mercredi 24 novembre 2021

De choses et d’autres - Les mots de l’humour

Qui n’a pas, un jour, transformé un mot sans le vouloir. La langue fourche et on se retrouve inventeur d’une drôle d’expression. Parfois cela ne veut rien dire. Ou alors on se retrouve face à un étrange trait d’esprit non voulu. 


Pour Robert Pico, pas de langue qui fourche mais une volonté de triturer les mots et de leur trouver d’autres significations, souvent plus marrantes. Il en a collecté des centaines qu’il propose dans son « Fictionnaire ».

Il est même totalement dans l’actualité du moment sur le genre en inventant « Jarretil : jarretelle pour homme ». Ces mots fictifs, « pour rire et, peut-être, réfléchir », sont souvent un peu scabreux ou tournés vers le sexe. Comme ce très sympathique « Coucherire : s’esclaffer en faisant l’amour » ou ce beaucoup plus imagé et peu sortable : « Introuniser : adopter un nouveau membre dans un club échangiste. »

« Mon Fictionnaire » de Robert Pico, Editions Glyphe, 10 € 

mardi 23 novembre 2021

BD - Une femme sur la Lune


Au moment où la place des femmes dans la société est quotidiennement mise en valeur, ce gros roman graphique en noir et blanc de 160 pages revient sur une légende spatiale : avant Armstrong, une cosmonaute soviétique aurait posé le pied sur la Lune. 


Tatiana Terechmariova a-t-elle réellement existé ? Son incroyable et dramatique histoire est-elle du domaine du possible ? Les auteurs (Perna et Bedouel) ne peuvent pas répondre, toutes les archives sont détruites, mais ils ont pris le parti de raconter son épopée en ce mois de juillet 1969 comme si tout était vrai. Entre fiction et réalité alternative.   

« Kosmos », Delcourt, 22,95 €

De choses et d’autres - Faire ses courses en vitesse

Amazon, le premier, avait tenté l’expérience : des magasins sans caisses. Une déshumanisation complète des courses. On rentre, on se sert, on sort et automatiquement la somme des objets pris dans les rayons est débitée de notre compte. De la science-fiction pour certains. Et pourtant…

A Paris, le premier Carrefour Flash vient d’ouvrir. Même principe avec cette accroche publicitaire « Mes courses en un éclair ». Dans les faits, on peut effectivement en moins de 20 secondes attraper ce paquet de fromage râpé qui va agrémenter le plat de coquillettes et sortir moins d’une minute plus tard. Comment fonctionne ce tour de passe-passe ? Le magasin est truffé de caméras reliées à une intelligence artificielle qui « reconnaît » le visage des clients.

De plus les rayons sont d’immenses balances connectées. Le total de l’addition est calculé en direct et l’argent débité dès qu’on franchit la porte.

C’est bien beau tout ça, mais j’ai un doute de l’utilité pour certains clients. Prenez ma femme par exemple. Hier elle décide d’aller faire deux courses (des yaourts nature et du lait). Même en passant par les caisses, elle n’en a pas pour plus de 5 minutes. Mais disparaît plus d’une heure. Et revient avec un plat chinois, des soupes instantanées (il fait froid), un sapin conceptuel de branches de bois, deux tapis de sol pour la salle de bain (chauds et doux) et du lait… d’amande.

Avec cette complication supplémentaire qui sans doute aurait fait disjoncter l’intelligence artificielle, avant de se décider pour le lait d’amande, elle a mis dans son panier du lait de soja, puis du lait à base de riz. Pour finalement remettre ces produits en rayon de se décider pour le produit à base d’amandes « car sans sucre ajouté ».

Bref, déjà qu’elle évite les caisses automatiques pour faire un brin de causette avec les caissières, le « magasin flash » ce n’est sûrement pas pour elle.

Chronique parue (en partie) en dernière page de l’Indépendant le vendredi 26 novembre

lundi 22 novembre 2021

BD - Le grand retour de l’Espadon


Le nouveau Blake et Mortimer est l’autre sortie BD (après Astérix) qui va booster les ventes de livres en cette fin d’année. Le dernier Espadon, écrit par Van Hamme et dessiné par Berserik et Van Dongen est une suite du Secret de l’Espadon de Jacobs, le créateur des héros emblématiques du genre de la Ligne claire

Alors que Blake va affronter un complot fomenter contre le Royaume, Mortimer se rend au Pakistan pour tenter de récupérer les derniers Espadons, ces avions futuristes qui ont fait rêver des générations de petits garçons.    

« Blake et Mortimer, Le dernier espadon », 15,95 €


De choses et d’autres - Presque comme aux États-Unis

Si selon le slogan publicitaire des années 70 en France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées, dans les faits, en France, on ne fait rien qu’à copier nos voisins américains.

Regardez les campagnes pour la présidentielle. On a dans un premier temps tenté d’adapter les fameuses primaires démocrates et républicaines. Les résultats ont été catastrophiques tant à droite qu’à gauche. Même si on doit reconnaître une sorte de vision divinatoire des écolos quand ils ont préféré l’austère et peu connue Eva Joly au flamboyant et médiatique Nicolas Hulot.

