dimanche 3 août 2008

BD - Un démon bleu


Cette série de Baker et Jurion est presque trop riche de personnages secondaires tous plus loufoques les uns que les autres. Baker, le scénariste, semble bouillonner d'idées. Il accumule les gags, jeux de mots, clins d’œil dans chaque case, parfois au détriment de l'intrigue, abandonnée au bord du chemin. 

L'héroïne de la série, c'est Rose, une fillette qui a eu le malheur d'être habitée par une force démoniaque. Elle se transforme alors en démon aux pouvoirs dévastateurs. Seul Arno Von Malt, prêtre exorciste, parvient à la calmer. Avec son petit protégé, Woody, enfant cachant son visage derrière un masque de bois, il va tenter de ramener Rose au roi, une fois le démon la possédant mis hors de nuire. Avec pour seule arme un élixir aux effets secondaires ravageurs, il va devoir affronter un autre démon, Bleuet, et un couple de tueurs, Tristan et Yseult. Sans oublier la troupe d'un bandit de grand chemin, Romain Dix-doigts... 

Une série à déguster lentement, nécessitant plusieurs lectures pour en saisir toutes les subtilités et la virtuosité du dessin, très rond et efficace, de Jurion, illustrateur d'Anachron sur un scénario de Cailleteau.

"Les démons de Dunwich" (tome 2), 9,40 € 

vendredi 1 août 2008

Polar - Coup de froid pour San-Antonio

Mission au Québec pour le héros « dardien » chargé de mettre hors d'état de nuire un serial killer, le « Postier », s'attaquant aux blondes.


Le petit monde de San-Antonio, malgré la disparition en 2000 de Frédéric Dard, continue d'évoluer, le fils, Patrice, ayant repris cette petite entreprise littéraire, certainement la plus originale de la création française. Les puristes regretteront l'absence d'une certaine folie, typique de l'écrivain aux centaines de romans. Le fils, s'il a parfaitement saisi les psychologies des principaux protagonistes, ne semble pas encore oser se lancer dans des romans complètement délirants, comme seul Frédéric Dard osait, fort de son succès commercial qui ne s'est jamais démenti. Patrice fait donc encore du San-Antonio classique, presque trop. Mais cela reste quand même une bouffée d'air pur dans une production livresque française parfois triste pour ne pas dire sinistre.

Postier killer

De l'air pur et en l'occurrence très frais puisque cette nouvelle aventure du commissaire, chéri de ses dames, se passe en grande partie au Québec. Les premières pages montrent une équipe en pleine déroute. Pinaud envisage de prendre sa retraite, Jérémie Blanc est retourné en Afrique, de même que Mathias, Toinet, le fils de San-Antonio, s'est mis aux abonnés absents, trop occupé à suivre la grossesse de sa compagne, Amélie. Ne reste que Bérurier, complètement déprimé puisque sa Berthe a décidé de le quitter pour un jeune et vigoureux gigolo. Bref, rien ne va plus dans la maison poulaga.

C'est le moment qu'a choisi le président de la République en personne pour confier à San-Antonio une mission très spéciale. Dans un dialogue d'anthologie où le premier personnage de l'Etat fait les questions et les réponses, il demande à notre valeureux héros, de démasquer et de mettre hors d'état de nuire, le « Postier », serial killer s'attaquant aux jeunes et jolies blondes québécoises. Après leur avoir rasé le pubis et envoyé, par courrier, cette fine toison à des anonymes, il continue son découpage avec d'autres parties du corps qui elles, malheureusement, ne repoussent pas...

Piégés par Matignon

Antoine, avec pour seul renfort Béru, le dernier de la bande, se rend au Québec. Mais rapidement la mission part en eau de boudin. Papiers et bagages volés, ils tombent dans un guet-apens à leur hôtel : accusés de meurtre ils sont obligés de prendre la fuite et d'entrer en clandestinité. Mais ce ne sont pas ces quelques contrariétés qui vont décourager notre duo de choc.

Ils vont se lancer sur les pistes enneigées de la Belle Province, pistant le Postier et tentant de déjouer les pièges d'un service qui serait téléguidé, depuis Paris, par le Premier ministre en personne qui n'aurait trouvé que ce moyen pour tenter de se démarquer de son patron. Quelques scène osées et autres trouvailles du langage fleuri d'Alexandre-Benoît Bérurier donnent au lecteur son minimum syndical de rire. Avec parfois quelques perles de Béru comme cet abyssal « Si j'me sens m'nacé par la mort, j'mettrai fin à mes jours pour me simplifier la vie ! »

« Arrête ton char, Béru ! », Patrice Dard, Fayard, 15 €

jeudi 31 juillet 2008

BD - La chambre de Khéops


Plongez au cœur de l'aventure et de la pyramide de Khéops en compagnie de Jean-Baptiste Poulain, héros de la série du « Marquis d'Anaon » de Fabien Vehlmann (scénario) et Matthieu Bonhomme (dessin). Après avoir affronté la mer ou les forêts enneigées du Gévaudan, il met cette fois le cap sur l'Egypte. Ce jeune savant, curieux de tout, apprend avec surprise qu'il est l'un des bénéficiaires de l'héritage d'un certain Umberto Leone, riche commerçant dévoré par trois crocodiles en Égypte. 

