Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
lundi 28 août 2017
BD - Soldat religieux
Les guerres de religion ont longtemps déchiré les régions de France. Gilbert Bouchard, en racontant la vie du duc de Lesdiguières fait un large tour d’horizon du conflit entre catholiques et protestants. Dans ce Dauphiné cher au cœur de l’auteur, Lesdiguières se laisse convaincre par la Réforme. Et comme c’est un fier guerrier, il prend la tête de troupes pour faire triompher sa foi et au passage massacre quantité de catholiques. Il ira de victoire en victoire, amassant une fortune et devenant de plus en plus puissant. Mais le vent tourne. Henri IV se convertit et Lesdiguières, par amour, en fera de même. Il reprend les armes, mais pour l’autre camp. Nouvelles victimes, par milliers. Une BD historique très documentée, dans un style académique et d’une grande clarté.
➤ « Ce diable de Lesdiguières », Glénat, 11,50 €
dimanche 27 août 2017
BD - La crème des tueuses de vampires
Des récits complets composants la collection « Doggy Bags », ceux racontant les aventures de Heart Breaker ont donné envie aux auteurs de lancer un hors-série dédié à cette chasseuse de vampires. Des vampires supérieurs du clan des Sépulkres. Sadiques, violents, dominateurs, ils règnent sur le monde grâce à l’argent qu’ils ont amassé au cours des siècles. Des trois récits on retiendra surtout le premier, signé Hasteda et Sourya. Un affrontement dantesque contre des tueurs au service du Vatican avec pour enjeu la relique contenant du sang du Christ. Le reste est moins concluant, dessin déstabilisant de Chariospirale et histoire un peu légère de Céline Tran (anciennement connue sous le nom de Katsuni et qui a servi de modèle pour la plastique de l’héroïne). Le tout reste un excellent divertissement de série B pour amateurs de gore et de jolies filles.
➤ « Heart Breakers », Ankama, 13,90 €
samedi 26 août 2017
BD - Artemisia, première académicienne
Des nombreuses biographies de peintres en bande dessinée (nouvelle mode du moment, en BD comme au cinéma), celle d’Artemisia Gentileschi a l’avantage de la nouveauté. Gauguin ou Manet, on connaît quasiment tout de leur vie. Par contre cette artiste italienne du XVIIe siècle est inconnue pour beaucoup. Nathalie Ferlut fait le récit de sa vie tumultueuse et le confie à Tamia Baudouin pour le mettre en images. Artemisia a toujours baigné dans le milieu des peintres. Son père est un artiste reconnu. Il aimerait former ses deux fils à son art mais à son grand désespoir, seule sa fille a hérité de son talent. Désespoir car en ces temps reculés, peindre est réservé aux hommes. Les femmes ont le droit de faire des natures mortes ou des portraits, mais pas plus. Pourtant le talent de la jeune femme va changer la mentalité des mécènes de l’époque, au point qu’elle sera la première à intégrer l’Académie des Arts de Florence, gagnant ainsi le droit de vendre ses toiles et d’en vivre largement. Mais avant cette victoire sur les mœurs de l’époque, la jeune femme devra subir sa condition. Violée par un ami peintre de son père à ses 18 ans, elle osera le dénoncer et le faire condamner. Un album édifiant sur l’histoire de la peinture mais aussi, et surtout, sur l’émancipation des femmes artistes.
➤ « Artemisia », Delcourt, 15,95 €
vendredi 25 août 2017
Rentrée littéraire : Ras-le-bol urbain dans "La fuite" de Paul-Bernard Moracchini
Qui n’a pas rêvé un jour de tout plaquer et de fuir cette vie stressante moderne ? Oublier voiture, appartement, boulot, famille et se retirer tel un ermite au plus profond de la montagne. Le narrateur de ce premier roman de Paul-Bernard Moracchini a osé. On suit sa « Fuite » de la réalité insupportable. Son arrivée en train dans cette région reculée, qui a des airs de Pyrénées. Dans un bar de village, il croit de nouveau pouvoir supporter les gens. Erreur. « Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables et au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà...» Le récit se poursuit, raconte la progression dans la montagne, la forêt, pour rejoindre une cabane de chasseur perdue dans les bois.
Plus de présence humaine, juste un chien recueilli en chemin et la faune sauvage. Une thérapie efficace : « La boule de fiel qui roulait au creux de ma panse quelques semaines auparavant, se résorba. Je vivais en bon sauvage oublié de mondes que rien ne semblait vouloir me rappeler ». La suite est un peu plus compliquée. Vivre est aisé, survivre moins évident.
La solitude est aussi une épreuve qu’il est parfois difficile de surmonter sans tomber dans la folie. Un roman initiatique fort et prenant d’une voix survivaliste singulière.
