mercredi 1 février 2023

Cinéma - “Aftersun” et vacances familiales

Film sensible et délicat sur les relations père-fille, Aftersun de Charlotte Wells, à l'affiche à partir de ce mercredi 1er février au cinéma, prend aux tripes. Les vacances familiales finissent mal, en général...

Premier film de Charlotte Wells, Aftersun a beaucoup été nourri des souvenirs de sa relation avec son père. Un film intimiste et universel, sur l’amour entre un père et son enfant. Un récit bouleversant dans son côté inéluctable. Car malgré le soleil, la piscine et les excursions, on devine en filigrane la catastrophe annoncée. Aftersun fait partie de ces réalisations qui prennent aux tripes, tragédie contemporaine des familles éclatées, brisées.

Entre images tremblantes de vacances, tournées par Sophie (Frankie Corio), 11 ans, et exercices de tai chi de Calum (Paul Mescal), le père, le début d’Aftersun est presque bucolique et relaxant. Père et fille arrivent en Turquie pour une semaine de détente et de farniente dans ces hôtels pour touristes étrangers, un peu coupés du monde, parfaits pour oublier  la vie trépidante des grandes métropoles. Mais quand certaines familles sont au complet, la cellule familiale de Calum est réduite à sa plus simple expression : lui et sa fille unique. On comprend qu’il est séparé de la mère, qu’il n’a pas la garde et que cette semaine est peut-être le temps le plus long au cours duquel il peut vivre près de Sophie.

Fraîcheur contre introspection 

Ils doivent donc dans un premier temps se rapprivoiser, trouver la bonne distance, les petits riens qui façonnent la complicité étiolée avec le temps. Avec une simplicité déconcertante d’efficacité, Charlotte Wells raconte ces vacances. Comment Sophie découvre les mystères de l’amour (premier baiser, sortie tardive avec des grands de 16 ans), abandonne ses habits d’enfance, est tentée par les choses plus adultes. À l’inverse, Callum voudrait que Sophie reste la petite fille qu’il peut protéger et entraîner dans des bêtises hilarantes. Mais le temps passe, les mentalités changent et Callum, de plus en plus perdu, perdant pied dans ce rôle de père endossé à de trop rares occasions, semble sombrer.

On soulignera les prestations parfaites des deux comédiens. La fraîcheur de Frankie Corio et l’introspection de Paul Mescal. Sans oublier les propositions souvent décalées mais toujours pertinentes de la réalisatrice Charlotte Wells qui, pour son premier film, a remporté le grand prix au dernier festival du cinéma américain de Deauville.

Film de Charlotte Wells avec Paul Mescal, Frankie Corio, Celia Rowlson-Hall

 

mardi 31 janvier 2023

DVD - "Revoir Paris" et se souvenir des attentats


DVD et Blu-ray.
Revoir Paris (Pathé Vidéo), film d’Alice Winocour permet de se replonger dans l’ambiance après attentats terroristes qui a longuement tétanisé la France. Librement inspiré des attaques des terrasses de café et du Bataclan, le film est une plongée dans la tête d’une des victimes, Mia (Virginie Efira). Attention, on ne ressort pas de ce film intact. La force de l’interprétation, la justesse des réactions, la beauté de certaines émotions risquent de durablement vous rester en tête. Les premières minutes montrent la vie parisienne de Mia. 

Au guidon de sa moto, elle va travailler et retrouve, le soir, son compagnon, médecin. Il doit partir en urgence à l’hôpital. Elle rentre seule. Comme il pleut, elle s’arrête dans une brasserie attendre la fin de l’orage. C’est là que sa vie bascule. Les premiers tirs, une blessure au ventre, puis un grand trou noir. Trois mois plus tard, elle ose revenir à Paris. Mais ne se souvient plus de la soirée fatale. 

