samedi 15 septembre 2007

BD - Le roi des machos


Planquez vos abattis, Pascal Brutal est de retour... Pascal Brutal c'est une gourmette, des baskets torsion, un bouc et des phéromones en pagaille (surtout quand il oublie d'acheter du déodorant...). Intitulé « Le mâle dominant », ce second recueil d'histoires courtes publiées dans Fluide Glacial nous dévoile un peu plus la personnalité de cet homme, un vrai, imaginé par Riad Sattouf. 

Pascal Brutal, enfant de la banlieue, dans ce futur proche où la présidence de la République est assurée par Alain Madelin, a pléthore d'occasions de prouver sa virilité débordante. Il a beaucoup de succès avec la gent féminine. Il parvient dans une histoire à coucher avec 49 femmes en une après-midi. Un défi qu'il s'était lancé après s'être surpris à rêver d'embrasser un homme. Et malgré l'épuisement sexuel résultant de cette débauche de coïts et de domination, en rentrant chez lui, quand il croise trois ouvriers en salopette, Pascal Brutal a une brusque envie de se faire prendre. 

Pauvre héros macho, particulièrement malmené en Belgique devenue une gynarchie : système politique et social de la domination violente de la femme sur l'homme. Humour dévastateur, sans tabou, se moquant ouvertement de ces frimeurs banlieusards, la BD de Riad Sattouf devrait rapidement devenir culte. 

("Pascal Brutal", tome 2, Fluide Glacial, 9,95 €) 

vendredi 14 septembre 2007

BD - Maigret parodié

Pas évident de réussir une parodie. A ce jeu risqué, Veys et Alvès s'en tirent avec les honneurs, signant en cette rentrée de septembre un des titres de la nouvelle collection BD des éditions Robert Laffont. 

Le commissaire Malgret, comme le héros de Simenon, fume la pipe, a un imper et fait intervenir sa femmes dans ses enquêtes. Mais il y a une foule de détails qui transforment le perspicace policier en gagman irrésistible. Lassé des gaffes de ses deux adjoints, il décide de prendre quelques jours de repos chez les parents de sa femme dans le petit village de Saint-Pouacre. Et le festival commence. N'ayant pas son permis, il veut quand même arriver au volant. Il renverse donc le berger et défonce les statues du manoir de ses beaux-parents. 

Autre différence avec Maigret, Malgret a u succès fou auprès des femmes. Il doit subir les assaut de l'aubergiste et de la bonne du château. Et pour compliquer le tout, il est confronté à une histoire de fantômes, d'accidents à répétitions et de tentatives de meurtres sur sa personne. 

Truffée de gags, cette BD est dessinée dans un style très ligne claire par Christophe Alvès. 

("Malgret", Robert Laffont BD, 13,95 €) 

jeudi 13 septembre 2007

BD - Eco-terrorisme spatial

Une forêt impénétrable, interminable, étouffante. Une forêt mystérieuse, pleine de dangers, pas du tout accueillante. C'est peu de dire que le flic râleur Toussaint se retrouve dans une situation compliquée. Envoyé sur une planète sauvage et très éloignée de la Terre pour enquêter sur une série de meurtres, il était laissé pour mort à la fin du premier tome. 

Abattu par sa collègue dont il est secrètement amoureux et jeté d'un avion. Simplement blessé, il va devoir apprendre à survivre dans ce milieu hostile, océan végétal fluctuant. Il parvient à rejoindre la base, mais il ne trouve que ruines. Cette communauté de scientifiques s'est déchirée. Certains, craignant une exploitation des ressources minières ont décidé de détruire la base pour retarder l'échéance.

 Toussaint, après des jours et des jours d'errance est finalement récupéré par cette petite communauté d'écologistes purs et durs. Mais une nouvelle scission se fait jour. Les combats reprennent, Toussaint tente de survivre. Cette série de SF très originale, au ton étonnamment éco-terroriste, est l'oeuvre d'Appollo (scénario) et de Brüno (dessin). 

("Biotope 2", Dargaud, 9,80 €) 

mercredi 12 septembre 2007

BD - Spirou s'engage contre le racisme


A ne pas manquer  dans les kiosques et maisons de la presse, le numéro 3622 de Spirou HeBDo. Un numéro intitulé "Même pas peur, Spirou s'engage contre le racisme et toutes les exclusions" réalisé en collaboration avec la Ligue des droits de l'Homme. La preuve que les journaux pour la jeunesse, les illustrés, peuvent également s'engager pour un monde meilleur. 

Plusieurs histoires, notamment d'après les témoignages de jeunes, racontent comment la discrimination ou le racisme s'installent insidieusement dans la vie des enfants. Mais le choc de ce numéro est le cahier de 16 pages "de BD bien rangées et disciplinées". Exercice de style, vous y trouvez des séries et gags qui pourraient devenir une réalité dans le futur si on n'y prend pas garde. 

