Tardi achève avec « O dingos, ô châteaux ! » sa trilogie Jean-Patrick Manchette. Presque une œuvre de jeunesse pour cet écrivain français mort en 1995. Ce roman a reçu en 1973 le grand prix de littérature policière. Un choix polémique tant la prose de Manchette, pour l'époque, était moderne, dérangeante et ouvertement de gauche. Sur 90 pages en noir et blanc, Tardi réinvente la cavale à travers toute la France de Julie, la nurse au lourd passé psychiatrique et de Peter, un gamin capricieux, insupportable mais riche héritier. Julie est accusée d'enlèvement. En fait c'est un coup monté par l'oncle pour hériter. L'intrigue ne semble être qu'un alibi pour mettre en scène des personnages sortant résolument de l'ordinaire. Julie, bien évidemment, femme fragile, allergique au mot « police », mais capable de tout pour continuer à avancer dans le sinistre théâtre de la vie. Il y a aussi Thompson, le tueur. Vieux, fatigué, souffrant de maux de ventre épouvantables, il va aller au bout de sa logique : tuer atténue la douleur.
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mercredi 14 décembre 2011
Fume, c'est du Manchette roulé par Tardi !
Tardi achève avec « O dingos, ô châteaux ! » sa trilogie Jean-Patrick Manchette. Presque une œuvre de jeunesse pour cet écrivain français mort en 1995. Ce roman a reçu en 1973 le grand prix de littérature policière. Un choix polémique tant la prose de Manchette, pour l'époque, était moderne, dérangeante et ouvertement de gauche. Sur 90 pages en noir et blanc, Tardi réinvente la cavale à travers toute la France de Julie, la nurse au lourd passé psychiatrique et de Peter, un gamin capricieux, insupportable mais riche héritier. Julie est accusée d'enlèvement. En fait c'est un coup monté par l'oncle pour hériter. L'intrigue ne semble être qu'un alibi pour mettre en scène des personnages sortant résolument de l'ordinaire. Julie, bien évidemment, femme fragile, allergique au mot « police », mais capable de tout pour continuer à avancer dans le sinistre théâtre de la vie. Il y a aussi Thompson, le tueur. Vieux, fatigué, souffrant de maux de ventre épouvantables, il va aller au bout de sa logique : tuer atténue la douleur.
De choses et d'autres - Paranoïa dans un open space : l'œil dans le dos
Si par malheur vous avez une légère tendance à la paranoïa, ne lisez pas ce qui va suivre. Vous pourriez décider de jeter votre ordinateur à la poubelle. Car si George Orwell a imaginé Big Brother dans son roman « 1984 », internet l'a fait sans même que l'on s'en rende compte. Pire, on est consentant et souvent on y prend du plaisir.
L'espionnage numérique est devenu monnaie courante et d'une facilité déconcertante. Les exemples ne manquent pas, dans les entreprises notamment. Après une « journée de merde au boulot » à supporter des « petits chefaillons qui jouent aux grands », certes cela soulage de le dire sur Twitter, mais il y aura forcément un « gentil » collègue pour le rapporter à votre direction. Vous vous retrouverez alors, comme cette employée d'un centre d'appel, poursuivie pour injure devant le tribunal correctionnel.
De même, si vous utilisez votre ordinateur au bureau pour faire vos courses de Noël, méfiance. L'entreprise a parfaitement le droit de vérifier les sites visités durant votre temps de travail. Et de vous reprocher (parfois jusqu'au licenciement), le fait que vous passez un peu trop de temps à faire du shopping.
