mercredi 27 septembre 2017

BD - Les secrets bien cachés de l’Amazonie


Suite du périple de l’espionne anglaise Kathy Austin au cœur de l’Amazonie à la recherche d’un être étrange. Dans un dispensaire, loin dans la forêt impénétrable, elle doit faire face aux agissements d’anciens nazis aux méthodes expéditives et trouve heureusement une aide inespérée auprès d’un agent des renseignements brésiliens

Rodolphe, Léo et Marchal, dans cette 3e saison des aventures de la belle anglaise, ne la ménagent pas. Elle se fait tirer dessus, assommer et doit plonger dans une rivière infestée de piranhas. Sans compter la longue traversée de la jungle hostile. Mais elle s’en tire car l’être étrange semble veiller sur elle.

➤ « Amazonie » (tome 2), Dargaud, 11,99 €

BD - Mars, ses prisons, sa nouvelle religion


Dans un futur proche, Mars est en plein processus de terraformation. Pour assurer ce chantier titanesque, tous les prisonniers terriens sont déportés sur la planète rouge et condamnés aux travaux forcés. Parmi les nouveaux arrivants, Jasmine est une ancienne policière. Elle découvre la vie très dure de ces condamnés. Ils aménagent les parois rocheuses des célèbres canaux tels des mineurs de fond. 

Ensuite, un peu d’eau et des arbres génétiquement modifiés fournissent l’oxygène nécessaire à la vie. 

Sylvain Runberg, au scénario, greffe à cette histoire de SF et de prison, une intrigue supplémentaire avec l’émergence d’une nouvelle religion. Passionnant et superbement dessiné par Grun dont un cahier graphique d’une vingtaine de pages détaille les recherches sur les personnages, les vêtements et les engins martiens.

➤ « On Mars » (tome 1), Editions Daniel Maghen, 16 €

BD - Un poids plume pour sauver l’Humanité


Tous les geeks vont adorer cette nouvelle série écrite par Lewis Trondheim et dessinée par Stan & Vince. Gilles, prototype du fan de SF qui a un peu trop lu d’histoires d’extraterrestres, tient un blog répertoriant toutes les anomalies. Il vit dans son monde, mais remporte un beau succès. Au point qu’il est invité à un congrès aux USA. Ses deux sœurs, dont Chloé, lui payent pour son anniversaire le voyage aux USA avec un détour vers Las Vegas

C’est sur la route que l’incroyable se produit. Gilles et Chloé sont contactées par un alien. Sa mission : transformer Gilles et surhomme pour qu’il s’oppose à une prochaine invasion et sauve l’Humanité. Mais il vise mal et c’est la frêle Chloé qui va se transformer pouvant devenir dure comme la pierre ou au contraire légère comme une plume. Et surtout indestructible. Une histoire de super-héros banale ? Non car le scénariste truffe son histoire de répliques cocasses. 

Quand Gilles demande à l’alien pourquoi il veut sauver l’Humanité ce dernier lui répond on ne peut plus sérieux : « Je suis vos feuilletons télé. Je veux connaître les suites. C’est trop bien ! ». La première partie de ce qui sera une trilogie compte 100 pages et parvient à garder le meilleur des comics (monstres, baston, imagination) et l’esprit humoristique de la bande dessinée franco-belge.

➤ « Density » (tome 1), Delcourt, 15,95 €


mardi 19 septembre 2017

De choses et d'autres - Mais qui l'aurait Cruz ?

Entre l’image qu’on voudrait donner et l’image que l’on renvoie, l’écart est parfois énorme. Dommageable dans le cas de Ted Cruz, le sénateur républicain du Texas. Candidat aux primaires, il a longtemps cru pouvoir être investi. Donald Trump l’a grillé à son grand désespoir. Il reste une voix importante dans le parti mais n’a pas réussi à rejoindre l’exécutif. Comme tous ces « éliminés » prématurément sur le chemin de la gloire et de leur destin national (on en a eu notre lot en France), il a dû composer avec une brutale oisiveté. À moins que comme son tombeur, il n’ait succombé aux sirènes du réseau twitter. Toujours est-il que la semaine dernière, ses 3 millions de « followers » (abonnés en français) ont découvert qu’il avait aimé un tweet agrémenté d’une petite vidéo de quelques minutes.

Surprise pour les soutiens de ce prude père de famille, qui avait récemment tenté de faire voter une loi pour restreindre la vente des sextoys, ledit tweet est issu du site « SexuallPosts ». Et la vidéo ouvertement pornographique. Un Républicain puritain qui fait la promotion du classé X, passé l’étonnement et l’indignation de certains, les humoristes s’en sont donnés à cœur joie. Bien évidemment Ted Cruz a nié regarder de telles horreurs. Alors comment ce « like » est-il venu polluer son compte Twitter ? Simplement le doigt d’un collaborateur chargé des réseaux sociaux a ripé sur la mauvaise touche. Et Ted Cruz de préciser qu’après cette erreur, « cette personne se sent très mal » aujourd’hui.

