dimanche 6 avril 2008

BD - Et Tanâtos provoqua le chaos...


Second tome de la très feuilletonesque série "Tanâtos" de Convard (scénario) et Delitte (dessin). Tanâtos est une sorte de génie du mal qui manoeuvre dans les coulisses pour arriver à son but ultime : gagner de millions en faisant tourner à plein régime ses usines d'armement. En ce début d'année 1914, les bruits de bottes se font de plus en plus présents partout en Europe. Il ne reste plus beaucoup d'obstacles. 

En empruntant les apparences que quelques personnages clés (député, industriel...), Tanâtos parviendra a mener son plan à bien. Mais il trouvera sur son chemin le détective Victor, toute l'agence de Fiat Lux, quelques policiers et des politiques hostiles à la guerre. Jaurès par exemple. Mais Jaurès ne verra pas le début des hostilités, un homme de main de Tanâtos va se charger de faire définitivement taire le pacifiste. Ce sont 54 pages denses, reconstituant parfaitement cette époque et les mentalités d'alors. 

Convard rend hommage aux grands romanciers du genre (Souvestre et Allain, créateurs de Fantomas) mais en donnant une dimension politique supplémentaire. Car au final, le message est clair : les guerres ne sont que des artifices pour permettre à quelques capitalistes de décupler leurs profits le temps d'une situation exceptionnelle. Une vérité qui est encore d'actualité, il suffit de voir quelles sont les sociétés qui profitent le plus de l'invasion de l'Irak actuellement. Et qui sait, Tanatôs est peut-être derrière là aussi...

« Tanatos » (tome ), Glénat, 12,50 € 

samedi 5 avril 2008

Roman - Interdit à toute femme... et à toute femelle

Les premières pages risquent de désarçonner les lecteurs non avertis. On s'attend à un roman mystique, se déroulant en pleine Grèce orthodoxe avec moines intégristes et réflexions sur l'ascétisme et autres mortifications pour purifier son âme et on tombe dans une partie de sexe digne du porno du samedi soir sur une chaîne cryptée. Gabriel, le narrateur, est un jeune célibataire qui s'ennuie depuis que sa belle Faustine l'a abandonné pour un de ses amis, Octave. 

Dans ce roman de Christophe Ono-dit-Biot, les protagonistes dévorent la vie sans pour autant être sûrs d'agir à bon escient. Ils sont jeunes, beaux et indépendants ; ils ont tout pour réussir, et pourtantà Gabriel, au lendemain de cette soirée nauséabonde, est contacté par Faustine.

Il la retrouve toujours aussi belle, encore plus ce jour-là alors qu'elle donne le sein ("mat et plein de lait") à son enfant. Ce bébé aurait pu être celui de Gabriel. Mais c'est Octave le père. Il a disparu en Grèce. Du côté du Mont Athos, "le dernier état monastique en Europe. Entre la Grèce et la Turquie, une petite presqu'île entourée par la mer Egée. Tout autour de la côte, vingt monastères fortifiés, datant du XIe siècle." Faustine voudrait que Gabriel retrouve Octave. Elle ne peut pas y aller. Le Mont Athos est interdit à toute femme.

Chevalier servant un peu naïf, Gabriel accepte de se rendre dans cette région qui semble avoir cessé d'évoluer depuis des siècles. Une fois sur place, dans un monastère reculé, immobile depuis des siècles, il commence à se poser des questions. Oublie l'enfant et Faustine pour profiter du cadre.

"Le silence était parfait. Rien d'autre que le bruit des vagues.

Rien d'humain. Je comprenais Octave d'un seul coup. C'est peut-être cela que j'étais venu chercher. Me laver le corps. (à) Jeter par-dessus bord tout ce qui encombrait et qu'on nous foute une paix royale. Disparaître enfin.

Me mettre en stand-by pour des siècles. (à) Casser tout rêve en le dénonçant immédiatement comme une chimère". On le devine assez rapidement, ce périple ne sera pas sans laisser des traces sur la vie de Gabriel. Sur la nôtre également. Car en allant de surprise en surprise dans ce roman, le lecteur aura tendance à se remettre en cause à son tour. Mais gare aux retours de foi.

"Interdit à toute femme et à toute femelle", Christophe Ono-dit-Biot, Plon, 18,50 € (disponible en poche chez Pocket) 

vendredi 4 avril 2008

Thriller - La magie de la mort

Après 12 années de prison, un tueur d'enfant retrouve la liberté et tous ses démons. « Le Magicien », un thriller français de Jean-Marc Souvira.


