jeudi 17 juin 2021

Cinéma - La fine fleur de la réinsertion

Eve (Catherine Frot), petite patronne en difficulté, va transmettre son savoir à des jeunes en réinsertion comme Nadège (Marie Petiot). Estrella Productions 

Un film sur les roses ? Le concept semble assez incongru. Et pourtant Pierre Pinaud transforme cette idée peu banale en un long-métrage remarquable par sa finesse, son intelligence et son universalisme. Car tel un hybrideur de talent (ceux qui créent de nouvelles variétés de roses), il a greffé sur la tige austère du savoir incarné par Eve (Catherine Frot), la bonne volonté et l’innocence de trois personnes en réinsertion sociale. 

La fine fleur débute lors du concours international de roses au parc de Bagatelle à Paris. Le plus prestigieux au monde. Eve, horticultrice dont la petite exploitation est en redressement judiciaire, tente une nouvelle fois de remporter le premier prix. Elle s’est spécialisée depuis quelques années dans le blanc nacré. Une nouvelle variation, très belle mais qui n’a pas les faveurs du jury. 

La situation économique ne fait qu’empirer. Son unique employée, la très cartésienne Véra (Olivia Côte), tente de trouver une solution pour sauver la saison. À court de finances, elle fait appel à une association de réinsertion pour avoir de la main-d’œuvre moins chère. Eve découvre donc la nouvelle équipe composée d’un délinquant en liberté conditionnelle, d’une timide maladive et d’un chômeur de 50 ans en fin de droits. 

■ La menace du rachat 

La fine fleur, c’est surtout la fine équipe. Car entre ce trio qui n’a jamais mis les pieds dans une jardinerie et la très exigeante Eve, le courant va difficilement passer. Mais les circonstances font qu’il est parfois utile d’avoir des néophytes et qu’en plus, quand ils ont certains talents cachés, le travail collectif paye doublement. Le film repose en grande partie sur les épaules de Catherine Frot. Cette patronne de fer, attachée à son indépendance (un des ressorts du film est la menace de rachat de l’entreprise par une grosse société), semble au début peu sympathique. Obnubilée par ses roses, incapable de voir que la richesse est aussi dans les gens qui travaillent avec elle. Il lui faudra faire un long cheminement pour devenir touchante. Alors certes on en apprend beaucoup sur la création de roses dans ce film, mais son véritable intérêt reste cette histoire de réinsertion exemplaire. 

« La fine fleur », film français de Pierre Pinaud avec Catherine Frot, Melan Omerta, Vincent Dedienne 



BD - Politique très terre à terre


Ancien ministre, tombé pour malversation financière, Henri-Xavier de Lapègre est obligé de revenir aux fondamentaux de la politique : faire campagne auprès des électeurs. Manque de chance, il doit convaincre des électeurs d’un petit village perdu dans ce monde qui lui est totalement inconnu : la campagne.

Campagne à la campagne, tel est le titre du second recueil de gags de la série Homo Politicus, écrite par Nena et dessinée par Soulcié. Attention, on est dans le domaine de la caricature à gros trait. Quand son staff lui demande s’il a déjà été à la campagne, il demande, « le bois de Vincennes ça compte ? » Sur place il s’attend à de l’air pur, mais le village est aussi le siège d’une vieille usine chimique.

Écologie, pollution, tradition, loto du 3e âge, corruption… toutes ces thématiques sont passées à la moulinette dans cette BD qui parfois s’approche étonnamment de la réalité des campagnes des régionales et des départementales en cours.

