vendredi 15 octobre 2021

BD - Vol contre complot près de la Tour Eiffel


Toujours dans les parages de la  toute nouvelle Tour Eiffel, Manini et Richez, au scénario, racontent la vie des petites gens. David Ratte dessine le second album du concept avec cette fois une voleuse en vedette. 

La jolie Juliette se déguise pour, tous les jours vers midi, détrousser les passants. Dans son butin une valise contenant des documents capables de faire tomber la IIIe République. Cette histoire de vol et de complot se double d’une histoire romantique entre la petite voleuse et le policier chargé de l’arrêter. Une histoire complète distrayante et instructive.   

➤ « La petite voleuse de la Tour Eiffel », Bamboo, 15,90 €

jeudi 14 octobre 2021

BD - Atlas final


Troisième et dernier tome de l’ambitieuse série de SF de Vehlmann, De Bonneval, Tanquerelle et Blanchard. Dans une France alternative (Fillon est président), une structure extraterrestre, l’Umo, refait son apparition près d’une centrale nucléaire

Pour le combattre il faut vite réparer le dernier Atlas, des robots géants fonctionnant à l’énergie nucléaire. 

Ces 250 dernières pages concluent parfaitement cette riche saga. On comprend d’où vient l’Umo et quel est son but. Le scénario mélange judicieusement écologie, philosophie et politique.

« Le dernier Atlas » (tome 3/3), Dupuis, 26 €

mercredi 13 octobre 2021

BD - À l’origine des dragons


Le dernier dragon, série  imaginée par Pécau, est déclinée dans cet album en hors-série. En dehors de l’intrigue principale, on découvre comment Ley est devenue la redoutable Drac, ces femmes qui chevauchent des dragons. Ley,  encore adolescente, est promise à un riche commerçant. Les noces tardent, le futur époux, un soudard, vide la réserve de bière du père et décide de prendre son dû avant l’union. Heureusement la tante de Ley, Drac, l’aide et lui permet de décider de son destin. Un album clé toujours dessiné par Pilipovic.  

➤ « Le dernier des dragons » (hors-série), Delcourt, 14,95 €

mardi 12 octobre 2021

Roman - N’oublions pas les femmes kurdes

Rachel Casanova est grand reporter dans un grand journal australien. Dans ce futur proche jamais véritablement défini par l’auteur, elle se rend dans l’ancienne zone contrôlée par Daesh en Syrie et libérée des islamistes par les rebelles kurdes. Elle doit faire un reportage sur les femmes qui ont combattu contre les extrémistes religieux. 

Arrivée à Kobané, passé sous le contrôle des forces turques, elle découvre qu’il n’existe quasiment plus de traces de la bataille menée par des femmes pour libérer la ville. Et dans le cimetière, toutes les tombes des femmes guerrières ont été vandalisées. Toutes sauf celle abritant Tekochine et Gulistan, ensemble jusque dans leur dernière demeure. Qui étaient-elles ? Comment sont-elles mortes ? Rachel décide que ce sera l’angle de son reportage, le cœur de l’histoire à raconter.  Patrice Franceschi, l’auteur de ce roman avec de nombreux passages authentiques, a voulu rendre hommage à ces femmes qui ont autant mené le combat pour libérer leur pays que du patriarcat de la région. En plaçant son roman dans le futur, il alerte aussi sur ce qui est en train de se passer sur place. La coalition, une fois Daesh éliminée, abandonne ses alliés, notamment les Kurdes, qui risquent de se faire exterminer par les Turcs après avoir plus que participé à la victoire contre l’obscurantisme de Daesh. 

Dans ce roman, sélectionné pour le Goncourt, on se passionne pour le travail d’enquête de Rachel. Les faits sont prescrits et se sont déroulés dans une partie du pays désormais interdite aux Kurdes. Elle devra passer par l’Irak et les maquis dans les montagnes pour retrouver quelques rares témoins de la fabuleuse histoire de Tékochine et Gulistan. 

