Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mardi 14 mars 2017
Nouvelles : la petite musique de Gaëtan Roussel
Il sait écrire court. Normal, depuis des années ses couplets et refrains sont dans toutes les têtes. Gaétan Roussel, seul ou dans son groupe « Louise Attaque », cisèle des histoires du quotidien en moins de quatre minutes, durée standard d’une chanson. Se sentant sans doute un peu à l’étroit, il a laissé sa plume prendre un peu d’ampleur. Pas au point de pondre un roman fleuve, mais d’aligner quelques nouvelles désenchantées sur le thème de l’au revoir. De trois à 15 pages, concises, belles et poétiques, ces historiettes pourraient, pour certaines, être reprises en musique. On retrouve le rythme, la beauté de la formule comme cette fin où le narrateur parle de sa mère, malade « A mon départ, elle m’a dit au revoir en baissant les paupières. Plus tard dans la semaine, à son départ, j’ai su lui dire au revoir en gardant les yeux ouverts. »
➤ « Dire au revoir », Gaëtan Roussel, Flammarion, 15 € (sortie le 15 mars)
De choses et d'autres : Et alors ?
« Se faire tailler un costard », « prendre une veste »… la dernière mésaventure de François Fillon et ses costumes taillés sur mesure, habituellement hors de prix mais gratuits pour lui, prête à rire. Jusqu’à sa réponse hier matin dans une interview aux Échos : « Un ami m’a offert des costumes. Et alors ? »
Tout tient dans le « et alors ? » désinvolte. Comme ce présent allait de soi pour le député de Paris. Il brigue la présidence de la République, mais ne semble vraiment pas vivre dans le même pays que ses électeurs. Combien de personnes en France comptent dans leurs intimes des amis si généreux qu’ils leur offrent des vêtements taillés sur mesure ? Comme ça, juste par gentillesse ? Sans prendre trop de risque, je peux affirmer qu’on en dénombre moins que de doigts dans une main.
Des fleurs, des bonbons, un livre ou une cravate, d’accord. Mais des costumes à plus de 6 000 euros pièce, cela ne relève pas de la rareté mais carrément de l’exceptionnel, genre cocher les bons numéros du loto deux fois dans la semaine…
L’anecdote est à rapprocher avec une autre saillie médiatique d’il y a quelques mois. Emmanuel Macron, en visite dans l’Hérault, apostrophé en pleine rue par deux syndicalistes en T-shirt, sort cette réplique qui lui colle encore aux basques : « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». Voilà peut-être toute la différence entre le programme des deux candidats : pour l’un son costume on se l’achète, pour l’autre on se le fait offrir.
(Chronique parue le 14 mars en dernière page de l'Indépendant)
lundi 13 mars 2017
Livres de poche : de l’inédit à petit prix

Bastien Regnault part à la recherche de Diane, sa sœur jumelle, dont la famille n’a plus de nouvelles depuis plusieurs mois. Des indices convergents le mènent très vite à la Défense. Le quartier d’affaires, chargé d’histoire, va, petit à petit, se dévoiler à lui, lui révé- lant un monde inconnu et souterrain, où, semble-t-il, officie une mystérieuse et très ancienne société secrète : la Panse. Après Le casse du continuum, Léo Henry poursuit, avec La Panse, son exploration des genres dits « populaires ». Il propose cette fois un thriller d’infiltration lovecraftien ancré dans l’ici et maintenant.
➤ « La panse », Folio SF, 8,20 €

De Primo Levi, chacun connaît l’inoubliable récit qu’il écrivit à son retour d’Auschwitz. Des souvenirs du lager, il sera peu question ici, mais bien plutôt du jeune garçon qu’il était en y entrant. D’une enfance timide et bourgeoise, à Turin, de la chimie qui fut sa première passion (et son autre métier), des livres, de l’amitié, d’un parcours scolaire soumis aux lois fascistes, des premiers émois amoureux, de la montagne et du goût du risque – témoignage rare, pré- cis et pudique de celui qui devint, malgré l’horreur et à travers elle, « un homme ».
➤ « Moi qui vous parle, entretien avec Primo Levi », Pocket, 6,30 €

Nouvel an tragique à Cologne. Des centaines d’Allemandes sont agressées. Une riche Iranienne, dont la fille compte parmi les victimes, charge Kali Grant et son jumeau Odys de découvrir la vérité… L’enquête traverse une Europe menacée et déchirée par l’extrême droite. En suivant la piste des réfugiés, Kali ira jusqu’à Mossoul. Dans cette ville tombée aux mains de Daech, une jeune Yézidie est sur le point de connaître un sort tragique. Pour la libérer, Kali monte une opération commando extrêmement périlleuse…
➤ « Opération Mossoul », Le Livre de Poche, 7,60 €
De choses et d'autres : La baleine morbide
Le jeu viendrait de Russie. Imaginé par un psychopathe. Et quand vous jouez sur le net ce n’est pas une personne que vous pouvez manipuler mais des dizaines, des centaines. Sous prétexte de relever des défis, de ceux qui vous donnent le frisson dans une vie quotidienne morne, le concepteur de Blue Whale (en français la baleine bleue) manipule des ados au point de les pousser au suicide.
