Émoi dans le Sud-Ouest. Une société de La Rochelle spécialisée dans l'organisation de spectacles propose la location d'une banda à la journée, avec "cinq passages de 30 minutes". Prix de la prestation : 3 693 euros TTC !
Les bandas, dans la région, on connaît bien. Elles se comptent par dizaines. Mais pas une seule n'exige un tel tarif. Généralement elles sont composées de passionnés de musique qui fonctionnent sous forme d'association à but non lucratif. La cagnotte accumulée au fil des sorties est réinvestie en achat ou entretien des instruments voire en une semaine de vacances, tous ensemble, pour faire la fête et répéter sans pression. Dans les Landes, l'annonce a particulièrement fait mouche. Mais côté railleries. Car une banda, dans ce département, demande entre 400 et 1 000 euros pour une journée de musique festive. Certains ont cru que le prix exorbitant était peut-être lié à la renommée de l'orchestre. Perdu.
La société, pour réduire les frais de déplacement, compose le groupe en fonction de l'engagement avec 5 musiciens professionnels du cru. Non seulement c'est cher, mais il n'y a aucune garantie quant au résultat joyeux, consensuel et essentiel dans les déambulations de ces groupes. Franchement, mieux vaut l'authentique (moins cher en plus) au préfabriqué.
Conséquence de ce "bad buzz", sur le site internet de la société charentaise, les prix sont affichés pour tous les types d'animations (2 028 euros pour des percussions africaines, 1 900 euros pour une chorale gospel), sauf pour la banda. En lieu et place des 3 693 euros, on peut lire "Nous consulter".
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
jeudi 21 avril 2016
Livres de poche - De l'art de réparer des oublis
Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit "Et la lumière fut" et part enseigner la littérature aux États-Unis. Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Jérôme Garcin fait le portrait d'un écrivain que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.
"Le voyant", Folio, 7,70 euros
Makana, ancien policier qui a fui le régime intégriste soudanais, vivote au Caire sur une awana, sorte de péniche déglinguée, et si son costume défraîchi fait mauvais effet son esprit affûté fait mouche. La séduction indéniable du roman de Parker Bilal, qui doit beaucoup aux arabesques du conte arabe et aux descriptions bariolées du Caire, offre un contraste saisissant avec un climat de menace constant.
"Les écailles d'or", Points, 7,90 euros
Avec sa vieille église, ses habitants riches et discrets, la petite ville de Prosperous aux USA a toujours suscité l'envie. Mais son harmonie est fragile et l'arrivée de Charlie Parker - qui enquête sur la disparition d'une jeune héroïnomane - ébranle la communauté. Prosperous est prête au pire pour cacher ses secrets. Charlie Parker risque de mourir dans ce thriller fantastique de John Connolly.
"Sous l'emprise des ombres", Pocket, 7,80 euros
"Le voyant", Folio, 7,70 euros
Makana, ancien policier qui a fui le régime intégriste soudanais, vivote au Caire sur une awana, sorte de péniche déglinguée, et si son costume défraîchi fait mauvais effet son esprit affûté fait mouche. La séduction indéniable du roman de Parker Bilal, qui doit beaucoup aux arabesques du conte arabe et aux descriptions bariolées du Caire, offre un contraste saisissant avec un climat de menace constant.
"Les écailles d'or", Points, 7,90 euros
Avec sa vieille église, ses habitants riches et discrets, la petite ville de Prosperous aux USA a toujours suscité l'envie. Mais son harmonie est fragile et l'arrivée de Charlie Parker - qui enquête sur la disparition d'une jeune héroïnomane - ébranle la communauté. Prosperous est prête au pire pour cacher ses secrets. Charlie Parker risque de mourir dans ce thriller fantastique de John Connolly.
