vendredi 7 mars 2008

BD - Mégalex, l'épilogue


Après avoir totalement dématérialisé sa table à dessin, Beltran, revient à la bonne plume ou au pinceau, trempés dans de la simple encre de Chine. Celui qui maîtrisait à merveille ces images en 3D entièrement issues des mémoires des ordinateurs a ressenti le besoin de ce retour à la tradition : « Certaines sensations propres au dessin intuitif commençaient à me manquer. J'essaie d'arriver à l'essentiel de l'image au stade du dessin »

Une évolution radicale qui va également dans le sens de la série. Très technique, avec robots et androïdes, Mégalex s'oriente dans cet épisode final vers plus de nature, notamment dans une immense forêt, et de spirituel. Alors que des millions de clones s'aprètent à mourir, leur vie programmée étant sur le point de s'achever, les rebelles menés par Zéraïn parviennent à pénétrer dans la salle du trône pour assassiner la princesse Kavatah. Mais au moment où il va l'égorger, son bras se paralyse. Irrémédiablement attiré par elle, il prend la fuite en sa compagnie. Dans l'ombre, trois vieux savants semblent tirer les ficelles. 

Une fin très écologique pour cette série qui a permis de révéler au public toutes les facettes du talent de Beltran.

« Mégalex » (tome 3), Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

jeudi 6 mars 2008

BD - La jeunesse du détective le plus célèbre de tous les temps


Jean-Louis Le Hir, après des débuts de dessinateur pour enfant   (Cholms et Stetson), s'est dirigé vers l'illustration et le dessin d'humour. Il a notamment signé une série de strips intitulée « C'est qui le boss » sur le monde de l'entreprise. Mais la BD réaliste semblait lui manquer et il semble avoir enfin trouvé son style et son public avec ce Sherlock, jeunesse de Sherlock Holmes imaginée par ses deux scénaristes Didier Convard et Eric Adam. Le Hir, au pinceau, dessine toute la noirceur de cette Angleterre de la fin du 19e siècle. Le jeune Sherlock, apprenti archéologue, apprend la mort de sa mère alors qu'il est en Egypte. Elle se serait suicidée. Retour en bateau et bien des jours après le drame, le jeune surdoué de la déduction comprend rapidement que ce suicide par pendaison est un meurtre déguisé. Avec son frère aîné, agent des services secrets, il va tenter de découvrir l'identité du meurtrier. Mais cela impliquera un changement total d'orientation pour le jeune homme qui sera même obligé de changer d'identité devenant le célèbre Holmes. Une BD très divertissante qui donne envie de se replonger dans la littérature de Conan Doyle.

« Sherlock » (tome 1), Glénat, 12,50 € 

BD - Aria la libératrice


Aria, héroïne de Michel Weyland, est mise à rude épreuve dans ce 30e album intitulé Renaissance. Envoyée comme messagère dans une contrée du sud pour savoir s'il serait possible de développer des relations commerciales, la belle blonde est catastrophée quand elle découvre la condition des femmes dans ce pays.

 De même, elle n'admet pas qu'on utilise des proies vivantes pour chasser de grand oiseaux carnassiers. C'est en voulant délivrer un chat qu'elle est frappée par la foudre. Entièrement brûlée, défigurée, elle ne doit son salut qu'aux remèdes naturels d'un célèbre chamane. Après des semaines de convalescence, elle est comme neuve. Avec cependant un gros problème : elle est totalement amnésique. Seul souvenir, qui revient chaque nuit dans des cauchemars redoutables, elle est enchaînée sur un bûcher et les flammes la dévore. 

Les habitants, eux, sont persuadés qu'elle est la réincarnation de Sacrane, une jeune guerrière qui a tenté de libérer les pays il y a un siècle. Il n'en faut pas plus pour que Aria endosse le costume de libératrice et se lance à l'assaut des envahisseurs. Un album à la fin duquel vous pourrez découvrir deux récits complets inédits datant du début des années 80.

