dimanche 12 octobre 2008

BD - L'imaginaire de Julia Verlanger


« Horlemonde », roman de science-fiction paru en 1980 au Fleuve Noir Anticipation était signé Gilles Thomas. Le pseudonyme de Julia Verlanger qui s'était déjà faite remarquer par sa trilogie de « L'autoroute sauvage » et autres récits fantastiques. La BD y trouve matière à de superbes albums. 

*Dernier en date, donc, « Horlemonde », adapté par Patrick Galliano et dessiné par un jeune illustrateur français, Cédric Peyravernay, très à l'aide dans ce monde futuriste. Marcé est un ambassadeur de la fédération galactique. Il a pour mission de convaincre les dirigeants de la planète Almagiel d'adhérer à ce regroupement de peuples civilisés. La fédération apportera technologie moderne en échange de l'abandon de l'esclavage. Un esclavage bien utile pour récolter la montbassie, seule plante comestible de la planète, poussant dans des marais infestés de bestioles affamées. Une faction rétrograde de la noblesse d'Almagiel fomente un complot contre Marcé.

 Accusé de meurtre, il est expédié dans un bagne en compagnie d'un esclave qui a osé se rebeller, Jatred. Ce duo, enchaîné, va se lancer dans une fuite très mouvementée. C'est passionnant et cela n'a rien perdu de sa pertinence.

« Horlemonde » (tome 1), Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

samedi 11 octobre 2008

BD - De la cause à l'effet


Dans cette rentrée BD 2008, rares sont les albums faisant l'unanimité. Le second tome de « La théorie du grain de sable » devrait en faire partie, à coup sûr. Le duo Schuiten (dessin) Peeters (scénario) signe une de ces BD qui restent longtemps dans la mémoire de ses lecteurs. Par l'originalité du propos, la beauté des dessins, la mise en page parfaite, les trouvailles multiples. 

L'album, de 120 pages au format italien, permet une publication par demi-planche dans un format plus grand que les albums ordinaires. Cela magnifie le dessin réaliste et précis de François Schuiten. Dans la ville de Brüsel, cité virtuelle, capitale de ce monde parallèle issu de l'imagination de Benoît Peeters, les événements étranges s'accélèrent. 

Dans l'appartement de Constant Abeels, des pierres de 6793 grammes apparaissent par enchantement. De même, du sable envahit un appartement, puis un immeuble et une rue, menaçant toute la ville. Les autorités font appel à Mary Von Rathen pour tenter d'enrayer le phénomène. En compagnie de Maurice, un homme flottant dans les airs, elle va tenter de retrouver la cause de tout cela : un objet sacré venant du Boulachistan.

« La théorie du grain de sable » (tome 2), Casterman, 17,50 € 

vendredi 10 octobre 2008

BD - La campagne, ce cauchemar...

Ce qui arrive à Carmilla, adolescente urbaine contemporaine, on ne le souhaite pas à ses pires ennemis. Son père, comme possédé par le démon de l'écologie, décide de changer radicalement de mode de vie. Terminé la vie en appartement, vive le grand air de la campagne. Problème, la ferme tombe en ruine. 

Écrite par Lorris Murail et dessinée par Laurel, cette série jette un regard moqueur sur ces citadins qui tentent de mettre leurs actes en conformité avec leurs idées. Et ce n'est pas facile. En plein hiver, la famille débarque dans une maison glaciale, dans un décor sinistre de campagne grise et triste. Et les clichés vont être alignés avec une belle régularité. Le compost sent mauvais, les éoliennes font du bruit, les légumes du jardin bio sont dévorés par les bestioles, il fait froid et les veillées en famille sont moins passionnantes que les dernières péripéties des élèves de la Starac... 

On ne comprend pas si c'est du premier ou second degré. Si les auteurs ont décidé de dégoûter les jeunes de la nature où s'ils se moquent de ces jeunes, dégoûtés de la nature. Ce petit manque de lisibilité dans le message ne doit pas cacher le très joli dessin de Laurel, doux, rond et enfantin.