"Sous l'emprise des ombres", Pocket, 7,80 euros
mercredi 20 avril 2016
BD - Le fantôme de Tonton
Joël Callède, scénariste de BD de plus en plus en vue (Enchaînés, Haute sécurité, L'appel des origines) se revendique comme appartenant à la "Génération Mitterrand". Il a donc décidé de raconter et de dessiner les derniers jours du Président français. Dans sa préface il explique son sentiment mitigé : le passé trouble du jeune fonctionnaire décoré de la Francisque, ses manigances durant la IVe République ; mais François Mitterrand c'est aussi l'abolition de la peine de mort et les progrès sociaux essentiels que sont la retraite à 60 ans ou les 39 heures.
Un homme politique fascinant, toujours en quête de spiritualité. Ce pan essentiel de sa vie est au centre de ce roman graphique de 144 pages, où la figure d'un "Tonton", moribond dans un hôtel d'Assouan, rencontre Anubis, le dieu des morts égyptien. Un regard différent et original sur l'Histoire de France.
"Mitterrand Requiem", Le Lombard, 17,95 euros
"Mitterrand Requiem", Le Lombard, 17,95 euros
DE CHOSES ET D'AUTRES - A droite ou à gauche ?
Ne me demandez pas comment j'ai trouvé cet article sur internet, je ne m'en souviens plus du tout. Quand on se balade, de site en site, on tombe parfois sur ces petites pépites de savoir scientifique. Toujours est-il que depuis, je suis incollable sur les... testicules. Sobrement intitulé « 12 faits scientifiques étonnants sur les testicules que vous ne soupçonniez certainement pas », il s'agit surtout d'une énumération de chiffres. Pour les amateurs de zoologie, sachez que la palme des plus gros testicules du règne animal est décerné au grillon des broussailles, 14 % de son poids total. Autre record, ceux des baleines franches pèsent environ 1 tonne et peuvent produire 4,5 litres de sperme. Les humains aussi fabriquent beaucoup de spermatozoïdes. A en croire cet article, « en deux semaines, un homme produit suffisamment de sperme pour féconder toutes les femmes fertiles du monde entier. » Logique quand on sait que chaque jour, un testicule produit pas moins de 200 millions de spermatozoïdes. Comme quoi la race humaine n'est pas près de s'éteindre. A condition, mesdames, que vous ne soyez pas jalouses.
Plus étonnant, des études scientifiques (j'imagine les chercheurs et chercheuses, en train de passer en revue des centaines de bourses, soupesant et comparant les différents cobayes) ont démontré que pour environ 65 % des hommes, le testicule droit est plus haut et plus gros que le gauche. D'où la célèbre question des tailleurs : « Vous portez à droite ou à gauche ? »
(chronique non parue ce mercredi matin dans l'Indépendant pour cause de censure familiale !)
mardi 19 avril 2016
DE CHOSES ET D'AUTRES - Le CRS star
Je ne vous apprends rien si je soutiens que le climat social en France est pesant depuis quelques semaines. Entre le mouvement Nuit Debout et les multiples manifestations contre le projet de loi Travail, les forces de l'ordre, elles, ne chôment pas.
Parfois des CRS, sans doute dépassés par ces utopistes peu intimidés par leurs uniformes de Robocop, dérapent. La scène a été photographiée jeudi dans le nord de Paris : alors que les CRS et la police tentaient de contrôler un groupe de manifestants, une photo montre une jeune fille isolée recevant un coup de pied de la part d'un CRS. Violent le coup de pied. A une faible femme.
Et au-delà de l'indignation légitime, de nombreux internautes ont détourné l'image. Le principe, ne prendre que le CRS, casqué, protégé, un bouclier à la main, le pied en l'air, et le rajouter à une image connue. Comme si le policier désirait donner un coup de pied à toute la planète.
Du coup, le "héros" du jour se retrouve en train de tacler Ibra', de shooter dans Sarkozy à vélo, de tenir en équilibre sur les poteaux de Koh-Lanta, de faire tomber des dominos ou faire pencher un peu plus la tour de Pise.
