samedi 30 mai 2020

Série télé - Les Belges n’aiment pas le soleil


Première série belge produite par Netflix, Into the night joue d’emblée dans la cour des grands malgré des moyens bien moindres face aux grosses productions anglaises ou américaines. Cette série d’anticipation, tendance fin du monde, débute à 100 à l’heure. Un militaire italien de l’Otan détourne un vol en partance pour Moscou. Il ordonne d’aller vers l’ouest. Une fuite éperdue car une modification dans la polarité du soleil le transforme en tueur implacable. 

Si vous êtes effleuré par un de ses rayons, vous mourrez sur-le-champ, comme grillé de l’intérieur par un micro-ondes. Un avion volant vers l’ouest parvient à échapper au jour. Une fois l’évidence admise, l’équipage et les passagers, pour survivre, doivent rester dans la nuit, à l’opposé du soleil. 

Le huis clos dans l’appareil est effrayant, les escales mouvementées et les acteurs, européens, prennent petit à petit la mesure de leurs personnages. Certains se bonifient, d’autres virent super méchants. Dans la distribution, saluons Pauline Etienne, elle interprète une pilote d’hélicoptère de l’armée suicidaire après la mort de son grand amour. Une dépressive suicidaire qui finalement va tout faire pour sauver sa peau et ses compagnons de galère. 

Notons aussi l’excellente partition de Jan Bijvoet qui prête ses traits à Rik, petit homme lâche et insignifiant qui voit dans cette presque fin du monde l’occasion de briller. Jan Bijvoet vu il y a quelques années dans le rôle d’un des musiciens d’Alabama Monroe, le film de Felix Van Groeningen permettant aux distributeurs catalans Jacques Font et Jean-Philippe Julia de remporter un césar. 

Après le premier confinement, les cinémas cherchent à se réinventer

 


Imaginez la scène. Vous êtes confortablement installé dans votre voiture, si possible décapotable par une belle nuit d’été. Vous avez une constellation d’étoiles dans le ciel. Et d’autres stars, d’un autre genre, sur l’écran géant de plus de 15 mètres de long vous font rêver en vivant de palpitantes aventures dans un film sorti le jour même. Après de trop longs mois de confinement, ce serait le summum d’une vie libre et en plein air, sans contrainte, immense…

Ce rêve éveillé, vous pourrez le réaliser cet été sur quatre sites du littoral catalan. Des cinémas drive vont être installés et proposeront chaque soir un film à déguster dans sa voiture. Clap Ciné ouvre dès le vendredi 3 juillet deux drive-in, un premier derrière le parking du cinéma de Leucate-Barcarès, l’autre sur le parking du cinéma de Canet. Le réseau Cinémaginaire, habitué à proposer des séances en plein air chaque été dans le département, va s’installer à Argelès-sur-Mer dans le secteur nord au niveau du parking de la Marenda ainsi que sur les installations sportives des Capellans à Saint-Cyprien. Voilà donc comment un simple virus d’origine asiatique permet, entre autres effets secondaires inattendus et surprenants, la résurrection des cinémas drive-in un peu partout dans le monde.

Jérôme Quaretti et Frédéric Perrot, les deux gérants de Clap Ciné, ont présenté en détail ce projet innovant directement lié à la crise sanitaire. Un immense terrain plat et inoccupé se trouve à l’arrière du parking du Clap-Ciné de Leucate-Barcarès. Sur ces 13 000 m2 seront parquées les 150 voitures au maximum qui pourront assister au film projeté sur un écran géant gonflable de 15 mètres de large et haut de 10. Le projecteur, un Nec 4K à laser, sera installé en hauteur à 75 mètres de l’écran. Le son des films sera diffusé à 200 mètres à la ronde sur une fréquence FM attribuée par le CSA. En pratique, un « placeur » guidera les voitures à leur emplacement, en faisant attention de mettre les plus petits modèles devant et les plus grands à l’arrière. À l’arrivée, De quoi en mettre plein la vue.

Soirées culte ou vintage

Au programme, à partir de début juillet et jusqu’au samedi 5 septembre des nouveautés, les plus gros succès des derniers mois et des soirées thématiques. Car le drive, qui a connu un beau succès dans les années 60 dans le département, est souvent associé à la société américaine. Des soirées « culte » sont déjà programmées avec des films comme Shining ou Blade Runner. Le drive c’est aussi très vintage et les nostalgiques pourront revoir, dans ces conditions si particulières, des œuvres comme The Blues Brothers ou American Graffiti.