Beaucoup d'argent et autant de questions. Il n'écoute que son instinct et utilise une partie de cette fortune pour se rendre en Égypte afin de tenter d'en apprendre un peu plus sur cet homme. Arrivé dans la ville du Caire, il va rapidement comprendre que cette enquête est relativement mal perçue par le communauté française. Umberto Leone était un original, persuadé que la pyramide de Khéops n'était pas le tombeau d'un pharaon mais le formidable écrin d'un trésor. C'est en cherchant ce trésor qu'il a trouvé la mort. Jean-Baptiste va donc marcher sur ses traces. Mais il y a trésor et trésor. Les biens matériels ne semblaient pas la priorité de Leone. 

Un superbe album offrant à Matthieu Bonhomme l'occasion de dessiner se somptueuses planches remplies de monuments égyptiens ou de foule grouillant dans les souks.

« Le marquis d'Anaon » (tome 5), Dargaud, 13 € 

mercredi 30 juillet 2008

BD - Troll de compétition


Les jeux olympiques débutent dans moins de 15 jours et ce grand barnum médiatico-sportif est bien évidemment prétexte à la publication de quelques BD se raccrochant à l'événement. Dans cette catégorie, il ne faut surtout pas manquer ces « Trollympiades », 11e histoire des Trolls de Troy imaginés par Arleston et dessinés par Mourier. 

Les esprits chagrins diront que ce n'est qu'une pâle copie du « Astérix aux jeux olympiques ». Que nenni ! Arleston ne renie pas l'influence mais ses situations comiques ont une exagération que jamais Goscinny n'aurait osé imaginer. Cette compétition, organisée par le méchant Rysta Fuquatou pour tenter de repérer les trolls les plus forts et les ensorceler, va très vite dégénérer. Face aux classiques épreuves de force et de lancer, les trolls, jamais pris en défaut dans l'outrance, vont se mesurer dans des compétitions peu banales comme le concours de celui qui fait pipi le plus loin, le lancer de pétaure, le dressage de mouches ou le slam-homme géant (descendre une pente neigeuse à califourchon sur un homme...). 

C'est truffé de gags et de jeux de mots, le tout illustré par un Mourier au dessin de plus en plus vif et enlevé, tout en force et caricature. Une série incontournable de ces dix dernières années.

« Trolls de Troy » (tome 11), Soleil, 12,90 €

mardi 29 juillet 2008

BD - La fleur du bouffange


Karma, sorte de petit diablotin, est le dernier de son espèce. Il vivait à Outrelieu, un monde magique qui subit depuis quelques temps les assauts des anges. Loin de faire le bien, ils sont là pour exterminer tout ce qui est différent. Karma est donc contraint de trouver refuge dans notre monde. Il est un des phénomènes présenté dans le cirque de M. Zombini. Mais ce dernier est blessé par la flèche d'un ange et est sur le point de mourir. Karma retourne donc Outrelieu pour le soigner. 

Un seul remède : la fleur de bouffange. Mais il n'y en a plus en stock. Il va donc courageusement essayer d'en cueillir une malgré le danger. Il doit d'abord affronter des sables mouvants, refuge d'un sableux, redoutable créature très affamée. Et quand il arrive enfin au pied du bouffange, il n'a pas le temps de cueillir une fleur que l'arbre le dévore tout cru. Mais Karma a quelques dons qui lui permettront de s'en sortir. Par contre, trouver une fleur de bouffange s'avèrera beaucoup plus compliqué... 

Cette série est magique. Écrite par Janssens, elle est dessinée par Borrini qui donne vie à ces mondes imaginaires foisonnants. On y retrouve un peu de l'ambiance de la défunte série « Isabelle » de Will, Delporte, Franquin et Macherot...

« Karma » (tome 3), Dupuis, 9,20 € 

lundi 28 juillet 2008

BD - Un peu avant le Tour


Le tour de France, qui est passé par l'ouest de l'Aveyron et qui devrait revenir dans les environs de Rodez dans les prochaines années, en plus d'une épreuve sportive sans commune mesure, est une vaste opération commerciale. Quelques heures avant le peloton, sur la route, passe la caravane. Presque une institution, 250 véhicules sur un cortège de 20 kilomètres. Germain Boudier dans cette BD de 80 pages nous plonge dans une fantastique aventure humaine. 