Peut- être le même conseiller qui, au moment des primaires, pour tourner un spot de campagne, avait embauché une certaine Amy Lindsay pour interpréter une mère de famille bien sous tous rapports. Actrice uniquement connue pour ses nombreuses participations à des films pornographiques. Pure coïncidence voyons. 

lundi 18 septembre 2017

De choses et d'autres - La mort en s'amusant

Il n’y a pas de bonne façon de mourir. Chaque jour, chaque minute, des dizaines d’humains perdent la vie sur notre planète surpeuplée. De vieillesse, de maladie, de malnutrition ou de violence. Et puis il y a cette infime partie de morts que l’on peut taxer d’originales. Dernière en date celle arrivée à un jeune Chinois de 21 ans ce week-end à Hong Kong. Avec des amis il décide d’aller se distraire dans le domaine de loisirs Ocean Park. Parmi les attractions, un train fantôme intitulé « Enterré vivant ». La présentation prévient les amateurs de sensations fortes qu’ils vont « vivre l’expérience d’être enterrés vivants, avant de devoir lutter pour parvenir à s’échapper d’un sombre et sinistre tombeau. » Pour pénétrer dans cette maison hantée, les clients se glissent dans un cercueil toboggan à destination « d’un labyrinthe hanté de goules ». Le malheureux jeune a été retrouvé inconscient à la sortie. Il est décédé à son arrivée à l’hôpital.

Une attraction tellement terrifiante qu’il serait mort de peur ? Non, plus prosaïquement, le cercueil a dévié de sa trajectoire et le jeune a été percuté par un mécanisme. Les goules et autres démons ne sont pour rien dans sa mort horrible. 

Mourir de peur c’est pourtant possible. L’an dernier, le cœur d’un spectateur indien l’a lâché en plein film d’horreur.

Plus rarement trouve-t-on les morts de rire. Si l’expression est devenue usuelle dans le langage SMS, dans la réalité heureusement il n’y a que peu d’exemples. Dont un en 1989 au cinéma aussi : un Danois foudroyé en pleine crise de rire lors du film « Un poisson nommé Wanda » de Charles Crichton. Je me souviens de ce film, il est très bien. À l’époque, j’ai aussi beaucoup rigolé. Pas assez pour passer de vie à trépas. Mais dorénavant, je me méfierai. 

dimanche 17 septembre 2017

BD - Schizophrénie à mi-temps


Pauvre Lubin Maréchal. Ce jeune homme équilibré. A 23 ans, il travaille à mi-temps dans un supermarché et a une copine, étudiante. Un boulot alimentaire. Son rêve, c’est de devenir acrobate. Il fait partie d’une troupe qui tente de percer grâce à une émission télé du genre « La France a un incroyable talent ». Il se donne à fond aux répétitions, y croit dur comme fer. Mais un jour il manque la répétition. Ses camarades s’inquiètent. Lui, ne comprend pas. Il s’est réveillé, persuadé n’avoir dormi qu’une nuit. En réalité il a disparu durant toute une journée. 

Des absences qui deviennent récurrentes. Il ne vit se souvient que d’un jour sur deux. Pour savoir ce qu’il fait durant ses absences, il se file. Et découvre qu’il s’est bien levé et a vécu normalement dans son petit appartement. Il se laisse un message vidéo et le surlendemain découvre la réponse de son autre moi. Car Lubin, depuis peu, abrite deux personnes dans le même corps

Le roman graphique de 200 pages signé Timothé Le Boucher déroule la logique de cet affrontement de personnalité. Qui prendra le dessus, le Lubin du début ou ce double radicalement différent ? Une réflexion passionnante sur la schizophrénie par un auteur de moins de 30 mais déjà très novateur dans son intrigue et au dessin classique très abouti.

➤ « Ces jours qui disparaissent », Glénat, 22,50 €


Rentrée littéraire - Louve alimentaire

Permaculture contre agriculture intensive. Le roman de Paul-Henry Bizon, sous des airs de saga familiale, pose en réalité les enjeux majeurs de l’agriculture française. Dans le bocage vendéen, deux frères s’opposent. Camille a mis en place une exploitation basée sur le respect de la terre et des produits. Il vend ses produits garantis bio par l’intermédiaire d’une coopérative baptisée « La Louve ». Romain au contraire est le digne héritier du père adepte du « toujours plus ».

Un premier roman très documenté qui prend ensuite des airs de polar financier avec l’irruption dans le paysage de Raoul Sarkis, escroc bien décidé à profiter de cette mode bio si prisée des bobos parisiens pour lancer un projet de « Pavillon des Horizons », magouille dans laquelle il pourrait gagner le jackpot. Au détriment des petits paysans…

➤ « La Louve » de Paul-Henry Bizon, Gallimard, 20 €

Livres de poche - Les risques des nouveaux mondes

La Zone X, mystérieuse, mortelle. Et en expansion. Onze expéditions soldées par des suicides, meurtres, cancers foudroyants et troubles mentaux. Douzième expédition. Quatre femmes. Quatre scientifiques seules dans une nature sauvage. Leur but : ne pas se laisser contaminer, survivre et cartographier la Zone X. «Annihilation » de Jeff VanderMeer a reçu les prix Nebula et Shirley Jackson du meilleur roman 2014.

