule chute pas drôle de sa carrière.

« Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps », Dargaud, 18 € 

jeudi 26 février 2009

roman français - Délires américains


Voix singulière dans la littérature francophone, Nicolas Pages propose dans ce roman un vaste tour d'horizon de tous les excès possibles et imaginables dans cette ville sans pareille qu'est New York. Après un court texte d'introduction à la première personne, tout le reste du récit prend la forme d'un dialogue. Entre Arnaud et Vincent dans un premier temps, dans un appartement à New York, puis Arnaud, Vincent et Lucas, dans une ferme, en France. 

Des amis, qui ont en commun d'être devenus "accros" à Big Apple. Dans la première partie, c'est Arnaud qui raconte à Vincent les aventures extraordinaires qu'il a vécu en peu de temps. En 2000, donc avant l'attentat des tours jumelles, il est étudiant. Le soir, il travaille dans un bar gay. Il est lui-même homosexuel et ne se prive pas de collectionner les aventures. Parfois il prend un cachet d'ecstasy ou une ligne de cocaïne.

Cocaïne à gogo

Sa vie va radicalement changer quand il acceptera de changer de colocataire. Dans un grand appartement il accueille Ricardo, steward brésilien faisant régulièrement des allers-retours entre les USA et l'Amérique du Sud. Il ramène dans ses bagages de l'esctasy et de la cocaïne. Beaucoup de cocaïne. Résultat leur train de vie s'améliore rapidement. « Ricardo se faisait entre dix et vingt mille dollars par semaine, explique Arnaud. Il y avait des sacs entiers de billets. On avait vraiment la belle vie. » Arnaud se souvient de cette période aujourd'hui révolue. Avec nostalgie mais aussi beaucoup de clairvoyance. 

A une question de Vincent, il se confesse presque. « Je ne m'occupais que de ma propre petite personne. Et comme j'avais le fric, j'avais ce que je voulais et qui je voulais. Je me suis repayé toute nouvelle collection de vyniles. Et pour les mecs, j'ai légèrement abusé. J'avais une assurance que je ne me connaissais pas. C'est triste, mais c'était grâce au fric. Je me suis comporté en total égoïste. Tout ce qui m'intéressait c'était mon plaisir. » Ces regrets, sincères, atténuent l'apologie de l'usage de la drogue qui semble transparaître de ce texte sans tabou.

Voyage mouvementé

Cela aurait pu continuer longtemps comme cela, mais un jour Ricardo, paniqué, craint de s'être fait repéré. Arnaud va prendre les choses en main et cacher la drogue (pas moins de trois kilos), chez un ami français, Lucas. Ricardo cessant son activité, Arnaud va récupérer la cocaïne et la revendre. Des dizaines de milliers de dollars qu'ils vont dépenser, avec Lucas, dans une traversée de l'Amérique, d'Est en Ouest.

Cette seconde partie, picaresque et toute aussi déjantée dans les excès, est au centre de la conversation à trois, en France, devant une cheminée, bien des années après. Un peu comme des anciens combattants narrant leurs exploits. Des ghettos noirs à Chicago à la rencontre d'une bande de Hells Angels en passant par les drags queens de San Francisco, c'est toute l'Amérique cachée qui est mise en exergue dans ce roman se dévorant d'une traite. On est emporté dans cette folle cavalcade, la magie du texte faisant oublier tout sens critique face à cette débauche de sexe et de drogue. Au final, un drôle de trip pour le lecteur qui sort su livre tout tourneboulé.

« I love NY », Nicolas Pages, Flammarion, 18 €

mercredi 25 février 2009

BD - Recherche graphique


Les éditions Delcourt ont eu la très bonne idée de rééditer le premier livre de Seth. Cet auteur canadien, certainement un des plus doué de sa génération, s'est imposé dans des récits aux dessins clairs et précis, en se mettant en scène. Dans ces 190 pages de format comics, il tente de comprendre pourquoi il est si nostalgique, n'aimant que les objets ayant plusieurs années. 

Il découvre dans un vieux magazine un dessin d'humour d'un certain Karo. Un auteur dont il n'avait jamais entendu parler auparavant. Il va se mettre à la quête de ses dessins, transformant cette curiosité en une véritable obsession. 

Réflexion sur la vie qui passe, la notoriété, l'accomplissement de soi, cette BD qui ne peut laisser personne indifférent.

« La vie est belle malgré tout », Delcourt, 16,50 € 

mardi 24 février 2009

BD - Trois jours d'enfance


Trois jours de crise, trois jours en enfance. Fabien, 36 ans, au chômage, quitte sa femme et se réfugie chez ses parents. Là, rien n'a changé. Sa chambre de petit garçon, ses souvenirs, le bois où il s'amusait avec ses copains du primaire. Un bois aux pouvoirs magiques puisqu'il suffit qu'il s'approche de l'ancienne cabane pour qu'il se retrouve dans son corps de gamin.