Les quatre pages de Cap'tain Morale sont exemplaires. Elles sont décryptées par la Ligue des droits de l'Homme qui dénonce les amalgames, le racisme ambiant, la délation... 

mardi 11 septembre 2007

BD - A la pêche aux monstres marins

Chasseur de trésor dans la mer des Caraïbes, il y a pire comme métier. Pourtant ce n'est pas parce qu'on est presque perpétuellement dans l'eau à 28° que la vie est belle. La belle Erin Kelley le sait. Elle est au bord de la faillite. Il lui faut rapidement des résultats. Chance, elle met la main sur un galion aux cales remplies de lingots d'or. Malchance, l'épave est squattée par un poulpe gigantesque de plus de 20 mètres. 

Comment neutraliser l'animal pour récupérer le trésor ? Elle a la bonne idée de faire appel, à son ex petit ami, Russell Chase, universitaire expert en cryptozoologie. 

Après le Loup de Tasmanie et le yéti, cette troisième aventure du héros imaginé par Richard D. Nolane et dessiné par Pasquale Del Vecchio, s'attaque aux monstres des profondeurs. Il devra déployer un luxe d'ingéniosité pour neutraliser la bête sans la tuer. Et suffisamment de temps pour que l'équipe d'Erin puisse plonger dans les entrailles du galion. 

L'intrigue pourrait être basique si le scénariste n'ajoutait dans les parages l'épave d'un petit avion contenant une mystérieuse mallette activement recherchée par des Américains, puissants et secrets.

 ("Russell Chase", tome 3, Les Humanoïdes Associés, 10,40 €) 

lundi 10 septembre 2007

Roman - Le raconteur d'histoires

François Darré, beau parleur, ne fait pas rêver son auditoire, il l'escroque. Un roman-vie épique signé Charles Dantzig.

« François Darré, l'homme qui a volé trois milliards ». C'est le titre d'un reportage télévisé, le document qui l'a mis pour la première fois sous la lumière des projecteurs sous sa véritable identité. François Darré, accusé, condamné... Mais avant de devenir cette icône de l'escroquerie mondiale, le petit Français a fait beaucoup de chemin... et de victimes. Charles Dantzig, dans ce roman retraçant la vie d'un homme aimant avant tout inventer des histoires dont il est le héros récurrent aux mille identités, fait revivre également toute une époque, du début des années 80 à l'an 2000.

Tout commence à Tarbes, préfecture triste et arriérée des Hautes-Pyrénées. Le jeune François, fils d'une créature de la nuit, honteux de son père alcoolique, essaie déjà de se fabriquer une autre vie. Pour rater l'école, il invente les excuses les plus incroyables. Comme cette fois où il prétend avoir joué avec l'équipe du Canada de hockey sur glace à Anglet. Et qu'il s'est blessé en plein match, n'hésitant pas à laisser tomber un parpaing sur son pied pour rendre plus crédible le bobard.

De Paris à Los Angeles

A Tarbes tout semble petit, étriqué. Il n'attend pas sa majorité pour tenter sa chance à plus grande échelle. Direction Paris. Première épreuve pour le jeune provincial, perdre son accent. Et faire plus âgé que ses 16 ans. Face à l'adversité il se découvre des trésors de ressources qu'il transforme en autant d'opportunités. Rapidement il captive son auditoire, flaire le gogo plus passionné que les autres, le ferre et trouve un moyen pour lui emprunter une belle somme d'argent. Mais jamais trop. Il sait être « raisonnable ». Il découvre aussi que ses beaux mensonges lui permettent d'avoir beaucoup de succès auprès des femmes. Il en mettra quelques-unes dans son lit, jouant pour elles des rôles sur de très longues périodes. Avec l'argent arrivent les plaisirs nocturnes de la capitale. Il raconte les débuts du Palace. Comment il est parvenu à entrer la première fois dans ce temple du paraître.

Ce jeu risqué, il l'assume complètement, sachant parfaitement qu'il ne fait que répondre à une attente : « Les gens s'ennuient et je leur apporte de l'inattendu, de l'extraordinaire, du merveilleux. Je les amuse. Je les charme. Le charme est convaincant. Il est si rare qu'il étonne : on ne pense pas à le contredire. Pas tout de suite. J'ai eu le temps de passer ».

Parfois ce temps presse. Il doit littéralement fuir Paris ayant pratiquement essoré tout ce que la capitale compte de crédules. Il part aux USA. Après un petit temps d'adaptation, il va se lancer de nouveau dans l'interprétation, en live, de nouveaux personnages. Jusque sur les marches d'Hollywood.

Ensuite, Charles Dantzig raconte la chute, la prison. Mais même là François parvient à étonner et rebondir. Son retour en France n'en sera que plus prestigieux et tonitruant. Un roman se lisant comme une véritable biographie.