« Homo politicus » (tome 2), Fluide Glacial, 9,90 €, parution le 16 juin 

mercredi 16 juin 2021

Cinéma - “Teddy”, l’ado solitaire qui se rêvait en loup

Ce film d’horreur très décalé a été tourné en 2019 dans le Vallespir

Anthony Bajon, une fois encore, est excellent dans le rôle d’un asocial du genre velu. Il interprète Teddy, un jeune provincial qui croit au grand amour avec Rebecca (Christine Gautier). The Jokers 

Teddy peut enfin se faire les griffes sur les grands écrans des cinémas. Le film des frères Boukherma, tourné au printemps 2019 dans le Vallespir dans les Pyrénées-Orientales, a vu sa sortie être décalée à plusieurs reprises. Un loup-garou craint les balles en argent, mais ce qu’il y a de plus redoutable en ce moment pour ces créatures légendaires c’est un coronavirus qui provoque la fermeture de tous les cinémas de France et d’Europe durant plu sieurs mois. Le taux d’incidence étant redescendu sous les 50 et les cinémas pouvant enfin repasser à jauge pleine, Teddy sort du bois.

Dans un petit village des Pyrénées, Teddy (Anthony Bajon) s’ennuie à mourir. Orphelin, il vit chez sa tante très handicapée et son ami Pépin (Ludovic Torrent). Il n’a pas d’ami dans ce village un peu caricatural de la France profonde. Le film s’ouvre par un dépôt de gerbes au monument aux morts. Marseillaise, appel aux morts et puis Teddy met son grain de sel. La gendarmerie est carré ment obligée d’intervenir et d’évacuer le fauteur de troubles manu militari. Alors Teddy monte dans son van et roule à fond avec du hard rock dans les oreilles. Il va rêver sur le terrain paumé dans la montagne où il espère construire sa maison (avec pergola, important la pergola) afin d’y vivre avec sa petite amie, Rebecca (Christine Gautier). Les deux réalisateurs, eux-mêmes originaires du Lot-et-Garonne, aiment à présenter la province sous un jour peu reluisant. 

■ Personnages cabossés 

Un peu comme un Jean-Pierre Mocky ou un Bruno Dumont, ils ont soigné leur casting. Pas de « belles gueules ». Ils sont tous plus ou moins cabossés, acteurs professionnels comme amateurs recrutés dans les parages du tournage. Cela donne un grand loto dans la salle des fêtes qui sonne juste. 

Pour ce qui est du fantastique, Teddy ne montre pas. Quelques scènes un peu gore, mais pas de gros effets spéciaux. Quand Teddy est mordu dans le bois, on ne sait pas exactement par quoi. Et quand il débute sa « transformation », c’est peut être aussi les conséquences de sa consommation excessive de champignons hallucinogènes. Mais au final, un loup, qu’il soit garou ou solitaire, n’a jamais sa place dans notre société. C’est aussi cette réalité vécue par la majorité des adolescents de province que Teddy raconte. 

➤ Film français de Ludovic et Zoran Boukherma avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent 



BD - Presque dans l’espace


Quand une fusée russe qui veut rejoindre la station spatiale internationale explose au décollage, c’est la panique car une organisation terroriste affirme être à l’origine du sabotage. Dans l’espace, l’évacuation est ordonnée mais un irréductible décide de rester seul en poste. Rapidement, il va perdre pied.

Par chance il est contacté par les membres de la mission Mars Base. Eux aussi voient leur quotidien chamboulé. Y a-t-il un terroriste infiltré ? Amir, belgo-marocain, se retrouve suspecté. Une aberration pour ce jeune scientifique parfaitement athée. Il va être cuisiné par la capitaine de Mars Base, même si la nuit, ils se retrouvent secrètement pour s’envoyer en l’air.

Cette BD en noir et blanc de 180 pages de Max de Radiguès est une brillante réflexion sur la conquête de l’espace, ses difficultés et les sacrifices qu’elle implique dans la vie d’hommes et de femmes ayant fait le choix de sacrifier une vie familiale sur l’autel de la science. 

« Alerte 5 », Casterman, 15 € 

mardi 15 juin 2021

BD - Monstres visibles et invisibles


Un peu de freaks (le film de monstres de Tod Browning des années 30), un soupçon de fantastique, le tout sur fond de road trip : telle est la recette de la nouvelle série écrite par Eric Corbeyran.