L’idée du drive-in, c’était pour trouver une parade au confinement. Car plus de deux mois sans le moindre film ont considérablement fragilisé les petites structures du département. C’est aussi pour cela que Clap Ciné et Cinémaginaire ont décidé de s’associer pour « développer un partenariat de programmation, d’animations, de communication mais aussi une politique réciproque de tarif réduit pour leurs abonnés respectifs dès la réouverture des cinémas ». Une union sacrée des « petits » pour peser au niveau national et proposer « des films en commun et la venue de réalisateurs et d’acteurs qui seront en ‘mini-tournée’ durant 48 h dans les salles du littoral. »

Quels films pour la reprise ?

Drive en juillet donc, avec l’espoir que les touristes seront au rendez-vous, mais aussi réouverture des salles autorisée dès le 22 juin. Pour l’instant, rien n’est encore décidé pour la date de reprise. Tout dépend des films proposés et de l’appétence du public de s’enfermer dans des salles. Même si au nouveau sanitaire, le Clap Ciné a décidé de jouer la prudence extrême. Entre chaque spectateur ou groupe de spectateur, il y aura deux sièges de libres. Et les horaires seront programmés pour que les salles soient désinfectées et nettoyées entre chaque séance.

Pour l’instant un seul film est annoncé pour le 22 juin : Filles de joie avec Sara Forestier et Noémie Lvovsky. Noémie Lvovsky qui est également au générique de La bonne épouse, comédie de Martin Provost qui n’a été programmée que trois jours avant le confinement et qui devrait reprendre sa carrière, tout comme le De Gaulle. Un film que Jérôme Quaretti verrait bien au drive-in. Il est vrai qu’un écran géant pour le grand homme, cela va de soi. 

De choses et d’autres - Petit rêve martien


L’espace revient en force. La conquête spatiale plus exactement. Il nous faut bien ça pour tourner notre regard vers autre chose que la pandémie, la crainte de la contagion et surtout la crise économique sans précédent qui se profile. 

Ce samedi soir, si la météo le permet, les USA vont se relancer dans ce secteur coûteux, pas forcément bénéfique mais si important pour la réputation d’un pays qui entend imposer sa loi sur la planète. Deux astronautes vont décoller de Miami, à bord de la capsule de la société privée SpaceX (je me suis toujours demandé si ce nom était un hommage indirect à l’émission des frères Bogdanov, TempsX). Juste pour rejoindre la station spatiale internationale, mais avec l’objectif, à moyen terme, de s’envoler vers Mars. Mars qui semble occuper les rêves de Thomas Pesquet. En voilà un qui fait l’unanimité en ces temps où la polémique semble obligatoire. Le spationaute français repartira dans l’espace l’année prochaine. L’Agence spatiale européenne avait lancé, en plein confinement, un concours pour trouver le nom de la mission du Français volant. 

Quelques propositions ont fuité sur internet comme « Thovid-19 » ou « Roupette » comme l’a suggéré une dessinatrice de BD en hommage à son… cochon de compagnie. On connaîtra le résultat dans quelques mois, mais en attendant Thomas Pesquet avoue qu’il en veut plus. Alors pourquoi pas Mars ? Il est déjà candidat pour la Lune (voyage de la Nasa en 2024) et rêve désormais de la planète rouge. Il le dit clairement dans une interview au Parisien, un peu comme un enfant espérant que son souhait se réalisera s’il le formule à haute voix… 

Chronique parue le 30 mai en dernière page de l'Indépendant

vendredi 29 mai 2020

De choses et d’autres - Café introuvable

Alors qu’Édouard Philippe confirmait hier soir la réouverture dès le début juin des cafés, bars et restaurants situés en zone verte, une nouvelle anodine pourrait avoir de graves conséquences sur cette annonce espérée par une grande majorité de Français. Car si les bars vont pouvoir de nouveau accueillir les clients, ils risquent de se trouver rapidement en rupture de stock du produit le plus consommé : le café. Cette plante n’est pas directement victime du virus, mais indirectement en raison du confinement toujours en vigueur dans le principal pays exportateur : la Colombie. 

Le prix de cette matière première a progressé sur le marché mondial, mais les producteurs se retrouvent dans l’impossibilité de ramasser le fruit de leurs cultures par manque de main-d’œuvre. Avouez que pouvoir enfin retourner au café après plus de deux mois de disette, mais sans pouvoir en boire un bien serré, serait la pire des aberrations. 

Pourtant, s’il est bien un produit qui nous a permis de tenir durant le confinement, c’était le café. Personnellement, j’en ai fait une consommation certainement excessive durant les deux mois de confinement et de télétravail. 