On rigole, même si on regrette la banalisation d'une scène de violence policière peu glorieuse pour le pays des droits de l'Homme. Et on regrette au final que ce CRS s'attaque à une passante (en réalité elle ne faisait que se plaindre d'avoir été "gazée" alors qu'elle buvait un verre en terrasse) au lieu de maîtriser les véritables casseurs.
Vous avez dit priorités ?
BD - Capa, photographe écorché vif
Parmi les nombreux conflits couverts par Robert Capa, photographe de presse emblématique de la profession, la création d'Israël et la guerre qui en découle a été un tournant. Blessé par une balle, il renonce à se retrouver au plus près de la ligne de front.
La vie de cet émigré roumain dans le Paris des années 30 débute par une imposture. Sa compagne a l'idée de vendre ses photos sous le nom de Robert Capa, Américain. Résultat les clichés se négocient à prix d'or. Cette première anecdote dans le bel album en bichromie de Florent Silloray est emblématique.
Ensuite ce sera la guerre d'Espagne, la libération de la Sicile, le débarquement en Normandie, la conquête de l'Allemagne. Des risques inouïs, une chance extraordinaire, un témoignage capital sur la violence du monde.
"Capa, l'étoile filante", Casterman, 17 euros
"Capa, l'étoile filante", Casterman, 17 euros
lundi 18 avril 2016
BD - Roman graphique sur la création d'Israël
En 1947, Chaskel vit chichement à Budapest en compagnie de sa mère, malade. Il décide de rejoindre Jérusalem et son oncle qui y tient un café. Violoniste, il anime la salle, donne un coup de main en cuisine et surtout rencontre l'amour en déchargeant les fruits amenés par la belle Yaiza.
Le jeune juif et la belle musulmane semblent avoir toute une vie de bonheur devant eux. Mais c'est sans compter sur la politique. Fin 1947, l'ONU accepte la partition de la Palestine. Le peuple juif fait la fête. Mais les Arabes fourbissent leurs armes. Après avoir fui la guerre en Europe, Chaskel se retrouve au cœur d'un autre conflit, tout aussi violent.
Le roman graphique d'Alfonso Zapico, tout en noir et blanc, alterne séquences historiques et vie quotidienne. Avec à la clé un beau message contre tous les extrémismes et pour la tolérance religieuse.
"Café Budapest", Steinkis, 18 euros
"Café Budapest", Steinkis, 18 euros
dimanche 17 avril 2016
Thriller - Le tueur en série, le policier et la folie
Claire Favan rejoint les meilleurs du roman noir avec "Serre-moi fort", angoissant du début à la fin.
Composé de trois parties distinctes, 'Serre-moi fort ', roman noir de Claire Favan paru dans la collection 'La Bête Noire 'de chez Robert Laffont, conduit le lecteur au bout de la folie.
Cela commence tout doucement. Nick, un adolescent raconte, à la première personne, la disparition de sa sœur. Une jeune fille adorée par ses parents. Ils ne croient pas à la fugue. La police piétine. Quand ils ont la certitude qu'elle a été enlevée par un tueur en série appelé 'l'Origamiste', ils sombrent dans la dépression. Le frère, tente de colmater les brèches et de trouver une place dans cette famille brisée. Quelques années plus tard, Adam Gibson, policier sur le fil du rasoir (sa femme vient de mourir après des années de lutte contre le cancer) hérite d'une grosse affaire. Dans une grotte isolée, des gamins ont découvert 24 cadavres. Des jeunes femmes, étranglées puis momifiées. Et certaines des victimes font partie des disparues attribuées à l'origamiste.
Adam va se consacrer corps et âme à l'enquête. Au détriment de ses enfants, quasiment abandonnés depuis la mort de leur mère. Claire Favan a l'art de brouiller les pistes dans ce roman. Le tueur est-il véritablement celui que l'on croit ? Le policier a-t-il encore la tempérance nécessaire à son travail ? Tout devient clair dans la troisième partie se déroulant entièrement dans un hôpital psychiatrique. Clair étant une façon de parler car en réalité, la noirceur du roman ne fait que s'amplifier, l'horreur croître et l'angoisse nous tétaniser.