Pour tenter de se réapproprier sa vie, son passé, Mia revient à Paris, va sur les lieux de l’attentat, rencontre des membres de l’association des victimes, dont Thomas (Benoît Magimel). Lentement, comme à reculons, Mia va se souvenir, retrouver des détails, comprendre ce qu’elle a fait. Comment elle a pu survivre… Un film inoubliable.  

lundi 30 janvier 2023

Polar historique - Le dernier « Requiem » des Cathares d’Occitanie

Après Angélus et Magnificat, Requiem est le troisième et dernier volume de cette saga historique de François-Henri Soulié qui prend la guerre religieuse contre les Cathares pour toile de fond. Dans cette Occitanie, en 1210, les bruits de la guerre couvrent tous les travaux des champs et des villes. Près de Carcassonne, la troupe des barons du Nord, formée par le pape, s’apprête à fondre, une nouvelle fois, sur les cités des fameux « hérétiques », ces Bons Hommes ou Bonnes Femmes, comme on les appelait à l’époque, le terme de Cathare n’étant apparu qu’au XIXe siècle. 

A la tête de cette armée qui sème la désolation (Béziers, Minerve), Simon de Montfort. Avant d’aller attaquer Termes, il veut laisser un homme de confiance, à Carcassonne, pour surveiller la Cité. Mais rares sont les volontaires. Un seigneur présente ainsi la préfecture de l’Aude : « Carcassonne est un nid de vermine hérétique peuplé d’enfants de putains qui n’ont que félonie au cœur. Nuit et jour, on se doit de les avoir à l’œil… Je ne suis point porcher pour avoir envie de veiller sur pareils pourceaux dans leur bauge. » Ces soldats chrétiens semblent avoir perdu la raison et massacrent, sans le moindre état d’âme. En contrepoint de ce camp, on suit les préparatifs, chez Raimon de Termes, face à l’assaut imminent. Il espère recevoir le renfort du roi d’Aragon, alors que son fils, Olivier a disparu. 

C’est l’autre intrigue de ce roman foisonnant. Le jeune Olivier est allé demander de l’aide à la Dame au cerf, une prétendue magicienne (ou sorcière ?) qui vit dans la forêt. Olivier qui croisera la route d’un autre personnage récurrent de la saga de François-Henri Soulié, Guilhem de Malpas, troubadour, allant de ville en ville avec son âne pour distraire riches et pauvres en ces temps troubles. 

Un roman policier historique (il y a aussi quelques morts mystérieuses), marqué du sceau de la vérité et qui retranscrit, avec talent, la folie religieuse des hommes, triste constance dans l’histoire de l’humanité.

« Requiem » de François-Henri Soulié, 10/18, 16,90 €

dimanche 29 janvier 2023

Cinéma - Famille en souffrance durant “Cet été-là”

Vacances d’été dans les Landes. Loin d’être un moment magique pour Dune, 11 ans, au centre d’un couple qui se déchire. 


11 ans. Plus vraiment une enfant, pas encore une adolescente. Dune (Rose Pou Pellicer) est dans cet âge complexe qui laisse entrevoir de belles nouveautés mais occulte aussi des joies simples. Chaque été elle va passer un mois dans une maison de campagne au cœur des Landes en compagnie de ses parents, Sarah (Marina Foïs) et Thiago (Gael Garcia Bernal). Elle y retrouve sa meilleure amie, Mathilde (Juliette Havelange) avec qui elle court dans les bois, construit des cabanes et mange des sucettes achetées au camping voisin et qui colorent la langue en bleu. 

Mais cette année, Dune ne retrouve pas le plaisir des étés précédents. Elle a la bizarre sensation que le sable est moins doux, que Mathilde est trop bête, que l’employé du camping est trop beau. 

Mère absente

Tout change car Dune tombe amoureuse ?  À moins que cela ne soit car ses parents se déchirent. Sarah déprime, Thiago tente de recoller les morceaux, en vain.

Ce film d’Éric Lartigau, qui débute comme une comédie loufoque sur le regard d’enfants sur le monde des adultes, se transforme lentement en introspection d’une famille éclatée. Dune est au centre. Elle filme avec sa petite caméra vidéo, pour se faire des souvenirs. Comme si la mémoire pouvait lui faire défaut. D’ailleurs, elle ne se souvient plus exactement ce qui s’est passé il y a deux ans, lors des précédentes vacances. L’impression que la vie de sa mère a basculé, mais sans certitude. Depuis elle ne se baigne plus, reste cloîtrée, ne travaille plus et s’intéresse moins à sa petite fille. 

Un film intimiste, plein de vie, d’interrogations et de soleil. Avec en point d’orgue deux gamines qui vont subjuguer les spectateurs par leur vivacité et spontanéité.