Comme une tragédie

La première est une combattante kurde. Elle a rencontré Gulistan quand son bataillon est allé sauver des dizaines de Yézidies sur le point de se faire massacrer par les islamistes. Des combats d’une rare violence. Mais comme l’explique à la journaliste une ancienne responsable de la révolte kurde, « les islamistes veulent notre disparition ou notre soumission totale à leurs lois - ce qui pour un peuple libre revient au même. Nous n’avons pas d’autre choix que de vaincre ou de ne plus exister. » Les deux femmes vont s’illustrer sur les champs de bataille, portant fièrement leur féminité guerrière. Jusqu’à la mort. Rachel comprend alors que ce n’est pas un reportage qu’elle écrit, mais une tragédie. Le roman lui aussi prend ce chemin, devenant de plus en plus sombre, sans espoir. Pourtant qu’elles étaient belles ces Amazones des temps modernes. Pour elles, la liberté, leur liberté de femme, était plus importante que tout.  Et le roman de nous faire réfléchir sur nos renoncements : « Chez vous en Occident les libertés disparaissent petit à petit mais ce n’est pas par la force d’un destin contraire comme chez nous ; c’est seulement parce qu’il y a en vous une érosion de la volonté de vivre libre. Cela ne ferait-il pas de vous des sortes d’animaux domestiques ? » Un splendide hymne à la liberté.  

« S’il n’en reste qu’une » de Patrice Franceschi, Grasset, 19,50 €


lundi 11 octobre 2021

Témoignage - Pandemia, ce que nous avons vécu

Même si on n’est pas encore complètement sorti de la pandémie de coronavirus, on peut désormais faire un premier bilan et retour sur cette période déroutante. Ce beau livre retrace à travers une sélection de clichés des photographes de l’Agence France Presse (AFP) les étapes déterminantes de cette crise sanitaire mondiale sans précédent. On retrouve les photos prises dans Wuhan déserté, des morts par dizaines en Italie puis des solutions farfelues pour remplacer les masques introuvables. Puis est venu le premier confinement

L’occasion pour les reporters de faire des photos de grandes artères totalement désertes. La suite se passe dans les hôpitaux et malheureusement reste encore d’actualité.  

« Pandemia, ce que nous avons vécu », Éditions Les Arènes et AFP, 35 €


dimanche 10 octobre 2021

Roman - La vie de "La sorcière de Sealsea" et de sa fille Alys

À la veille du solstice d’été en 1648, l’Angleterre est déchirée par une guerre civile entre Charles 1er et le parlement insurgé. Sur l’île de Sealsea, Alinor, descendant d’une famille de guérisseuses, est tous les jours confrontée à la pauvreté et aux superstitions.

Un soir de pleine lune, elle rencontre James Summer, un noble catholique. Très vite, tous deux tombent amoureux. Mais c’est l’ère de la chasse aux sorcières et Alinor se retrouve en difficulté en raison de certaines jalousies. 

Cette saga historique signée Philippa Gregory dresse le portrait d’une femme forte et indépendante. Une mère aussi et on découvre dans son sillage la vie d’Alys, sa fille.  

« La sorcière de Sealsea » de Philippa Gregory, Haute Ville, 19,50 €


samedi 9 octobre 2021

Cinéma - Sacrifices de soldats dans « Mon légionnaire »

Louis Garrel, officier impeccable.  ML/Cheval deux trois/Wrong Men



Film de femme sur les soldats, Mon légionnaire raconte le front, mais aussi le quotidien des épouses et compagnes restées à la caserne. Le premier film de Rachel Lang porte donc sur l’armée. Un milieu qu’elle connaît parfaitement, la jeune réalisatrice étant, par ailleurs, soldat de réserve. Certaines scènes ressemblent quasiment à des prises de documentaires. Pourtant, tout est reconstitué et ce sont des acteurs qui endossent les uniformes. Louis Garrel, dans le rôle de l’officier complètement investi dans sa mission au Sahel, est étonnant de vérité. Plus habitué aux films d’auteurs évoluant dans le milieu intellectuel parisien, il dévoile une partie de sa palette d’acteur que peu de personnes soupçonnaient. Camille Cottin est sa femme. Une avocate indépendante, qui a un peu de mal avec les rigueurs de ce milieu. Son mari s’est engagé, pas elle. 

