samedi 19 août 2017

BD - La guerre civile du futur


L’apartheid social règne sur la Terre dans ce futur proche imaginé par Marazano et mis en images par Ponzio. Notre monde se divise en deux catégories. Les riches qui vivent dans des enclaves. Les pauvres laissés à l’abandon dans des zones ravagées. Bien sûr, les habitants de ces zones de non-droit ont le désir d’aller dans les enclaves. Intervient alors la troisième catégorie de citoyens, les membres des Sections d’intervention. Une armée destinée à réprimer les révoltes, voire éliminer froidement les récalcitrants. Vivian, le personnage principal de cette série est le chef d’une des sections les plus efficaces. Ils sont méchants, agressifs et obéissants. Pourtant le chef semble cacher quelque chose à ses hommes. Se pourrait-il qu’il soit en réalité un des meneurs de la révolution qui se trame en coulisse ? Une série plus politique que militaire, qui fait réfléchir sur le tout sécuritaire et a forcément un écho particulier en ces temps de Vigipirate et d’attaque des soldats de Sentinelle.

➤ « Mémoires de la guerre civile » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

De choses et d'autres - Instantanés de plage sous forme de BD


Si au cours de votre petite séance de bronzette et de baignade sur la plage, vous remarquez une jeune femme en train de dessiner sous son parasol, prenez garde, vous pourriez vous reconnaître dans les prochaines « Conversations de plage » de Camille Pot. Diplômée des Arts déco de Strasbourg, l’illustratrice a quitté la froide Alsace pour les chauds rivages de Méditerranée ou de l’Atlantique. Des vacances studieuses à écouter des conversations de plage ou les imaginer, les transformer en petites BD et au final les proposer dans un album format poche, idéal à glisser entre le seau, la pelle et les serviettes.

On y rencontre des enfants, un couple, des amies, des dragueurs et des mégères. Toute une faune qui allongée sur le sable ou en train de construire des châteaux, se repose ou s’amuse. Avec quelques fulgurances, que l’on saisit parfaitement quand on se réveille d’une sieste réparatrice et qu’on prend conscience que « pendant ce temps-là, il y en a qui font le changement à Châtelet-les-Halles ».

Mais on rit jaune aussi dans ce bouquin quand un homme, pas forcé- ment très âgé, dit à sa compagne : « C’est terriblement beau... N’est-ce pas, Marie Douce ? ça me donne envie de nous réserver une petite concession dans ce joli cimetière en marge de la dune... Nous y aurons une vue imprenable...» De l’humour noir au soleil.  

➤ « Conversations de plage » de Camille Pot, Warum, 12 €

vendredi 18 août 2017

Polars - Désert américain contre Canal du Midi, shérif ou policier ?

Magie des romans policiers permettant des évasions maximales en quelques pages. Non seulement on est pris par des énigmes souvent passionnantes, mais en plus, les auteurs pour corser les intrigues, les placent dans des lieux originaux à découvrir, au bout du monde ou près de chez soi. Exemple avec ces deux polars, l’un se déroulant dans le Wyoming, état le moins peuplé des USA et certainement le plus désertique, l’autre dans un petit village de l’Aude, couvert de vignes verdoyantes le long du célèbre et bucolique Canal du Midi. Shérif Longmire de Craig Johnson ou policier Manuel Garcia dans une de ses propres enquêtes ? Faites votre choix.

■ Bout du monde



Le shérif Walt Longmire règne sur un comté peu peuplé mais très étendu. Ses concitoyens : des retraités, quelques Indiens de la nation Cheyenne et des originaux cherchant calme et oubli. C’est le cas d’une secte issue de la religion mormone. Dans « La dent du serpent », Longmire découvre leur lieu de vie en ramenant à bon port un adolescent surpris en train de voler des victuailles chez une vieille dame. Une communauté installée loin dans le dé- sert, « sur un chemin de graviers conduisant à un portail fait de rondins attachés ensemble, au-dessus duquel un portique annonçait ‘East Spring Ranch’. Ce n’était pas tout à fait le bout du monde, mais on en était suffisamment près pour pouvoir y envoyer un télégramme, sans toutefois espérer de réponse ». Une fois le décor planté, les ennuis commencent pour Longmire et ses adjoints. Une rude bataille, avec l’intolérance et des secrets profondément enfouis à la clé. Passionnant et dépaysant.

