jeudi 13 novembre 2008

BD - Huis clos maritime au temps des pirates


En préambule, les auteurs de cette série maritime expliquent que « cet ouvrage ne prétend pas être une suite de l'Ile au trésor, mais un humble hommage à cet immense chef-d'oeuvre qui ne cesse de nous émerveiller depuis notre enfance ». Xavier Dorison et Mathieu Lauffray ont donc imaginé la suite de la vie mouvementée du pirate Long John Silver. Il est une nouvelle fois à la poursuite d'un trésor. Celui de Lord Byron Hastings qui a découvert, au coeur de l'Amazonie, la cité de Guyanacapac. Sur le navire qu'il a affrété, Silver a placé quelques-uns de ses hommes pour intervenir le moment voulu. Mais rien ne se déroule comme prévu. 

Une tempête venant en plus bousculer les plans des différents protagonistes. Dans cet album, on apprécie l'esprit de la piraterie, le personnage de Silver et surtout celui de Vivian Hastings, belle garce prête à tout pour tirer son épingle du jeu. Sans oublier les dessins de Lauffray, sombres et violents.

« Long John Silver » (tome 2), Dargaud, 13 € 

mercredi 12 novembre 2008

BD - Paroles de petits rescapés

Jean-Pierre Guéno a recueilli les témoignages d'enfants juifs cachés durant la guerre. Leurs récits ont été adaptés en courtes bandes dessinées.


La bande dessinée contre l'oubli. L'oubli de la Shoah. Mais cet album collectif où l'on retrouve les signatures de Sorel, Algésiras, Lidwine, Biancarelli, Démarez, Kristiansen, David Lloyd, Arnoux, Thierry Martin, David Mack et Stéphane Servain ne raconte pas l'horreur des camps. Il se penche sur la survie des enfants juifs cachés par des Français durant la guerre. Des enfants qui ont survécu et qui ont accepté de raconter cette période si particulière de leur vie.

L'idée est de Jean-Pierre Guéno. A l'antenne de Radio France, il avait demandé aux auditeurs de collecter les lettres des Poilus. Cela avait donné des émissions, un livre (édité à 1,5 million d'exemplaires) et des adaptations en bande dessinée. Sur ce même principe, il a demandé à des enfants cachés de raconter. Mais cette fois il a pu rencontrer ces miraculés.

« Avant la Seconde Guerre mondiale, explique Jean-Pierre Guéno dans la préface, 72 000 enfants d'origine juive vivaient en France. 12 000 ont été éliminés entre 1942 et 1946. 60 000 ont survécu à la Shoah. Irène, Robert, Margot, Agnès, Martine, Solange et Catherine ont fait partie de ceux qui ont été sauvés par les hommes ou malgré eux. » Ce sont ces histoires que les dessinateurs ont mis en images, après que Serge Le Tendre ait adapté les textes originaux.

Les lettres de Margot

Cela donne des récits très forts, parfois dérangeants. Comme ces lettres de Margot. La petite Margot vivait heureuse avec sa mère. Et puis un jour, cette dernière a décidé qu'elle ne devait plus s'appeler Margot mais Marguerite. Et il fallait qu'elle soit baptisée. Elle s'en souvient, c'était à Figeac et Capdenac. Pour sa sécurité, elle est hébergée dans un couvent. Mais la fillette ne voit qu'une seule chose : sa mère semble l'avoir abandonnée. Elle lui écrit régulièrement, mais n'a jamais de réponse. Margot comprendra pourquoi des années plus tard. La religieuse, craignant que ces lettres ne tombent dans de mauvaises mains, les avait toutes gardées. Pendant des années Margot a reproché à sa mère d'avoir été silencieuse. Aujourd'hui elle regrette... Une histoire dessinée par Guillaume Sorel qui quitte son univers merveilleux pour une réalité triste et froide.

Tout aussi poignant le témoignage de Solange. Une petite fille cachée chez des paysans du Maine-et-Loire qui tenaient également un café. Avec très vite un malaise, Solange a eu l'impression d'être choisie « comme le serait des petits animaux ». Les enfants sont en fait exploités par ce couple. Et un jour, « dans l'étable qui jouxtait le café » la petite fille est violée par le frère de la mère Lulu, la patronne. Cette mère Lulu qui a toujours fermé les yeux. Et qui des années plus tard est morte sans regret, fière, au final, d'avoir sauvé une petite juive des fours crématoires. 