Mais il n'a pas choisi de raconter les pro du marketing. Il raconte la caravane à travers les regards de trois bras cassés très attachants, chargés de faire déguster le vin de Surseines aux spectateurs. Il y a Henri, chargé de famille mais toujours prêt à draguer les spectatrices ou les autres animatrices de la caravane. 

Pierrot lui vit toujours chez ses parents. Il est encore vierge mais il lui sera difficile de le rester longtemps tant les sollicitations sont nombreuses le soir aux étapes. Jeannot enfin n'est jamais content, un râleur de première très à cheval sur les principes. Ils sont au volant d'un vieux fourgon Citroën et ont beaucoup de difficulté au début pour suivre le rythme. 

Dessiné presque sur le vif, cette aventure est essentiellement humaine et fait chaud au coeur.

« Le tour en caravane » (tome 1), Futuropolis, 16 € 

vendredi 25 juillet 2008

Thriller - Tragique conjonction de planètes

Ce thriller de Michael White raconte comment un groupe d'amateurs d'occultisme se lance dans une série de crimes à Oxford.


Michael White, ancien journaliste scientifique, a profité de toutes ses connaissances pour imaginer ce thriller se déroulant à deux époques différentes. De nos jours, il suit l'enquête de Laura Niven, écrivain; et en 1690 il s'attache aux pas d'Isaac Newton en pleine expérience occulte d'alchimie. Laura, habitant désormais à New York, était à Oxford, là où elle a fait ses études pour des recherches sur son futur roman se passant en Angleterre au 17e siècle. Elle est sur le point de repartir outre atlantique quand sa fille, étudiante, est victime d'un accident de la circulation. Elle reste quelques jours de plus chez son ancien mari, Philip, photographe pour la police locale. 

Philip qui est appelé en urgence sur les lieux d'un crime. Il fait des clichés du corps d'une jeune fille retrouvée morte dans un fossé, à quelques mètres de sa voiture. Elle a été égorgée et surtout le meurtrier lui a enlevé le cœur. Une mutilation quasi chirurgicale. Le médecin légiste retrouvera dans la cage thoracique une ancienne pièce égyptienne.

Organes enlevés

Lauren, grâce à Philip, apprendra ce détail surprenant. Deux jours plus tard une autre jeune fille est retrouvée morte. Cette fois le meurtrier a enlevé le cerveau de la victime. Les policiers retrouvent à la place une pièce de monnaie en argent. Lauren, qui a longtemps été journaliste de faits divers à New York, se passionne pour ces crimes. Elle se lance dans des recherches savantes sur l'origine des pièces. Rapidement, elle est persuadée que ces meurtres ne sont pas l'oeuvre d'un dément mais les morceaux d'un puzzle ayant l'astrologie pour thème.

 Chaque pièce est associée à une planète. Planète qui, au moment des meurtres, entre en conjonction dans le ciel. Une suite très rare dans l'histoire des cieux. Et comme d'autres planètes vont rejoindre les deux premières, elle est persuadée que d'autres meurtres vont être commis. Elle prévient la police, mais le chef de l'enquête est très sceptique. Elle lui annonce le jour et l'heure du prochain crime. Il ne la prend pas au sérieux. Michael White donne alors un coup de fouet à son roman en décrivant la troisième exécution. Le tueur, qu'il appelle l'Acolyte, pénètre dans la chambre d'une étudiante, Samantha. « D'un geste adroit, il tira en arrière la tête de Samantha et lui trancha la gorge d'un seul coup de scalpel. Il coupa la jugulaire, ce qui projeta un flot de sang à travers la chambre, et enfonça la lame vers le bas pour sectionner les muscles du larynx. Cela étouffa le hurlement naissant de la jeune fille, qui tomba sur le sol en se tenant la gorge. » Un mystérieux Acolyte qui n'est que l'exécutant d'un ordre secret poursuivant, dans l'ombre, ses recherches de la pierre philosophale.

La vraie vie d'Isaac Newton

Ce thriller se déroule de nos jours, mais également en 1690. Isaac Newton, le célèbre savant, était aussi un maître de l'occultisme. Lui aussi, à cette époque, a profité de cette conjonction des planètes pour se lancer dans cette expérience majeure (et sanglante) pour fabriquer la pierre philosophale. On apprend beaucoup sur la vie du savant et des intellectuels de l'époque. Et en fin de volume, Michael White rajoute une trentaine de pages sur « les faits derrière la fiction ». Présentation des personnages gravitant autour de Newton, explications sur l'astrologie et l'alchimie où des lieux mythiques comme la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. Divertissant, terrifiant, plein d'enseignements scientifiques, ce roman de Michael White joue sur plusieurs tableaux à la fois. On risque au début de se perdre dans cette somme d'informations, parfois pointues, mais rapidement l'intrigue prend le dessus et on se surprend à palpiter avec Lauren, affrontant une puissante société secrète dans cette lutte contre la montre pour éviter la mort programmée d'innocentes victimes.

