vendredi 8 mai 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Billet doux

Chaque matin, je promène ma chienne le long de jardins potagers. Hier, un bout de papier m'attire l'œil. Une demi-feuille de cahier d'écolier grands carreaux couverte de quatre lignes de texte. Je comprends vite qu'il est adressé à une jeune fille par un garçon : Cédric (1). Un billet doux comme il en a été écrit des milliards depuis que l'homme a inventé l'écriture.
« Si je sors avec toi, je changerai et je ne me comporterai plus comme un gamin » explique l'amoureux en préambule. « Je te promets, tu peux me faire confiance, je ne te ferai plus galérer. » Les grandes promesses, classique. « Moi, je t'aime », la belle déclaration. « Après je te laisse réfléchir », la balle est dans le camp de la belle.
Une bouffée de romantisme m'étreint en découvrant ces lignes. Mais mon scepticisme cartésien reprend vite le dessus. Étonnant qu'à l'heure de Facebook et des messages privés, de Snapchat et de tous les autres réseaux sociaux si prisés des ados, le dénommé Cédric utilise ce moyen de communication antédiluvien. 
Et pour quel résultat ? Si ce petit mot traîne sur le chemin entre herbes folles et crottes de chien, c'est qu'il n'a pas véritablement conquis le cœur de la dulcinée. J'imagine qu'elle l'a lu, en a rigolé avec sa meilleure amie et l'a dédaigneusement jeté sur le chemin de l'école. A moins que Cédric ne se soit ravisé et ait préféré abandonner au vent sa prose romantique. Les histoires d'amour commencent mal, en général.
(1) : prénom d'emprunt, ne prenons pas le risque que Robert Ménard l'incorpore dans un de ses fichiers fantômes...

DE CHOSES ET D'AUTRES - Prénoms impropres

Pas la peine d'en remettre une couche sur les fichiers de prénoms d'écoliers de la ville de Béziers. Robert Ménard a sans doute perdu une bonne occasion de se taire. Comme s'il était possible de déterminer la religion d'un enfant en fonction du prénom choisi par ses parents. Foutaises. Pour ne pas être plus grossier.

La grossièreté, cette mère maîtrise parfaitement. Elle habite à côté de chez une amie qui m'a raconté l'anecdote. Depuis l'arrivée des beaux jours, chacun vit les fenêtres ouvertes. Les deux maisons mitoyennes ne laissent que peu d'intimité côté conversation. La voisine a deux enfants de 2 et 5 ans.
Mon amie, bien involontairement, s'est rendu compte récemment qu'elle ne prononçait jamais leur prénom. Elle les appelle Hé ou Ho. Cela donne ce genre de dialogues (invectives exactement) : « Hé, tu vas arrêter ! » « Ho, ça suffit ! » « Hé, tu l'as pas volée celle-là ! » « Ho, tais-toi ! » (là aussi j'édulcore). Depuis, les enfants ont hérité du prénom de Hé et Ho quand mon amie nous donne de leurs nouvelles. Si par hasard la maman irascible donne naissance à une troisième cible, le futur bébé héritera-t-il du sobriquet de Ha ? Ou bien Hisse, pour aller avec son frère Ho ?
On peut en rire, mais le quotidien des petits Hé et Ho ne ressemble pas précisément à un chemin bordé de roses. Et pour clore ce chapitre de prénoms impropres, une colle pour Robert Ménard, grand ordonnateur des statistiques ethniques cachées : dans quelle religion va-t-il bien pouvoir caser Hé et Ho ?

jeudi 7 mai 2015

BD - Les dilemmes de Louve, fille de Thorgal


Louve, fille de Thorgal et Aaricia, est la vedette de sa propre série dérivée. La petite viking a une double personnalité. L'humaine, gentille et aimante, espérant sans cesse le retour du père absent, et l'animal, méchant et hargneux, rejetant ce monde des humains si ingrat. Si au départ, le passionné de BD a suspecté la simple opération commerciale (multiplier les séries pour augmenter les ventes...), il a dû rapidement constater que finalement le « spin-off » vaut largement l'original. 
Côté scénario, Yann a parfaitement exploité les talents de Louve. Elle comprend le langage des bêtes et en profité dans ce tome 5 pour renforcer son amitié avec un petit singe perdu dans les froides forêts du Nord. Au niveau du dessin, Surzhenko dessine comme Rosinski, du temps où l'artiste polonais maniait encore la plume et l'encre de Chine. De la très haute qualité. Quant à l'intrigue, elle bénéficie de personnages secondaires originaux comme cette louve devenue humaine ou ce Skald qui donne son nom au tome 5, géant taciturne aux pouvoirs immenses.
« Les Mondes de Thorgal, Louve » (tome 5), Le Lombard, 12 €