En plus de la machine à expresso, j’ai ressorti la cafetière à filtre pour alimenter ma perfusion du matin au soir. Reste que je me réveille encore avec l’envie d’un bon « petit noir serré » bu au comptoir en vitesse (ça, a priori, ce ne sera pas possible la semaine prochaine), ou d’un double, siroté en terrasse avec croissants et presse du jour. 

Alors, espérons que l’épidémie se calme aussi en Colombie et que nous ne serons pas contraints de nous réveiller avec une fade chicorée. 

Chronique parue le 29 mai en dernière page de l'Indépendant

Avec Guy Bedos, l’humour vache perd son maître


Il est de plaisanteries dont on se passerait. Ainsi la mort de Guy Bedos hier à 85 ans ne fait pas rire. Pourtant, celui qui a érigé la méchanceté ou l’humour vache au rang d’art absolu aura beaucoup fait rire les Français durant les plus de 50 ans où il se produisait sur scène, seul ou accompagné de Sophie Daumier à ses débuts. Un pur saltimbanque, à la parole libre, se revendiquant de gauche et pas tendre pour les hommes (ou femmes) politiques de droite. Sa mort a été annoncée hier par son fils Nicolas : « Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père. Embrasse Desproges et Dabadie vu que vous êtes tous au Paradis. »

Guy Bedos, né le 15 juin 1934 à Alger, était Juif et Pied-Noir. Deux origines qu’il revendiquait ouvertement. Revenu en France avant l’indépendance, il a débuté comme comédien dans divers films, dès les années 50. Le succès et la célébrité, il la rencontre dans les années 60 quand il passe régulièrement dans les music-halls de la capitale. Il forme un duo avec Sophie Daumier et on les voit régulièrement dans les émissions de variétés. Se lançant dans une carrière solo, Guy Bedos fait rire toute la France dans ses caricatures de « beaufs » avant la lettre. Sa plume, acerbe, lui permet d’aborder tous les problèmes de notre société. Des sketches devenus des classiques qu’il présentait sur toutes les scènes du pays. 

Comique subversif

Dans les années 70, en plus du cinéma, il peaufine son image de trublion cathodique. Ses interventions en direct sont attendues par certains, redoutées par d’autres. Sur scène, il commence à commenter l’actualité dans des revues de presse où il donne libre cours à une méchanceté devenue sa marque de fabrique. Il fait sans doute partie de ces artistes qui ont permis à la France d’oser le vote Mitterrand en 1981. Cette vie politique qui lui a donné tant d’occasions de brocarder les pratiques de certains. Il avait ses têtes de Turc. Dernière en date Nadine Morano qu’il avait qualifiée de « conne » et de « salope » dans une de ses improvisations sur scène à Toul en 2013. Un procès très médiatique sur la liberté de parole des artistes s’achevant par une victoire nette et sans bavure de l’humoriste. Comme un dernier pied de nez à tous ceux qui l’ont redouté quand ce « comique subversif » comme aimait le désigner Pierre Desproges, leur dressait des portraits au vitriol. Franck Riester, ministre de la Culture a d’ailleurs mis en avant cette spécificité saluant dans un communiqué « la parole libre » de Guy Bedos. Libre, mordant, mais aussi humain. Bedos était tout cela à la fois, concentré d’intelligence critique qui va nous faire défaut à l’avenir.   

Au cinéma, il était célèbre pour avoir interprété Simon Messina, le médecin harcelé par sa mère, un des membres de la bande de copains d’Un éléphant ça trompe énormément, film d’Yves Robert. Par un étrange concours de circonstances, il est mort la veille des obsèques de son complice de toujours Jean-Loup Dabadie, celui-là même qui a signé le scénario du film d’Yves Robert et sa suite judicieusement intitulée On ira tous au paradis. Tous, pas sûr. Lui, sans doute.

jeudi 28 mai 2020

De choses et d’autres - Le monde d’après ne fait pas envie

Cela fait un peu plus de deux semaines que l’on est sorti du confinement, et donc qu’on se rapproche du fameux « monde d’après », celui qui serait meilleur, empathique et plus solidaire. Mais finalement, le monde d’après ne sera pas du tout comme on l’aura rêvé entre les quatre murs de notre salon, entre la sortie pipi du chien du matin et les courses « vitales » du soir. 

Le bruit médiatique fait de sorties outrageuses ou outrageantes, de petits scandales et de polémiques stériles est de nouveau omniprésent. Alors qu’on ne sait pas de quoi sera fait l’été, que le second tour des municipales n’a pas encore eu lieu (de toute manière il n’y aura pas de campagne…), tous les commentaires des éditorialistes et experts éclairés portent sur la… présidentielle. 