Pour donner un côté plus dramatique et actuel au film, le scénario suit également l’intégration d’un jeune légionnaire d’origine russe. Sa petite amie, interprétée par Ina Marija Bartaité (décédée dans un accident de la circulation, cet été, chez elle, en Lituanie), est déracinée en Corse. Elle tente de se fondre dans ce milieu très partial, mais va s’émanciper. Le film, sans faire l’apologie de l’armée, montre avec honnêteté toutes facettes de la vie des militaires et plus spécialement des légionnaires. 

Film français de Rachel Lang avec Louis Garrel, Camille Cottin, Ina Marija Bartaité

 


vendredi 8 octobre 2021

Cinéma - « Tralala », comme un miracle musical à Lourdes

L’histoire, en chansons, d’un paumé un peu trop idéaliste qui croit se découvrir un passé très matérialiste. 

Mathieu Amalric, chanteur de rue dans ce film se déroulant à Lourdes en pleine pandémie.  SBS Distribution

Une comédie musicale en 2021 ? Étrange pari que celui des frères Larrieu pour leur nouveau film, tourné en grande partie à Lourdes, cité mariale habituée aux miracles. L’époque de Demy est révolue. « Quel est l’intérêt d’un tel film, surtout le jour de la sortie du nouveau James Bond ? » se demande le sceptique de service. « Être le témoin de notre époque » peut-on répondre, quand on constate que les chansons sont signées par les grands de la nouvelle scène musicale française, Philippe Katerine en tête accompagné de  Jeanne Cherhal, Étienne Daho, Bertrand Belin, Dominique A

Rien que la bande-son mérite le détour et l’histoire, si elle est moins corrosive que les films précédents des cinéastes, s’adapte au parcours en rédemption d’un chanteur SDF dans la bonne ville de Lourdes. Tout commence par une apparition. Tralala (Mathieu Amalric), chanteur de rue à Paris, voit une jeune fille d’une beauté renversante qui lui fait une mystérieuse déclaration. Il apprend qu’elle vient de Lourdes et décide de dépenser ses derniers sous pour rejoindre la ville des Pyrénées. Là, il va la retrouver et se trouver une identité. On ne sait rien du passé de Tralala. Par contre, à Lourdes, tout le monde le prend pour Pat, un jeune chanteur parti 20 ans plus tôt faire carrière aux USA. Il se découvre ainsi une mère (Josiane Balasko), un frère (Bertrand Belin), une petite amie (Mélanie Thierry) et même une ancienne maîtresse (Maïwenn).

La révélation  Bertrand Belin

Au fil des jours, il se persuade être ce fils prodigue qui est revenu au bercail. Rapidement, l’imposture est démasquée par certains, mais ils préfèrent ne rien dire, faire comme si Pat était bien de retour. Pourtant, comme le chante Bertrand Belin, véritable révélation du film tant pour sa performance d’acteur que ses compositions, « On ne revient pas d’entre les morts ». 

Tourné entre deux confinements, l’été dernier, Tralala joue avec cette multitude de masques. Le film fait même revivre, le temps d’une soirée, la folie des années 2000 dans une boîte de nuit ou un concert guinguette au bord d’un lac. Joyeux, enjoué, grave parfois, le film des frères Larrieu est finalement beaucoup plus qu’une comédie musicale. Une bouffée d’air pur et de sons enchanteurs en cette période trouble et compliquée.  

