dimanche 12 décembre 2010

Tradition - Plongez dans les "Légendes d'ici et d'ailleurs"

Dans chaque région de France, contes et légendes se transmettent de génération en génération. Des histoires sans auteur qui perdurent dans la tradition orale. Les plus belles d'entre elles sont réunies dans un luxueux volume de plus de 330 pages enluminées d'aquarelles de Sandrine Bonini. 

De notre région, le Languedoc-Roussillon, on retiendra plus spécialement « La quenouille de fer » se déroulant entre Saissac et Montolieu dans l'Aude. Jeanne, une jeune femme simple et appréciée de ses amis, change quand elle entre en possession d'un anneau magique que lui donne un mystérieux moine. Elle va se transformer du tout au tout, l'anneau lui permettant de devenir comtesse de Saissac, un titre qui va décupler son ambition. L'histoire finit mal et de nos jours encore, le château de Saissac n'est que ruines...

« Les plus belles légendes de France ». Omnibus. 28 euros

samedi 11 décembre 2010

BD - Exhibitionnisme dessiné pour Frédéric Boilet et Aurélia Aurita

Une histoire d'amour est incomplète si les deux composantes du couple ne s'épanouissent pas sexuellement. Et parfois, pour permettre la réalisation de tous ses fantasmes, une petite dose d'exhibitionnisme est nécessaire. C'est un peu la finalité de cette BD-témoignage d'Aurélia Aurita. 

La jeune illustratrice raconte sa belle histoire avec Frédéric Boilet, dessinateur français installé au Japon. Le premier tome avait posé les jalons, le second vient conforter l'impression de découvrir une créatrice au ton nouveau, une sorte de Virginie Despentes du 9e art. A Paris, en tournée de dédicaces ou dans la vie quotidienne à Tokyo, Chenda se dévoile au lecteur. Ses humeurs, ses envies, ses malheurs. Elle se sent trop jeune pour un amoureux de 20 ans son aîné. 

Elle redoute aussi que l'on croit qu'elle ne couche que pour réussir dans un milieu très masculin. Elle découvre aussi la jalousie et la peur. La peur de ne pas pouvoir vieillir avec son amoureux, la peur de le perdre, de lasser... Ce pourrait être déprimant, au contraire c'est joyeux et jouissif. Car quand Chenda doute, elle se précipite sur Frédéric et oublie tout dans ses longues caresses et coups de reins. 

L'amour c'est bien, avec le sexe c'est mieux, semble nous expliquer Aurélia Aurita.

« Fraise et chocolat » (tome 2), Pocket, 6,90 euros

vendredi 10 décembre 2010

BD - La fille timide (Sophie) et le mec du milieu (aux rouflaquettes)

Les amours de jeunesse, nostalgie, nostalgie. Pour Sophie Awaad, jeune dessinatrice, les amours de jeunesse se résument surtout des râteaux... Elle les raconte avec une belle auto-dérision dans « Le mec du milieu », BD en noir et blanc parue aux éditions Delcourt dans la collection Shampooing. Longtemps, Sophie a cru être un garçon. A l'école élémentaire, elle se faisait appeler Edgar et se battait dans la cour de récréation. Elle est revenue à la réalité quand elle a demandé à la plus belle fille de sa classe si elle pouvait devenir son amoureuse. Étonnement de l'intéressée et fin de non recevoir. 

Sophie aurait pu devenir lesbienne. Elle a, plus simplement, admis cette évidence, elle voulait être un garçon car elle était très attirée par eux. Problème : ce n'était pas réciproque. La première partie de l'album raconte son cheminement intellectuel de fille timide à qui on ne demandait jamais de danser, encore moins de coucher alors que c'est ce qu'elle désirait le plus au fond d'elle même. 