D'une façon générale, dites-vous que tout ce que vous faites sur internet peut-être vu par vos supérieurs. Il existe même un espionnage interne. Pour plus de sûreté, gardez vos idées dans un coin de votre tête. Les mettre en ligne, c'est prendre le risque de les retrouver dans la bouche du collègue qui guigne votre place...
mardi 13 décembre 2011
Vengeance d'outre-tombe dans "Le Chinois" d'Henning Mankell au Seuil
Billet - François Fillon concurrence le Troll masqué
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil sur le net ? Non ! Méfiez-vous des trolls. Ce ne sont pas, comme dans la mythologie nordique, des êtres poilus vivant dans les montagnes, mais des internautes masqués intervenant dans les forums. Des contributions systématiquement négatives, insultantes et blessantes. Ils utilisent cet anonymat si décrié pour harceler leurs proies. Un « jeu » qui peut déraper. Tasha, 15 ans, s'est suicidée en se jetant sous un train. Sur la page facebook destinée à recueillir les témoignages de condoléances de ses amis, un troll a posté un montage vidéo associant le visage de Tasha à une locomotive. A la demande de la famille, le troll a été repéré et condamné à 18 semaines de prison...
Sur Twitter aussi certains abonnés se masquent derrière une fausse identité. Le jeu en vogue du week-end aura été de découvrir le pseudo de... François Fillon. Ce compte servirait au Premier ministre à surveiller ce que twittent certains de ses ministres, Eric Besson par exemple habitué aux dérapages. Mais avancer masqué sur un réseau social cultivant l'égo à outrance n'est sûrement pas une bonne idée. La chasse au Fillon s'est terminée quand plusieurs spécialistes ont dévoilé le nom de son faux compte : @fdebeauce, comme François de Beaucé, nom du manoir lui appartenant près de Sablé-sur-Sarthe. Le principal intéressé l'aurait confirmé hier, mais méfiance : l'usurpation d'identité est un jeu très prisé sur internet.
lundi 12 décembre 2011
BD - Reiser, chroniqueur d'actualité dans Pilote
Dans les années 60 et 70, Pilote, journal de bande dessinée dirigé par René Goscinny, décide de consacrer une partie de ses pages à l'actualité. Des récits complets en noir et blanc, où l'esprit frondeur de quelques auteurs trouve matière à réflexion. Cabu, Fred, Gébé sont passés par cet exercice. Un des meilleurs reste Reiser. Il n'y déverse pas sa méchanceté réservée à Hara Kiri, mais commence dans ces histoires courtes de une ou deux pages, à roder ses idées écologistes. C'est pertinent, marrant ou absurde, mais jamais plat. Pour la première fois l'intégralité de ces récits jamais publiés en albums sont repris dans ce superbe livre. Une plongée dans l'actualité du siècle dernier, après la libération des mœurs et avant le premier choc pétrolier.
« Reiser, les années Pilote », Glénat, 270 pages, 25 €
dimanche 11 décembre 2011
BD - Un monde segmenté imaginé par Malka, dessiné par Juan Gimenez
Richard Malka, célèbre avocat et scénariste de BD qui monte, s'attaque à la SF. Et en refermant le premier tome de « Segments », dessiné par Juan Gimenez, on ne peut que se demander si cette histoire est de Malka ou de Jodorowsky. Dans un futur très lointain, la civilisation s'est segmentée. Pour atténuer les tensions, en fonction de tests passés à 7 ans, chaque enfant est destiné à un monde spécifique. Si vous êtes attiré par le commerce cap vers la planète Mercante du secteur de l'échange. Les artistes finiront à Muse et les adeptes du sexe, des jeux et des drogues iront s'adonner à leurs vices sur Voluptide. Cette segmentation de la civilisation a été imposée par 7 immortels, à la tête de chaque secteur. Mais parfois, des éléments se rebellent, refusent les étiquettes. Des résistants cherchant à retrouver un peu d'humanité dans cette société en totale déliquescence.
Les deux héros sont jeunes et beaux, plein de fougue et sans peur. Après ce premier tome, ils prennent la direction de Voluptide. Cela devrait donner l'occasion à Gimenez de dessiner quantité de jolies femmes nues, un secteur dans lequel il excelle...