"Serre-moi fort" de Claire Favan, Robert Laffont, 20 euros.
Composé de trois parties distinctes, 'Serre-moi fort ', roman noir de Claire Favan paru dans la collection 'La Bête Noire 'de chez Robert Laffont, conduit le lecteur au bout de la folie.
Cela commence tout doucement. Nick, un adolescent raconte, à la première personne, la disparition de sa sœur. Une jeune fille adorée par ses parents. Ils ne croient pas à la fugue. La police piétine. Quand ils ont la certitude qu'elle a été enlevée par un tueur en série appelé 'l'Origamiste', ils sombrent dans la dépression. Le frère, tente de colmater les brèches et de trouver une place dans cette famille brisée. Quelques années plus tard, Adam Gibson, policier sur le fil du rasoir (sa femme vient de mourir après des années de lutte contre le cancer) hérite d'une grosse affaire. Dans une grotte isolée, des gamins ont découvert 24 cadavres. Des jeunes femmes, étranglées puis momifiées. Et certaines des victimes font partie des disparues attribuées à l'origamiste.
Adam va se consacrer corps et âme à l'enquête. Au détriment de ses enfants, quasiment abandonnés depuis la mort de leur mère. Claire Favan a l'art de brouiller les pistes dans ce roman. Le tueur est-il véritablement celui que l'on croit ? Le policier a-t-il encore la tempérance nécessaire à son travail ? Tout devient clair dans la troisième partie se déroulant entièrement dans un hôpital psychiatrique. Clair étant une façon de parler car en réalité, la noirceur du roman ne fait que s'amplifier, l'horreur croître et l'angoisse nous tétaniser.
"Serre-moi fort" de Claire Favan, Robert Laffont, 20 euros.
samedi 16 avril 2016
Blu-ray - Tout le génie de Kurosawa dans une version restaurée de "Ran"
Le film ne date que de 1985 mais nécessitait déjà une restauration. "Ran", chef d'œuvre d'Akira Kurosawa, vient d'être remis à neuf, à partir de la copie d'origine, afin d'être vu sur les nouveaux écrans bénéficiant de la technologie HD4K. Kurosawa, incompris dans son pays, incapable de financer ses réalisations, trouve des producteurs audacieux en France. Serge Silberman (à qui l'on doit tous les films de Bunuel), investit plusieurs millions de dollars dans cette immense production. Construction de châteaux, 1400 figurants et autant d'armures, 200 chevaux et des centaines de costumes tous cousus à la main : le chantier est gigantesque.
A l'arrivée, ce sont 2 h 40 d'une beauté et d'une force jamais égalées. Dans le Japon du XVIe siècle, le seigneur Hidetora Ichimonji décide de se retirer et de partager son domaine entre ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Il lègue le clan à l'aîné et renie le plus jeune, trop effronté. Mais l'épouse de Taro profite de sa position pour intriguer. Elle désire la perte de Hidetora. Le vieil homme, dépossédé de tous ses biens au terme d'une bataille sanglante, tombe dans la folie. Seul son plus jeune enfant tente de l'aider. En vain.
Tiré en partie de la tragédie du Roi Lear de Shakespeare, "Ran" montre un Japon féodal où traitrise et honneur sont légion. Cette édition restaurée est complétée par des heures de bonus, notamment un documentaire sur le tournage éprouvant sur les pentes du mont Fuji.
"Ran", Studiocanal, coffret deux blu-ray, 24,99 euros
Tiré en partie de la tragédie du Roi Lear de Shakespeare, "Ran" montre un Japon féodal où traitrise et honneur sont légion. Cette édition restaurée est complétée par des heures de bonus, notamment un documentaire sur le tournage éprouvant sur les pentes du mont Fuji.