DVD - Équarrisseur de sorcières dans "Le septième fils"

Adapté du roman “L’épouvanteur”, “Le septième fils” est une mine d'effets spéciaux.

Maître Gregory (Jeff Bridges) est l’épouvanteur. Ce chevalier combat les forces du mal. Essentiellement les sorcières, véritable malédiction de ce monde médiéval très fantasy. Ses armes, en plus du fameux bâton de sorbier, sont de la limaille de fer, un filet d’argent et quantité de sabres, épées et autres haches au fil tranchant. Il n’agit pas seul. En plus de son fidèle Tusk, guerrier troll peu bavard mais très efficace et quasi indestructible, il a toujours un apprenti avec lui. Au début de ce film à grand spectacle, il est interprété par Kit Harrington, vedette montante au rôle marquant dans la saga « Game of Thrones ». Mais les apprentis de Maître Gregory ne durent jamais bien longtemps. Au cours d’un combat avec Mère Malkin (Julianne Moore), reine des sorcières et méchante absolue, il se fait trucider. Maître Gregory se met en quête d’un nouvel apprenti, le septième fils d’un septième fils. Il le trouve au foyer Ward.


Tom (Ben Barnes), paysan chargé de nourrir les porcs, devient donc le second de Gregory. Content de quitter la fange de sa campagne, inquiet car il se doute que cette existence est pleine de dangers. Le début de l’histoire se déroule comme une classique initiation. Il y a un peu du Luke Skywalker dans Tom et du Yoda dans Gregory. Jeff Bridges, vieux routier du cinéma américain, semble très à l’aise dans ce rôle de tueur de sorcières, alcoolique, vénal et ne se faisant plus d’illusions depuis très longtemps. Malgré le poids des ans, il se débrouille dans les scènes d’action et reste crédible dans toutes les situations. Côté féminin, si Julianne Moore en fait parfois des tonnes dans son interprétation de la grande méchante, Alicia Vikander, « gentille » et sensuelle sorcière est plus convaincante. Dommage que son personnage manque un peu de profondeur. Il aurait sans doute fallu rallonger le film d’un bon quart d’heure pour mieux utiliser le potentiel de la jeune actrice suédoise.
Dans le blu-ray (dont une version en 3D), les bonus donnent une petite idée de ces variantes. La fin alternative par exemple est plus positive, moins sombre que la version retenue. On peut également voir près de 30 minutes de scènes coupées ou modifiées, comme si ce film avait à un moment donné changé de direction. Plus classique, le making of notamment sur les effets spéciaux. Un bon divertissement au final, qui offre en plus l’avantage de reformer le couple Bridges/Moore de « The Big Lebowski ». Rien que pour cela, et la scène de la taverne où Gregory se bat avec un gobelet dont pas une goutte ne se renverse, ce « Septième fils » mérite que l’on s’attarde sur lui.
« Le septième fils », Universal, 16,99 euros le DVD, 20 euros le blu-ray.


mercredi 6 mai 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Chassez le gluten


La mode alimentaire du moment est au sans gluten. Quelques nutritionnistes, après des études poussées, ont décrété que le gluten est mauvais pour notre organisme. Selon eux, ce produit "attaque et détruit les villosités des parois du duodénum, revêtement interne de l'intestin grêle, empêchant ainsi une assimilation des aliments". Autre effet néfaste constaté : une inflammation chronique de l'intestin. N'avalez plus un gramme de gluten, vous ne vous en porterez que mieux.

