lundi 16 janvier 2017

BD - Elles deviennent actrices de leur vie dans "Rôles de composition"

Etre comédienne dans sa vie professionnelle implique-t-il qu’on l’est forcément dans sa vie privée ? Cette interrogation est en filigrane de « Rôles de composition », album du Canadien Jimmy Beaulieu. Dans une bichromie très recherchée et dépouillée de tout effet ostentatoire, il raconte les errances amoureuses de Noémie. Cette belle jeune femme noire, aux dreadlocks caractéristiques, vivote à Montréal en enchaînant les petits rôles. Elle vit avec Colette, blonde joliment ronde encore étudiante. Mais en réalité elle est fascinée par une actrice, Anna, entraperçue dans un navet intersidéral. Elle va finalement la rejoindre à Berlin. Coup de foudre, coups au cœur, trahison et grandes envolées composent cette dizaine de chapitres d’une grande finesse.

➤ « Rôles de composition », Vraoum, 18 € 



De choses et d'autres - Net intermittent (part 1)

A la base nous avons commis une grosse erreur. Lassés de payer trop cher notre opérateur internet, mon épouse et moi prenons la décision de passer à la concurrence nettement moins chère. Un coup de fil et nous voilà embarqués dans une sacrée galère. Pourtant tout commençait très bien. La nouvelle box arrive en trois jours. Ils s’occupent de tout : transfert de la ligne et portabilité du numéro.

Arrive le grand jour. L’ancienne ligne est coupée. On branche la box et miracle, elle fonctionne au premier coup. Mais pas longtemps. Mon épouse devient folle à cause des coupures incessantes en pleine communication téléphonique. Une demi-heure pour dire au revoir après 20 rappels. Côté télé aussi c’est la catastrophe. En plein film d’action, au moment le plus palpitant, l’image se fige comme dans un mauvais Challenge mannequin. Et quand la connexion se rétablit (une fois sur dix), le méchant est mort ou le film terminé. Nous commençons à regretter notre désir d’économie. Qu’importe, nous téléphonons à l’opérateur pour nous rétracter dans le délai des 14 jours légaux. Pas de souci. Suffit d’envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception. Dans la foulée nous rappelons l’ancien prestataire de service pour réactiver notre abonnement.
Et là Kafka s’invite à la fête. En quelques minutes nous perdons tout : ligne, internet, télévision et même numéro de fixe. Suite du cauchemar demain. 

dimanche 15 janvier 2017

BD - Cache-cache amoureux


Après Marcel Aymé, Cyril Bonin adapte une nouvelle fois un romancier français. Il se penche cette fois sur « La délicatesse », best-seller de David Foenkinos. Une histoire toute simple, d’amour éternel et de renaissance. Pas évident du tout à retranscrire en images : beaucoup de dialogues, décors inexistants. Alors le dessinateur va particulièrement soigner ses deux personnages principaux. La belle Nathalie et l’atypique Markus. La première, mariée à François assez jeune, travaille dans une entreprise suédoise. Un travail que l’on imagine austère, sans grand intérêt. Pas grave, l’amour permet de tout faire passer. 
Mais François meurt, écrasé par une voiture lors de son jogging. Nathalie déprime. Mais au bout de quelques mois devient une proie pour les « mâles » du boulot. Elle écarte le directeur mais tombe sous le charme du pâlot Markus. C’est simple et beau comme une histoire d’amour, idéale et délicate.
➤ « La délicatesse », Futuropolis, 17 €



