vendredi 26 septembre 2008

BD - Hermann navigue avec des pirates à la dérive


Les histoires de pirates sont de nouveau à la mode. Mais ce n'est pas pour surfer sur le phénomène que Hermann et son fils, Yves H, se sont lancés dans la relation des aventures du « diable des sept mers ». Le scénariste avait la volonté de pousser le dessinateur de Jeremiah et de Bernard Prince sur les flots de la mer des Caraïbes depuis qu'il a vu le début du story-board du film « Pirates » de Roman Polanski. Il est vrai que les excès de la piraterie ne pouvaient qu'être magnifiés par le trait d'Hermann. Le premier tome, toujours en couleurs directes, est d'une grande beauté. 

La couverture suffira pour vous donner envie d'acheter l'album. Et à choisir, ne ratez pas l'édition spéciale (elle vaut 18 euros), avec un cahier graphique d'illustrations inédites. L'histoire débute en Caroline du Sud. Harriett, la fille d'un riche planteur, se marie en cachette avec un petit malfrat, Conrad. Un mariage qui ne durera pas. La colère du patriarche sera tonitruante. En parallèle à ces événements, le fameux pirate surnommé le diable des sept mers terrorise la région. 

Un album foisonnant, qui se permet même de mélanger les genres avec un soupçon de fantastique.

« Le diable des sept mers » (tome 1), Dupuis, 14 € 

jeudi 25 septembre 2008

BD - Les animaux de Sylvain et Sylvette ont soif


Il se passe toujours quelques chose près de la chaumière de Sylvain et Sylvette. Les deux jeunes enfants, créés par Maurice Cuvillier en 1941, repris par Jean-Louis Pesch en 1956, vivent désormais des aventures sous le pinceau de Bérik. Mais Jean-Louis Pesch, Aveyronnais d'adoption, n'a pas abandonné ses héros, leurs animaux et les fameux compères. Il se contente de signer des gags en une planche. Cela permet aux personnages d'être toujours aussi présents dans les rayons des librairies, après plus d'un demi siècle d'existence. 

« La ruée vers l'eau » est donc un album signé Bérik. Une longue histoire se déroulant en plein été, alors que la canicule sévit. La source permettant à Sylvain et Sylvette d'abreuver les animaux et d'arroser le potager est tarie. Il faut rapidement trouver une solution. Avec une pompe, Sylvain parvient à puiser de l'eau dans la nappe phréatique, mais cela ne dure pas. De leur côté, les compères découvrent, près d'une ferme abandonnée, un puits qui pourrait fournir de l'eau pour tout le monde, village compris. Mais Renard, toujours à l’affût d'idée lucrative, va tenter de vendre cet « or bleu ».

« Sylvain et Sylvette » (tome 53), Dargaud, 9,25 € 

mercredi 24 septembre 2008

BD - Les fils de la racaille ne touchent pas le sol


Pourchassé par sa future femme et ses belles-sœurs potentielles, Brice, pour trouver le salut, n'hésite pas à sauter du haut d'un viaduc routier. Il atterrit dans un arbre et peut ainsi, temporairement, échapper aux furies. Dans un quartier qu'il ne connait pas, il trouve refuge dans un pavillon abandonné, un squat déjà occupé par Rufus. Ce dernier, malgré des airs bourrus, prend Brice sous son aile et lui permet de faire des petits boulots dans les entrepôts voisins, notamment ceux de Boris, petit caïd du coin, ne faisant pas que dans le transport honnête. 

Boris qui est également le père de Henri, un adolescent handicapé mental. Persuadé que marcher sur le sol va le contaminer par des ondes maléfiques, il passe son temps sur les toits, poteaux, ponts et viaducs. Henri a vu Brice sauter et est persuadé qu'il est comme lui. 

Brice, très intrigué par Henri, va tenter de l'apprivoiser. Mais en tentant cela, il va se plonger dans des ennuis encore plus dangereux que son hypothétique mariage. Ce long récit de Marc Vliegler, aux personnages complexes et fouillés, donne une vision très réaliste d'une certaine France d'en bas.

« Les fils de la racaille », Delcourt, 14,95 € 

mardi 23 septembre 2008

BD - L'histoire de Léo, magnifique simple d'esprit

Son nom est Léonard. Tout le monde l'appelle Léo. Il est employé dans un théâtre. Il passe le balai, range le matériel. Léo est un simple d'esprit. Pas fou, simplement ailleurs. Il a une obsession. Dès qu'il croise quelqu'un, connu ou inconnu, il lui demande : « T'as pas vu celle que j'cherche ? » 

Frank est un scénariste en panne d'idée. Il va s'inspirer de Léo pour écrire une histoire originale et fantastique. Mais en enquêtant sur cet homme discret, il va mettre à jour un traumatisme puisant son origine au plus profond des croyances du pays. Un récit de Makyo, très inspiré, mis en images par Frédéric Bihel, maniant parfaitement la couleur.