Tout commence par des échanges sur les réseaux sociaux. Envie de participer à un nouveau challenge excitant ? Accepte de relever 50 défis, un par jour. Au début c’est simple et presque fun comme écrire sur son mur Facebook « je suis une baleine », regarder des films d’horreur durant 24 heures ou se lever en pleine nuit et écouter une chanson spécifique. Petit à petit les épreuves se compliquent. Se durcissent surtout. Scarifications, coupures aux lèvres ou prises de risques inconsidérés comme se tenir assis sur le rebord d’un pont, escalader une grue ou monter sur le toit d’un immeuble. Le cinquantième défi, aussi délirant qu’il puisse paraître consiste tout simplement à se suicider, par pendaison ou en se jetant dans le vide.
Délirant car certains jeunes, pris dans la tourmente, s’exécutent. Les autorités russes estiment à plus de cent en une année les victimes de ce « jeu » morbide. En Angleterre les premiers cas sont signalés. Alors si dans votre entourage, surtout chez les jeunes, vous entendez parler de Blue Whale ou de Baleine bleue, soyez vigilants.
dimanche 12 mars 2017
BD : Retrouver Jean-Michel Charlier et le Buck Danny d'origine
Buck Danny a été créé il y a 70 ans dans les pages du journal Spirou. Ce héros imaginé par Charlier et Hubinon vole toujours à bord de ses avions de combats surpuissants. Une reprise après la mort du scénariste il y a trente ans. Charlier qui avait écrit les 16 premières pages de la nouvelle aventure confiée à Bergèse. Une histoire inachevée qui va enfin être terminée par Buendia et Zumbiehl, toujours avec Bergese au dessin qui pour l’occasion est sorti de sa semi-retraite. L’histoire se déroule au Japon en pleine guerre froide. Les Américains testent de nouveaux avions espions. Buck, Sonny et Tumbler sont aux commandes des U2 et autres Blackbirds, ces derniers volant à Mach 3. Beaucoup de nostalgie dans cet album, classique dans sa conception avec comme toujours de nombreux gags fournis par un Sonny aussi extravagant que les Dupontd au pays du Soleil Levant
➤ « Buck Danny » (hors-série), Dupuis, 12,95 €
samedi 11 mars 2017
BD : Enfants tolérants, adultes hargneux

Dans l’Amérique des années 30, la ségrégation raciale est toujours très forte. Certes les Noirs ne sont plus esclaves, mais ils sont ostracisés par les Blancs et surtout, la nuit venue, chassés comme du bétail par les membres du Ku Klux Klan. Stéphane Louis (également dessinateur de Tessa) a imaginé cette histoire d’amitié et l’a confiée au dessinateur Lionel Marty. William, fils d’un riche patron, est costaud mais pas futé. Abelard, petit Noir vivant dans la misère, est au contraire très intelligent. Loin des clichés colportés par les adultes (selon les Blancs, les Noirs n’ont pas d’âme et sont des animaux, selon les Noirs tous les Blancs sont des esclavagistes haineux), ils vont devenir amis et s’entraider. Mais en cachette. Des années plus tard, William est à la tête de l’entreprise familiale. Abelard son employé. En réalité c’est ce dernier qui mène la barque. Toujours en cachette. Un modus vivendi acceptable jusqu’à l’apparition d’une jolie blonde qui tape dans l’œil de William. Amitié contre amour, la lutte sera violente.
➤ « L’amour est une haine comme les autres », Bamboo Grand Angle, 16,90 €
De choses et d'autres : Aspirine préhistorique
Arrêtez de vous moquer des médecines douces ou traditionnelles. Une récente dé- couverte de chercheurs spécialisés dans la préhistoire vient de faire voler en éclat nombre de préjugés. Ils ont démontré que les hommes de Néandertal soulageaient leurs douleurs avec... de l’aspirine. Le médicament mis au point par un Allemand pour la société Bayer n’est que la synthèse d’un acide contenu dans certaines plantes comme l’écorce de saule ou le peuplier.
En analysant le tartre entre les dents de squelettes datant de Néandertal, les scientifiques ont déterminé avec précision leur alimentation. Un peu comme une énigme policière, les chercheurs sont arrivés à cette étonnante conclusion après étude de l’ADN du tartre dentaire d’un jeune adulte retrouvé en Espagne. Il souffrait d’un abcès dentaire encore visible sur la mâchoire. Et entre les molaires, des morceaux de bourgeons de peupliers ont été retrouvés. Pour combattre la douleur, l’homme de Néandertal a donc, bien avant Bayer, découvert les vertus de l’aspirine connue aussi sous son appellation générique d’acide salicylique. Il consommait également de la camomille, autre plante médicinale toujours en vogue de nos jours.