Ensuite, pour conquérir le poste suprême, des agitateurs de droite extrême ont pensé faire comme Trump dans sa prise de la Maison Blanche. Pourquoi ne pas sortir du chapeau un animateur télé, lui permettre d’être omniprésent grâce à des télévisions complaisantes et souligner tous les quatre jours combien il progresse dans les sondages.

Mais en France, contrairement aux USA, le candidat choisi n’est pas un milliardaire qui ne regarde pas à la dépense. Il n’a pas un gratte-ciel à son nom au cœur de New York, juste un 100 m2 à Paris, même pas de quoi payer l’impôt sur la fortune. Alors vous pensez bien que pour financer toute une campagne électorale, sans l’aide d’un parti bien implanté, cela semble de plus en plus mission impossible.

Enfin, rions de ce dernier exemple montrant la différence flagrante entre les USA et la France. Le week-end dernier vous avez vu partout ces images d’hommes et de femmes au bord de la route en Californie en train de ramasser des liasses de billets de banque qui se sont échappés d’un fourgon blindé.

En France aussi on a eu droit à une récolte miraculeuse avec un léger décalage. Exactement c’était mardi dans la petite ville de Cassel dans le Nord. Mais après un accident sur un passage à niveau, ce ne sont pas des billets qui ont envahi la chaussée mais des oignons.

Je vous le dis, on fait toujours moins bien que les Ricains. Des oignons vous m’en direz tant. Si encore ça avait été des bottes d’oseille.

Chronique parue (en partie) en dernière page de l’Indépendant le 25 novembre 2021

dimanche 21 novembre 2021

BD - Souvenirs audois d'Olivia Ruiz


Succès littéraire de l’année dernière, le premier roman d’Olivia Ruiz est désormais adapté en BD. Véronique Griseaux a façonné le scénario, Winoc le story-board et Amélie Causse a finalisé le dessin. On retrouve dans cet album de 80 pages l’essentiel de l’histoire des femmes plurielles de la chanteuse audoise


De l’arrivée en France à l’ouverture du commerce à Marseillette, on croise ces femmes fières qui ont su s’élever malgré la misère et le racisme ambiant de l’époque. Une superbe histoire, une belle leçon de vie. 

« La commode aux tiroirs de couleurs », Bamboo - Lattès, 17,90 €

De choses et d’autres - La maltraitance des fins d’année

Chaque fois qu’approchent les fêtes de fin d’année et les agapes culinaires qui vont avec, me vient une subite envie de crustacés. Notamment, un tourteau, gros, plein et si goûteux. Longtemps, j’achetais les crabes déjà cuits. Avec toujours une petite inquiétude sur la fraîcheur. Aussi, quand j’ai découvert qu’ils se vendent aussi vivants, je n’ai pas hésité longtemps.

Mais, il faut le cuire. En clair, plonger la bestiole qui agite frénétiquement les pattes dans de l’eau frémissante ou bouillante. Il existe des façons moins traumatisantes pour mourir. Par chance, on ne s’identifie que très peu aux crabes, contrairement aux si mignons agneaux. Pourtant, il s’agirait, là aussi, de maltraitance animale.

Pour preuve, la Grande-Bretagne, en décidant de réformer ses lois en cours, a rajouté quelques animaux dans la catégorie de ceux dotés de sentience. Autrement dit, ils sont capables de ressentir « des sensations, telles que la douleur, le plaisir, la faim, la soif, la chaleur, la joie, le confort et l’excitation ».

Parmi les entrants : le poulpe et le homard. Par extension, les crabes sont dans le lot. Quand la loi sera adoptée, les cuistots auront interdiction de plonger  le homard dans l’eau bouillante, comme c’est déjà le cas en Suisse et en Nouvelle-Zélande.

Reste à déterminer quelle est la meilleure façon légale de tuer l’animal.

Et cette autre question, qui, soudain, taraude : les escargots éprouvent-ils des sentiments ? Peut-être qu’ils ont un message à nous faire passer, quand ils font des bulles de salive, au moment où on les met sur les braises de la cargolade catalane.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant du Midi le 24 novembre 2021

samedi 20 novembre 2021

BD - Puissante sorcière imaginée par Jérémy


Superbe épopée d’héroic fantasy signée Jérémy, dessinateur réaliste passé par l’école de Philippe Delaby. Chaque planche en couleur directe regorge de cases qui pourraient être exposées dans des galeries. 

Dans ce monde imaginaire, Vesper est une hybride, moitié humaine et moitié chimère mercenaire au service d’un prince dissident, par ailleurs son amant. 

Elle manie l’épée mais aussi la magie pour battre les ennemis. Considérée comme un monstre, elle est trahie, torturée et emprisonnée. Une grande maîtrise pour une série qui devrait faire date.  