La seconde partie est centrée sur sa « fixette » de son année de terminale. Un jour, elle remarque un garçon qui fumait beaucoup, en doudoune et avec des rouflaquettes. Elle tombe raide amoureuse du « mec du milieu ». Comment l'aborder, se faire remarquer, passer du rêve à la réalité : Sophie Awaad va passer une année d'enfer de frustration complète et absolue, tétanisée par la timidité. Et quand elle osera enfin passer à l'action, rien ne se déroulera comme dans ses rêves à l'eau de rose. 

C'est souvent hilarant, parfois triste et doux amer. Et inévitablement, on se reconnaît un peu dans cette galerie de personnages, que l'on soit fille timide ou mec du milieu.

« Le mec du milieu » de Sophie Awaad. Editions Delcourt, collection Shampooing. 13,95 €

jeudi 9 décembre 2010

BD - "Le testament de César", un nouvel Alix plein de promesses

Jacques Martin, le créateur d'Alix, a toujours voulu que son personnage lui survive. Plusieurs équipes se sont succédées pour animer les aventures du jeune Gaulois, ami de César. Parfois ce n'était pas très concluant, notamment au niveau du dessin. 

Ce « Testament de César » fait partie des excellentes cuvées. Pourtant c'est la première fois que Marco Venanzi s'attaque à ce monument de la BD francophone. Il assure même le scénario. Et au final, on a l'impression de replonger dans les meilleurs titres de la série du temps de Martin, avec complots et mensonges sur fond de découverte de la vie quotidienne des Romains. 

Cette histoire de testament gardé par les Vestales et de mariage annulé pour cause d'assassinat de la mariée, donne l'occasion à l'auteur de détailler les pratiques de ces religieuses très surveillées. On se se surprend également à être très intéressé par la méthode de mise à mort d'une femme ayant fauté : flagellée puis enterrée vivante. L'histoire comme on l'aime...

« Alix » (tome 29), Casterman, 10,40 €


mercredi 8 décembre 2010

BD - Le dernier Victor Sackville

Clap de fin pour Victor Sackville. C'est d'ailleurs clairement indiqué sur la couverture du tome 23 avec un gros « The end » ornant l'écran du cinéma où se déroule l'action. On regrettera cet espion anglais distingué, efficace et charmeur. Il est sorti de l'imagination fertile de François Rivière et de Gabrielle Borile. 

Côté dessin, c'est Francis Carin qui a donné corps à ses aventures, aux quatre coins du monde. Pour cette ultime énigme, Sackville est à Hollywood. Durant ces années 20, l'industrie cinématographique est en plein développement. Un agent dormant anglais aurait découvert un trafic avant de disparaître. Sackville va tenter de le retrouver. François Rivière semble avoir pris beaucoup de plaisir à décrire un milieu qu'il connaît particulièrement bien. 

Le portrait de la scénariste excentrique (cougar avant l'heure), est très réussi. Et pour donner un peu de piment à l'ensemble, un vieil ennemi refait son apparition : Tadjeff, mégalomane ayant endossé, sans problème le costume de producteur.

« Victor Sackville » (tome 23), Le Lombard, 10,95 € 

mardi 7 décembre 2010

BD - Yoko Tsuno affronte la servante de Lucifer

En se rendant en Écosse en compagnie de la jeune et espiègle Emilia, Yoko Tsuno va être confrontée à la « servante de Lucifer », prisonnière depuis le 13e siècle. Ce n'est pas une femme à proprement parlé mais un automate à la peau violette. N'écoutant que leur curiosité, les deux amies libèrent la servante de ses chaînes et immédiatement, cette dernière se réveille et les agresse. Mais elle n'a quasiment plus d'énergie et retombe en catalepsie. 

Yoko va appeler les Vinéens à la rescousse pour tenter de percer les mystères de l'automate. La 25e aventure de Yoko Tsuno est donc centrée sur le peuple de Vinéa, mais ne se passe pas dans l'espace. La suite de l'histoire conduit les héros imaginés par Roger Leloup dans les entrailles de la terre, dans cet enfer, résidence du fameux Lucifer, maître de l'automate. Un méchant pur et dur, ce qui est assez rare dans les albums de Leloup. 