Une seule chose importe : savoir qui sera au sommet de l’État pour qu’on puisse, à la première crise venue, le crucifier au prétexte qu’il prend les mauvaises décisions. Notre système présidentiel a basculé dans une autre dimension. Avant il fallait choisir l’homme providentiel qui représenterait la grandeur du pays, le ferait rayonner par sa stature incontournable. Depuis Sarkozy, on a l’impression que le job a totalement changé. Le président n’est là que pour prendre des coups. 

Et Macron n’échappe pas à la règle. Son côté jeune premier le transforme de facto en tête à claques. Le pire reste encore à venir avec ce fameux monde d’après. Car dans les commentaires politiques, pour bousculer les deux favoris (le vainqueur et la battue de 2017), il ne resterait que, au choix, plusieurs profils de populistes divers et variés allant de Ruffin à Bigard en passant par Onfray et Raoult. Bref, la fonction présidentielle n’est pas près de redorer son blason.

Chronique parue le 28 mai en dernière page de l'Indépendant

mercredi 27 mai 2020

Les adultes aussi ont leur cahier de vacances

Pas sûr qu’on puisse partir en vacances cet été. Entre les incertitudes sanitaires et les restrictions économiques, juillet et août seront peut-être sacrifiés sur l’autel de la rentrée. Mais cela ne nous empêchera pas, comme les enfants, de réviser notre culture générale avec ce traditionnel Cahier de vacances pour adultes en vente dans toutes les maisons de la presse dès aujourd’hui. 

Ces exercices amusants permettent de retomber en enfance en révisant les bases. Le contenu allie humour et pédagogie.  Au sommaire plus de 200 exercices : français, littérature, maths, sciences, histoire, géographie, culture générale qui permettent à chacun de réviser ses classiques. 

Sans oublier 40 pages de jeux et de tests à la fois drôles et sérieux sur des thématiques plus ludiques comme  cinéma ou musique. Et bien évidemment, les solutions sont présentes à la fin de l’ouvrage, à ne consulter qu’après avoir fait les exercices car on ne triche pas !

"Cahier de vacances pour adultes", Chifflet et Cie

mardi 26 mai 2020

De choses et d’autres - Réouverture fatale



Si l’on a assisté à la réouverture des plages depuis le déconfinement, par contre les bars et restaurants eux n’ont pas rouvert. Et il n’y a pas que ce type d’établissement qui est dans l’impossibilité de rouvrir. Interdiction aux cinémas de rouvrir, les grands musées ne rouvrent pas non plus. Si vous trouvez que je fais beaucoup de répétitions dans le début de cette chronique c’est pour mieux faire comprendre à tout un chacun qu’il ne faut pas dire ni écrire « réouvrir » mais « rouvrir ». 

Cette faute de français, qui depuis quelques décennies écorche mes oreilles, est encore plus virulente et contagieuse que le covid-19 depuis le déconfinement. Car comme tout était fermé, depuis le 11 mai, tout rouvre. Exactement, si l’on en croit les déclarations d’éminents spécialistes des différents secteurs concernés, « tout réouvre ». 

Vous pensez que je pinaille ? Un peu, j’admets, mais ce « réouvre » ne passe plus depuis que jeune étudiant en journalisme, fier d’avoir décroché un stage d’été dans un grand quotidien régional de la région, j’avais titré un de mes premiers papiers : « Le centre aéré réouvre ses portes ». Fort heureusement, une correctrice a remis le verbe comme il fallait, mais le lendemain, le rédacteur en chef de service qui avait reçu l’original sur son bureau m’a passé un sacré savon, expliquant la différence entre réouverture et rouvrir. 

Donc depuis, à deux ou trois reprises chaque année, je relevais la faute dans la bouche d’un confrère ou d’un interviewé. Jusqu’au 11 mai. À partir de ce moment, j’avoue, la déferlante de « réouvre » a eu tendance à me mettre hors de moi. J’en serais presque à espérer un reconfinement pour bannir définitivement ce verbe de l’actualité. 

Chronique parue le 25 mai en dernière page de l'Indépendant. 

Cinéma - Arte, plateforme de VOD de grande qualité

Pourquoi aller chercher trop loin ce qui est à disposition simplement ? Arte, chaîne culturelle franco-allemande, a dans ses offres une plateforme de vidéo à la demande (Arte VOD) qui propose plus de 5 000 programmes : cinéma, documentaires, séries ou magazines. Viennent d’arriver au catalogue plusieurs films qui avaient dû être retirés des salles pour cause de confinement. 