« Le journal de Carmilla » (tome 3), Vents d'Ouest, 9,40 € 

jeudi 9 octobre 2008

BD - Les larmes du goulag


Un peu dans le style des « Maîtres de l'orge » saga de Van Hamme retraçant la montée en puissance de la fortune de brasseurs de bière belge, Bartoll présente dans « Diamants » l'itinéraire de la famille Van Berg qui se retrouve à la tête d'une multinationale contrôlant 80 % des mines de diamants de par le monde. A la base, c'est Charles Van Berg qui a construit l'empire. Notamment en se mariant avec Cynthia Latham qui apportait dans sa dot plusieurs mines en Afrique du Sud. Charles qui n'a pas fait dans la dentelle pour monter les échelons et éliminer ses concurrents. 

Des pratiques peu recommandables qui font que l'entreprise est aujourd'hui au centre d'une tentative de déstabilisation montée par ses nombreux ennemis. Mais ce n'est plus Charles qui dirige, c'est son fils, Charles Junior. Un homme intègre, honnête, qui découvre petit à petit toutes les casseroles de son père. Dans le premier tome, il parvenait à s'échapper des griffes du FBI par l'intervention de son demi-frère caché. 

Dans ce second volume, il va découvrir que les Russes aussi en ont après lui. Action, finance et complot international : la série, dessinée par Kollé, a le souffle et la richesse de certains best-sellers.

« Diamants » (tome 2), Glénat, 9,40 € 

mercredi 8 octobre 2008

BD - Une intégrale pour redécouvrir la grande oeuvre de Peyo


Ceux qui regardent, un peu dédaigneux, la série des Schtroumpfs de Peyo, devraient, avant de le critiquer, comprendre que sa véritable grande œuvre est antérieure à la naissance des petits lutins bleus. Johan et Pirlouit, fantaisie médiévale, laisse admirer tout le talent de conteur et de dessinateur d'un créateur et enchanteur qui était véritablement en avance sur son temps. 

Dans le second tome de cette superbe intégrale, riche en textes de présentation, vous êtes plongés au cœur des année 50, entre 1955 et 1956, deux années durant lesquelles Peyo signa « La pierre de Lune », « Le serment des vikings » et « La source des Dieux ». On assiste à l'évolution de son style, devenant, de pages en pages, un des leaders de cette école Spirou qui a fait rêver des générations de gosses.

« Johan et Pirlouit » (intégrale, tome 2), Dupuis, 176 pages, 17 € 

mardi 7 octobre 2008

BD - Un trio centenaire !

Paru au cœur de l'été, ce pavé de plus de 550 pages reprend douze histoires des Pieds Nickelés de Forton et Pellos. Et surtout vous trouverez en début de volume un long texte de François Coupez retraçant toute l'histoire de ces personnages qui ont traversé le XXe siècle. Car ce 7e volume de l'intégrale, est un spécial 100 ans. Lancé en 1908, le trio aurait cette année un siècle. 


Longtemps symboles d'un certain esprit frondeur, typique des Gaulois, c'étaient de formidables anarchistes, toujours prêts à monter des combines pour s'enrichir au détriment du Bourgeois ou de l'Etat. Dans cette brique de papier, vous aurez le choix entre de très anciennes histoires, avant 14-18, et d'autres plus récentes de Pellos, sur des scénarios de Montaubert.

« Le meilleur des Pieds Nickelés », 560 pages, Vents d'Ouest, 30 € 

lundi 6 octobre 2008

BD - Vraoummmm !!!! Tiens, Michel Vaillant vient de passer...


Prévue en 20 volumes, l'intégrale des aventures de Michel Vaillant permettra à bien des « quinquas » de replonger dans ces enquêtes menées sur les chapeaux des roues. Une réédition chronologique, avec pour chaque grande aventures des commentaires de Jean Graton en personne. 

Il explique par exemple qu'il s'est inspiré du cascadeur Gil Delamare pour le premier titre, « Les casse-cou » datant de 1962. De longs récits de 62 pages chacun, mêlant courses automobiles et enquêtes policières. La dernière, « Le retour de Steve Warson », se passant en partie à Amsterdam, est une classique du genre. Une série souvent décriée mais qui mérite une redécouverte. Notamment pour ses premiers titres où le dessin de Graton n'avait pas encore trop perdu de sa souplesse.