« Je m'appelle François », Charles Dantzig, Grasset, 18,90 € 

dimanche 9 septembre 2007

BD - Les imaginaires plus forts que la réalité ?

Oeuvre graphique originale et unique que ce second tome d'une histoire imaginée et dessinée par Daphné Collignon. On retrouve Emma, écrivain, à la recherche de tranquillité ou d'inspiration. Dans une pension de famille ou chambre d'hôte perdue dans une région froide et humide, en plein cœur de la Meuse, elle sent sa raison défaillir en constatant qu'elle ne fait plus la différence entre sa réalité et la vie imaginaire de ses personnages de papier. 

Longs dialogues, peintures pleines pages, portraits au pinceau : la beauté graphique de ces planches est évidente. Elle rattrape d'ailleurs une histoire parfois confuse, le lecteur lui aussi se perdant entre rêve et réalité. Une création à part entière, preuve que la BD peut également permettre à des peintres de s'exprimer.

("Coelacanthes", Vents d'Ouest, 13 €) 

samedi 8 septembre 2007

BD - L'autre Allemagne en résistance

A chaque rentrée littéraire, il y a un album de BD qui sans aucun problème pourrait concourir dans les différents prix. Cette année, le troisième tome d'"Amours fragiles" racontant la vie de Maria, par son récit, son contexte, sa rigueur et sa vérité historique implacable aurait largement sa place dans certaines présélections. 

Cette série raconte les amours de ces jeunes Allemands pris dans la tourmente de la seconde guerre mondiale. Martin, officier dans le Sud de la France, profite de son statut pour protéger Katarina, une jeune juive. En Allemagne, près de Coblence, Maria est secrétaire d'un médecin. 

En 1943, le régime nazi semble chanceler. Mais face aux débuts de remise en cause, la Gestapo frappe fort. Maria va intégrer un groupe d'opposants. Ils dénoncent la folie de Hitler, alertent leurs concitoyens sur ce qui se passe dans les camps de la mort. 

Ce thème de la résistance au Führer, rarement abordé en France, est au centre de cette série écrite par Richelle et dessinée par Beuriot. Des illustrations très réalistes et élégantes. Une finesse du trait en opposition complète avec la lourdeur du climat de l'Allemagne de l'époque. Une fragilité qui cédera face à la violence du régime aux abois. Un album essentiel.

 ("Amours fragiles", Casterman, 13,95 €) 

vendredi 7 septembre 2007

BD - Miss Endicott, conciliatrice nocturne

La prestigieuse collection "Signé" du Lombard renaît de ses cendres en ressortant l'intégrale de "A la recherche de Peter Pan" de Cosey et surtout le premier tome de Miss Endicott, création de Derrien (scénario) et Fourquemin (dessin). Un long récit de plus de 80 pages, se terminant sur un suspense haletant, mais pour une fois, vous n'aurez pas trop à attendre puisque le second et dernier tome est annoncé pour début octobre. 

Miss Endicott est une jeune Anglaise qui revient à Londres pour les obsèques de sa mère. Elle devient gouvernante d'un jeune garçon mais surtout reprend la charge de sa mère, conciliatrice de la capitale anglaise. La nuit, elle reçoit les petites gens et résout leurs problèmes. Une double vie qui ne va pas sans poser quelques problèmes. Notamment quand le peuple des bas-fonds décide de prendre sa revanche sur les habitants à l'air libre... 

La pagination permet aux auteurs de bien détailler les aventures de cette jeune femme intrépide. Un découpage plus riche et très prenant donnant une ampleur rarement atteinte par une BD. 

("Miss Endicott", Le Lombard, 15 euros) 

jeudi 6 septembre 2007

BD - Création destructrice

De toutes les séries intégrant la collection "Secrets" imaginée par Frank Giroud, "L'écorché" est une des plus réussie. Dessins lumineux de Pellejero et surtout intrigue parfaitement maitrisée du scénariste qui a travaillé en duo avec Florent Germaine. 

Tristan Paulin, fouffrant d'une malformation de la machoire inférieure, est un monstre. Il ne parle pas et travaille dans la boucherie de ses parents. Mais il a un don, un talent. Paulin est un peintre visionnaire. Une jeune femme, Mathilde Maraval, une galeriste, le découvre et le pousse dans cette voie. Dans le second tome de ce diptyque, 20 ans après la première exposition, Paulin raconte au mari de Mathilde pourquoi il a quitté Paris en catastrophe après avoir découvert le secret le liant avec Mathilde. Ce secret, le lecteur ne le connaîtra que dans les dernières pages. 

Une histoire de famille, avec infamie et culpabilité. Un très grand récit, recréant ce Paris populaire ou bourgeois de la fin du XIXe siècle, le milieu des artistes en perpétuelle recherche. Pellejero, trait noir, couleurs vives, est très à l'aise dans cet exercice.

 ("L'écorché" tome 2, Dupuis, 13,50 €)