Deux hommes face à face. Deux personnages principaux dont les points de vue alternent tout au long de ce roman policier de Jean-Marc Souvira. Premier à entrer en scène, Arnaud Lécuyer. Il vient de purger 12 années de prison pour le viol et le meurtre d'une vieille dame. De l'autre le commissaire Ludovic Mistral, flic d'élite récemment nommé à la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris, le fameux 36, quai des Orfèvres. Arnaud Lécuyer sous ses airs de petit homme tranquille, maigrichon, timide et effacé, cache un redoutable prédateur. Durant les 12 années de prison, il a tué, en toute discrétion, trois co-détenus qui avaient abusé de lui à son arrivée.

Mais Arnaud Lécuyer, « tombé » pour le viol d'une personne âgée, est surtout attiré par les petits garçons. Il en a six dans sa « collection », six gamins de 9 à 11 ans qu'il a entraînés dans une cave d'immeuble, étranglés puis violés. Un tueur en série qui a terrorisé la capitale il y a 13 ans. Il était surnommé le Magicien car pour obtenir la confiance des jeunes garçons, il leur faisait des tours de cartes. Les enfants, fascinés, suivaient ce prestidigitateur qui acceptait de révéler ses secrets, mais à l'abri des regards et oreilles indiscrètes.

Un policier presque parfait

Arnaud Lécuyer sort donc de prison et malgré un emploi d'insertion chez un plombier, des convocations chez le juge d'application des peines et des séances obligatoires chez un psychiatre, retombe dans tous ses travers, ses perversions. Au volant de sa camionnette de service, il ne peut s'empêcher de se mettre en « chasse ». Il repère un gamin qui s'ennuie et tente de recommencer, comme avant. Il est dérangé par un clochard qui y perd la vie. Mais l'enfant survit et raconte aux policiers comment il a été abordé par ce « Magicien ».

Un Magicien de sinistre mémoire qui refait surface, provoquant un branle-bas de combat dans le service du commissaire Mistral. Ce policier est l'antithèse du flic communément véhiculé dans les polars : marié, deux enfants, aimant le jazz, formé aux USA, « le fait de parler avec son épouse, de la resituer dans leur environnement familial avec leurs deux enfants, apaise Mistral qui a besoin de ces contacts familiaux pour affronter son travail. Ce n'est pas le genre de flic solitaire qui fume deux paquets de clopes, boit une bouteille de whisky par jour et qui a u mal à rentrer chez lui en se demandant de quoi demain sera fait. » Un policier presque parfait qui, en plus de cette délicate enquête, doit faire face à l'ambition d'un collègue frustré.

« Prédateur » en « chasse »

Cela donne un contraste très fort entre cet homme équilibré, aimant, épanoui et croyant fermement à sa mission de justice et le tueur, névrosé, avide de sexe et de sang, comme pour mieux entretenir le souvenir des violences sexuelles imposées par son père. Récupérant sa liberté, son premier échec ne le refroidit pas : « Le prédateur cherche une place de stationnement à proximité du Trocadéro. Il y a toujours beaucoup de monde dans ce lieu touristique. Lécuyer se dit qu'un môme qui s'égare, même un touriste, ferait l'affaire ».

Jean-Marc Souvira ne raconte, dans ce premier roman très documenté, que le quotidien de nombre de ses collègues car il est lui-même policier à Paris. Le lecteur, entre les explications savantes des rouages d'une enquête, sera surtout marqué par les pensées abominablement macabres de Lécuyer, la figure centrale, et très réussie, de ce thriller plaisant bien que parfois à la limite du morbide.

« Le Magicien », Jean-Marc Souvira, Fleuve Noir, 20 € (disponible en poche chez Pocket) 

jeudi 3 avril 2008

BD - Le côté obscur d'une belle brune


Il paraît que Hélène Bruller est une vraie salope. Une information de source sûre puisqu'elle vient de la principale intéressée. Hélène Bruller, après avoir tenté de trouver le prince charmant, se penche sur son cas. Pas loin d'être désespéré. Elle vient de se faire larguer par Martin, son fiancé. Alors forcément cela joue sur son moral et elle devient légèrement caustique. 

Avant de devenir une loque définitivement solitaire, elle réagit et se lance à la recherche d'un nouveau mec. Mais il ne faut pas se tromper entre le « con, le moche, l'inférieur et le sensible ». Sous forme de gags en deux planches, elle s'épanche également sur ses rapports compliqués avec sa mère, ses sœurs, ses collègues de travail et des copines qui ne le sont pas toujours... 