« Exauce-nous », Futuropolis, 19 euros 

lundi 22 septembre 2008

BD - Manigances pour reconnaître un génocide


L'une est blonde, l'autre brune. L'une a de grandes jambes, l'autre une poitrine de rêve. L'une est étudiante, l'autre stripteaseuse. Ces deux jeunes Américaines ambitieuses ont un plan. Shannon et Girl vont de servir de leur beauté pour aborder Aaron, un étudiant influençable. Mais ce n'est peut-être pas leur véritable cible. Ce nouveau récit de Warnauts et Raives, semble un peu moins virtuose que les précédents. Il n'en demeure pas moins exemplaire dans son intrigue et ses personnages. Avec en toile de fond l'horreur de la guerre en Irak et les luttes indiennes actuelles pour faire reconnaître ce qui fut un génocide..

« A cœurs perdus », Casterman, 14 euros 

dimanche 21 septembre 2008

BD - Renaissance d'un mythe de la SF

Formatée pour France Soir au début des années 70, cette bande dessinée de science-fiction française est rapidement devenue le must du genre. Une idée de Paul Gillon, scénarisée par Jean-Claude Forest. Devenue introuvable depuis de nombreuses années, elle est rééditée par les éditions Glénat dans un format plus grand et des couleurs nouvelles. Une série qui n'a rien perdu de sa modernité tant le dessin de Gillon était largement au-dessus de ce qui se faisait à l'époque. Les trois premiers tomes sortent d'un coup. Les 7 autres en 2009. Plongez dans la quête de Chris, homme du XXe siècle cherchant sa compagne, Valérie, 1000 ans plus tard.

« Les naufragés du temps », Glénat, 12,90 euros 

samedi 20 septembre 2008

Thriller - Ce cher cadavre

Elle vient de tuer son amant. Le cadavre dans le coffre de sa voiture, elle va tenter de traverser les USA d'Est en Ouest.

C'était au moment de l'arrivée de la fameuse tempête tropicale sur la Nouvelle Orléans. La narratrice, belle et jeune, elle l'expliquera quelques chapitres plus loin, fuit au volant de la voiture de son amant, Jack. Il n'est pas à ses côtés. Il est dans le coffre, mort depuis quelques heures. Ce n'est pas dit explicitement, mais on s'en doute : il a été tué par la belle qui n'a plus qu'une idée en tête : retrouver George à Seattle. Le brave George qu'elle avait quitté pour Jack, le brillant écrivain.

C'est ce périple, à travers tous les Etats-Unis, que raconte J. Eric Miller dans ce road movie ténébreux au nom très évocateur : « Décomposition ». Exactement ce qui arrive, lentement mais sûrement, à Jack, recroquevillé dans cet espace fermé, étroit et surchauffé. Pas tout de suite. L'auteur respecte les étapes. Et les détaille. Rigueur mortelle, puis action des bactéries qui vont s'attaquer aux entrailles, fermenter, former des gaz avant l'arrivée des mouches...

La poule affamée

Ce roman n'est pas à mettre dans toutes les mains. Il pourrait devenir culte. Il est avant tout très hard... La narratrice roule donc sur les longues et rectilignes routes américaines. Mais elle est parfois obligée de s'arrêter. Elle ne peut alors s'empêcher de faire des bêtises. Comme quand elle décide de libérer des centaines de poules captives dans un camion. Cela finira en carnage, elle ne sauvera qu'un seul pauvre animal, l'enfermera dans le coffre. La poule, certainement affamée, s'attaquera à Jack qui y perdra un œil. Un peu plus loin la jeune tueuse ira voir ses parents. Elle hait sa mère, plaint son père trop faible. Une famille normale ?

Et puis, régulièrement, elle s'arrête au bord de la route et regarde dans le coffre. Car paradoxalement, Jack lui manque. Physiquement. « Et quand je le touche, je sais que c'est une mauvaise idée. Sa peau est froide et ses cheveux, que j'essaie de lisser, sont tout cassants. Je caresse sa tête jusqu'à ce que je me sente en confiance, puis je continue à le toucher jusqu'à ce que je ne sente plus rien. Je prolonge ce contact jusqu'à ce que j'aie pleinement conscience qu'il est mort et que c'est son cadavre que je touche. Le fait d'agir ainsi m'aide à me sentir équilibrée. » Enfin équilibrée est un grand mot car la donzelle va crescendo dans l'horreur.