« Equinoxe », Michael White, Presses de la Cité, 21 € 

jeudi 24 juillet 2008

BD - Folie et cinéma au cœur du "Testament du docteur M"


Une bonne série, pour avoir un minimum de chance de s'imposer dans la jungle des sorties, doit avoir quelques atouts dans son jeu. Trop souvent, les personnages sont négligés au détriment de l'intrigue. Ce n'est pas le cas pour "Le testament du Docteur M" de Pécau et Damour. Le premier, scénariste, en plus d'un héros amnésique intrigant, a décidé que les personnages secondaires auraient de fortes personnalités. C'est le cas de Lotte S. Habou, l'inspectrice de police chargée de l'enquête (l'amnésique s'est enfui d'un hôpital psychiatrique en tuant un infirmier). 

Lotte, ancienne alcoolique, insomniaque, parlant comme un charretier, intransigeante avec le petit personnel, semble totalement désabusée. Il ne lui reste que son boulot. Courir après des meurtriers, c'est tout ce qu'elle a trouvé pour oublier sa déprime... Elle croise dans ce premier tome Fred, archiviste à la PJ. Cette femme corpulente, fumant le cigare, "n'aime que deux choses : les jeunes punkettes et les meurtres avec préméditation, et pas forcément dans cet ordre." Si vous ajoutez à cette distribution des libraires nébuleux et une bourgeoise nymphomane, ne vous étonnez pas si vous devenez accro à cette série qui est également un bel hommage aux débuts du cinéma.

"Le testament du docteur M" (tome 1), Delcourt, 12,90 € 

mercredi 23 juillet 2008

BD - Kid Ordinn et le secret du géant Flure

Qui aurait imaginé que Kid Ordinn, l'adjoint un peu simplet du shérif Dog Bull, avait du sang royal ? Tibet n'a pas hésité une minute à élaborer une intrigue pleine de rebondissements et de secrets, comme il le fait depuis plus d'un demi-siècle et qu'il anime les personnages de cette série indémodable. 

Wood City, étrangement calme, (mais Dog Bull est absent, c'est donc normal) voit arriver un géant répondant au nom de Flure. Il cherche un enfant qui aurait été abandonné dans des ballots sur un quai de gare à Phoenix. Il a un secret à révéler à cet enfant, un secret sur ses origines. Le shérif quand il a vent de l'affaire, se précipite. Cet enfant ce ne peut être que Kid Ordinn. Le géant Flure va alors lui révéler ce secret qui se révélera être mortel car qui le connaît est immédiatement pris en chasse par des tueurs. Mais le plus important reste que ce secret est synonyme de trésor, caché au fond d'un canyon. 

Le géant, Kid et Dog Bull vont aller à sa recherche, avec un Chick Bill aux aguets surveillant leurs arrières. Cette histoire, à l'intrigue assez mince, est surtout l'occasion pour Tibet de ridiculiser une fois de plus Dog Bull, véritable héros comique inépuisable de cette série.

"Chick Bill" (tome 69), Le Lombard, 9,25 € 

mardi 22 juillet 2008

BD - Les mille histoires d'un simple billet de banque


Un billet de banque, une fois sorti de l'imprimerie, va passer de mains en mains. Toutes sortes de mains, propres, sales, honnêtes, de voleurs ou d'avares. Emilio Ruiz a donc imaginé le parcours d'un billet de 20 euros à Barcelone et c'est Ana Mirallès qui s'est chargée d'illustrer ce périple heurté. 

Le premier utilisateur c'est un gardien de banque. Paradoxalement, il surveille toute la journée des montagnes de billets, mais quand il veut acheter un médicament pour soigner un début de rhume, il doit, comme tout le monde, utiliser sa carte bancaire. Le billet, ensuite, atterrira dans le sac d'une vieille dame qui se le fera subtiliser par un pickpocket. Suite de l'aventure dans un bar. 

C'est là qu'il subira ses premières dégradations. Un amoureux éconduit y inscrira le nom de son ex et son numéro de téléphone en précisant bien tout le mal qu'il pense d'elle. Le billet sera ensuite imbibé de la transpiration d'un cycliste et même déchiré par deux enfants se le disputant. Il sera donné à un curé qui l'utilisera pour payer son sacristain qui s'empressera de le dépenser chez une prostituée... 

Un récit complet édifiant, sur l'importance toute relative de l'argent, dessiné et mis en couleurs par une illustratrice au sommet de son art.

"Mano en mano", Dargaud, 13 €