"Ran", Studiocanal, coffret deux blu-ray, 24,99 euros
vendredi 15 avril 2016
Cinéma - Fritz Bauer, chasseur de nazis
S'il est présenté comme un "héros allemand" dans le film de Lars Kraume, Fritz Bauer était bien seul quand il tentait de juger, en Allemagne, les nazis en fuite.
Ce juriste d'exception n'a qu'une envie : que les criminels de guerre en fuite soient jugés dans leur pays. Une obligation si la nouvelle Allemagne veut tirer un trait sur ce passé d'abominations. Sa colère vient des oppositions rencontrées dans son travail. Beaucoup de fonctionnaires de la démocratie chrétienne sont en réalité des nazis blanchis qui continuent à protéger les responsables de la solution finale. "Nos enquêtes n'avancent pas" hurlent-ils à ses adjoints dont le jeune Karl Angermann (Ronald Zehrfeld).
Il tente de mettre en place le procès des gardiens d'Auschwitz (lire ci-contre) mais surtout espère capturer des officiers qui ont trouvé refuge en Argentine. La lettre d'un ancien déporté, lui-même exilé près de Buenos Aires lui redonne espoir. Adolf Eichmann, le grand organisateur de la déportation de millions de Juifs, vivrait tranquillement sous une nouvelle identité. Problème, si Bauer dit à la police allemande qu'il a repéré la cache de ce criminel, des taupes risquent de prévenir immédiatement le tueur nazi. Le film de Lars Kraume tourne autour de ce cas de conscience. Il existe une solution pour qu'Eichmann soit capturé : le Mossad israélien. Mais donner ses informations aux services secrets de Tel Aviv pourrait le conduire en prison. Il choisit finalement cette solution, se justifiant auprès d'Angermann "Si l'on veut sauver notre pays, il faut savoir le trahir". Eichmann sera capturé, jugé en Israël et pendu. Fritz Bauer poursuivra son combat. Jusqu'à sa mort en 1968. Plus qu'un biopic, ce film est une œuvre de salubrité publique pour les générations actuelles.
Fritz Bauer était effectivement seul contre tous à l'époque. Mais son opiniâtreté l'a transformé en héros allemand. Quant aux procès Auschwitz, ils ont duré de longues années. Un des derniers devait s'ouvrir aujourd'hui, mais Ernst Tremmel, qui avait 19 ans à l'époque des faits, est mort la semaine dernière, à 93 ans.
_______________
Un second film sur le même sujet sensible
Comme s'il fallait plusieurs générations pour comprendre, les jeunes cinéastes allemands actuels s'intéressent à cette période compliquée de l'après-guerre. La partition du pays entre Ouest et Est occupait tous les esprits. Le nazisme semblait une période à oublier. Place à la reconstruction. Mais dans les administrations, certains procureurs particulièrement attachés à la justice, se sont battus pour que les responsables et tous leurs auxiliaires soient jugés pour les millions de morts de la Shoah. "Le labyrinthe du silence" de Giulio Ricciarelli, sorti récemment en DVD (Blaq out), revient sur le même sujet que "Fritz Bauer, un héros allemand". Il raconte l'histoire d'un jeune procureur à peine sorti de l'école, cantonné aux infractions routières. Il découvre avec stupéfaction l'existence des camps d'extermination. Et les horreurs qui y ont été commises par l'armée allemande. D'une rigueur absolue, il considère que tout meurtrier doit être poursuivi. Même s'il a commis ses crimes en tant que soldat "obligé" d'obéir aux ordres de ses supérieurs. Il va tenter de retrouver le maximum de ces tortionnaires en recueillant le témoignage des rescapés. Mais le chemin est long, semé d'embûches, tel un véritable labyrinthe où il est vite fait de se perdre. Il croise à un moment le chemin de Fritz Bauer (interprété dans ce premier film par Gert Voss) qui ne pourra que lui conseiller de persévérer.