 Durant trois jours, il va revivre les soirée familiales, les bancs de l'école et les bagarres. Jusqu'à ce qu'il comprenne où cela doit l'emmener au final. 

Un roman graphique sans concession écrit par Damien Marie et illustré par Vanders, virtuose des ambiances sombres.

« Parce que le paradis n'existe pas », Bamboo, 14,90 € 

lundi 23 février 2009

BD - Histoires caïrotes


Vivant au Caire depuis plus de 15 ans, Golo s'est totalement imprégné de cette ville et de ses habitants. Aujourd'hui, il se dévoile pour la première fois. Dans cet album foisonnant, il raconte ses premières années dans cette ville gigantesque, grouillante de vie, cosmopolite et accueillante. 

Le jeune dessinateur français aux cheveux longs de la fin des années 70 va croiser la route de Goudah, « un artiste du hasard, un créateur de situations, un tourbillon de fantaisie. » Il est au centre de ces 90 pages de même que les différentes versions des Mille et une nuits, œuvre emblématique de l'Orient. 

Un regard différent sur un pays et une civilisation.

« Mes mille et une nuis au Caire » (tome 1), Futuropolis, 17 € 

dimanche 22 février 2009

Mes BD souvenirs (1)

Quand j'essaie de me souvenir de mes plus jeunes années, les images les plus fortes sont souvent liées à des bandes dessinées. Très jeune j'ai été fasciné par ce mode d'expression. Et cette passion m'est restée. Aujourd'hui encore, je jubile autant en recevant la dernière nouveauté d'une nouvelle maison d'édition qu'en découvrant, dans un vide-greniers, un vieil exemplaire d'une revue des années 60 ou 70. Ces illustrés, dans toute leurs diversités, je les ai dévorés des journées durant, vivant par procuration, déjà.


Comme beaucoup de gamins, au début des années 70, j'ai débuté en lisant les petits formats. Trois titres m'ont plus spécialement marqué : Akim, Zembla et Janus Stark. Mes rapports avec les petits formats ont débuté d'une façon très étrange. Sans argent de poche, je ne pouvais m'acheter le moindre titre. Mais un de mes copains m'a expliqué comment il lisait des dizaines de petits formats pour quelques centimes. Il fallait être patient et ne pas trop rêver sur les couvertures. Sa combine était de récupérer les invendus. Dans le minuscule village de Gironde que nous habitions, une sorte d'épicière vendait également un peu de presse. En fait, des invendus elle ne renvoyait que la couverture, arrachée sans ménagement, gardant tout le corps de la revue.


Ces petits formats, sans couverture, faisaient mon régal. Une fois tous les trois mois, je me rendais dans le magasin et en ressortais avec un carton plein. Je ne choisissais pas. Mais je me précipitais sur les Akim et Zembla, les deux héros qui me plaisaient le plus. Certainement en raison de l'exotisme des histoires. L'Afrique, les animaux sauvages, les tribus de "sauvages"... Les personnages secondaires étaient aussi assez réussis, notamment dans Zembla. Mais déjà je trouvais que certains dessins avaient l'air "ratés". Je tentais déjà de copier certaines cases, sans succès. Parfois, je trouvais les bras du héros trop maigres, ou les jambes disproportionnées par rapport au reste du corps. Je n'avais pas suivi de cours d'anatomie, mais mon œil repérait déjà ces imperfections.


Le seul héros qui m'a véritablement marqué reste Janus Stark. Cette BD anglaise, assez sombre, mieux dessinée que les productions italiennes, m'avait véritablement fasciné. Pas véritablement les intrigues, mais la capacité du héros de se déformer pour passer dans de minuscules ouvertures. Déjà gros, je devais inconsciemment rêver d'être tellement maigre que je pourrais passer sous une porte avec un peu de volonté.

Il va de soi que ces revues, sans couverture donc vite abîmées, ne restaient que peu de temps entre mes mains. Je n'avais pas encore cette volonté de conserver, de collectionner. Je les échangeais avec les copains, voire les jetais après consommation. Les petits formats ont donc été mes premières BD. Pas chères, en noir et blanc, elles m'ont éduqué l’œil, fait rêvé de contrées lointaines. Une bonne préparation avant de découvrir les maîtres absolus qui signaient dans les hebdos, plus chers mais en couleurs : Pif, Tintin et Spirou.


Des petits formats je n'en ai jamais acheté par la suite. Je feuilletais juste dans les librairies, étonné de leur médiocrité. Aujourd'hui ils n'existent plus du tout, si ce n'est quelques rééditions de Blek le Roc, le seul western qui ait trouvé goût à mes yeux. Le papier à jauni, comme nos souvenirs.

(A suivre dimanche prochain)