➤ « La fuite » de Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14 €
jeudi 24 août 2017
Roman - "Minuit, Montmartre", le Paris rêvé de Julien Delmaire
Elle est noire, sauvage et belle comme un paysage d’Afrique. En 1909, la jeune Masseïda erre dans les rues de Paris. Dans le quartier de Montmartre. Si loin de sa terre natale. Mourant de faim, frigorifiée, elle ne devra son salut qu’à la rencontre avec un gros chat, le roi du quartier. Il va la conduire chez son maître. Du moins l’homme chez qui il daigne parfois passer les nuits. Théophile Alexandre Steinlein est un artiste peintre. Ce surdoué du fusain vivote en plaçant des dessins dans la presse humoristique. Il réalise aussi des tableaux de commandes. Mais ce qu’il aime c’est dessiner des chats, ses meilleurs amis. Il va faire une exception pour Masseïda.
Julien Delmaire, en racontant la vie de cet illustrateur mondialement connu pour avoir signé l’affiche du « Chat Noir », y ajoute une belle romance et une réflexion sur le déracinement et la différence. Être une femme, noire, indépendante dans ce Paris dévergondé mais encore plein de préjugés n’est pas de tout repos. Il utilise un style chatoyant et riche pour décrire la vie du peuple, ses rébellions et joies.
➤ « Minuit, Montmartre » de Julien Delmaire, Grasset, 18 €
mercredi 23 août 2017
DVD et blu-ray - Quand Don Siegel dominait le cinéma d’action
Quand sort « L’inspecteur Harry » en 1971, Don Siegel, en dehors de la polémique sur l’apologie de l’autodéfense, devient le cinéaste majeur des films policiers et d’action. Sa science du montage, du rythme et des personnages entiers font qu’il va marquer des générations de cinéastes. Le film doit aussi beaucoup à son acteur principal, Clint Estwood, dont c’est la troisième collaboration avec le réalisateur. Deux années plus tard, Don Siegel est de retour avec « Tuez Charley Varrick ! ». Tout aussi virtuose, au scénario plein de rebondissements, de chausse-trappes, ce polar mené à 100 à l’heure vient de ressortir en DVD et blu-ray, restaurés, avec un livret pour bien comprendre le phénomène. Car ce film est véritablement phénoménal.
■ Gros braquage
Le début de l’histoire est classique. Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, une jeune femme au volant d’une grosse voiture se gare devant une banque. Son mari, vieux et un pied dans le plâtre, veut déposer un chèque. Il demande à voir le directeur de la banque et quand tous les employés sont présents dans le hall, il sort un revolver et le braque. Avec deux complices il dé- robe les sacs contenus dans les coffres. Mais cela se passe mal. Un complice, et un gardien sont tués, deux policiers aussi, la conductrice blessée. Il ne reste de la bande que Charley Varrick (Walter Mathau) et un jeune complice. qui découvre un trésor dans les sacs : 750 000 dollars. Charley comprend alors qu’il vient de voler la mafia et que la traque va être impitoyable.
Walter Matthau, surtout connu pour ses rôles comiques en duo avec Jack Lemmon, est étonnamment crédible dans le rôle de cet ancien aviateur prêt à tout pour lui aussi avoir une fin de vie à l’abri, loin des soucis financiers. Seul bémol, le tueur sadique de la mafia fume la pipe comme un banal commissaire Maigret...
Le coffret offre un second DVD, un documentaire sur le film avec témoignages et explications. Un bijou pour les passionnés de cinéma d’action américain.
➤ « Tuez Charley Varrick ! », Wild Side Video, 29,99 € le coffret
mardi 22 août 2017
Rentrée littéraire : Une famille française face à l’Histoire dans "Taba-Taba" de Patrick Deville
Voyage dans l’Histoire de France. Le nouveau roman de Patrick Deville, écrivain-voyageur, est une vaste photographie de la vie politique du pays de la fin du XIXe siècle à nos jours. Mais pour parler de l’universel, il a fait le choix de ne le faire que par l’entremise de sa propre famille. Des colonies aux tranchées de 14-18, de l’éducation pour tous aux attentats de 2015 en passant par la Résistance, les Deville étaient toujours présents, acteurs ou spectateurs, mais à la vie façonnée, modifiée ou bouleversée par ces événements.
Il y a l’arbre généalogique synthétique, impersonnel et le roman, chaleureux et édifiant. Le choix est vite fait pour Patrick Deville. Il débute son récit dans un ancien lazaret devenu hôpital psychiatrique. Un gamin, boiteux, y côtoie un ancien marin répétant sans cesse «Taba, Taba ». Ce gamin c’est l’auteur qui va y revoir l’arrivée de son arrière-grand-mère, en provenance d’Égypte, plus d’un siècle auparavant. Elle rencontre un homme qui deviendra instituteur, de ceux qui recrutés par Jules Ferry formeront la fameuse armée pacifique des « hussards noirs ».