« Aria » (tome 30), Dupuis, 10,40 € 

mardi 4 mars 2008

BD - Alix Yin Fu en cavale


Cette cinquième aventure d'Alix Yin Fu, combattante des Tigresses Blanches, triade au service des communistes chinois, est particulièrement dramatique. On meurt beaucoup dans ces 46 planches scénarisées par Wilbur et Conrad et dessinées par Conrad. Alix a pour mission de démasquer les Tigresses qui espionnent pour les nationalistes. Mais en se rendant au repaire de ces jeunes filles, elle ne se doute pas qu'elle est suivie par une équipe de tueurs. Elle sera la seule à être épargnée. Une chance qui la désigne comme la seule et unique traîtresse. Elle sera donc torturée pour avouer. 

Heureusement, son vieil ami, le communiste français, grand ami de Mao, Maurice Rousseau alias Dragon aux trois couleurs (bleu, blanc rouge...), va prendre sa défense. Ensemble, ils parviendront à prendre la fuite et l'action se déplace de Chine à Londres. 

Conrad dessine de plus en plus vite, moins de six mois s'écoulant entre les albums. Mais ce n'est pas au détriment de la qualité. Au contraire, en lâchant son trait, ce dernier semble n'en prendre que plus de force.

« Tigresse blanche » (tome 5), Dargaud, 11,50 € 

lundi 3 mars 2008

SF - Arme temporelle secrète

Tim Powers, dans ce roman de science-fiction, récrit l'Histoire du début du XXe siècle.


Et si Einstein, en plus de la relativité, avait fait des découvertes encore plus révolutionnaires. Il est à l'origine de la bombe atomique, mais s'il avait inventé une arme encore plus redoutable et ne l'avait pas dit au président des USA ? Sur cette base, Tim Powers a construit « A deux pas du néant », un roman de science-fiction se déroulant en Californie, avec course poursuite de diverses officines pour s'approprier d'un secret déterminant pour l'avenir de la planète. La jeune Daphné, 12 ans, élevée par Frank Marrity, son père, veuf, vient de perdre son arrière-grand-mère, Grammaire. Morte sur le mont Shasta, au beau milieu d'un regroupement new age. Problème, une demi-heure plus tôt, elle téléphonait de la banlieue de Los Angeles, à 800 kilomètres de l'endroit où elle s'est éteinte. Daphné n'est pas une petite fille comme les autres. Elle parvient à lire les pensées de son père. Et lui fait de même.

Ce qu'ils ne se doutent pas, c'est que la disparition de la vieille femme va focaliser l'attention de plusieurs organisations secrètes sur leurs petites personnes. Le Mossad en premier lieu. Les services secrets israéliens, d'après Tim Powers, ont un autre rôle que de protéger Israël. Ils cherchent la fameuse arme inventée par Einstein pour empêcher qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains. Ces mauvaises mains ce pourrait être les Vêpres. Ce groupe mystérieux, commandé par Rascasse, un Français faisant officie de méchant comme souvent dans l'imaginaire américain, est prêt à tout pour acquérir l'arme. Dans ses rangs se trouvent Charlotte Sinclair. Une jeune femme, médium, aveugle. Elle parvient cependant à voir, en pénétrant l'esprit des personnes qui ne sont pas trop éloignées d'elle.

Pour Frank et Daphné, tout va rapidement s'emballer et ils devront, à grandes enjambées, découvrir le passé de Grammaire pour stopper la machine infernale risquant de mener le monde à sa perte.

Tim Powers s'affirme comme un romancier à l'imagination débordante mais toujours argumentée par des faits scientifiques. Il entraîne le lecteur dans cet affrontement secret qui semble durer depuis la nuit des temps et qui, au passage, expliquerait l'incroyable sévérité de l'Eglise envers les Cathares.

« A deux pas du néant », Tim Powers, Denoël, 25 €

samedi 1 mars 2008

BD - Guerres de divinités nordiques


C'est l'histoire du combat des anciens dieux contre le nouveau dieu unique. L'arrivée du christianisme dans les terres enneigées des pays nordiques. Esclavage, massacres... le lot quotidien de toutes les conquêtes. Sylvain Runberg raconte cette histoire âpre et sans concession. Il suit le parcours de plusieurs protagonistes, des deux camps. Harald et Henrik, capturés, sont offert aux skanes, un peuple forestier qui les transforme en bétail. Lina, la fiancée d'Harald, doit suive Bjorn. 