■ Amours tragiques



Autre ambiance si vous vous plongez dans « Les amants du Canal du Midi » de Manuel Garcia. Cet auteur, ancien policier, une fois à la retraite a voulu revenir sur une des affaires qui ont marqué sa carrière professionnelle. En 1970, à Mirepeisset, hameau audois, au bord du Canal du Midi, José Salvador, un enfant du village, est retrouvé assassiné dans la maison de son père. Les gendarmes arrêtent rapidement le présumé coupable. Mais quelques années plus tard, le juge d’instruction décide de rouvrir l’enquête et de la confier à ce policier rigoureux. L’auteur, tout en retraçant ses découvertes qui ont relancé l’affaire, décrit cette région qu’il aime tant: « Quand il faisait très chaud, il aimait s’asseoir à l’ombre des platanes, fermer les yeux et s’abandonner à d’intimes rêveries ». Un premier roman qui pourrait marquer la naissance d’un héros récurrent.  
➤ « La dent du serpent » de Craig Johnson, Gallmeister, 22,80 €
➤ « Les amants du canal du Midi » de Manuel Garcia, TDO éditions, 15 €

De choses et d'autres - Carte postale sanglante

La traditionnelle carte postale envoyée depuis son lieu de villégiature a de moins en moins de succès. Pourtant, le format impose la brièveté du message de plus en plus en vogue dans notre mode de vie moderne, où tout doit aller très vite. L’ancêtre du SMS en quelque sorte. Une fois que l’on a indiqué l’adresse et collé le timbre, il ne reste qu’une petite moitié de carte pour donner de nos nouvelles.

Cela se résume souvent à «Il fait beau, la nourriture est bonne et tout se passe bien. Des vacances inoubliables, un véritable rêve». Pas de place pour de la grande littérature. Il faut aller à l’essentiel, souvent le futile quand on est en vacances. Sans y mettre trop de précisions ou de considérations personnelles, car sans enveloppe, le texte est visible par tout le monde, du receveur des postes au préposé du tri sans oublier le facteur, généralement de confiance, mais on ne sait jamais.

Des cartes postales de ce genre, il y en a certainement des dizaines et des dizaines qui ont été postées hier de Barcelone. Jetées d’une main négligente par ces touristes arpentant les Ramblas ensoleillées. Un petit clin d’œil pour ceux qui sont restés dans la grisaille. Juste pour les rassurer et partager son bonheur. Et puis pour certains, les vacances ont viré au cauchemar. La réalité de notre monde devenu fou a rattrapé ces vacanciers qui cherchaient juste à profiter d’un moment de détente dans la capitale catalane. Barcelone la riante, la baroque. Une ville qui a toujours été à part, chérie des artistes, à l’ambiance si particulière. La folie et la mort ont foncé sur les innocents.

Ces cartes postales arriveront bien à destination dans quelques jours. Mais pour certains, blessés dans l’attaque terroriste d’hier, elles seront le souvenir horrible de vacances sanglantes. 

jeudi 17 août 2017

DVD et blu-ray - « Gangsterdam », drogue, guns et bras cassés français

Dans les bonus du DVD « Gangsterdam », film de Romain Lévy, Kev Adams confie que c’est son premier rôle où il a la chance d’avoir un « gun » en main. Et qu’il kiffe un max… On y voit aussi un réalisateur qui a longtemps dû batailler avec son acteur vedette pour le persuader de ne pas avoir le plus gros « gun » du trio, pour préserver la cohérence de l’évolution de sa personnalité. Kev Adams kiffe donc, mais il aurait quand même préféré en avoir un plus gros. Beaucoup plus gros...
Toute la philosophie du film est résumée dans cette anecdote. « Gangsterdam » est un film de gangster qui se déroule à Amsterdam, mais c’est surtout le rêve d’un réalisateur qui voulait orchestrer et mettre sur pellicule des bagarres, des fusillades au ralenti, de jolies filles dénudées, des crashes de voiture… et des pets. Cherchez l’intrus. Un indice : ça ne sent pas bon.