L'odeur de la mort

Les scènes de violence ou de sexe vont s'accumuler. Elle raconte tout, sans jamais dormir ni avoir le moindre remords. Simplement la certitude, en se rapprochant de George, qu'il n'est peut-être pas le bon cheval, finalement. La remise en cause de la narratrice est radicale. Arrivée presque à bout, elle a cette réflexion : « Tout ça est fini, cette vie, ma capacité à souffrir, mes espoirs, mes regrets, les petites joies que je recherchais sans cesse, ce cortège de déception, tout ce que je savais ou allais savoir, c'est bel et bien fini. Je suis morte. Franchement, c'est un soulagement. » Mais ce n'est qu'une impression. Elle devra encore faire pas mal de kilomètres avec le cadavre de Jack, toujours aussi attirant malgré son odeur insupportable.

« Décomposition » de J. Eric Miller (traduction de Claro), Editions du Masque, 16 €


vendredi 19 septembre 2008

BD - Rions de notre triste monde


Ness fait partie, avec Vuillemin, Charb et quelques autres, des enfants de Reiser. Si son dessin n'est pas du grand art, les scénarios de ses histoires courtes rattrapent largement cette petite faiblesse. Car dans la description de notre monde tel qu'il est, Ness ne prend pas de pincettes. Que cela soit le monde du travail, l'industrie du disque, la télévision ou les religions, il cogne là où cela fait le plus mal. 

A grand renfort de scènes parfois difficiles à supporter, il démontre toute l'horreur et l'aberration de notre société qui permet les pires violences dans les films de guerre et s'offusque quand un sein est dévoilé dans une publicité pour un gel douche. La télé en prend pour son grade régulièrement. Sa vision de Survivor (Koh-lanta en français) est cependant très vraie. Mais ceux qui sont le plus à l'honneur restent les religieux. De toutes les religions (il en invente même au passage). 

Il donne son interprétation du jugement dernier expliquant que les Dieux ne sont que des éleveurs. Ils font de l'élevage d'âmes, ce serait la base de leur système monétaire...

« Juste humains », Vent des savanes, 12,50 € 

jeudi 18 septembre 2008

BD - Le retour de Gully

Un sticker sur la couverture prévient l'acheteur : « BD approuvée par Spirou ». Effectivement cette nouvelle aventure de Gully, « Les vengeurs d'injures », a été prépubliée cet été dans les pages de l'hebdomadaire (qui avec sa nouvelle formule est redevenu indispensable pour tout amateur de BD de qualité). 

Mais Gully, c'est de l'histoire ancienne. Imaginée par Makyo et dessinée par Dodier, cette série d'héroïc fantasy avait débuté dans le courant des années 80. Après cinq récits et autant d'albums, Gully avait tiré sa révérence par manque de succès. Le petit bonhomme un peu pleutre et triste restait quand même présent à l'esprit de ses créateurs. Et ils ont décidé de lui donner une seconde chance. Cela donne un album alliant aventure, magie et poésie. 

Gully va devoir, en compagnie de ses amis Oléo et Mollo, pour sauver deux magiciens, trouver un antidote dans l'antre du sorcier Ulfon au cœur de la forêt de Trombovar. 

Une BD à découvrir en toute urgence, d'autant que son prix de vente, jusqu'à la fin de l'année, n'est que de 6 € au lieu 9,20 €.

« Gully », Dupuis, 6 € 

mercredi 17 septembre 2008

BD - Pourquoi aller de l'autre côté ?

Cela fait des jours que des trombes d'eau s'abattent sur la région. Les inondations menacent, les autorités parlent de plus en plus d'évacuation. Est-ce la fin du monde ? 

Dans son appartement, une jeune femme de 20 ans s'en moque. Elle est étendue, sur le dos, sur son parquet, bras en croix. Elle parle, seule. Exactement, elle est en plein dialogue avec un personnage imaginaire. Indifférente à l'extérieur, elle se laisse couler. Mais quand elle apprend que son père, victime d'un accident, est dans le coma, elle bouge enfin. Va à son chevet. Puis, en pleine nuit, malgré les averses et l'eau menaçante, retourne dans la maison familiale pour nourrir le chat. 

Un chat en pleine conversation avec une énigmatique vieille femme. Dans ces murs ayant abrités son enfance, la jeune femme va se décider, avec les encouragements du chat et de la vieille, de franchir le seuil de la pièce interdite. Ce qu'elle va y découvrir changera sa vie. 

Un récit long (112 pages en bichromie) et prenant de Pierre Wazem (scénario) et Tom Tirabosco (dessin), un duo suisse qui s'impose de titre en titre comme des créateurs d'exception.

« La fin du monde », Futuropolis, 19 €