« Vesper » (tome 1), Dargaud, 14,50 €


De choses et d’autres - Le nouveau scandale du foot français

Encore un scandale dans le milieu du foot. Décidément le monde du ballon dit rond tourne de moins en moins rond justement. À se demander ce qui traverse l’esprit des dirigeants du sport le plus populaire de France. Pourtant il serait facile de mettre fin à cette mauvaise image de marque. Rien de bien compliqué ni de coûteux quand on connaît le montant des droits télés versés par les diffuseurs.

Je précise que ce scandale n’a rien à voir avec les incidents du match entre Lyon et Marseille dimanche soir. L’arrêt d’une rencontre au bout de trois minutes deviendra de plus en plus fréquent vu les supporters qui font le déplacement en tribune. Je suggère d’ailleurs aux organismes chargés de paris sportifs de rajouter une case dans leurs grilles. En plus des deux victoires possibles et du nul, pourquoi ne pas rajouter l’option « match arrêté ».

Non, quand je parle de scandale, je fais référence à ce qui s’est passé à Rennes samedi soir avant le match de coupe de France entre le petit club de Bréquigny et le club professionnel de Brest. Quand l’équipe de Bréquigny est arrivée sur le terrain, le public a constaté qu’aucun de ses membres ne portait de shorts. Juste le maillot qui descendait jusqu’à mi-cuisse.

Car il faut savoir qu’en coupe de France féminine, la fédération ne fournit que le haut de la tenue alors que chez les amateurs, à ce stade de la compétition, c’est toute la panoplie qui est offerte aux hommes, chaussettes comprises. Alors les joueuses de Bréquigny, pour protester contre cette discrimination sexiste, ont décidé de jouer la partie en culotte. Malheureusement éliminées, les courageuses footballeuses bretonnes quittent la compétition.

Dommage, car la FFF a annoncé que désormais, la tenue complète serait offerte aux équipes féminines amateurs toujours en lice en Coupe de France.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 23 novembre 2021

vendredi 19 novembre 2021

Thriller - Le train terrifiant du "Passager sans visage"

Suite directe de son précédent roman Le dernier message (paru chez Pocket en format poche), Le passager sans visage de Nicolas Beuglet est un long cauchemar sur l’évolution des mœurs et de l’Humanité. On retrouve l’héroïne principale de ce thriller dépaysant. Grace Campbell, inspectrice de la police écossaise, est de retour chez elle. Célibataire, vivant seule avec son chat encore plus sauvage qu’elle, elle profite d’un petit moment de répit pour tenter de comprendre de nouveau ce qui a pu lui arriver quand elle était jeune. Car si Grace a tant de difficulté à s’intégrer socialement, c’est en raison d’un traumatisme quasiment impossible à effacer. Ce second roman de ses aventures débute par le souvenir de cette période. Petite fille, elle est enlevée. Durant plusieurs jours elle sera prisonnière d’un homme qui la violera régulièrement. Par chance, un autre petit garçon, lui aussi victime de ce réseau de pédocriminels, va lui permettre de s’évader. 

De retour à la maison, Grace mettra des années à s’en remettre. Une vie et une famille détruite. Le père préfère quitter le foyer, la mère élève seule sa fille qui décide de devenir policière avec l’espoir de retrouver ses tortionnaires. Ce qu’elle fait au début du roman. Elle va retrouver le policier qui était chargé de l’enquête et tenter une ultime fois de le faire parler. 

La légende de Hamelin

Avec une science du rebondissement poussée à son paroxysme, Nicolas Beuglet va conduire la jeune policière vers une piste allemande. C’est à Hamelin, la ville qui a servi de cadre à la légende du joueur de flûte qu’une première évidence va s’imposer à ses yeux. Dans le conte, le joueur, pour se venger des villageois, enlève tous les enfants de la ville prospère une fois débarrassée des rats. Et Grace de comprendre que ce conte était en réalité une déformation d’un véritable fait divers. Au Moyen Âge déjà, des hommes avaient des techniques et des réseaux pour enlever de petites victimes. 

La suite du roman sera très mouvementée dans cette Allemagne montagneuse, enneigée, sombre et secrète. Cela passe par des grottes contenant des secrets vieux de plusieurs siècles, un chalet perdu dans la forêt, sorte de réplique des maisons de ces contes, « une chaumière dont l’une des minuscules fenêtres diffusait une lumière tremblante », qui sont au final souvent terrifiants puis un train circulant à travers l’Europe. C’est là qu’elle va affronter le grand manipulateur, le Passager, chef de guerre de ce réseau déjà entr’aperçu dans le premier thriller. 

La meilleure trouvaille du romancier est de faire revenir en scène un des personnages du Dernier message. Et comme l’auteur semble avoir envie de prolonger la quête de Grace Campbell, un court épilogue laisse comprendre au fan qu’il y aura un troisième volet, car  il y a une troisième phase au grand complot de la malfaisante organisation Olympe.

« Le passager sans visage », Nicolas Beuglet, XO éditions, 19,90 €