Film français d’Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu avec Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Mélanie Thierry, Bertrand Belin

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jeudi 7 octobre 2021

Série Télé - « Braqueurs » devient une série sur Netflix


Film de Julien Leclercq sorti en 2016, Braqueurs se décline désormais sous forme de série sur Netflix. Six épisodes de 45 minutes survitaminés avec courses-poursuites, rafales d’armes lourdes et quantité de « méchants ». Du film original et de l’équipe de base, on ne retrouve que Sami Bouajila. Exit Guillaume Gouix, Youssef Hajdi et Kaaris. La série, en se déplaçant à Bruxelles, a puisé dans le vivier des jeunes talents. Tout débute par le braquage d’un lieutenant de la pègre. Deux jeunes filles, Liana et Shaïnez (Tracy Gotoas et Sofia Lesaffre), se font passer pour des escorts afin de dérober un smartphone à leur client. Mais finalement, en embarquant son sac, elles découvrent 8 kg de cocaïne. Une drogue qu’elles tentent de revendre. 

Rapidement les ennuis tombent sur ces gamines inconscientes du danger. Shaïnez est kidnappée. Or, la jeune fille est aussi la nièce de Mehdi (Sami Bouajila), le fameux expert en braquage. Récupérer la drogue est un jeu d’enfant pour lui, mais pour libérer Shaïnez, il devra accomplir un dernier gros coup : voler 300 kg de cocaïne à un baron de la drogue d’Anvers. 

On retrouve dans le scénario de Braqueurs, la même trame que celle du film, avec plus de personnages et d’intrigues mafieuses. Les braqueurs, au final, semblent les « gentils » de l’histoire tant les autres protagonistes intéressés par la drogue sont affreux. La réalisation est toujours aussi percutante, les cascades en voiture particulièrement spectaculaires. Et dans cette orgie d’action, un personnage plus humain et posé émerge, Sofia (Nabiha Akkari, vue dans Le bureau des Légendes), cousine et comptable du ravisseur de Shaïnez.

mercredi 6 octobre 2021

Série télé - Squid Game, jouer avec la mort


Attention, série brillante et originale mais aussi, et surtout, très violente et donc à ne pas mettre devant tous les yeux. Si les productions coréennes sont parfois longues, sirupeuses et très répétitives, Squid Game sort de ce cadre. Le concept a été imaginé il y a quelques années par Hwang Dong-hyuk pour un film. Il en a finalement tiré le scénario de cette série qui est devenue la première production coréenne à se retrouver à la première place des programmes de Netflix sur l’ensemble des pays couverts par la plateforme de streaming. Ce thriller aux scènes parfois insoutenables, est également une critique sociale percutante. Car loin du miracle économique, des millions de pauvres subsistent difficilement dans ce pays ou le capitalisme triomphe. Des hommes et femmes couverts de dettes, prêts à tout pour effacer leur ardoise. C’est le cas de

Seong Gi-Hun (Lee Jeong-jae), chômeur vivant chez sa mère, incapable de rembourser ses dettes, dévoré par le démon du jeu. Quand un inconnu lui propose de participer à un nouveau jeu, avec une cagnotte énorme à la clé, il accepte. C’est le début du cauchemar pour le candidat 456. Sur une île coupée de tout, les joueurs sont enfermés et doivent remporter des parties de jeu d’enfant sous peine d’élimination. Ne plus gagner le pactole mais surtout être abattu froidement par les gardiens de ce qui devient une véritable boucherie. Au cours de 9 épisodes d’une heure, on fait connaissance avec les autres concurrents qui se rapprochent de Seong Gi-Hun. Une jeune réfugiée de Corée du Nord, un ambitieux cadre supérieur, un mafioso pour qui tricher est comme respirer, une folle hystérique, un travailleur Pakistanais ou un vieux papi inconscient, comme s’il était de retour en enfance. Le sadisme des organisateurs semble sans limites. 

Le téléspectateur, lui, est captivé par ces jeux mortels, et tente de comprendre (souvent en vain) comment ces hommes et femmes tiennent psychologiquement. 

Une série qui change aussi par sa fin, loin d’être consensuelle et prévisible.