« Michel Vaillant » (intégrale, tome 3), Lombard, 224 pages, 24,50 € 

dimanche 5 octobre 2008

BD - Névrose, géniale névrose


Jo Matt est un drôle de type, « un pauvre type » d'après lui. Dessinateur de BD underground, il fait dans l'autofiction. Sans concession. Il raconte par le menu son existence de névrosé. Obsédé sexuel passant des heures à se tripoter en matant des K7 pornos, il a pourtant une copine. Il vit même depuis quatre ans avec Trish. Mais ce n'est pas l'entente cordiale. Il passe son temps à la critiquer, refuse la plupart du temps de faire l'amour avec elle, fait toujours des comptes séparés et comme parmi ses nombreuses qualités il y a également l'avarice, même là les querelles sont nombreuses.

 Et pour couronner le tout, il tombe raide amoureux d'une copine à Trish et passes ses nuits à fantasmer sur elle. Jo Matt le vit et le raconte dans ses BD qu'il publie presque au jour le jour dans un comics. C'est comme ça que Trish découvre le port aux roses... et le quitte. Sur près de 170 pages, Jo Matt déballe son quotidien, ses doutes, ses lâchetés, son incapacité à changer, à s'améliorer. Comment il pisse dans un bocal pour ne pas aller aux toilettes qu'il trouve trop éloignées de sa chambre. Sa fascination pour les Asiatiques (femelles et maigres de préférence), pourquoi il pleure au téléphone pour que Trish lui donne une seconde chance. 

D'un côté il est tout à fait odieux, d'un autre il fait pitié. Des sentiments à nuancer quand on sait que c'est ce type, odieux et pitoyable, qui raconte tout et mène le jeu. N'est-il pas, là aussi, en train de se foutre de nous ? Le fait même de se poser la question montre que c'est un génie. On est pris dans sa nasse, captivé par cette non-vie transformée en œuvre d'art.

« Le pauvre type », Joe Matt, éditions Delcourt, 172 pages en noir et blanc, 16,50 euros.

P. S. : Ce titre est le premier d'une nouvelle collection chez Delcourt, « Outsider », proposant le must de la BD indépendante américaine. 

samedi 4 octobre 2008

Légende - Aux sources des mystères pyrénéens


Georges Gianadda a beaucoup écrit. Des milliers de reportages pour les pages de l'Indépendant du Midi. Reporter, puis grand reporter, il a laissé traîner son regard curieux sur quantité de gens, d'événements, de lieux. Une emprise sur le réel, le tangible, qui est la bible de tout journaliste un tant soit peu sérieux. Georges, dans sa longue carrière, ne s'est jamais écarté de ce chemin. Mais parfois, visiblement, il aurait préféré interviewer des lutins, une fée voire un Dieu en personne pour donner un peu plus de sens à ses papiers. Ce qu'il n'a pas réussi (ou oser) faire dans les pages de son journal, il le propose dans ce roman, récit fabuleux d'une légende oubliée : « Pyrène la fée des fontaines ».

Tout commence à Lourdes. La cité mariale. Georges, un journaliste justement, observe le ballet des pèlerins. En compagnie de son photographe, il prépare un reportage. Ils croisent un vieil homme et rapidement une conversation s'engage. L'inconnu, savant ayant exploré les particules élémentaires avant de se reconvertir dans la philosophie, prétend au journaliste curieux que cela fait plusieurs siècles que les humains viennent de se recueillir en ce lieu. Car il y a des milliers d'années, Lourdes était un des lieux du « culte de Mari, la déesse-mère ». « Ces cultes païens ont été remplacés par celui de la vierge Marie », explique le vieillard. « Ce qui est troublant c'est l'homophonie entre Mari et Marie. » « Ce qui est moins étonnant, c'est que tous les cultes, y compris celui voué à la vierge Marie, soient liés aux sources et à l'eau. Il s'agit après tout du matériau de base qui a fondé le monde vivant. » Et pour achever sa démonstration, il se propose d'expliquer au journaliste d'où vient le nom de Pyrénées.