"Cet été-là", film d’Éric Lartigau avec Rose Pou Pellicer, Juliette Havelange, Marina Foïs, Gael Garcia Bernal, Chiara Mastroianni

samedi 28 janvier 2023

Cinéma - Amour fou à “16 ans”

Il existe des histoires éternelles adaptables à toutes les époques. Roméo et Juliette est un bon exemple ce ces récits simples, dramatiques et qui malgré tout semblent se répéter au fil des siècles. Un amour fou, des querelles de famille, le drame… Philippe Lioret avait depuis longtemps envie de transposer cette trame de nos jours. La guerre entre les Capulet et les Montaigu prend un peu des airs de lutte des classes dans « 16 ans ». 

Dans une ville de province proche de Paris, banlieue sans nom où cohabitent difficilement cités HLM et quartiers résidentiels, les antagonismes sont forts. Quand une bouteille de vin (un très grand cru) disparaît dans un rayon du supermarché local, Tarek (Nassim Lyes), employé en CDD est immédiatement accusé et licencié. Un délit de sale gueule évident. Pourtant il veut s’en sortir. Comme sa sœur Nora (Sabrina Levoye) qui est encore au lycée. 

Bonne élève, concentrée sur le bac, elle est la fierté de cette famille d’immigrés. à la rentrée, elle croise la route de Léo (Teïlo Azaïs), qui débarque du privé. Entre les deux adolescents c’est le coup de foudre immédiat. Mais quand Tarek découvre cette amourette, il explose : Léo est le fils du patron du magasin qui l’a licencié sans le moindre état d’âme. Pour lui, pas question qu’elle fréquente ce garçon. D’autant qu’elle est mineure. Rapidement la tension monte entre les deux familles. Un engrenage fatal, de la violence, amplifiée par les différences sociales. Mais entre temps, Nora et Léo tentent de continuer de se voir, de s’aimer, simplement, loin de préjugés. 

Ce film ancré dans la réalité française actuelle, dresse un constant un peu caricatural des relations entre milieux aisé et défavorisé. Il faut tout le talent des deux jeunes comédiens pour donner de la consistance à ce drame qui expose un constat de difficulté du vivre ensemble, sans véritablement proposer de solution.

Film de Philippe Lioret avec Sabrina Levoye, Teïlo Azaïs, Jean-Pierre Lorit

vendredi 27 janvier 2023

Cinéma - Glass Onion, la suite des couteaux

Streaming. Rian Johnson aime aller où on ne l’attend pas. Ce réalisateur américain, passé par la case film indépendant et festival de Sundance, a réalisé un des derniers Star Wars. Il a surpris en proposant un rôle à contre-emploi à Daniel Craig dans le très futé et alambiqué A couteaux tirés. 

Succès en salles oblige (plus de 1,1 million d’entrées en France), une suite est lancée, immédiatement achetée par Netflix. Retour donc, en streaming, du détective Daniel Blanc, sorte d’Hercule Poirot moderne. 

Il enquête en Grèce cette fois, dans l’entourage d’un milliardaire de la technologie. Un peu plus long que le premier film, moins surprenant cependant, Glass Onion reste très brillant, avec une distribution époustouflante et un scénario toujours aux petits oignons. Du grand cinéma… mais en streaming. 

jeudi 26 janvier 2023

Cinéma - Avalonia, montrer un nouveau monde pour protéger l’actuel

Le film d’animation signé Disney de cette année est très politique. Sur le fond, plaidoyer contre l’utilisation excessive des ressources de la planète, apologie du vivre ensemble, humains, animaux et plantes. Sur la forme aussi puisque la multinationale a une nouvelle fois sauté la case « sortie en salles » pour aller directement sur sa plateforme Disney +. 

Toujours un désaccord avec la chronologie des médias en France. On ne peut que le regretter tant les prouesses visuelles d’Avalonia, l’étrange voyage méritent d’être vues sur un grand écran et pas une télévision, fut-elle dotée d’un écran forcément riquiqui face aux 15 ou 20 mètres des salles premium. On se contentera donc de la version télé du film de Ron Hall. 