C’est Emmanuel Despujol qui se charge de la dessiner et son trait entre réalisme et caricature fait des merveilles pour passer d’un univers à l’autre.

Le héros c’est Charly. Au début de l’histoire un gamin qui découvre qu’il a le pouvoir de faire fuir les monstres invisibles comme les vampires ou les lamies, ces femmes qui tuent les hommes après avoir abusé d’eux. Adulte, il capture une lamie qui reprend son aspect originel, celui d’une fillette de 7 ans. La police les cherche et ils trouvent refuge dans un cirque itinérant.

Un univers très touchant.

« Sideshow » (tome 1), Soleil, 14,95 €  

Série télé - « Mixte », étude des mœurs des années 60

Amazon a mis le temps mais semble enfin avoir trouvé un bon projet pour booster ses audiences côté séries françaises originales. Mixte est une plongée dans la France du début des années 60. Imaginée par Marie Roussin, l’histoire raconte comment à la rentrée 1963, pour la première fois en France, un lycée va devenir mixte. Exactement ce sont 11 filles qui intègrent le lycée Voltaire face à une centaine de garçons en pleine ébullition hormonale. Michèle (Léonie Souchaud) fait partie des 11 filles accueillies comme des bêtes de foire. 

Le début de la série semble assez caricatural. Garçons arrogants, profs rétrogrades qui ne veulent jamais interroger les filles, surveillant général suspectant toujours les filles… Mais petit à petit l’histoire prend de la chair, les personnages gagnent une âme et en découvrant certains secrets, on comprend qu’à cette époque, il valait mieux se monter comme un macho de première pour avoir un minimum de crédibilité dans une société où les femmes n’ont aucun pouvoir. C’est dans le développement des idées féministes, leur révolte, la façon qu’elles tentent de se faire entendre que la série Mixte est la plus convaincante. 

Au casting, les jeunes comédiens lycéens tiennent la dragée haute à des professionnels au long parcours artistique comme Pierre Deladonchamps en « surgé » un peu dépassé, François Rollin, proviseur qui se veut moderne mais ne l’assume pas et Anne Le Ny en archétype de la vieille prof acariâtre et un peu vicelarde avec ces jeunes filles qu’elle trouve trop belles pour être honnêtes. 

lundi 14 juin 2021

BD - Magouilles non républicaines


Philippe Richelle est devenu le spécialiste BD de la politique contemporaine. Il relance trois « Affaires d’État » pour explorer ces magouilles qui ont ébranlé la République ces dernières décennies. Celle consacrée à l’extrême droite, dessinée par Pierre Wachs, reprend des pans de l’histoire d’un parti qui est devenu tout-puissant.

Pourtant, à la base, c’est une captation d’héritage qui est racontée dans ce premier tome. À côté, on découvre comment un des « penseurs » du groupuscule, devenu un peu trop important, va être froidement abattu. Qui est le commanditaire ? Mystère pour le lecteur ainsi que le commissaire de police chargé de l’enquête.

Une BD à clé, avec quelques évidences (le chef du parti, ancien para) et d’autres moins connues mais qui nous rappellent à point nommé d’où vient ce parti. 

« Affaires d’État, Extrême droite » (tome 1), Glénat, 14,50 € 

Série télé - Méchant virus et gentils hybrides dans "Sweet Tooth"


Il est des univers imaginaires plus passionnants que d’autres. Et puis il y a parfois un monde qui paraît tellement crédible qu’on pourrait presque croire qu’il existera bien un jour. A la base, Sweet Tooth est une bande dessinée écrite et dessinée par Jeff Lemire. Les trois gros albums parus en France chez Urban comics racontent l’histoire de Gus et de Jepperd. On retrouve les deux personnages principaux de cette série télé dont la première saison vient d’être mise en ligne sur Netflix