Solange a mis des années à exorciser cette histoire. Récemment, elle a retrouvé les enfants de la mère Lulu. Ils lui ont notamment demandé d'appuyer leur demande pour qu'elle soit nommée, à titre posthume, Juste devant les Nations... Ce récit, certainement le plus difficile à illustrer, a bénéficié d'une présentation très dépouillée et digne de Teddy Kristiansen.

D'autres histoires composent cet album d'une centaine de pages où les BD alternent avec les récits des enfants cachés. Textes illustrés de photos d'époque et actuelles. Un remarquable livre, pour ne pas oublier ce qu'était la France durant l'occupation.

« Paroles d'étoiles, mémoires d'enfants cachés, 1939 - 1945 », Soleil, 19,95 € 

mardi 11 novembre 2008

BD - Le Népal d'antan


La collection Aire Libre permet à des dessinateurs confirmés de se risquer dans un genre différent de leurs habitudes. Dernier en date à s'y risque, Jean-Claude Fournier qui entreprend de raconter la vie d'une famille népalaise, au XIXe siècle, sur un scénario de Lax. 

Fournier, créateur de Bizu, avait repris Spirou et Fantasio, après Franquin, puis animé les aventures culinaires de la Famille Crannibales. Nouveau style et nouvelle technique pour cet album éblouissant. On est notamment en admiration devant ces aquarelles, fidèles à la luminosité unique de ce pays montagneux.

« Les chevaux du vent » (tome 1), Dupuis, 14 € (existe également en édition luxe, avec un cahier supplémentaire, à 18 €) 

lundi 10 novembre 2008

BD - Poupée maléfique


Un voyage dans la folie, tel est le propos de cet album écrit par Carlos Trillo et dessiné par Lucas Varela. Dans une Argentine en voie de démocratisation, un petit employé ministériel, Elvio, est amoureux d'une poupée de porcelaine. Cet homme, qui laisse sa mère impotente mourir dans la crasse, est déconnecté de la réalité. Les restes du traumatisme de son enfance. 

Adolescent, il admirait son père quand il « testait » des tortures nouvelles sur des poupées. Un colonel qui parfois ramenait du « travail » à la maison. Un album dur mais essentiel pour comprendre la dictature.

« L'héritage du colonel », Delcourt, 14,95 € 

dimanche 9 novembre 2008

BD - Complot bis d'Empire USA


Le quatrième tome de la série Empire USA vient de paraître avant-hier. Quatre épisodes en moins de deux mois. Écrite par Desberg, cette histoire de complot aux USA est dessinée par plusieurs auteurs, après l'étude des personnages par Marini et Reculé. Griffo, Mounier, Juszezak et de nouveau Griffo ont signé les premiers épisodes.

 Jared Gail, agent de la CIA, est le seul à pouvoir empêcher un attentat à San Francisco. Le suspense est savamment distillé, les personnages travaillés et l'intrigue prenante. Prochain épisode le 21 novembre pour un dénouement le 5 décembre...

« Empire USA » (tomes 1 à 4), Dargaud, 10,40 € 

samedi 8 novembre 2008

Roman - Lutte sociale souterraine

Comédie se déroulant au Pays de Galles, « Six pieds sous terre » de Ray French est une réflexion sur la prise du pouvoir par les plus faibles.


Aidan Walsh fait partie de ces ouvriers discrets, sérieux, fiers du travail bien fait. Il est employé dans l'usine de Sunny Jim. Une société récemment installée à Crindau, petite ville durement touchée par la crise. Aidan, avec quelques-uns de ses collègues et amis, a appris à la radio la fermeture prochaine de l'usine où il travaille. La direction, après avoir touché des millions de subvention pour s'installer au Pays de Galles, a décidé de délocaliser toute la production.

Dans quelques semaines, Aidan va se retrouver au chômage. Un coup dur pour cet homme déjà marqué par le destin. Sa femme, avec qui il a eu deux enfants, est morte d'une hémorragie cérébrale dans sa cuisine à moins de 40 ans. Depuis Aidan est seul, taciturne, presque aigri. Heureusement ses copains l'entraînent au pub. Et puis il a du élever ses deux enfants. Shauna, aujourd'hui psychanalyste et Dylan, jeune adulte, hésitant encore entre le journalisme, la publicité et le théâtre. Mais aujourd'hui, à l'annonce de la prochaine fermeture de l'usine, Aidan se dit qu'il n'a plus rien à perdre. Ce chômage c'est un peu la mort pour lui. Et il a une idée qui pourrait faire plier la direction de Sunny Jim. Il va s'enterrer vivant dans son jardin et ne ressortira de son cercueil (relié à l'extérieur grâce à un périscope) qu'en échange de l'abandon de la délocalisation...