Les Pays-Bas, depuis très longtemps, ont légalisé la consommation de cannabis pour usage récréatif. Mais pas en dehors des célèbres cafés. Certains truands français profitent du marché pour s’y approvisionner. Toute la difficulté est de trouver des passeurs efficaces. Nora (Manon Azem) finance ses études par ces voyages peu risqués. Mais quand son boss (Manu Payet) décide de passer à la vitesse supérieure, il décide de lui flanquer une assurance tout risque en la personne de Ruben (Kev Adams), gentil étudiant en droit, bien sous tout rapport, totalement insoupçonnable. Ce dernier accepte car il en pince pour la belle. Problème, il fait le trajet avec son meilleur ami Durex (Côme Levin): obsédé sexuel, raciste, grand péteur devant l’éternel et roux. Ce qui fait beaucoup de handicaps. Le trio de bras cassés devra affronter de véritables gangsters et grandir.
On ne s’étendra pas sur l’interprétation des comédiens qui ont tous débuté dans des séries télé et cela se ressent, pour ne conserver que quelques scènes réellement comiques, toujours dans l’excès grâce à Ruben, véritable héros du film car, selon le célèbre adage, on le reconnaît car il ose tout.
➤ « Gangsterdam », Studiocanal, 12,99 € le DVD et 14,99 € le bluray

De choses et d'autres - Tatouage et regrets éternels


L’été, la chaleur, la vie au grand air, les corps dénudés... De bonnes raisons pour avoir envie, petite folie estivale, de s’essayer au tatouage. Discret généralement.

Sauf si la décision est prise après une nuit de beuverie et un pari idiot de fin de soirée. Dans le genre : « Oui monsieur je suis capable de me faire tatouer le visage du président Macron et de Brigitte sur le dos. Et tout de suite même, si tu paies ta tournée ! » Par malchance, un tatoueur guettait le bon client, cette nuit-là sur le bord de mer. Depuis vous n’osez plus vous promener torse nu et portez toujours des manches longues : le pote maléfique vous a en plus persuadé de vous imprimer sur le bras droit « Je suis en marche » et « En même temps » sur le gauche. Contrairement aux décalcomanies Malabar, les tatouages résistent au lavage et à la vieillesse.

Ce genre de mésaventure vient d’arriver à une certaine Jade Voltigeur, 18 ans. Un simple dessin indélébile sur l’omoplate gauche va l’empêcher de briller. Il n’est pas précisé ce qu’il représente ni dans quelles circonstances il a été réalisé. Simplement elle savait qu’il ne représenterait pas un atout puisque le 21 juillet dernier elle avait pris le soin de le dissimuler sous une épaisse couche de fond de teint. Le subterfuge a fonctionné : elle a été élue Miss Martinique et se préparait à représenter l’île des Caraïbes en décembre prochain pour l’élection de Miss France.

Mais patatras, quelqu’un a lâché le morceau. Elle est «marquée », le règlement l’interdit. Triste réalité de 2017 : une jeune femme, pour prétendre au titre de Miss France, doit être célibataire, ne pas avoir posé dénudée et présenter un corps vierge de toute fioriture genre tatouage ou piercing... Pauvre Jade. Remplacée par sa première dauphine pour une petite erreur de jeunesse.

La vie est parfois injuste envers les jolies filles. 

mercredi 16 août 2017

Cinéma - « Une femme douce » et tenace

UNE FEMME DOUCE. La société russe passée au révélateur du cinéaste Sergei Loznitsa.


Pas un sourire. Quasiment pas de paroles : la femme douce personnage principal du film de Sergei Loznitsa reste une énigme pour le spectateur. Avec une lenteur que peu de créateurs peuvent se permettre (et surtout rendre intéressante, intrigante), il plante le décor et l’obsession de cette femme de prisonnier. Son mari est enfermé. Pour une histoire de droit commun. Mais dans ce pays, la justice a parfois d’étranges conceptions des crimes.
Elle lui a envoyé un colis avec des aliments en conserve, des habits, des produits de toilette. Le colis revient à destination. Sans la moindre explication. Elle tente de demander des précisions à la poste de la ville où elle réside, mais l’administration russe, si elle n’est plus soviétique, a encore conservé toutes ses incohérences. Alors, elle choisit sa plus belle robe et part en train pour la grande ville. Avec le paquet qu’elle veut donner directement à son mari.