« Segments » (tome 1), Glénat, 13,50 €
samedi 10 décembre 2011
L'armure du Jakolass : Valérian repart à l'aventure en compagnie de Larcenet
Valérian, agent spatio-temporel animé durant des décennies par Christin et Mézières est officiellement en sommeil. Cependant, la retraite des deux créateurs de la série SF française la plus populaire n'empêche pas le jeune héros (toujours accompagné de la sublime Laureline) de poursuivre ses missions entre galaxies et champs d'astéroïdes. Il va, comme Spirou, passer de mains en mains pour explorer d'autres genres graphiques. Manu Larcenet est le premier à se risquer à réécrire cette BD culte. Certains critiques se sont offusqués de sa vision car il part du postulat que l'esprit de Valérian est enfermé dans le corps de Monsieur Albert, vieux poivrot de base, pilier de bar plus que franchouillard. C'est vrai que c'est déstabilisant, mais Larcenet a plus d'un tour dans sa manche et surtout une grande science du rebondissement et de la mise en abîme. Comme en plus, c'est un excellent dessinateur, cette aventure de Valérian, bien évidemment à des milliers d'années lumière de l'original, reste une BD de SF, intelligente et novatrice. Avec (pour le même prix), en bonus cachés, quelques aliens dessinés par des invités de marque, de Goossens à Binet en passant par Baru ou Jean-Yves Ferri.
BD - La vie de Louve, la Viking, fille de Thorgal, racontée par Yann et Surzhenko
Thorgal ayant changé de main (Yves Sente assure le scénario depuis quatre ans), le Viking vit de nouvelles aventures et plusieurs séries sont développées autour des personnages secondaires des 30 albums dessinés par Rosinski. Après Kriss de Valnor, c'est Louve, la fille du héros, qui bénéficie d'une série propre. Surprise, on retrouve au scénario Yann, le trublion qui, il y a 30 ans, se moquait des séries d'aventures, préférant les pasticher avec son ami Conrad. Entretemps, il est devenu un scénariste tout terrain et sa vision du monde de Thorgal est très fidèle.
Au dessin, Surzhenko se coule dans le style de Rosinski, l'originel, avant que le maître polonais ne se mette à la peinture...
Louve, petite fille un peu abandonnée (son père est en vadrouille, son frère aussi) trouve du réconfort auprès des animaux de la forêt. Elle a le pouvoir de leur parler et c'est pour cette raison qu'elle vient en aide à une louve chassée de son clan. Elle va l'aider à reprendre le pouvoir. Mais cette incursion dans les forêts sombres, seule, va mal tourner. Prisonnière d'un monde onirique, la petite fille va être victime d'un beau parleur. On retrouve dans « Louve » tout l'esprit de la série originale. Les fans de la première heure adoreront.
« Louve » (tome 1), Le Lombard, 11,95 €
vendredi 9 décembre 2011
BD - Nico et ses potes
Comment fonctionne Sarkozy ? Cette question, Renaud Dély, journaliste politique, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, se l'est souvent posée. Ses relations avec les femmes avaient donné naissance à une BD dessinée par Aurel. Le scénariste s'intéresse cette fois à la relation du président de la république avec les grands industriels français. De Martin Bouygues, le copain de toujours à Alain Minc, l'ami conseiller en passant par Arnaud Lagardère, le protégé et l'innénarrable Bernard Tapie, ce sont les plus grosses fortunes de France qui ont des relations privilégiées avec celui qui débuta sa carrière politique à la mairie de Neuilly.
L'argent. Nicolas Sarkozy a une véritable admiration pour ceux qui “réussissent en affaire”. Ce n'est pas pour rien que Nicolas Bazire, rencontré au cabinet de Balladur, est témoin à son mariage avec Carla Bruni. Il a toujours refusé de rentrer au gouvernement, préférant faire prospérer sa fortune éclair en faisant acte de présence dans une foule de conseils d'administration. Sarkozy l'admire, l'envie même. S'il n'est pas élu en mai prochain, l'avocat d'affaires devrait tout faire pour arriver au niveau de ses amis milliardaires.