■ De Bram à Sorèze
L’auteur, au volant de sa voiture, entreprend un long voyage pèlerinage sur les différents lieux de vie de ses ancêtres. Une voiture qui joue un rôle dans le roman, « j’observais en bas dans la cour la Passat - le Passé en catalan mais l’Alizé en allemand - comme un animal gris métallisé dont ma vie dépendait. » Son récit familial l’entraîne dans la banlieue parisienne, les champs de bataille de Verdun.
Et puis, en 1941, cap au sud. Les Allemands déferlent sur la France. La famille Deville fuit. « On leur avait dit qu’ils devaient descendre à Brame. Ils avaient entendu Brame. Ils avaient découvert dans la gare minuscule l’absence du e final. Ils sont à Bram, dans le département de l’Aude. » La ville de l’époque est décrite par le père de l’auteur. Lui y retourne de nos jours et en dresse un portrait contrasté. C’est le sud, mais la cité est à l’agonie. Uniquement tourné vers le passé, le rugby des Spanghero et des Rancoule. Ensuite ce sera le maquis dans le Lot. Un tour de France qui s’achève à Saint-Nazaire, dans ce lazaret devenu asile, après une longue parenthèse à Sorèze dans la Montagne noire.
Le roman offre le triple intérêt de raconter la vie d’une famille, de la replacer dans le contexte historique et surtout de découvrir ce que sont devenus ces lieux aujourd’hui. Une vision souvent teintée de nostalgie par un auteur qui a la capacité de voir au-delà des apparences et de découvrir des histoires derrière une lettre, un objet ou une simple façade décrépie.
➤ « Taba-Taba » de Patrick Deville, Seuil, 20 €
lundi 21 août 2017
BD - La guerre froide réécrite
Encore une série d’aviation autour de l’uchronie. Maza, après avoir signés trois albums de la série « USA Uber Alles », déjà avec Pécau, plonge en pleine guerre froide. En 1983, une pilote de chasse de l’armée est-allemande perd son coéquipier lors d’une escarmouche avec des chasseurs américains. Il semble que ces derniers sont les éclaireurs d’une vaste offensive contre le bloc soviétique. Reagan aurait-il décidé de lancer le feu nucléaire sur l’empire russe ? Sur cette hypothèse, les auteurs proposent un récit où espions, militaires, dignitaires et généraux jouent un jeu dangereux. Ce n’est qu’une uchronie, mais on est certainement passé très près de ces événements. Le tome 2 est annoncé en librairie le 18 octobre prochain.
➤ « Luftballons » (tome 1), Delcourt, 14,95 €
dimanche 20 août 2017
BD - La guerre aérienne du passé
Alors que les poilus croupissaient dans les tranchées, les pilotes s’affrontaient lors de duels homériques dans le ciel de France. Parmi les as des aviateurs français, Alexandre Marais a la particularité d’avoir été défiguré et de dissimuler ses blessures de guerre sous un masque. Il va devoir apprendre à combattre avec un nouveau venu, Louis Lafitte, jeune, beau et très talentueux. Rapidement, les deux militaires vont vouloir se mesurer dans les airs. C’est à celui qui abattra le plus de « Boches ». Mais ces derniers aussi ont des as dans leur chasse et Marais, tout comme Lafitte, devront s’épauler pour tout simplement survivre. Le récit de Thierry Lamy, entre vérité historique et romance (Marais tombe amoureux de sa marraine de guerre au rôle plus trouble qu’il n’y parait), raconte une belle histoire prévue en trois parties toutes dessinées par Cédric Fernandez, déjà remarqué dans le genre avec sa biographie de Saint-Exupéry.
➤ « Faucheurs de vent » (tome 1), Glénat, 13,90 €
samedi 19 août 2017
BD - La guerre civile du futur
L’apartheid social règne sur la Terre dans ce futur proche imaginé par Marazano et mis en images par Ponzio. Notre monde se divise en deux catégories. Les riches qui vivent dans des enclaves. Les pauvres laissés à l’abandon dans des zones ravagées. Bien sûr, les habitants de ces zones de non-droit ont le désir d’aller dans les enclaves. Intervient alors la troisième catégorie de citoyens, les membres des Sections d’intervention. Une armée destinée à réprimer les révoltes, voire éliminer froidement les récalcitrants. Vivian, le personnage principal de cette série est le chef d’une des sections les plus efficaces. Ils sont méchants, agressifs et obéissants. Pourtant le chef semble cacher quelque chose à ses hommes. Se pourrait-il qu’il soit en réalité un des meneurs de la révolution qui se trame en coulisse ? Une série plus politique que militaire, qui fait réfléchir sur le tout sécuritaire et a forcément un écho particulier en ces temps de Vigipirate et d’attaque des soldats de Sentinelle.
➤ « Mémoires de la guerre civile » (tome 1), Dargaud, 13,99 €
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