Il y a dix ans, deux événements ont fait chanceler l’Humanité. Un virus a tué 80 % de la population. Et tous les enfants qui naissaient étaient des hybrides, moitié humain, moitié animal. Gus (Christian Convery) est sauvé du chaos qui règne en ville par son père. Au fond d’une forêt dans un parc, il élève cet enfant qui a des oreilles et des cornes de cerf. Quand Gus se retrouve seul, il quitte son cocon et part à l’aventure. Ce qu’il ne sait pas c’est qu'en bas, dans la ville, les hybrides sont chassés et exterminés. Par chance il croise la route de Jepperd, un colosse taiseux qui après bien des hésitations va prendre ce petit garçon imprévisible sous son aile. Leur but : retrouver la maman de Gus. 

■ Deux énigmes captivantes 

Les huit premiers épisodes sont la très bonne surprise de ce début d’été sur la plateforme de streaming. La complicité entre ces deux solitaires joue à merveille. Gus est craquant, Jepperd touchant quand on en apprend un peu plus sur son passé. L’action se déroule dans des paysages grandioses (Canada et Nouvelle-Zélande), avec effets spéciaux très discrets et reconstitution d’un monde post-apocalyptique très crédible. 

Quant au spectateur, il se perd en conjectures sur les deux énigmes de Sweet Tooth : d’où vient ce virus si mortel pour les humains et quel rapport avec l’apparition des hybrides ? On aura peut-être un début de réponse dans la saison 2 qui sera forcément lancée en production tant cette série est réussie et intrigante. 

dimanche 13 juin 2021

De choses et d’autres - L'histoire du mari infidèle trahi par sa Fitbit

La fin programmée du télétravail est redoutée par certains, vivement souhaitée par d’autres. Par exemple les maris infidèles. Le retour au bureau sera l’excellente occasion pour nombre d’entre eux de prétexter une réunion tardive pour aller rejoindre leur maîtresse.

Tromper sa femme est un art typiquement français. Il y a des bases qu’il faut apprendre pour ne pas se faire prendre. Vérifier les traces de rouge à lèvres, éviter les suçons, chasser les cheveux sur les épaules et se méfier du parfum. Pour cette dernière problématique, le plus simple est d’acheter la même marque aux deux femmes.

Mais avec les nouvelles technologies, les pièges se multiplient. Un téléphone portable peut-être traçable. Mais la plus belle façon de découvrir le pot aux roses est racontée par cette femme à sa meilleure amie. Quand cette dernière lui demande comment la pauvre cocufiée a su, elle explique qu’elle a accès au compte de la Fitbit de son mari, la montre connectée qui surveille son rythme cardiaque. Elle a remarqué des pics à 130 battements par minute les soirs où il reste au bureau pour « des réunions », suivies d’une phase de repos. Et il doit un peu culpabiliser puisqu’il lui écrit à chaque fois un petit SMS juste après la séquence.

Je ne sais pas si un relevé cardiaque à distance peut-être utilisé comme preuve d’adultère dans un divorce compliqué, mais il est certain que dans ce cas précis, le mari infidèle a été trahi par sa Fitbit. 

Cinéma en streaming - Vous ne vous endormirez pas devant « Awake »


Nouveau film inédit sur Netflix. Une énième variation sur la fin du monde. Jill (Gina Rodriguez), ancienne militaire, tente d’élever seule ses deux enfants, Noah, un grand ado et Matilda encore petite fille. Quand l’électricité s’arrête, la civilisation commence à s’écroule. Mais le pire est la mutation vécue par tous les humains qui ne peuvent plus dormir. Mais ne plus se reposer implique mourir à brève échéance. Une semaine maximum. 

Le film va crescendo, comme la composition des acteurs qui doivent littéralement se transformer en zombies épuisés et déments plus le temps passe. Gina Rodriguez, héroïne des 5 saisons de « Jane the virgin », est très convaincante dans ces scènes entre violence absolue et délire hallucinatoire.