➤ « Annihilation », Le Livre de Poche, 7,10 €

De Paradis, ce monde n’a que le nom. C’est un royaume brutal et violent, divisé entre des dynasties rivales, déchiré par les ambitions et les croyances religieuses, pollué par le machiavélisme politique. Ici-bas, l’état de guerre est presque constant, et instaure le règne des dinosaures. Lors d’un affrontement épique le seigneur Karyl Bogomirskiy est laissé pour mort. À son réveil, il se lance alors dans un voyage qui va faire trembler le monde.

➤ « Guerre & dinosaures » de Victor Milán, Pocket, 10 €

Ce premier roman de Charles Yu, plein de rythme et d’humour, est à la fois un pur texte de science-fiction d’aventures et une ode à la puissance du genre lorsqu’il est, comme ici, parfaitement maîtrisé. Rédigé à la première personne, il donne des clés aux lecteurs pour réussir son voyage dans le temps. Pas comme Charles Yu qui visiblement a des problèmes avec ses autres personnalités temporelles…

➤ « Guide de survie pour le voyageur du temps amateur », Folio SF, 8,20 €

Rentrée littéraire - Ouvre, c’est là qu’est sans doute le génie

Un titre saisissant. Une interview fracassante. Chère Amélie, vous n’avez pas lésiné sur les moyens pour donner au lecteur l’envie irrépressible de se jeter sur votre titre dès sa sortie en librairie. Et vous avez bien fait, quoi qu’après ces confidences au Monde sur de douloureux épisodes de votre passé, les lecteurs que nous sommes avons été un peu déconcertés, avides (avec un côté voyeur, je dois vous l’avouer) de découvrir ce qui s’annonçait comme une biographie.

Dès les premières pages cependant, le doute nous envahit : comment imaginer Marie, la mère de Diane, (vous ?) sous un jour aussi peu glorieux car jalouse de sa propre fille ? Alors que par ailleurs chacun sait l’amour que vous portez à vos parents. Les naissances successives de Nicolas et Célia, adulés, eux par Marie (décidément, non, pas votre mère), renforçaient ce sentiment perturbant. Cette petite Diane, bien seulette, recherchait une seule chose, et de toute son âme, l’amour de sa mère. « Chaque nuit, elle se rappelait cette étreinte sublime qu’elle avait connue quand maman avait Nicolas dans son ventre : comment sa mère l’avait serrée, les mots d’amour qu’elle lui avait dits et avec quelle voix. Ce souvenir la transissait de bonheur ».

■ Fuite en avant

A l’adolescence, bousculade hormonale en plus que cérébrale, Diane décide d’aller vivre chez ses grands-parents. S’ouvre alors une seconde page, qui se poursuivra avec la rencontre charnière de son existence. La magnifique, la brillante étudiante en médecine Diane dé- jeune désormais chaque jour avec Olivia, chargée de cours à l’Université.

Et là, chère Amélie, une autre de vos interviews, donnée en 2010 celle-là, me revient à l’esprit. Vous y parliez de Tintin en Amérique, votre première lecture (à 3 ans !) de la métamorphose de la vache à un bout de la machine, transformée en corned beef à l’autre bout. Métamorphose, manipulation, vous répondiez qu’en effet ces thèmes étaient récurrents dans vos livres. Particulièrement dans celui-ci, si je puis me permettre.

Vous avouez également « être ce personnage un peu naïf que je décris si souvent. Je crois que cela vient de cette phrase de la Bible qui est pour moi fondamentale : « Si on frappe à ta porte, ouvre ». Et bien nous, chère Amélie, avec les notes de résilience que nous chante ce nouveau roman, vous nous avez frappés le cœur. 

➤ « Frappe-toi le cœur », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €

BD - Vieillesse ennemie


Pauvre Hélène Bruller. Elle a 47 ans. Et tendance à mal le vivre. Car les toubibs lui serinent que vieillir n’est pas un problème, pour elle c’est quand même une maladie qui reste mortelle. Cet état d’esprit lui a fourni l’essentiel des idées de gags de ce recueil à conseiller à toutes les femmes. De 17 à 77 ans. 

Avec une acuité comparable à Claire Brétecher (qu’elle cite à plusieurs reprises) elle ose tout. De la sexualité à l’éducation des enfants en passant par le regard des autres, le jugement de ses « ex » et même la mort. On rit beaucoup de ces situations dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. Les hommes aussi car ils jouent un rôle important dans les ressorts de l’humour.

➤ « J’veux pas vieillir », Hugo Desinge, 15 €