Parmi ce choix de très grande qualité, ne manquez pas Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan. Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Film roumain étonnant : Les siffleurs. Cristi est un inspecteur de police de Bucarest corrompu. Pour libérer un mafieux de prison, il apprend une langue ancestrale à base de sifflements. 

Donnez enfin une seconde chance à Deux, film de Filippo Meneghetti tourné dans l’Hérault où Nina et Madeleine sont amoureuses l’une de l’autre. Un amour caché…

Tous les films sont disponibles en location à 4,99 € et à partir de 9,99 € à l’achat www.arteboutique.com

lundi 25 mai 2020

Thriller - Sombres secrets d’une star avec « L’affaire Clara Miller »



Olivier Bal doit pouvoir, sans le moindre problème, obtenir la nationalité américaine. Cet auteur, tout ce qu’il y a de plus Français, situe tous ses romans au pays de l’Oncle Sam. Comme s’il était évident pour cet amateur de littérature policière et de séries télé, qu’un bon thriller ne peut que se dérouler dans ce vaste pays propice à toutes les réussites. Aux pires fantasmes et dérives aussi. 

L’affaire Clara Miller a parfois des airs de Twin Peaks. Tout commence par la découverte d’un cadavre au bord d’un lac. La jeune femme, Clara Miller, se serait suicidée. Comme d’autres dans la région les mois et années précédents. Mais un de ses collègues, Paul, par ailleurs amoureux transi de la jolie reporter new-yorkaise, sait qu’elle était sur une affaire qui allait faire beaucoup de bruit car mettant en cause la star planétaire Mike Stilth. 

Triangle mortel

Alors Paul, en dépit de toute logique, va s’obstiner, creuser, recouper et se lancer sur la trace de celui que tout accuse. Chanteur et comédien, star absolue depuis plusieurs décennies, la personnalité de Mike est secrète et fascinante.  Clara, Paul et Mike : un triangle classique dans tout drame digne de ce nom. Mais ce qui aurait pu être une resucée d’une énième enquête sur les dépravations d’un privilégié dénoncé par un héros quelconque, par sa construction sophistiquée, se transforme en un de ces fameux « pageturner » si compliqué à lâcher. Cette histoire est racontée par les différents protagonistes. A la première personne et à trois époques différentes. En 1993, année de la mort de Clara. En 95, quand Paul accule Mike dans ses derniers retranchements et en 2006, par les rares rescapés de cette triste histoire. Ce ping-pong littéraire entre époques et acteurs pourrait décontenancer le lecteur, mais le brio d’Olivier Bal fait que tout coule de source. Alors plongez-vous dans L’affaire Clara Miller, exploration inquiétante des pires secrets d’une star mondiale.

Qui est véritablement Mike Stilth ? Cette interrogation la presse à scandale tente d’y réponde depuis que ce chanteur a acquis une réputation mondiale. Avec les millions de ses tubes, il a acheté un domaine impénétrable, Lost Lakes. Un manoir au cœur de 1 000 hectares de forêt. Là, il se ressource, élève son fils Noah et sa fille Eva qu’ils cachent à la presse, s’amuse avec quelques rares privilégiés sous la protection efficace de sa manager et agent Joan Harlow. Clara Miller était parvenue à s’introduire à Lost Lakes. Elle n’en est jamais ressortie vivante. Voilà pourquoi Paul veut lui aussi franchir la triple clôture et déjouer la surveillance de l’armée de gardes privés pour mettre Mike face à ses dérives. Le roman, sans une once de fantastique (Olivier Bal a débuté dans cette veine avec Les Limbes, Prix Méditerranée Polar du Premier Roman 2018), permet au lecteur de comprendre comment fonctionnent plusieurs mondes antagonistes et complémentaires. D’un côté les stars, adulées, puissantes mais privées de vie privée. De l’autre les journalistes, notamment les spécialistes people, cherchant toujours le croustillant, quitte à provoquer des situations compromettantes pour augmenter le tirage des journaux poubelles pour qui ils pigent. Et puis il y a tous ceux qui gravitent autour de cette perpétuelle guerre. Complices souvent, victimes parfois. Un thriller qui nous raconte l’Amérique dans toutes ses facettes, celles qui font rêver mais aussi celles moins affriolantes qui donnent l’occasion à des détraqués d’assumer leurs pires déviances. 

« L’affaire Clara Miller » d’Olivier Bal, XO Editions, 19,90 €