Yoko Tsuno fait désormais partie des classiques de la BD franco-belge. Le trait est toujours aussi précis et minutieux, il n'a pas vieilli d'un iota.

« Yoko Tsuno » (tome 25), Dupuis, 9,95 € 

lundi 6 décembre 2010

Thriller - Kurtz, le retour

Personnage principal de la trilogie « Les voies de l'ombre », Kurtz hante de nouveau les pages de ce thriller de Jérôme Camut et Nathalie Hug.


Les serial killer ont-ils des enfants ? Une descendance ? Cette interrogation est au centre de « Rémanence », épilogue très psychologique de la trilogie « Les voies de l'ombre », des romans noirs qui font froid dans le dos. Le personnage principal, Kurtz, était devenu l'ennemi numéro 1 en France, ayant mis en place un vaste plan pour semer mort et chaos dans le pays. C'était presque à regret que le lecteur refermait « Instinct », Kurtz mis hors d'état de nuire. Les auteurs aussi, Jérôme Camut et Nathalie Hug, semblaient regretter d'avoir bouclé cette saga. Heureusement « Les voies de l'ombre se font entendre à nouveau ».

L'action se déroule quinze années après les premières vagues de terreur. Le bonheur est au rendez-vous pour Claire. Elle va épouser Edouard. Quelques heures avant les noces, un homme se présente à l'entrée de la luxueuse propriété des Morhange. Il désire parler à Claire. La jeune femme, intriguée, va à sa rencontre. Et elle a un choc : « Il a le front haut, des cheveux couleur de paille et ces traits si souvent imaginés qu'ils ont fini par se perdre dans sa mémoire. » Des pans du passé de Claire ressurgissent, quand elle était enfant, prisonnière de Kurtz. Elle s'est échappée avec Milan, le beau jeune homme qui réapparait, des années plus tard, le jour de son mariage. Milan qu'elle a tenté d'oublier. Et qui revient comme si de rien n'était.

Kurtz en quelques chiffres

Le lecteur va alors, par bribes, découvrir la dure existence de Claire. Son père faisait partie des « disciples » de Kurtz. Andréas a payé. Il vient de passer 15 années derrière les barreaux. Libre, il rédige un journal et il ne veut pas oublier les « chiffres bruts », « même si enfermer Kurtz dans des données est un exercice vain. Entre ceux qui sont morts dans ses fours, disparus, envolés, ceux qui ont sauté en mission, ceux qui ont disparu le jour de l'attentat au Stade de France, les chiens, les victimes des chiens, les infortunés qui ont croisé sa route, mauvais endroit mauvais moment, Kurtz est crédité d'à peu près 300 victimes ». Andréas est libre, Kurtz est mort. Mais il croit le voir, comme un fantôme revenant le hanter : « Je dois redoubler de prudence. Dans ce monde où Kurtz a vécu, tout est encore possible. »

L'ancien taulard, le jour de sa sortie, n'attend personne. Pourtant Claire a fait le déplacement. Elle veut solder son passé. Elle l'aborde alors qu'il attend sous un abribus. « Je suis venue mettre un terme à nos relations, papa » explique-t-elle en lui tirant dessus. Trois fois. Trois billes de paintball...

Deuil du père, deuil du mentor, deuil de son enfance : ce roman transpire la mort. Claire en est la figure centrale. Elle ne peut réfréner son attirance vers Milan, le mauvais garçon, l'antithèse de son mari, riche et casanier. Avec Andréas, la relation est encore plus complexe. Claire le rejette. Il va tout faire pour la protéger, malgré elle. Les trois personnages principaux présentés, Jérôme Camut et Nathalie Hug vont pouvoir déployer leurs talents de conteurs. Une dérive lente et inéluctable vers l'horreur, un cauchemar éveillé sans fin. Avec cette interrogation de plus en plus présente et obsédante : et si finalement Kurtz n'était pas mort ?