Un homme en colère et impuissant. Tel est Fritz Bauer (Burghart Klaubner), procureur chargé des enquêtes spéciales à la fin des années 50 en Allemagne de l'Ouest. D'origine juive, il a connu la prison durant les années 30 quand il était membre de la social-démocratie. Libéré, il trouve refuge au Danemark puis en Suède. On ne le sait pas toujours, mais des hommes ont tenté de s'opposer à la montée du nazisme. A la fin de la guerre, il fait partie des rares juifs à avoir choisi de revenir dans son pays. Pour le servir.
Ce juriste d'exception n'a qu'une envie : que les criminels de guerre en fuite soient jugés dans leur pays. Une obligation si la nouvelle Allemagne veut tirer un trait sur ce passé d'abominations. Sa colère vient des oppositions rencontrées dans son travail. Beaucoup de fonctionnaires de la démocratie chrétienne sont en réalité des nazis blanchis qui continuent à protéger les responsables de la solution finale. "Nos enquêtes n'avancent pas" hurlent-ils à ses adjoints dont le jeune Karl Angermann (Ronald Zehrfeld).
Il tente de mettre en place le procès des gardiens d'Auschwitz (lire ci-contre) mais surtout espère capturer des officiers qui ont trouvé refuge en Argentine. La lettre d'un ancien déporté, lui-même exilé près de Buenos Aires lui redonne espoir. Adolf Eichmann, le grand organisateur de la déportation de millions de Juifs, vivrait tranquillement sous une nouvelle identité. Problème, si Bauer dit à la police allemande qu'il a repéré la cache de ce criminel, des taupes risquent de prévenir immédiatement le tueur nazi. Le film de Lars Kraume tourne autour de ce cas de conscience. Il existe une solution pour qu'Eichmann soit capturé : le Mossad israélien. Mais donner ses informations aux services secrets de Tel Aviv pourrait le conduire en prison. Il choisit finalement cette solution, se justifiant auprès d'Angermann "Si l'on veut sauver notre pays, il faut savoir le trahir". Eichmann sera capturé, jugé en Israël et pendu. Fritz Bauer poursuivra son combat. Jusqu'à sa mort en 1968. Plus qu'un biopic, ce film est une œuvre de salubrité publique pour les générations actuelles.
Fritz Bauer était effectivement seul contre tous à l'époque. Mais son opiniâtreté l'a transformé en héros allemand. Quant aux procès Auschwitz, ils ont duré de longues années. Un des derniers devait s'ouvrir aujourd'hui, mais Ernst Tremmel, qui avait 19 ans à l'époque des faits, est mort la semaine dernière, à 93 ans.
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Un second film sur le même sujet sensible
Comme s'il fallait plusieurs générations pour comprendre, les jeunes cinéastes allemands actuels s'intéressent à cette période compliquée de l'après-guerre. La partition du pays entre Ouest et Est occupait tous les esprits. Le nazisme semblait une période à oublier. Place à la reconstruction. Mais dans les administrations, certains procureurs particulièrement attachés à la justice, se sont battus pour que les responsables et tous leurs auxiliaires soient jugés pour les millions de morts de la Shoah. "Le labyrinthe du silence" de Giulio Ricciarelli, sorti récemment en DVD (Blaq out), revient sur le même sujet que "Fritz Bauer, un héros allemand". Il raconte l'histoire d'un jeune procureur à peine sorti de l'école, cantonné aux infractions routières. Il découvre avec stupéfaction l'existence des camps d'extermination. Et les horreurs qui y ont été commises par l'armée allemande. D'une rigueur absolue, il considère que tout meurtrier doit être poursuivi. Même s'il a commis ses crimes en tant que soldat "obligé" d'obéir aux ordres de ses supérieurs. Il va tenter de retrouver le maximum de ces tortionnaires en recueillant le témoignage des rescapés. Mais le chemin est long, semé d'embûches, tel un véritable labyrinthe où il est vite fait de se perdre. Il croise à un moment le chemin de Fritz Bauer (interprété dans ce premier film par Gert Voss) qui ne pourra que lui conseiller de persévérer.
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