Dernier enseignement du tartre d’antan, côté viande les hommes de Néandertal étaient friands de rhinocéros laineux, gros herbivore qui pullulait à l’époque. Mais on ne sait pas ce qu’ils faisaient des cornes.
Dernier enseignement du tartre d’antan, côté viande les hommes de Néandertal étaient friands de rhinocéros laineux, gros herbivore qui pullulait à l’époque. Mais on ne sait pas ce qu’ils faisaient des cornes.
vendredi 10 mars 2017
De choses et d'autres : Vestes retournées
Voilà qui ne va pas améliorer l’image des politiques auprès des Français. La semaine dernière, après une nouvelle salve du Canard Enchaîné autour des soucis judiciaires de François Fillon, des dizaines d’élus de droite et du centre annonçaient ne plus pouvoir soutenir le vainqueur de la primaire.
Au point que le site de Libération a mis en place le « compteur des lâcheurs de Fillon » avec en face des noms le tweet ou le communiqué annonçant leur décision. Mais Fillon s’accroche et n’en démord pas : il sera candidat. Résultat depuis dimanche et la manif du Trocadéro, le compteur diminue. Une bonne vingtaine de personnalités, dont Christian Estrosi ou Christine Boutin ont retourné leur veste. Sur le compteur leur nom est rayé d’un trait rouge, celui de leur pragmatisme, ou opportunisme dixit Jacques Dutronc.
Car tout bien considéré pour ces anciens « traîtres », Fillon est un bon candidat. Ses pratiques peu orthodoxes d’emploi de sa famille ? Les mensonges éhontés sur les plateaux de télé dénoncés par la presse ? La remise en cause des institutions ? Broutilles. Des faits alternatifs, sans plus. Une seule chose leur importe désormais : la victoire du projet. Et in fine leur possible élection aux législatives de juin. Voire pour certains la possibilité de rejoindre le gouvernement de François Baroin. Car à droite, tout est déjà programmé. Mais attention, certains électeurs aussi pourraient changer d’avis du jour au lendemain.
BD : L’art de l’horreur
Alcante et Gihef, deux scénaristes aux multiples productions, s’unissent pour nous faire visiter leur « Dark Museum ». Une série concept, prévue en quatre tomes, basée sur la peinture. Ils ont sélectionné des tableaux célèbres et ont brodé autour des histoires sombres. Avant de s’intéresser au « Cri » de Munch (dessin de Luc Brahy), ils ouvrent le bal avec « American Gothic » de Wood. Sur cette toile, deux paysans américains figés, rigides et austères, devant une grange. L’homme plus âgé a une fourche en main. La femme, pas riante pour deux sous, se tient légèrement en retrait. Les scénaristes ont demandé à Stéphane Perger d’illustrer la vie du paysan, Lazarus Henkel. Durant les années 30, la famine menace les riches plaines américaines. Lazarus et sa fille vendent leurs dernières machines pour acheter de quoi manger. Quand cela ne suffit plus, ils trouvent une solution pour subvenir à leurs besoins. Et comme ils sont pétris de charité chrétienne, ils en font bénéficier tout le village. Le côté « dark » est parfaitement retranscrit par des dessins particulièrement expressifs dans les moments les plus terribles.
➤ « Dark Museum » (tome 1), Delcourt, 14,95 €
jeudi 9 mars 2017
De choses et d'autres : Ces femmes qui comptent
Hier, c’était la journée des femmes. Une appellation entrée petit à petit dans les mœurs. Longtemps ça a été la journée de la Femme et quelques connaissances féministes me reprennent sur ce raccourci. En réalité le 8 mars est « la journée internationale des droits des femmes ». Une petite précision sémantique, notamment adressée aux publicitaires qui profitent de cette date et lancent des campagnes incitant les hommes à offrir des fleurs, des parfums, voire des appareils électro-ménagers pour les plus vicieux, aux femmes qu’on aime. Triste époque mercantile, qui détourne le moindre événement afin de vendre l’inutile. Inutile, l’exact opposé du rôle des femmes dans notre société. Où serions-nous, nous les hommes, si un jour une femme n’avait décidé de nous donner la vie ? Endurer les neuf mois à nous porter puis nous donner naissance, souvent dans des souffrances que nous n’arriverons jamais à imaginer, douillets comme nous sommes.
Mesdames, je vous admire, définitivement. Pour tout ce que vous m’avez apporté, la tendresse de ma mère, l’amour de mon épouse, le soutien de mes sœurs, les encouragements de mon institutrice, la passion d’une professeure de français qui m’a fait découvrir la littérature, les collègues qui m’ont apporté rigueur, professionnalisme, amitié ou légèreté.
Je suis un homme. Cela ne changera jamais. Mais j’essaie chaque jour de mieux vous comprendre.
(chronique parue le 9 mars en dernière page de l'Indépendant)
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