Un dessin très simple, très expressif dans la caricature, vient renforcer cette formidable critique de nos rapports avec le sexe opposé. Et puis cet album finit bien car dans le cadre de son travail, Hélène Bruller rencontre Zep, le dessinateur de Titeuf. Un Suisse difficile à cerner. Finalement Hélène le reverra, ira chez lui, sera dans ses bras, puis dans ses draps et enfin dans sa vie... Martin est oublié.

« Hélène Bruller est une vraie salope », Vent des Savanes, 13,90 € 

mercredi 2 avril 2008

BD - Sur la route de l'imagination


Les éditions Bamboo, célèbres pour leur collections comiques Job et Sport, étoffent leur catalogue avec des séries différentes. Ainsi « Nationale 0 », série d'histoires courtes (dessinées par Maltaite) parues au milieu des année 90 dans les pages du journal Spirou, obtient une seconde chance avec cette publication en album. Janssens, dont c'était presque les premiers scénarios, explorait la veine du fantastique comique. Le héros, Emile Karpoto, obtient un travail royal : il est chargé de convoyer à travers les USA, les voitures de riches clients qui eux préfèrent prendre l'avion. 

Au cours de sa première mission, il renverse une tortue sacrée indienne qui lui lance une malédiction : il devra affronter les incohérences spatio-temporelles de la Nationale 0. Une route peu banale sur laquelle vous pouvez croiser un chevalier en armure lancé à la poursuite d'un dragon, des Pères Noël assassins, des chevaliers Tectoniques, participant à une incroyable bataille dans les profondeurs de la terre ou un homme en papier, signant ses meurtres en laissant une cocotte en papier sur le corps de ses victimes. 

A ne pas manquer la meilleure histoire, celle des personnages des contes anciens tentant de résister à l'invasion des super héros et des personnages modernes des mangas ou séries télévisisées.

« Nationale 0 », Bamboo, 9,45 €



mardi 1 avril 2008

BD - Quand les Indiens se rebellent


Au début du 19e siècle, dans l'Ouest américain, Robert Frazer, un ancien soldat ayant participé à l'expédition héroïque de Lewis et Clark six ans auparavant, est installé au bord de la rivière Missouri. Dans une cabane construite de ses mains, il vit avec sa femme Elizabeth et son fils Joshua. Il chasse et revend les peaux dans la ville distante de quelques kilomètres. 

Au début du premier album de cette nouvelle série de Roger Seiter (scénario) et Vincent Wagner (dessin), il est justement en train de vendre une partie de sa production et en profite pour accueillir son frère, James, médecin fraîchement diplômé. Au même moment, une bande d'Indiens Crows attaque la maison isolée, vole armes et denrées et enlève la jeune Blanche et son fils. 

Quand Robert, de retour, découvre la maison saccagée, il se lance à la poursuite des ravisseurs. Il a deux jours de retard et trouve des preuves de la survie de sa femme et de son fils. Le long du fleuve, en canoë et à cheval, c'est une course poursuite âpre et difficile qui attend les Occidentaux. 

Les Indiens, de leur côté, attaquent des trafiquants et tentent de soulever toutes les tribus qu'ils rencontrent sur leur chemin. Une BD qui revisite le mythe des pionniers, montrant des Indiens ivres de sang et des colons pillant une terre qui n'est pas la leur.

« Wild River » (tome 1), Casterman, 11,50 € 

lundi 31 mars 2008

BD - Jean-Christophe Chauzy n'a même pas peur


Jean-Christophe Chauzy, excellent dessinateur ayant déjà à son actif nombre d'albums « sérieux » chez Casterman, change de registre avec « Petite Nature », sorte de BD d'autofiction où il se met en scène, sans complaisance mais avec beaucoup de dérision. 

Un recueil d'histoires courtes scénarisées par Barrois et Lindingre où l'on découvre que le métier de dessinateur de BD a des avantages mais également quelques inconvénients. Par exemple, quand quelqu'un se reconnaît dans le précédent album, il décide de porter plainte en diffamation. Problème, c'est le fils d'un gros actionnaire de la maison d'édition. Pour abandonner les poursuites, il demande (et obtient) qu'il devienne un héros sans peur et sans reproche. Cela donne une BD dans la BD hilarante de ridicule. On pourrait bien revoir Olivier de Glanville dans le prochain album tant son personnage comique a de la ressource... 