« Sarkozy et les riches », Drugstore, 15 €
jeudi 8 décembre 2011
Thriller - Passé sanglant dans le dernier roman de Jérôme Camut et Nathalie Hug
Politique, social et familial : le nouveau roman de Jérôme Camut et Nathalie Hug joue sur plusieurs fronts. Trois fois plus passionnant !
Le sous titre de ce roman, « On paie toujours ses fautes. C'est juste une question de temps » plante le décor. En progressant dans la lecture, on se rend compte que tous les protagonistes ont des passés sulfureux. Le héros, Jacques Peyrat, en premier. Pourtant il est présenté dans les premières pages comme un homme charmant. De nos jours, il possède un hôtel dans une île des Caraïbes. Il accueille les touristes en compagnie de sa femme Libbie, enceinte de sept mois. Ils s'aiment dans un petit paradis. Mais quand on connaît la bibliographie des auteurs, Jérôme Camut et Nathalie Hug, on se doute que la dominante rose ne va pas durer. Un simple coup de fil va tout faire basculer. Jacques s'envole du jour au lendemain pour la Suisse. Il va récupérer Lulu, sa première fille âgée de 14 ans. Et le lecteur, en découvrant cette adolescente, va également plonger dans la jeunesse de Jacques.1996. Provincial récemment monté à Paris, Jacques fait la manche dans le métro et vit dans un squat. Il manifeste régulièrement contre le gouvernement et a souvent maille à partir avec les forces de l'ordre. La haine des uniformes semble être son principal moteur. Quand il rencontre Grace, une jeune étudiante américaine, c'est le coup de foudre. Quelques mois plus tard, c'est moins romantique. Enceinte, Jacques abandonne Grace qui sera seule quand Lulu nait. En 1998, Grace part aux USA avec sa fille. Jacques, s'étant découvert une fibre paternelle à rebours, décide de tout faire pour la retrouver. Il a besoin d'argent, de beaucoup d'argent. Après un séjour en prison (toujours des problèmes avec les policiers...) il s'associe a deux malfrats pour un casse digne de Spaggiari.
Ce flashback est entrecoupé des retrouvailles actuelles de Jacques et de sa fille. Pour elle, c'est un inconnu. Mais Grace venant de mourir, elle n'a plus que lui. Ils vont tenter de s'apprivoiser, tout doucement. Mais n'en auront pas vraiment le temps.
Enlèvement
Sur les routes enneigées de Suisse, Jacques a un accident. Lulu, une jambe cassée, est transportée dans un refuge dans les bois. Jacques part chercher des secours. Et quand ils arrivent sur place, plus de 24 heures plus tard, Lulu a disparu. Pour l'ancien cambrioleur, cela ne fait pas de doute, cet enlèvement est l'œuvre de personnes voulant solder le passé.
L'écriture sur trois niveaux différents (le présent, le passé de Jacques et les confessions de Carmen, une employée d'un homme politique de premier plan) permettent de doser les révélations et de maintenir le rythme à ce récit aux multiples ramifications. Jacques se transforme en fugitif, obligé de partir seul en chasse des ravisseurs de Lulu. Mais la venue de Libbie en Europe va compliquer sa tâche. D'autant qu'elle va apprendre indirectement le passé de Jacques, de sa fille cachée au casse parisien de 1998.
Un roman haletant, dans l'air du temps puisqu'il y est question de secrets d'Etat et des vices cachés d'hommes politiques apparemment au dessus de tout soupçons, marqué par la personnalité de Jacques. Fougueux, un peu trop parfois, le père n'est pas un modèle de vertu. Pas étonnant donc si la fin n'est pas politiquement correcte. Comme les deux auteurs, Jérôme Camut et Nathalie Hug, au ton de plus en plus singulier et important sur la scène du polar français.
« Les murs de sang » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, Calmann-Lévy, 18,50 €