samedi 14 janvier 2017

BD - Femme exigeante, homme affligeant


A quoi rêvent les femmes de plus de 30 ans ? Réponse en partie dans « Idéal standard », roman graphique de 150 pages signé Aude Picault. Claire, le personnage principal, cherche l’amour. Infirmière dans un service de grands prématurés, elle passe ses journées avec des bébés fragiles. Un bébé, elle y pense souvent. Encore faut-il trouver le bon père. Généralement, ses amourettes ne durent pas plus de trois mois. Elle vient de se faire larguer par un ronfleur. Pourtant elle y croyait cette fois. Déprimée, elle fait une croix sur ses ambitions de bonheur. Jusqu’à sa rencontre avec Franck. Très poilu, mais très sympa. Du moins durant les premiers mois de leur relation. Car rapidement le naturel revient au galop. 
D’une grande finesse psychologique, cette BD ressemble un reportage intelligent sur la vie des trentenaires d’aujourd’hui. Leurs espoirs et découragements. Claire tient le coup grâce à ses amies. Certaines lui donnent des conseils judicieux. D’autres montrent ce qu’il ne faut pas faire. Difficile pourtant de trouver sa voie, son équilibre. Tous les sujets sont abordés sans tabou, du plaisir sexuel féminin à l’IVG en passant par les relations compliquées avec les parents d’une autre génération. Pas toujours gai, « Idéal standard » se termine pourtant sur une note résolument positive.
➤ « Idéal standard », Dargaud, 17,95 €

vendredi 13 janvier 2017

DVD - Le blues des soldats après les batailles


"Engagez-vous, vous verrez du pays » vantaient de vieilles publicités pour l’armée fran- çaise. Ce fameux « Voir du pays » est au centre du film de Delphine et Muriel Coulin. Pourtant, les militaires français dont l’histoire est racontée n’en ont pas beaucoup vu de la région où ils ont combattu. Depuis une base reculée en Afghanistan, ils ne verront que quelques montagnes enneigées, des villages déserts... À la fin de leur séjour de six mois, ils connaîtront mieux Chypre, île où se déroule le film.



Avant de revenir dans leur famille, les militaires passent par un « sas » de trois jours dans un hôtel 5 étoiles. Pour se réhabituer à la vie simple et insouciante. Les réalisatrices suivent deux jeunes femmes, engagées et combattantes. Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko) sont amies depuis l’enfance. La première est heureuse de quitter le champ de bataille. D’autant qu’elle a été prise dans une embuscade, a été blessée et a vu mourir trois de ses camarades. L’autre, taciturne, perpétuellement énervée, à fleur de peau, redoute ce sas. Car en plus de la détente (sorties touristiques, plage et boîtes de nuit), les gradés procèdent à un débriefing et une évaluation psychologique. Les militaires du rang doivent notamment raconter et revivre, en réalité virtuelle, leurs traumatismes. Ce sera très dur pour Aurore. Encore plus pour Marine qui n’est pas allée l’aider, la défendre, sous le feu ennemi.
Les actrices, dans deux caractères opposés, sont particulièrement crédibles. Des rôles physiques, éprouvants, mais qui n’occultent pas le côté humain. Un film à montrer à tous les jeunes tentés par un engagement dans l’armée française.
➤ « Voir du pays », Diaphana Vidéo, 19,99 € le DVD

jeudi 12 janvier 2017

Blu-ray - Indémodable « Petit baigneur »


Un demi-siècle. Cette année 2017 marque le 50e anniversaire du tournage dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales du film « Le Petit Baigneur », réalisé et interprété par Robert Dhéry. On retrouvait dans cette comédie burlesque Louis de Funès et Michel Galabru en tête d’affiche. Le film, dépoussiéré, vient de sortir en blu-ray, comme pour mieux profiter des dé- cors lumineux des Cabanes de Fleury et de Collioure. Le scénario basique (l’inventeur d’un voilier révolutionnaire est sollicité par deux entrepreneurs) est surtout l’occasion pour Robert Dhéry de jouer à la Tati et De Funès de piquer des colères mémorables. Quant à Galabru, en clairon d’une fanfare, il se lamente à qui mieux mieux après que la décapotable de De Funès lui a roulé sur le pied.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre du 7e art, mais ces 90 minutes permettent de revoir quelques lieux emblématiques de la région avant l’invasion massive des touristes. Notamment les rues étroites et tortueuses de Collioure ou le côté sauvage du littoral audois. Une jolie bouffée de nostalgie, la haute définition en plus.
➤ « Le petit baigneur », Studiocanal, 14,99 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Contraste américain

D’un côté Barack Obama essuie une larme lors de son dernier discours quand il évoque sa femme Michelle. De l’autre Donald Trump nomme son gendre conseiller à la Maison Blanche et un rapport des services secrets britanniques laisse entendre que les Russes possèdent une vidéo très compromettante du futur président des États-Unis.

