Deux
Podalydès pour le prix d’une place de cinéma. « Les deux Alfred
» est une farce très caustique tapant avec un plaisir non dissimulé
sur le nouveau monde de l’entreprise.
Tout
parent un peu sensé sait l’importance des doudous pour les très
jeunes enfants. Et les plus malins, savent d’entrée qu’il faut
doubler la fameuse peluche, en cas de perte inopinée. Dans le film
de Bruno Podalydès Les deux Alfred, le doudou est double. Deux
petits singes qui ne doivent jamais se séparer. Des contraintes
relativement nouvelles pour Alexandre (Denis Podalydès), père d’un
bébé dont il est obligé de s’occuper, à plein temps, pour cause
de mission secrète de sa femme (elle est sous-marinière).
C’est
aussi un test, car Alexandre, la quarantaine désinvolte, se retrouve
au chômage et obligé de prouver à la mère de ses enfants qu’il
peut s’en occuper et subvenir à ses besoins. Par chance, il vient
de décrocher un entretien dans une société de conseil. Il débarque
dans une entreprise nouvelle génération, créée et dirigée par
Aymeric (Yann Frisch), un patron de 24 ans, où l’employé fixe son
salaire et doit être « pro réactif ». Cela se présente bien pour
Alexandre, à part cette condition exclusive : « No child ! », pas
d’enfants. Car, pour être dispo « H24 », le nouveau salarié
(esclave dans ce cas précis), doit être mobilisable à toute heure
du jour et de la nuit.
Alors,
Alexandre ment, avec un certain aplomb et les en nuis débutent.
Lancé sur un projet mineur (créer un tournoi de combat de drones
dans une ville de banlieue), il est chaperonné par Séverine
(Sandrine Kimberlain), executive woman qui se déplace en voiture
autonome et maltraite sa petite stagiaire Suzie (Luana Bajrami).
■ La
poésie façon Uber
Pour
rendre le tout encore plus loufoque (car, paradoxalement, ce monde de
l’entre prise moderne est risible dans ses moindres décisions), le
réalisateur s’est donné le rôle d’Arcimboldo. Un homme
totalement ubérisé qui croise Alexandre à la crèche (un des
services proposés est de conduire vos enfants le matin à l’école
ou à la crèche) et va venir squatter chez lui. Un doux dingue de
l’ancien monde tentant de s’adapter, tout en conservant ce fond
d’humanité qui fait tant défaut ailleurs.
Tel
un grand huit, ce film mélange scène burlesques, sarcastiques,
visionnaires et, finalement, assez romantiques car, nouvelles
techniques de management ou pas, l’amour est toujours en embuscade.
Surtout chez tous ces hommes et femmes qui doivent dissimuler tant de
secrets pour essayer de faire leur trou dans une société formatée.
➤ « Les
2 Alfred », film de et avec Bruno Podalydès avec également
Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Yann Frisch et Luana Bajrami