L'auteur change alors totalement de monde et de genre. Il entre de plain-pied dans des contrées légendaires peuplées de demi-dieu, de fées et autres monstres mythologiques. Des pages riches en trouvailles, coups de théâtre et dialogues imagés, sur un ton léger et rêveur. Georges Gianadda, le journaliste cartésien, s'efface totalement au profit de son double, beaucoup moins connu, le conteur du merveilleux. Une véritable découverte pour le lecteur, une renaissance (pour ne pas parler de reconversion) pour cet habile manieur de plume.

« Pyrène la fée des fontaines » de Georges Gianadda. Editions Trabucaire. 10 euros. 

vendredi 3 octobre 2008

Fantasy - La quête de Tolkien

Tolkien, le professeur anglais, inventeur des Hobbitts, se retrouve plongé en pleine guerre entre Américains et Japonais dans un roman étonnant.


Avec des « si », les meilleurs romanciers réécrivent l'histoire avec une facilité déconcertante. Christophe Lambert, armé de quelques « si », a donc imaginé comment Tolkien, de raconteur d'histoires, se retrouve acteur d'une fantastique aventure dans la jungle birmane alors que la guerre entre Américains et Japonais bat son plein. Dans cette histoire réécrite par l'auteur français, on découvre que les Elfes, ce peuple tant apprécié par Tolkien, existe réellement.

Après Pearl Harbor, le gouvernement US comprend que la situation de l'armée américaine en Asie sera de plus en plus dure. Pour tenter de mettre un peu plus de chances dans le jeu des GI's, il est décidé de demander conseil aux Elfes. Retranchés dans le Sylvaniel, dernière réserve sur le territoire américain, ils accepteront à une seule condition : que le romancier anglais John Ronald Reuel Tolkien soit de l'expédition. Le long prologue raconte la négociation, d'abord avec les elfes, puis avec Tolkien. Ce dernier est en pleine rédaction du Seigneur des anneaux et doute de l'intérêt de ce nouveau roman. Il n'hésitera cependant pas longtemps. Il est en fait trop impatient de rencontrer de véritables Elfes.

Une autre vision de la jungle

Tout le reste du roman se passe en Asie, dans la jungle birmane pleine de mystères et de dangers. L'auteur, en dehors des nombreux passages martiaux contant l'entraînement et la vie quotidienne des militaires, accorde beaucoup de place à Tolkien. Comment il va se remettre en question et trouver le ressort moral pour ne pas abandonner la mission et reprendre la création de sa grande œuvre.

La petite délégation elfique a une mission bien précise. C'est l'idée du général Wingate (il a véritablement existé, comme Tolkien) qui explique : « Je compte sur eux pour aider nos hommes à appréhender leur environnement de manière nouvelle, plus positive. Jusqu'ici, nous avons considéré la jungle comme, au pire, une ennemie et, au mieux, un élément neutre. Mauvaise approche, mauvaise philosophie. On doit maintenant l'envisager comme une alliée. » Les Elfes, très méfiants avec les humains, partagent quand même une partie de leur savoir. Tout en surveillant Tolkien. Qui ne sait toujours pas pourquoi sa présence était obligatoire.

L'écrivain se plie aux difficultés du moment, notamment quand il s'agit d'aller harceler les Japonais plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur de leur lignes.

Deux sortes de récits

Au cours de ces longues marches forcées, le commando rencontre une tribu vivant en quasi autarcie. Le chaman local va fortement impressionner Tolkien en raconter plusieurs légendes et en expliquant les nuances : « Il y a deux sortes de récits, les desi et les marga. Le premier est un divertissement, le deuxième un enseignement spirituel. Dans le premier type de récits, le héros se contente de terrasser le monstre. Dans le second il apprend des choses sur lui-même. Il émerge changé de la grotte. Il y a eu mort et renaissance dans la Terre-Mère. » Un principe que Tolkien avait déjà appréhendé, inconsciemment, dans ses récits. Mais le roman de Christophe Lambert n'est pas que cette réflexion sur l'œuvre de Tolkien. Il y a également beaucoup d'action, des rencontres dangereuses et des coups de théâtre. Bref, une somme d'ingrédients que Tolkien n'aurait pas renié pour élaborer un roman captivant et novateur.

« Le commando des immortels », Christophe Lambert, Fleuve Noir, 17 € (paru également en poche chez Pocket)