■ Violence
On s’attend à un plaidoyer pour les droits de l’Homme, mais rapidement on constate que la Russie actuelle n’a rien à voir avec un état de droit. A la prison, dans la cohue, après des heures d’attente et le remplissage de multiples formulaires, la fonctionnaire lit le nom du prisonnier, se retourne pour vérifier dans un registre, rend le papier à la femme en lui disant simplement que cette demande n’est pas réglementaire. Point final. Pas de discussion. Guichet fermé. Perdue dans la ville, elle est « secourue » par l’épouse d’un autre prisonnier. Elle offre de l’héberger pour la nuit. Mais cela ressemble plus à un guet-apens. Dans le salon, une dizaine de personnes se saoulent à la vodka. Les femmes se dénudent. Les hommes en profitent. La femme douce observe. De loin. Mais elle est repérée par un proxénète qui lui promet de l’aider à avoir des nouvelles de son mari contre une rétribution en nature…

 

Le film est lent et violent à la fois. Une violence sourde, oppressante, omniprésente. Longtemps elle parvient à l’éviter, à fuir au bon moment. Mais on se doute qu’au final, il n’existe pas d’échappatoire. Même si le réalisateur, grâce à une fin entre Fellini et «Brazil » de Terry Gilliam, parvient à laisser croire que c’est possible.

➤ "Une femme douce" drame de Sergei Loznitsa (Russie, 2 h 23) avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva.
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De la violence dans le cinéma russe


Rôle d’une rare complexité pour Vasilina Makovtseva (photo), actrice russe de théâtre venue de l’Oural, elle interprète avec brio, cette femme, douce et obstinée, perdue dans une Russie devenue incontrôlable où la violence est présente à chaque coin de rue. Du moins dans les grandes villes. Quand elle est chez elle, dans cette maison perdue dans la prairie, loin de toute route, c’est la tranquillité et le calme qui règnent. Mais jusqu’à quand. On sent que le monde russe bascule. La libéralisation du marché a littéralement désagrégé le pays. S’il a conservé sa bureaucratie pointilleuse, inflexible et incompréhensible, l’argent a transformé les hommes. Les policiers ou gardiens de prison ne sont que des corrompus en puissance. Les ambitieux deviennent les nouveaux corrupteurs, à qui rien ne peut résister. Surtout pas les femmes.

Cette thématique de la violence omniprésente dans la nouvelle société russe inspire les réalisateurs. Comme dans « Faute d’amour », nouveau film d’Andrey Zvyagintsev, en salles le 20 septembre prochain mais qui sera en avant-première au Castillet à Perpignan ce mardi 22 août à 19 h 15. Un couple se déchire, veut divorcer. Leur enfant trinque. Un film dur, bouleversant selon la critique et qui a remporté le prix du jury au dernier festival de Cannes.
Le précédent film de Zvyagintsev, « Leviathan », lui aussi primé à Cannes en 2014, explorait déjà les relations compliquées au sein de la famille d’un garagiste dans une petite ville isolée au nord du pays. 

De choses et d'autres - La paix des vacances marseillaises

S’il est allé passer des vacances incognito à Marseille, ce n’est pas pour se faire enquiquiner par des paparazzis. Emmanuel Macron a lui aussi droit à la tranquillité médiatique durant ses congés payés. Aussi quand il se fait suivre par un photographe de VSD et que ce dernier tente de pénétrer dans la résidence privée pour photographier le président (en maillot, voire Brigitte topless, les deux clichés auraient un succès énorme dans les journaux people connus aussi sous le sobriquet peu engageant de «presse poubelle»), il sort de ses gonds et porte plainte. La police intervient et le photographe passe six heures en garde à vue.

Bon, ce n’est pas une première. Sarkozy a souvent lancé ses avocats contre des indélicats. Mais le paradoxe est qu’au moment où la France, pourtant en pleine sieste du 15 août, apprend la nouvelle de la garde à vue, le président français téléphone au président Erdogan pour lui faire part de sa «préoccupation» au sujet de l’incarcération du journaliste français Loup Bureau. Deux journalistes qui ont des problèmes avec l’État. Mais l’un passe simplement quelques heures dans un poste de police alors que l’autre croupit depuis trois semaines dans les geôles turques. Deux poids deux mesures.