Un mandat présidentiel aux USA dure quatre ans. Le sortant peut se représenter une fois, pas plus. Huit ans de pouvoir suprême, c’est le maximum. On ne sait pas encore si Trump briguera à nouveau le poste, mais il est certain que les quatre années qui s’annoncent seront riches en rebondissements. Et que beaucoup regrettent déjà la grande classe de Barack Obama. Encore plus quand les électeurs de Trump, souvent issus des classes défavorisées, ont découvert la composition de son cabinet, l’équivalent de notre gouvernement. Banquiers et chefs d’entreprises se partagent les meilleurs postes. Quartz, un site américain, estime à près de 9,5 milliards les fortunes personnelles des 17 premiers responsables choisis par Trump. Une somme qui représente ce que possèdent les 109 millions d’Américains les plus pauvres. Ces derniers espèrent une vie meilleure avec l’accession de Trump au pouvoir. Le fameux rêve américain.
Pour le coup, j’ai comme un sacré doute. Étrange démocratie qui donne la victoire au candidat arrivé second en nombre de voix et empêche un président sortant apprécié de se représenter. 

mercredi 11 janvier 2017

Cinéma - Paris reste "Ouvert la nuit"

Une nuit dans Paris, tel est le programme du film signé Edouard Baer. Paris et ses artistes, ses paumés, ses lieux de fête et de déprime. Venez voir, c’est « Ouvert la nuit ».



Paris, ville lumière, ville qui ne dort jamais, est la vedette invisible de « Ouvert la nuit », écrit, réalisé et interprété par Edouard Baer. Une œuvre très personnelle, qui pourrait exaspérer les allergiques au parisianisme. Pour éviter cette réaction, il suffit de se dire que les personnages ne sont pas comme nous, plutôt des animaux de foire pour qui tout est différent. Leur normalité n’a rien de commun avec la nôtre. Jamais ils ne regardent la télévision, jamais ils ne cuisinent ou mettent leur réveil afin de se lever le matin pour prendre le métro.
Au milieu du zoo, Luigi (Edouard Baer), directeur d’un théâtre. Un millier de pépins lui tombent dessus à la veille d’une première. Deux plus importants que tout : trouver un singe pour le spectacle et combler le trou financier pour payer les salaires en retard. En compagnie de Faeza, la stagiaire de sciences-po (Sabrina Ouazani) il se lance dans un road-movie mouvementé à travers les rues d’une capitale aux multiples visages.
■ Théâtre en grève
Des rencontres magiques ou décevantes. Comme ce dresseur d’animaux (Jean-Michel Lahmi) qui a consacré dix années à éduquer la guenon qui pourrait sauver la pièce de Luigi. Ou cette milliardaire, généreuse mécène propriétaire du théâtre mais qui ce soir a décidé d’humilier une dernière fois cet artiste trop futile à ses yeux de grande bourgeoise capitaliste.


Mais Luigi, tout en étant dans la panade la plus complète, ne se laisse pas abattre. Avec le chéquier du théâtre, il fait la tournée des grands ducs dans les bars branchés. Par contre sur les planches, rien ne va plus. Les techniciens menés par Marcel (Grégory Gadebois) se mettent en grève. Le redoutable syndicaliste hausse le ton. Luigi va donc tenter de le convaincre de reprendre le travail en allant chez lui. Faeza découvre une autre facette de Luigi. Marcel vit dans une véritable tribu africaine et c’est en boubou qu’il reçoit son patron, le chouchou de ces dames. Un des meilleurs passages du film, dépaysant mais si représentatif de Paris, ville multiculturelle et ouverte.

Les catastrophes au théâtre s’enchaînent : un acteur se blesse et le metteur en scène meurt d’une crise cardiaque en pleine nuit. Sans argent et sans singe, Luigi croit que tout est terminé. Mais comme Edouard Baer est un indécrottable optimiste, il déniche une « happy end » dans une pirouette totalement improbable. Mais la normalité, dans ce monde... 