Le "gluten free" devient le régime miracle pour perdre du poids et se sentir mieux dans sa peau. Donc terminé le pain, les pâtes, les pâtisseries, les gâteaux et les saucisses. Reste le riz, les viandes, le sarrasin, les légumes ou le maïs. Le lait ne contient pas de gluten. Mais le lactose le rend lui aussi difficile à digérer. Donc, le sans gluten s'accompagne souvent d'un sans lactose. Voilà comment on rend tabou ce qui a constitué l'ordinaire de millions d'humains depuis des siècles : une tranche de pain accompagnée d'un bout de fromage.


Cette remise en cause permet à quelques comiques d'imaginer les œuvres d'art dans un monde sans gluten. Le "Gluten free museum" montre le tableau avant/après. Ces deux paysans de Van Gogh dormant contre une meule de céréales d'un jaune éclatant se retrouvent étendus sur un sol nu et sombre. Les célèbres glaneuses de Millet n'ont plus rien à ramasser. Le poulbot de Willy Ronis court sans sa baguette sous le bras. Paradoxe, sans gluten Lucky Luke redevient politiquement incorrect, troquant son épi de blé contre la cigarette des premiers albums...

BD - Rosa, maîtresse épouse


François Dermaut a mis près de cinq ans pour réaliser cet album. Spécialiste des récits historiques (Les chemins de Malefosse), il délaisse l'aventure pour se plonger dans un conte rural tiré d'une histoire de Bernard Ollivier. Rosa est la femme de Mathieu. Ce dernier, plus âgé de 30 ans, souffre du mal du siècle (on est au XIXe), la tuberculose. Il crache ses poumons chaque nuit et reste allité en permanence. Rosa accueille toujours les amis de Mathieu pour des parties de cartes endiablées. A la fin de l'une d'elle, le ton monte sur leurs prétendus exploits sexuels. Alcool aidant, ils vont se lancer un défi : celui qui satisfera le mieux une femme remportera la mise générale. 
Beaucoup d'argent en jeu et de plus en plus de joueurs. Reste à trouver la donzelle qui acceptera de servir de juge suprême. Une prostituée est contactée mais à la surprise générale, Rosa se propose en échange de 30 % des sommes engagées. Elle pourra ainsi payer un séjour au sanatorium à Mathieu. 
Présenté comme le chef-d'oeuvre de Dermaut, la première partie de Rosa est en tout cas totalement différente de ses précédentes production. Plus humaine essentiellement.

« Rosa » (tome 1), Glénat, 14,50 €

mardi 5 mai 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Débats fumeux à tous les étages

Le temps est à la polémique. Pour un oui, pour un non, le ton monte, l'invective fuse.

Les Républicains, nouveau nom de l'UMP trouvé par des publicitaires (pas si novateurs) et avalisé par Nicolas Sarkozy, ne fait finalement pas l'unanimité. Trop américain pour certains. Avant que l'affaire ne dégénère, les militants sont appelés à la rescousse. Ils voteront par internet. Point final, plus de débat.
Emmanuel Todd, sociologue, lance un pavé dans la mare en dénonçant la prétendue mascarade des manifestations du 11 janvier. Mal lui en a pris. Une armée d'intellectuels se lève contre ce pourfendeur de l'unanimité. La polémique, là, commence à peine.
Caroline Fourest, invitée sur le plateau de Laurent Ruquier pour parler de son livre, se prend la tête avec Aymeric Caron et le traite de con. Depuis, cette guerre des « deux gauches » provoque les ricanements à droite.
Le joli mois de mai s'annonce comme celui de la contestation. Tous les sujets incitent à la controverse. Hier matin, sur RTL, Laurence Rossignol, ministre de la Famille, s'insurge contre un texte qu'elle considère comme « limite incestueux ». Ce morceau, quatre millions de personnes (chiffres Médiamétrie) ont pu l'entendre samedi soir sur France 2. Rien de bien transcendant, juste une chanson de Patrick Sébastien interprétée dans son émission « Les années bonheur » en hommage au patrimoine français, à Simenon, à Brassens. Titre du chef-d'œuvre pinaillé : Une petite pipe. Sébastien y entonne ce refrain : « Une petite pipe avant d'aller dormir, Une petite pipe avant d'aller se coucher ». Ça c'est de la polémique !