Angoisse dans les profondeurs

Ray French dresse le portrait d'une partie de cette Grande-Bretagne sociale et revendicatrice. Mais c'en est finit des grèves classiques. La lutte sociale doit prendre des chemins détournés pour intéresser l'opinion. Le coup d'éclat d'Aidan va se révéler être un coup de maître. L'ouvrier va quand même sérieusement angoisser, notamment quand ses amis ont cloué le cercueil : « Aidan frissonna en entendant les coups de marteau. C'était comme si les clous du couvercle s'étaient fixés dans son corps. Il glissa les mains sur les côtés, tendit les doigts et toucha les parois du cercueil. Le couvercle était à moins de dix centimètres au-dessus de son visage. Il leva les mains et le parcourut du bout des doigts. Il avait une marge d'une trentaine de centimètres en longueur, et d'une quinzaine en largeur. Univers restreint. »

Les premiers jours sont les plus éprouvants. Il souffre de la solitude. Son happening social n'a pas encore dépassé les limites de la ville. Très vite il va cependant devenir célèbre, les télévisions et les radios vont se déplacer pour interviewer « l'enterré vivant ». Dylan joue le rôle d'attaché de presse, de mentor.

Cependant, avant de connaître la gloire, Aidan devra lutter contre ses cauchemars. « Il bougea le bras et sentit une forte odeur. Le genre d'effluves qu'aurait dégagé un animal pris au piège. Une affreuse frayeur. Il sentait son corps étiré, écartelé, mutilé, écrasé, chaque nerf à vif, battant. Il était prisonnier de ses pires peurs. Toutes ces choses qu'il n'avait pas réussi à résoudre, qu'il avait tenté d'emmurer au fil des années, elles saisissaient à présent leur chance de remonter à la surface. »

Expérience initiatique personnelle mais également collective car le combat d'Aidan va rapidement rencontrer un bel écho dans la population galloise. La confrontation classique entre le pot de terre (enterré présentement) et le pot de fer...

« Six pieds sous terre », Ray French, Fleuve Noir, 20 € 

vendredi 7 novembre 2008

BD - Planète inconnue

Cet album de BD propose une histoire de science-fiction bien basique, qui ne révolutionne pas le genre mais qui, malgré tout, a le charme des conquêtes de l'inconnu. Les ingrédients concoctés par Herrero, le scénariste (également coloriste) et Arnaiz, le dessinateur, donnent un récit énigmatique et captivant. Il y a le héros, tourmenté. Homme d'action, il a du choisir entre son travail et la femme qui l'aimait. Ne pouvant abandonner des milliers de personnes en danger de mort, il a perdu sa dulcinée. 

Quatre années plus tard, il est naufragé sur une planète inconnue. Une opération de sauvetage qui vire au cauchemar. Végétation luxuriante, communications coupées avec la terre et surtout ces créatures, entre le poulpe et l'araignée, qui fondent sur les humains les transformant en charpie en quelques secondes. 

Sans compter avec les traîtres infiltrés dans la mission, bien décidés à détruire cette planète se révélant un peu trop dangereuse.

« Home », Soleil, 12,90 € 

jeudi 6 novembre 2008

BD - Garance, aimée par tous mais si seule

Ils sont trois. Ils sont jeunes, ont des pouvoirs paranormaux et travaillent pour un ange. Dominique, schizophrène dont l'esprit se partage entre deux corps, un garçon athlétique ou une grande fille maladroite. Hugo, grand séducteur, capable de lire les pensées des personnes avec qui il fait l'amour. Garance, au visage doux que tout le monde est persuadé d'avoir déjà rencontré, de connaître. 

Dans le troisième tome de cette série fantastique dessinée par Colombo, le scénariste, Jean-David Morvan, se penche plus spécialement sur le cas de Garance. A sa naissance, sa mère a refusé de la prendre dans ses bras. Prise d'une peur panique en voyant son bébé, elle s'est jetée par la fenêtre. Garance est allée de foyers en familles d'accueil, s'intégrant mal malgré son don qui la rend sympathique à tout le monde. Une jeune femme déchirée, tourmentée, en mal d'oreille attentive et de vie normale.

« Trois... et l'ange », Dargaud, 10,40 € 

mercredi 5 novembre 2008

BD - Jean-Claude Denis propose des histoires odorantes


Jean-Claude Denis se lance dans l'autofiction. Le créateur de Luc Leroi, conteur hors-pair de la vie moderne de ces deux dernières décennies, ne se regarde pas le nombril, mais le nez. Il explique, en préambule, qu'il a longtemps cru avoir un « nez », c'est-à-dire un odorat très développé. 