Ce dernier est à la tête d'une armée de Francs fournie par Charlemagne. Pour poursuivre l'évangélisation et surtout retrouver la relique chrétienne de Jarrow. Le second tome de cette saga se déroule dans la région de Svartalaheim. Une vaste zone boisée où un homme seul n'a aucune chance de survivre tant les êtres maléfiques pullulent. 

Un récit dur, mis en image par Boris Talijancic. Son dessin, parfois un peu surchargé, semblé s'affiner et devenir plus puissant en fonction de la progression de l'intrigue.

« Hammerfall », Dupuis, 13 € 

vendredi 29 février 2008

BD - Canardo à la filature


17e enquête de l'inspecteur Canardo. Il est en service commandé pour le maire de la ville en pleine campagne électorale pour sa réélection. Il doit surveiller la femme du notable. Un travail nécessitant « discrétion, ennui et routine ». Quand le jeune et impétueux policier Garenni arrive, pour la discrétion, c'est râpé. Mais l'avantage c'est qu'il permet également de rompre un peu l'ennui puisqu'il emmène Canardo sur la scène d'un crime tout frais. 

Une prostituée vient d'être abattue, une balle dans l'arrière du cou.  Le tueur, avant de quitter les lieux, a fouillé dans la vidéothèque de la victime. Une vielle cassette porno semble avoir été dérobée. Un meurtre qui est suivi d'un second puis d'un troisième. En attendant, Canardo s'ennuie à mort en surveillant une femme qui passe ses après-midi dans une chambre d'hôtel, mais seule. 

Sokal n'a pas perdu son mordant dans la description des moeurs parfois peu recommandables de la bourgeoisie. A la manière d'un Chabrol, il met avec plaisir un coup de pied dans la fourmilière. Le lecteur lui aussi prend son pied...

« Canardo, une bourgeoise fatale », Casterman, 9,80 € 

jeudi 28 février 2008

BD - Trois moines en mission


Dans la Chine du Xe siècle, le nouvel empereur désire imposer une paix négociée à l'ensemble des provinces composant son empire. Mais ce n'est pas chose aisée. Certains petits dictateurs n'en font qu'à leur tête. Plutôt que de faire parler la force brutale de ses armées, l'empereur décide de demander à des moines shaolin de porter la bonne parole. 

Reste à choisir ces moines. Le responsable du monastère décide de désigner trois jeunes moines, inséparables depuis l'enfance, différents mais aussi très complémentaires. Lei Li est le plus intellectuel, Peng le plus fort et Xiao le plus gros et beau parleur. Un trio qui n'a jamais quitté la quiétude du temple. Après avoir passé une dernière épreuve initiatique, ils se lancent sur les chemins pour obtenir leur feuille de route de l'empereur. Ils vont devoir affronter un seigneur ayant passé un accord avec des forces fantastiques.

 Masbou, au scénario, rend hommage à son enfance bercée par les films de Kung Fu, dans une BD dessinée par Duong.

« Empire céleste », Delcourt, 12,90 € 

mercredi 27 février 2008

BD - Double Prison break


Jena et Jim, les deux héros de cette série, sont en fait la même et unique personne. Deux corps différents liés par un miroir magique. Quand l'un est dans la réalité, l'autre est coincé de l'autre côté de la glace. Ils peuvent s'échanger les places mais jamais se trouver ensemble dans la réalité. Une contrainte qui peut devenir un atout. Dans ce sixième volume, « L'affaire du détenu 3491 », Jim est emprisonné. 

Ce policier d'élite est lâché par son service. Il va devenir ami avec un des plus gros parrains de la mafia locale. Une amitié qui va aller jusqu'à se faire la "belle" ensemble. Jim a-t-il définitivement changé de camp, préférant les malfrats aux forces chargées de faire respecter l'ordre ? 

Le lecteur plongera facilement dans cette aventure pleine de trahisons et de double-jeu. Jim est intrépide, Jena, séduisante et les personnages secondaires tous très réussis. Une plus grande maturité du dessin de Cyril Trichet parachève la très bonne impression laissée par cet album.

« Les arcanes du Midi-Minuit », Soleil, 12,90 € 

mardi 26 février 2008

Roman - Une famille (presque) parfaite

Toutes les difficultés de compréhension entre parents et ado se retrouvent dans les péripéties de la famille Stone dans ce roman de Jodi Picoult.