Reste le meilleur dans ces vacances marseillaises. Le photographe de VSD doit se mordre les doigts de ne pas être footballeur professionnel. Car hier après-midi, sur son compte Instagram, le joueur de l’Olympique de Marseille Grégory Sertic a publié un selfie avec le président vêtu d’un maillot de l’OM, tout sourire. Donc on peut prendre le président en photo. Il suffit de lui demander. On remarquera d’ailleurs qu’il paraît encore plus content d’être à côté du joueur que l’inverse. Et on comprend mieux dès lors pourquoi il a décidé de passer ses vacances au bord de la Méditerranée. 

mardi 15 août 2017

Livres de poche - Retrouvez les héros de vos films préférés

Sorti au cinéma il y a moins d’une semaine, « La Tour sombre » est tirée d’un roman de Stephen King. Redécouvrez l’œuvre originale dans cette réédition au format poche suivi d’un court roman, « Les petites sœurs d’Elurie ». Roland de Gilead, dernier justicier et aventurier d’un monde dont il cherche à inverser la destruction programmée, doit arracher au sorcier vêtu de noir les secrets qui le mèneront vers la Tour Sombre.
➤ « La Tour sombre », J’ai Lu, 7,80 €

Le prochain Star Wars, au cinéma, est annoncé en décembre. Mais si vous êtes en manque de sabre-laser et de batailles spatiales plongez dans les romans inédits régulièrement édités en poche. Dernier en date « Liens de sang » de Claudia Gray qui a pour vedette la princesse Leia. Désespérés à l’idée de ne pas réussir à prendre les mesures nécessaires face aux menaces tant extérieures qu’intérieures, les Sénateurs réclament l’élection d’un Premier Sénateur. Ils espèrent qu’un leader fort pourra unifier une galaxie divisée.
➤ « Star Wars, Liens de sang », Pocket, 9,30 €

Magnifiquement adapté à l’écran par la cinéaste Naomi Kawase, primée à Cannes, « Les délices de Tokyo », roman de Durian Sukegawa est une ode à la cuisine et à la vie. Poignant, poétique, sensuel : un régal. «Écouter la voix des haricots » : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises.
➤ « Les délices de Tokyo », Le Livre de Poche, 6,90 €

De choses et d'autres - Le don moderne

Mécréant, élevé dans le culte de la laïcité, je n’ai que peu fréquenté les églises. Mes rares visites, en dehors des reportages notamment dans la Collégiale de Castelnaudary, étaient motivées par la curiosité culturelle. Les très beaux vitraux de Conques en Aveyron notamment.

J’ai également poussé systématiquement les portes des édifices religieux des villages où j’ai habité. Je n’y ai trouvé ni Dieu ni bigotes, mais toujours calme et fraîcheur, ce qui est déjà beaucoup en été dans nos régions chaudes et surpeuplées.

Je me suis toujours demandé comment fonctionnait l’achat de cierges. Pourquoi des gros et des petits ? A quel prix ? Les bénitiers m’ont aussi interpellé. Comment dans notre société à l’affût du moindre dérapage sanitaire, permet-on encore ces bouillons de culture ouverts à toutes les contaminations ? Des chercheurs ont-ils osé analyser cette eau, certes bénite, mais aussi grouillant d’une vie propre, enfin si l’on peut dire.

Et puis il y a les troncs. Ces urnes, accrochées à un pilier, où l’on glisse la monnaie utilisée pour le confort matériel des curés. Et les images du film de Jean-Pierre Mocky « Un drôle de paroissien » me reviennent toujours à l’esprit: Bourvil en train de dérober avec dextérité l’argent du Seigneur. Chaque fois que je vais dans une église, je m’attends à voir Bourvil débarquer discrètement pour piller la manne. Et j’espère que Francis Blanche tentera, en vain, de le pincer en flagrant délit.

Un scénario écrit au début des années 60 devenu aujourd’hui totalement obsolète. Les voleurs peuvent remballer leur rouleau de scotch et autres bâtons recouverts de glu. La cathédrale d’Anvers en Belgique vient d’inventer le tronc numérique. Plus de pièces, mais un lecteur de carte bancaire. Les voies du Seigneur sont désormais impénétrables sauf pour les hackers patentés.