Chauzy a également quelques problèmes avec ses deux garçons, ados en recherche de sensations fortes, un avatar de second life et ses parties génitales, de plus en plus douloureuses. Pour trouver le remède il a droit successivement à un toucher rectal, une analyse de sperme et pour finir devra porter un « suspensoir à testicules ».

« Petite nature » (tome 2), Fluide Glacial, 11,95 € 

dimanche 30 mars 2008

BD - L'Agence Hardy met le cap sur Berlin


Avec Annie Goetzinger au pinceau, Pierre Christin poursuit son exploration d'une période correspondant presque à son enfance. Le scénariste de Valérian quitte le futur pour se plonger dans cette Europe de la fin des années 50, quand l'effort pour redresser la tête à la fin de la guerre laisse la place à une confrontation froide et secrète entre les deux blocs. 

Edith Hardy, détective privée, accepte d'aller à Berlin, en zone française, pour protéger l'enfant d'un militaire français dont les méthodes progressistes déplaisent fortement à un quarteron de généraux. Nous sommes en 1958, l'Algérie est de plus en plus au centre de l'actualité. Un récit qui laisse une grande place aux personnages secondaires. 

Victor, le jeune employé d'Edith, utopiste trouvant toujours une solution aux problèmes, parvenant à se faire réformer pour éviter le service militaire obligatoire, Rosa, sa fiancée, quittant l'usine pour devenir une journaliste engagée dénonçant les injustices dans les pages de Combat. Tout un petit monde idéaliste et actif, entre nostalgie et regrets d'une époque bénie où tout restait à faire et à inventer.

« Agence Hardy » (tome 5), Dargaud, 10,40 € 

samedi 29 mars 2008

BD - Damoclès, nouvelle forme de protection rapprochée


Dans un futur proche, en Angleterre, la mode des enlèvements de gosses de riches contre rançon est en pleine expansion. Pour contrer les kidnappeurs, des sociétés spécialisées se disputent ce marché lucratif. Damoclès est la meilleure d'entre elles. Créée par Mrs Hamilton, Damoclès emploie d'anciens militaires ou policiers triés sur le volet. C

ette série de Callède (scénario) et Henriet (dessin) raconte le quotidien d'une équipe de Damoclès composée de Ely, belle rousse aux idées bien arrêtées, Walter, colosse pragmatique et Sean, beau gosse amoureux d'Ely. Il seront rejoint par un quatrième membre, un novice, Radji, ancien espion spécialisé dans l'antiterrorisme. 

Après une séquence d'ouverture pour présenter les personnages et l'activité de Damoclès, les quatre gardes du corps rentrent dans le vif du sujet : protéger Saïd El-Hanmad, fils unique d'un milliardaire de l'industrie de l'armement. Un groupe d'idéalistes, l'armée de Sherwood menace de l'enlever pour infléchir la politique de son père. 

Saïd, fêtard et noceur, se révèle un drôle de client. Entre Largo Winch et XIII, une série prometteuse démarrant sur les chapeaux de roue.

« Damoclès » (tome 1), Dupuis, 10,40 € 

vendredi 28 mars 2008

BD - Taras Boulba, le guerrier des steppes


Igor Kordey, dessinateur croate, est un créateur infatigable. Il vient de signer une dizaine d'albums en un peu plus d'un an. Après l'Histoire secrète et Le Coeur des batailles, il se lance dans une nouvelle série, l'adaptation en bande dessinée de Taras Boulba, oeuvre de jeunesse de Nicolas Gogol. Il est aidé au scénario par Morvan. Kordey aime illustrer les histoires fortes, pleines de fureur et d'adrénaline. Avec cette histoire de cosaque zaporogue, il trouve une matière première qui lui convient à merveille. 

Taras Boulba ne vit que pour se battre et partager les victoires avec ses frères d'armes. Violent, buveur, il a une femme qu'il a engrossé à deux reprises. Deux fils, Ostap et André dont on va découvrir l'éducation en parallèle au récit principal. Olap est digne de son père, il fait les 400 coups malgré la rigueur des moines orthodoxes qui l'éduquent. André est un grand sentimental, plus intelligent, donc sensible à l'amour. Il le rencontrera un soir derrière une fenêtre. 

La fille du gouverneur de Kovno, de passage à Kiev. Mais il n'y a pas beaucoup de place pour la tendresse dans une vie de cosaque. Une BD virile, pour les hommes, les vrais...

« Taras Boulba » (tome1), Delcourt, 12,90 €