« Rémanence », Jérôme Camut et Nathalie Hug, Editions Télémaque, 19,50 €

dimanche 5 décembre 2010

BD - Les naufragés et les militaires

Arleston n'a pas que le monde de Troy à son actif. Il a également développé une autre série, tout aussi passionnante, sur le naufrage de trois voyageurs spatiaux sur la planète d'Ythaq. Dessinée par Adrien Floch, cette saga en est déjà à son 8e titre, l'avant-dernier, la suite et la fin étant annoncée dans le 9e titre, « L'impossible vérité », à découvrir en 2012. 

Un immense vaisseau spatial de l'armée vient de se poser sur Ythaq. Les militaires (ridiculisés à longueur de page par un Arleston sarcastique à souhait) doivent tenter de retrouver les 13 vaisseaux disparus aux alentours de cette planète même pas censée exister. Granite, la blonde, est toujours aussi vaillante et responsable, Callista, la belle brume ténébreuse, tente de retrouver un minimum de confort dans ce monde arriéré alors que Narvarth, le poète mécanicien, semble être aux prises avec des forces manipulant son esprit. 

C'est un peu bavard au début (il le faut bien pour placer les jeux de mots irrésistibles), et très mouvementé à la fin. Un subtil équilibre parfaitement maitrisé par Arleston.

« Les naufragés d'Ythaq » (tome 8), Soleil, 13,50 € 

samedi 4 décembre 2010

BD - Compagnie ténébreuse

Des nazis en cavale, des sacrifices humains, de jolies nanas, un héros complexe : les ingrédients servant au cocktail de « La compagnie des ténèbres » n'ont rien d'exceptionnel. Pourtant l'ensemble fonctionne et on se surprend à trembler dans le sillage du héros, un agent du Mossad pourchassant d'anciens SS au cœur de la jungle amazonienne dans les années 60. 

Patrick Galliano a corsé le tout en mettant l'intrigue principale en abime dans un futur proche apocalyptique, au dérèglement climatique catastrophique. Joseph Adams, sous couvert d'une mission de recherche archéologique, a pour mission d'éliminer un dignitaire nazi, sorcier ayant conseillé Hitler jusqu'aux derniers jours de la guerre. Il a trouvé refuge dans une tribu qui pratique toujours les sacrifices humains. Joseph Adams qui, en route, tombera dans les bras de Maria, une belle métisse ayant des pouvoirs surnaturels. 

Dessinée par Mario Milano, cette BD 100 % aventure et action a des petits airs de Manara. Notamment quand la belle et lascive Maria est un peu dénudée (en gros, du début à la fin des 52 pages...)

« La compagnie des ténèbres » (tome 1), Glénat, 13,50 € 

vendredi 3 décembre 2010

BD - Choron story

Daniel Fuchs, bouquiniste de son état, a longtemps été un des piliers des éditions du Square. La maison d'édition créée par Georges Bernier, alias Professeur Choron, a connu son heure de gloire avec le succès de Charlie Hebdo. Daniel Fuchs a raconté ses années « bêtes et méchantes » (le slogan de Hara-Kiri) à Joub et Nicoby qui ont transformé ce long témoignage en un roman graphique quasi historique. 

On croise dans ces pages Reiser, Cabu, Siné, Gébé, Chenz et autres Wolinski. Mais le véritable héros reste Choron, génial éditeur, piètre gestionnaire. Daniel Fuchs se souvient de ses débuts. Il a prêté sa bouille ronde et barbue pour quelques fausses pubs et autres romans-photos en plus de chapeauter les ventes. Il ressort de cette épopée un incroyablement bouillonnement, entre génie créatif et destruction de tous les tabous. Hara-Kiri allait très loin dans ses satires, les auteurs encore plus loin en coulisses. Ils prenaient du bon temps, profitant complètement de la libération des mœurs héritée de mai 68. 

Cela donne envie de retrouver cette ambiance insouciante et surtout met en exergue les limites de notre époque redevenue très pudibonde et politiquement correcte.

« Mes années bêtes et méchantes », Drugstore, 17 €