L’image même d’une famille dans l’air du temps, au-delà des conventions habituelles. C’est Daniel Stone, auteur de bandes dessinées, le père de Trixie, qui tient les rênes du foyer tandis que sa femme Laura est une brillante universitaire spécialiste de Dante, professant avec succès. Une famille heureuse, épanouie, avec des parents satisfaits dans l’ensemble de leur mode de vie et très fiers de leur fille, quatorze ans, lycéenne bien dans ses baskets. Mais justement, Trixie, jolie rousse au teint de pêche, a quatorze ans. Et quand elle ramène un petit ami, Jason, à la maison, Daniel a la désagréable impression de ne plus connaître sa fille et surtout, est lui-même étonné de la jalousie viscérale qui l’envahit. « En septembre de cette année, Trixie s’était trouvé un petit ami. Daniel, naturellement, avait eu sa part de fantasmes. Il se voyait en train de nettoyer, par le plus grands des hasards, une arme lorsque le petit ami passait prendre sa fille à la maison pour leur premier rendez-vous. Ou acheter une ceinture de chasteté sur Internet. » Et de fait, Trixie change, entraînée aussi il est vrai par sa meilleure amie depuis des années, Zéphyr Santorelli-Weinstein. Très dégourdie, celle-ci n’hésite pas à entraîner sa copine à sécher quelques cours, pour traîner et fumer en cachette.

Les affres de la jalousie

Trixie est heureuse, jusqu’au jour où, au détour d’un couloir du lycée, elle voit une super belle fille embrasser « son » Jason à pleine bouche, un Jason qui décide de rompre au bout de trois mois seulement d’avec la pauvre Trixie. Qui se donne un mal fou pour ne pas montrer le cataclysme qui la bouleverse, ce qui ne l’empêche pas de s’auto-mutiler pour, en quelque sorte, exorciser son mal-être. Lors d’une soirée trop arrosée entre copains, elle fait tout pour essayer de récupérer Jason, allant même jusqu’au strip-tease.

Mais les choses dégénèrent et Trixie, une fois rentrée chez elle après cette folle nuit, se terre dans une petit coin de la salle de bain, avant que son père la découvre toute tremblante et bouleversée. « Oh papa, balbutia-t-elle avant de fondre en larmes, (…) on m’a violée. » Hôpital, examens, l’absence de sperme fait douter médecins et policiers. Trixie, accuse son ex petit-ami Jason d’avoir fait le coup. Daniel voit rouge mais tout bascule quand on retrouve le corps de Jason assassiné. Trixie se retrouve dans le collimateur des policiers, persuadés d’avoir à faire à une vengeance. Interrogatoires sans fin, la jeune fille passe sur le gril encore et encore. Tant et si bien qu’elle décide de s’enfuir le plus loin possible, à savoir en Alaska, dans le petit village loin de tout où son père a grandi.

Ecriture enrichie de bande dessinée

Originalité de cet ouvrage, chaque chapitre est ponctué d’une sorte de mini-résumé sous forme de bande dessinée - n’oublions pas que Daniel est artiste. Des planches très noires, beaucoup plus violentes que les mots, interpellent le lecteur. Daniel, par recoupements, retrouve la trace de sa fille et file la rejoindre pour lui venir en aide, une fois découvert l’endroit où elle se terre.

Jodi Picoult dans « La couleur de la neige », nous fait profiter non seulement de son incontestable talent d’écrivain, mais aussi de l’histoire d’une relation père-fille dont la complexité s’explique en partie par l’âge de Trixie et par tous les rebondissements d’une enquête de meurtre qui finit par les poursuivre jusqu’en Alaska. Si Laura, la mère, est mise un peu à l’écart dans la première partie du roman, confrontée qu’elle est à ses propres problèmes (elle trompait Daniel avec l’un de ses étudiants), le mal-être de Trixie oblitère ceux-ci et la famille s’en trouve ressoudée.

Une très bonne étude de caractères, des personnages attachants et une intrigue intelligemment menée font de ce roman une œuvre très complète. Jodi Picoult prouve une fois encore son impeccable maîtrise de l’écriture et nous offre l’occasion de passer de très bons moments.

La couleur de la neige, Jodi Picoult, Presses de la Cité, 20,50 euros.