De choses et d'autres - iTélé, plus dure sera la chute

Le CSA reçoit ce mercredi la direction de iTélé pour faire le point sur les engagements pris au sortir de la longue grève. Cela risque d’être sportif car la télé toute info du groupe Canal+ est dans un bien triste état. Le départ de plus de 90 journalistes ne permet plus de tenir l’antenne en continu. Les remplacements promis n’ont pas eu lieu et le lancement de la nouvelle formule, sous l’appellation de Cnews, est encore repoussée. Pourtant il y a toujours de l’agitation autour de la chaîne. Du gros recrutement même. 
Après Jean-Marc Morandini, les Bogdanov et Jean-Pierre Elkabbach, c’est au tour de Patrick Poivre-d’Arvor d’être sur les tablettes de Serge Nedjar, le directeur de la chaîne et de la rédaction. Problème, PPDA ne veut pas travailler avec ce Morandini si décrié. Mais comme on lui propose un poste de polémiste le week-end, il ne devrait pas croiser la route de l’ancienne star d’Europe1. Reste maintenant à mettre tout cela en musique. Et trouver les pigistes qui feront tourner la boutique, car les noms évoqués ne sont là que pour rebondir personnellement après des échecs.
Un conseil aux candidats, soyez à l’heure. Serge Nadjar ne plaisante pas avec la ponctualité. Selon le site Lesjours.fr, une pigiste arrivée 30 minutes en retard le 31 décembre a été licenciée sur le champ. Elle a eu le malheur d’aider une voisine tombée dans le hall de son immeuble. Cela faisait quatre ans qu’elle travaillait pour la chaîne. Y’a pas à dire, ça donne envie de postuler... 
(Chronique parue le mercredi 11 janvier en dernière page de l'Indépendant)

mardi 10 janvier 2017

Bande dessinée - Tintin est de retour au Pays des Soviets, mais en couleur



Paru en 1929 dans les pages du quotidien belge « Le Petit XXe », la première aventure de Tintin bénéficie d’une seconde jeunesse avec la sortie, ce mercredi 11 janvier, d’une version colorisée. Tombée dans l’oubli durant de longues décennies, la première aventure de Tintin n’avait pas encore eu les honneurs d’être publiée dans la collection qui débutait jusqu’à maintenant par le Congo et s’achevait chez les Picaros.

Les péripéties du jeune reporter en Russie étaient, selon Hergé, une œuvre de jeunesse, mal dessinée. Il aurait eu l’intention de la reprendre et de l’améliorer, mais le manque de temps a fait capoter le projet. Après une exhumation de la version en noir et blanc dans la collection des « Archives Hergé », ouvrages de luxe réservés aux amateurs, les éditions Moulinsart et Casterman offrent à ce récit oublié une nouvelle approche avec cette colorisation. Un travail de plusieurs années, cordonné par Michel Bareau, avec la volonté de rendre tout son dynamisme à cette BD d’action. Bolides qui filent, explosion dans le ciel, froid polaire, accidents de trains : les 144 pages donnent l’occasion à Tintin de faire montre de débrouillardise pour se sortir de situations périlleuses.
Si les premières pages sont encore un peu hésitantes, Hergé ne maîtrisant pas encore la représentation de son personnage, il prend rapidement de l’assurance, posant en quelques cases les bases de ce qui deviendra la ligne claire. On se régale des réparties, souvent très ironiques, d’un Milou beaucoup plus autonome que dans les aventures suivantes. Mais si « Tintin au Pays des Soviets » a longtemps été oublié, c’est aussi pour son côté politique. Travaillant pour un journal catholique, le jeune Hergé (il n’a que 21 ans) ne fait pas dans la nuance quand il dénonce les dérives du régime soviétique. Sa sortie aujourd’hui n’offusque plus personne, mais il y a quelques années certaines vérités n’étaient pas toujours bonnes à dire.  
➤ « Tintin au Pays des Soviets » de Hergé, Casterman et Editions Moulinsart, 144 pages couleur, 14,95 €. En vente le 11 janvier. Edition luxe 31,50 €