BD - Nids d'extraterrestres dans "Namibia" de Léo, Rodolphe et Marchal


Léo est un faiseur de best-sellers. Après les centaines de milliers d'exemplaires de sa série phare Aldébarran, il a multiplié les collaborations. Soit seul au scénario, soit aidé de Rodolphe qui l'a « lancé » avec le western hivernal « Trent ». Moins inventif, plus complexe, Kenya mélange habilement fantastique et espionnage. Après une première saison de cinq albums, Léo et Rodolphe ont confié le dessin à Marchal qui s'est accaparé l'ambiance, délaissant petit à petit le style de Léo. 
La suite des aventures de la belle Kathy Austin se déroule en Namibie. Dans le cinquième et ultime épisode, elle descend dans les entrailles d'une mine désaffectées pour y découvrir un nid d'extraterrestres en train de fomenter la destruction de la planète. Elle saura convaincre Churchill et Staline d'intervenir rapidement pour détruire ces dangereuses bases. Si la fin semble un peu abrupte, on est rassuré car les auteurs annoncent d'ores et déjà une troisième saison qui prendra place cette fois en Amazonie.

« Namibia » (tome 5), Dargaud, 11,99 €

lundi 4 mai 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Au tour de la Force


Star Wars prend de plus en plus des airs de religion, voire de secte. Les fans, ou disciples, ont même leur jour férié. Le 4 mai constitue depuis quelques années la date de référence. La faute à Dark Vador, le grand méchant. Une de ses répliques cultes, "Que la force soit avec toi", peut se comprendre en anglais "May the 4th be with you".

Donc ce 4 mai, partout dans le monde, des animations, soirées, colloques ou conférences se penchent sur cette mythologie d'un nouveau genre. Avec encore plus d'excitation car cette année 2015 sera marquée par la sortie du 7e volet de la saga ("Le réveil de la Force" sur les écrans le 18 décembre). Outre les grands anciens (Harrison Ford, Carrie Fisher...), de nouveaux personnages apparaîtront. Celui qui semble avoir le plus de succès dans les quelques extraits distillés au compte-gouttes par Disney, est tout rond. Rien à voir avec Obélix, il s'agit d'un robot-boule au doux nom de BB-8. R2D2 a du mouron à se faire.
Star Wars, une "religion" qui accepte en son sein les marchands du temple. Licences et droits dérivés représentent une formidable machine à cash. Pour preuve la mise en vente aujourd'hui du premier numéro d'un nouveau bimestriel édité par Panini Comics : l'adaptation en BD de la trilogie de base. Et pour rendre encore plus fous les adeptes (collectionneurs), la maison d'édition publie ce numéro 1 sous dix couvertures différentes. Conséquence, le fan absolu devra débourser 10 fois 5,50 euros pour ne rien manquer... Sans compter les quatre éditions spéciales destinées à la FNAC ou La Grande Récré. Dark Vador, le nouvel Oncle Picsou de la galaxie.
En bonus, les premiers extraits de Star Wars 7

BD - Vidocq, policier de choc et de légende


Héros de romans, de série de télévision et même de films, Vidocq est de nouveau sollicité pour une adaptation en bande dessinée de ses aventures. Richard D. Nolane, le scénariste qui monte chez Soleil, s'intéresse à ce personnage complexe et rempli de contradictions. Il confie le dessin à Banovic, illustrateur Serbe au trait parfois chargé mais qui parvient à rendre l'ambiance de ce Paris du second Empire, écartelé entre richesse des parvenus et misère des laissés pour compte. 
Vidocq, ancien bagnard, vient d'être embauché pour faire diminuer la délinquance dans Paris. Il a des méthodes peu orthodoxes mais efficaces. Il a recruté d'anciens délinquants, experts en camouflage, filature et infiltration du milieu. La première enquête, « Le suicidé de Notre-Dame », le met en présence d'anciens soldats durement éprouvés par la campagne de Russie. Mais ce que l'on apprécie surtout c'est la mise en place de son équipe et notamment le recrutement de Pauline, une jolie prostituée prête à faire le grand saut : se mettre au service de la justice. Un premier tome prometteur tant l'ensemble des personnages a de la ressource.

« Vidocq » (tome 1), Soleil, 13,95 €