Les Clade sont une famille d’explorateurs. Le père veut conquérir le monde au-delà des montagnes d’Avalonia. Son fils se contente d’explorer les nouvelles qualités d’une plante énergétique. Le petit-fils lui hésite. C’est en se lançant dans une nouvelle expédition de la dernière chance que les Clade vont se réconcilier et sans doute sauver Avalonia et son monde souterrain, aux inventions encore plus époustouflantes que les créatures d’Avatar. Un joli conte, particulièrement dans l’air du temps en ce qui concerne la protection de notre planète. 

Ron Hall ne s’en cache pas quand il déclare : « On ne se fait pas d’illusion, on sait qu’on ne va pas résoudre le changement climatique. Mais si on peut être au cœur des discussions, si on peut planter une petite graine pour qu’elle grandisse en quelque chose de plus grand, ça, je pense qu’on peut le faire. »

 

mercredi 25 janvier 2023

Série télé - Jack Ryan, triple héros US

Tom Clancy, romancier américain, s’est fait une spécialité de broder des thrillers sur l’actualité internationale. Pour déjouer complots et autres manipulations des ennemis des USA, il a imaginé un héros presque parfait. Jack Ryan est membre de la CIA, mais contrairement aux autres agents secrets (James Bond, Jason Bourne…), c’est à la base un simple analyste. 

Un travail de bureau que connaît bien son interprète, John Krasinski, longtemps connu pour son rôle de commercial tire-au-flanc dans la sitcom humoristique The Office. Jack Ryan, lancé malgré lui sur le terrain, entre coups de feu et explosions. Développées en série, les aventures de Jack Ryan font partie des indéniables réussites de la plateforme Prime Vidéo d’Amazon. 

De Rome à Prague

Pour la troisième saison, arrivée en ligne lors des fêtes de fin d’année, partout dans le monde, Jack a acquis de la bouteille… et du muscle. Athlétique, sachant tirer et déjouer une filature, il est en poste à Rome. Toujours analyste, mais désormais prêt à aller sur le terrain se frotter aux « vilains ». C’est en contactant une responsable russe qu’il découvre le réveil, du côté de Moscou, du projet Sokol datant des pires heures de la guerre froide. Une conspiration pour prendre le pouvoir en Russie et surtout déclencher une nouvelle guerre éclair en Europe, avec frappe nucléaire ciblée sur une capitale. Quand il amène les preuves à ses supérieurs, ces derniers sont sceptiques. Le temps de l’affrontement direct semble révolu, la Russie n’osera pas s’attaquer à l’Otan… 

On comprend dès lors que cette saison 3 sera ancrée dans la réalité. Et on espère qu’un Jack Ryan est sur le coup pour aider les Ukrainiens et contrer les plans de Poutine. Si le film de la réalité n’est pas terminé, la saison 3 de Jack Ryan elle est complète (huit épisodes d’une heure) et donne l’occasion au héros de voyager en Europe de l’Est. Rome donc, puis Athènes en Grèce, Prague, Budapest et quelques coins reculés de Russie. 

Si l’on regrette un peu le Ryan du début, toujours un peu dépassé et hésitant sur la conduite à tenir, on apprécie le nouveau Jack, plus héroïque, seul contre tous, brave et tenace. Course-poursuite trépidante, décors grandioses, machination machiavélique : tous les ingrédients sont là pour faire passer un bon moment aux spectateurs désirant se faire un peu peur. Car l’opération Sokol tient son nom d’une mini-bombe nucléaire, celle-là même que certains spécialistes craignent qu’elle ne soit utilisée par un Poutine qui n’aurait plus rien à perdre. Conséquence, une fois la saison 3 de Jack Ryan terminée, on continue à redouter l’avenir, mais dans la vraie vie cette fois. 

mardi 24 janvier 2023

Roman - « Le lac au miroir » : secret familial et tableau de maître

Premier roman tout en finesse et en émotion pour Odile Lefranc. Des paysages merveilleux à la ville de Dresde en passant par Paris, son héroïne, Hannah, va tenter de comprendre un secret de famille qui a longtemps pesé sur les relations avec sa mère. Le vecteur de cette quête sera un tableau de Walter Spies, peintre allemand réfugié à Bali dans les années 30. 