Il raconte donc ces sensations olfactives qui l'ont longtemps intrigué. Dans un format plus petit, proche des comics, en bichromie, il développe des histoires courtes débutant toujours par une image pleine page. Il y est souvent question de l'air pollué de Paris. Une ville que Jean-Claude Denis adore mais qui sent mauvais. Odeur de diesel, de métro, de pourriture. 

A l'opposé, il retrouve avec plaisir les bonnes senteurs de la campagne, si fortes, comme le foin coupé ou le colza en fleur. La mer aussi apporte son lot de bonnes odeurs. Un album simple, touchant et nostalgique. Une véritable leçon de vie.

« Nouvelles du monde invisible », Futuropolis, 19 € 

mardi 4 novembre 2008

Roman - Amant encombrant

Matthew, marié avec Sophie, est l'amant d'Helen. Cette dernière voudrait ne l'avoir que pour elle. Quand cela arrive, elle déchante...


Enlevé, tonique, rocambolesque et jouissif, ce premier roman de Jane Fallon se dévore tant ses trois principaux personnages semblent réels et leurs aventures sentimentales plausibles. Cela commence par la crise de la quarantaine pour Helen. Cette Anglaise, piquante et espiègle, âgée de 39 ans, est persuadée de vivre le grand amour avec Matthew, de 15 ans son aîné. Depuis quatre années, ils s'aiment trois fois par semaine. En cachette. Matthew est marié à Sophie. Ils ont deux adorables petites filles. Helen ne cesse de demander à son amant de quitter sa femme pour refaire sa vie avec elle. Mais sans succès.

L'autre visage de Matthew

De plus Matthew est le patron d'Helen. Son assistante, en langage politiquement correct. Sa simple secrétaire dans les faits. Cela aussi pèse sur le moral d'Helen. Sa carrière professionnelle stagne alors qu'il y a peu elle était ambitieuse. C'était avant de tomber dans les bras de Matthew. Travaillant dans une agence de relations publiques, son job consiste à imaginer une fausse actualité à des pseudo stars qui sont obligées chaque semaine de faire la « une » des tabloïds anglais. 

Cette partie du roman de Jane Fallon est particulièrement hilarante, notamment quand une starlette sur le déclin, tente d'améliorer son image en posant pour le magazine Vogue. Problème, le lendemain, elle se saoule à l'inauguration d'un restaurant et montre à tous les paparazzis présents que même en mini jupe, la culotte est facultative...

Helen approche donc de la quarantaine et met encore plus la pression sur Matthew. Au cours des fêtes de fin d'année, ce dernier, fatigué d'une vie de famille lassante, décide, sur un coup de tête, de tout avouer à sa femme, prend deux valises et se rend dans le petit appartement d'Helen. Cette dernière, dans un premier temps est surprise et joyeuse. Mais rapidement elle va constater que le Matthew 24 heures sur 24 est assez différent de l'amant pressé qui ne restait jamais longtemps.

Et Helen, qui semblait vivre son célibat avec difficulté, s'aperçoit assez rapidement que finalement, la solitude ça a souvent du bon. Elle pouvait traîner au lit, passer ses journées de repos à regarder la télé en grignotant des pizzas sur le canapé ou papoter des heures au téléphone avec sa meilleure amie, Rachel. En réalité, Matthew est très casanier, voire pantouflard. Vieux, pour résumer.

La jeunesse régénératrice

Au bout de quelques jours, Helen analyse la décision de son amant : « Face à la perspective de vieillir avec sa femme pendant les quarante années à venir, il avait paniqué. En regardant celle avec qui il était marié depuis vingt-quatre ans, il avait vu une femme ridée aux cheveux gris dont le corps s'était métamorphosé. L'image de sa propre vieillesse. Il est plus agréable de se réveiller face à un visage jeune plutôt que devant quelqu'un qui vous rappelle chaque jour votre statut de mortel. » Résultat, Helen va prendre la décision de larguer Matthew. Et comme elle culpabilise auprès de Sophie, elle va tenter de les rabibocher. Sous une fausse identité, elle deviendra la meilleure amie de la femme de son amant.

On se doute que Jane Fallon a profité de cette embrouille à trois pour multiplier les scènes explosives et les quiproquos. Un roman écrit par une Anglaise, ce qui explique peut-être le tableau peu flatteur de la gent masculine. Les femmes vont adorer !

« Comment larguer Matthew », Jane Fallon (traduction d'Emilie Passerieux), Lattès, 20 €