Hannah avait cette toile sous les yeux dans sa chambre d’enfant. Intitulée Le lac au miroir, elle représente « un pêcheur sur les eaux calmes d’un lac immense, tel un miroir du ciel reflétant les volcans dans le lointain. » Le roman raconte en parallèle la vie du peintre à Bali et les recherches d’Hannah. 

Cette jeune femme, à 18 ans, fâchée avec sa mère qui a toujours refusé de dire à sa fille qui était son père, a claqué la porte de l’appartement parisien et refait sa vie en Australie. Vingt ans plus tard, en vacances, elle passe quelques jours à Bali, sur les traces de Walter Spies quand elle apprend que sa mère vient de mourir. Chamboulement dans la tête d’Hannah, comme tourmentée par les secrets de sa mère, fascinée par le peintre et séduite par un employé de l’hôtel. D’où venaient ces tableaux de Walter Spies propriété de sa mère ? Qui était son père ? Comment résister aux tentations de Bali ? 

C’est cette dernière partie qui donne son sel au roman entre passion torride et contemplation de la nature et des traditions : « Au loin, les sons du gamelan d’un spectacle de kecak se mêlaient au chant des oiseaux, au parfum qu’exhalaient des fleurs de frangipaniers, à la douceur de la nuit. » Un roman exotique et familial, sur les doutes d’une femme en pleine reconstruction. Un premier roman brillant et envoûtant. 

« Le lac au miroir » d’Odile Lefranc, Viviane Hamy Éditions, 19 €


lundi 23 janvier 2023

Cinéma - “Nos soleils” brillent en Catalogne

Tourné en Catalogne dans la région d’Alcarràs, avec des comédiens amateurs, souvent eux-même paysans, Nos soleils, film  de Carla Simón est reparti de la dernière Berlinade avec l’Ours d’or. Une consécration internationale méritée  pour cette jeune cinéaste catalane à la tête d’une œuvre (même si ce n’est que son second long-métrage) marquée par un réalisme et un ancrage dans le présent. Nos soleils (Alcarràs pour son titre original) a des airs de documentaire. Pourtant c’est bien une fiction, avec scénario et comédiens. Mais pour avoir ce côté vérité vraie, la réalisatrice a planté ses caméras sur une véritable exploitation fruitière d’Alcarràs et a confié les différents rôles des membres de la famille Solé a des non professionnels, souvent paysans et donc au fait du travail de cette terre nourricière. 

En plein été, sous une chaleur écrasante, la petite équipe composée de quelques ouvriers immigrés et de la famille ramasse des pêches dans les vergers entourant la maison. Un travail dur, Quimet (Jordi Pujol Dolcet), le père, a le dos en compote, son épouse, Dolors, (Anna Otín) tente de l’obliger à se reposer, en vain. Le fils Roger (Albert Bosch) essaie de bien faire, mais subit toujours les foudres du père. Alors pour décompresser, avec son oncle, il fait pousser quatre pieds de cannabis bien cachés dans un champ de maïs. Reste les plus petits, à peine âgés de 6 ou 7 ans, une fille et deux jumeaux, cousins, profitant de cet immense terrain de jeu que sont les vergers, la ferme et la garrigue alentour. 

Panneaux solaires

Un monde qui est sur le point de s’écrouler, de disparaitre. La faute au grand-père, celui qui a repris l’exploitation de son père après la guerre d’Espagne. Les terres ne lui appartiennent pas. A l’époque, on ne signait pas de contrat, on donnait sa parole. Or le descendant du propriétaire a décidé de récupérer les terrains. Pas pour continuer l’exploitation agricole, trop coûteuse et peu rémunératrice. Il compte couper les arbres et les remplacer par des panneaux solaires. 

Lumineux de bout en bout, ce film passe de la chronique intimiste et locale (querelle de famille, fête de village avec Correfocs, repas dominical et cargolade) à l’universel avec la disparition programmée de cette agriculture qui pourtant depuis la nuit des temps nourrit la population. Une réflexion que Carla Simón mène avec brio, sans jugement à l’emporte-pièce. Juste la volonté de témoigner et de graver sur pellicule cette vie paysanne en train de disparaitre dans une indifférence la plus totale. Dans 30 ans, Nos soleils aura la même résonance que le Farrebique de Georges Rouquier.

Film de Carla Simón avec Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset