jeudi 14 février 2008

BD - Le Scrameustache et l'elfe des étoiles

Toujours avec la même fraîcheur, Gos poursuit l'animation des aventures du Scrameustache. Cette série de science-fiction destinée aux plus jeunes a trouvé refuge dans la collection Paris Bruxelles de chez Glénat. Khéna, le jeune humain et le Scrameustache, extraterreste poilu, téméraire et facétieux, reçoivent la visite d'une soucoupe pleine de Galaxiens. 

Et d'une jeune Elfe des étoiles qui perd la mémoire en percutant un arbre lors de son atterrissage. Grâce à une machine sophistiquée, les héros découvriront la mémoire de la petite Myrtille et la raison de sa venue sur Terre. 

Gos profite de ce 38e titre de la série pour réutiliser quelques personnages des précédentes aventures comme les Figueuleuses, un ramoucha ou Najboul, le biologiste inventeur du Scrameustache. Mais la véritable héroïne de ces 46 pages reste Myrtille, une elfe insaisissable, à la mission périlleuse et très initiatique et qu'on devrait revoir dans les prochaines aventures de Khéna et ses amis dont le petit monde ne cesse de s'étoffer et séduire les enfants de plusieurs générations.

« Le Scrameustache », Glénat, 9,40 € 

mercredi 13 février 2008

Roman historique - Inquisition et éminences grises

La trilogie de « La dame sans terre » d'Andrea Japp, forte de son succès jamais démenti, nous offre un quatrième tome toujours aussi passionnant.

Au départ, « La dame sans terre » était conçue comme une trilogie, laissant à l'imagination des lecteurs la suite des destins des différents protagonistes... Mais Andrea Japp, victime (consentante) de son succès, a fini par se rendre aux demandes pressantes de ses lecteurs et c'est ainsi que le tome IV, « Le combat des ombres » a fini par se retrouver dans les bacs des libraires, au plus grand bonheur des inconditionnels. L'auteur ayant pris la peine de fournir les résumés – succincts mais complets – de ses précédents ouvrages, ce quatrième tome se dévore au même titre que les premiers volumes. Et toujours avec avec la même soif d'en savoir plus sur les héros et héroïnes qui jalonnent ce nouvel ouvrage.

Les mêmes personnages

On y redécouvre les mêmes personnages, la belle Agnès de Souarcy, qui a échappé de peu aux griffes de l'inquisition en ces temps troublés, en grande partie grâce aux interventions de divers personnages travaillant dans l'ombre pour la plupart, mais aussi de son tout nouveau mari, Artus, comte d'Authon, qui fait des mains et des pieds pour la sortir de sa geôle. Chose qui finalement, se retourne contre lui puisque, lui aussi, est interrogé par les inquisiteurs. Enfin, Agnès retrouve sa demeure mais n'en est pas heureuse pour autant. Elle ne trouvera l'apaisement qu'une fois les recherches concernant Clémence, sa deuxième « fille de ventre », anciennement Clément, menées à bon terme. D'après les pontes de la religion, cette deuxième fille porterait « le sang nouveau » qui se transmet de mère en fille et activement convoité pour l'éradiquer par le camerlingue Honorius Benedetti, qui n'hésite pas à envoyer sa « femme de main », Aude de Neyrat, empoisonneuse hors pair, chargée d'enherber Agnès afin de l'empêcher d'enfanter une fille, qui porterait ce sang nouveau. A l'actif d'Agnès, ayant toujours fait passer Clémence pour le garçon qu'une de ses servantes a soi-disant enfanté avant de passer de vie à trépas, peut se targuer d'une longueur d'avance contre tous ceux qui désire sa perte. Le comte D'Arthus, son époux, tombe aussi aux mains pas toujours très délicates, de l'Inquisition et il y aura fort à faire pour l'arracher aux griffes de ses bourreaux.

Clément et Clémence

Au grand désespoir d'Agnès, Clémence reste introuvable, ce qui, tout bien considéré, la protège aussi de ses poursuivants.

Mais Agnès décline à vue d’œil, « enherbée » par on ne sait quel produit. Heureusement pour elle, Francisco de Léone, le chevalier de lumière qui se bat corps et âme pour la bonne cause, finira par démasquer « l'enherbeuse » (NDLR empoisonneuse) et finira par sortir Agnès de ce mauvais pétrin. N'hésitant pas à installer paillasse par terre devant la porte de la chambre de la belle pour démasquer au plus vite le ou la coupable. A présent, l'urgentissime se présente sous le fait de sortir Artus des griffes des inquisiteurs. Et pour ce faire, le couple compte beaucoup sur l'intervention de leur bonne étoile, le chevalier Francisco de Léone, dont le pouvoir paraît sans fin.

Bref, encore un volet qu'on dévore sans pause, tant l'intrigue passionne, sans compter le plaisir de profiter de l'écriture plus que parfaite d'Andrea Japp. Toxicologue de formation, elle n'hésite pas à mettre sa science à profit pour nous servir sur un plateau des tentatives d'empoisonnement, dont les ingrédients paraissent toujours on ne peut plus documentés au lecteur lambda que nous sommes.

Et, que l'auteur le veuille ou non, ces mêmes lecteurs ont hâte de se replonger dans la suite de ce 4° tome. Parce que, quand même, ils restent encore un peu sur leur faim concernant entre autres les retrouvailles d'Agnès et de Clémence... lesquelles ne sauraient tarder dans un prochain opus ? Que non seulement nous espérons mais attendons de pied ferme.

Andrea H. Japp, « La dame sans terre », « Le combat des ombres », tome 4, Calmann-Lévy, 21,50 euros. 

mardi 12 février 2008

BD - Le looser pathétique


Pauvre Victor Lalouz. Sa vie est pathétique. Incroyablement drôle aussi. Mais ça il ne le sait pas... Diego Aranega, en imaginant ce personnage qui ne peut pas exister dans la vraie vie (du moins on l'espère fort), a chargé la mule. 

Petit, puceau, myope, chauve, imbu de sa personne, traumatisé par une mère possessive et un père travesti, il a finalement trouvé sa voie en animant une libre antenne la nuit dans une radio privée. Dans le troisième recueil de ses gags, il doit faire face à un découvert bancaire, se dégoter une colocataire, passer son permis de conduire et poursuivre son analyse. Les passages avec la colocataire sont délirants. 

La pauvre fille ne sait pas dans quelle galère elle vient de mettre les pieds. On pourrait la plaindre, on se contente de rire aux éclats...

« Victor Lalouz », Dargaud, 10,40 euros 

lundi 11 février 2008

BD - Travailleurs précaires


Seul aux manettes, Bernard Swysen a imaginé une agence de travail en intérim étonnante prétexte à une foule de petits délires en une page. Sorte de best of de la série Jobs de chez Bamboo, cette série se penche sur des boulots aussi divers que proctologue, sémanticien ou cryptozoologue. 

La meilleure source de gags restent les deux secrétaires de l'agence. Betty, une belle rousse, courtisée par les intérimaires mais malheureuse en amour et Annette, brune, acariâtre, énorme, débordée par son travail mais incapable de faire autre chose de ses moments de loisirs. Ces deux personnages forts, particulièrement réussis grâce à un dessin simplifié au maximum, permettent à la série de sortir un peu de l'ordinaire de la collection.

« Interim Agency », Bamboo, 9,45 euros 

dimanche 10 février 2008

BD - Acariens rieurs


Ce n'est pas parce qu'on est tout petit, voire microscopique que l'on n'a pas une vie sociale normale. Prenez les acariens par exemple. Invisibles à l'oeil nu, il ont pourtant une vie comme vous et moi. De Groot, le scénariste (Robin Dubois, Léonard) et Godi le dessinateur (l'élève Ducobu) relatent sous forme de gags et histoires complètes cette vie de l'infiniment petit. 

Surprise cela se passe essentiellement dans un bar et les deux héros, pour fuir leurs femmes envahissantes, engloutissent des quantités astronomiques « d'eau de vie de jus de furoncle ». Ils ont également des problèmes avec le fisc et détestent faire des courses dans les supermarchés. Ces acariens ne sont que les caricatures des humains sur lesquels ils prospèrent.

« Le bar des acariens », Glénat, 9,40 euros 

samedi 9 février 2008

Roman - La contagion de la douleur

Comment aider une amie qui vient de perdre un être cher ? Comment partager la douleur, se demande Brigitte Kernel dans ce roman.


Léa aime Louise. Léa et Louise sont deux journalistes parisiennes et se cachent. Car même dans les milieux les plus ouverts, les plus progressistes, leur histoire d'amour a du mal à passer. A moins qu'elles ne trouvent une certaine excitation à ces cachotteries. Travaillant dans le même service de cette radio nationale, elles n'ont parlé de leur amour secret qu'à la narratrice du roman, elle-même animatrice sur cette même antenne.

En plein mois d'août, l'année de l'éclipse, dans un appartement parisien, Léa et Louise dînent en compagnie d'Olivier et de sa compagne, l'animatrice qui va raconter toute l'histoire, tout le drame. Ils ne le savent pas, mais c'est le dernier repas qu'ils prendront tous les quatre ensemble. Louise, grand reporter, a l'occasion de partir dans un pays en guerre, pour un reportage au plus près des combats. C'est dangereux, mais elle désire ardemment aller sur place, témoigner. Léa, plus jeune, très amoureuse, se résigne.

Pendant l'éclipse

Pour oublier cette petite période de solitude, elle accepte d'aller admirer l'éclipse dans la maison de campagne normande d'Olivier. Totalement obnubilée par l'événement, elle décroche de l'actualité, voulant vivre pleinement ce phénomène, unique dans le siècle. Alors que le soleil commence à se voiler, la narratrice reçoit un coup de fil de son réalisateur. Louise a eu un problème en reportage. Quelques minutes plus tard les précisions arrivent : elle est tombée dans un guet-apens, avec deux autres collègues elle a été dévalisée et froidement assassinée d'une rafale de kalachnikov. Un jour historique, un jour damné.

Comment annoncer la nouvelle à Léa ? Est-ce à elle de le faire ? Comme souvent dans les circonstances exceptionnelles, l'esprit humain tente de trouver une solution qui après coup semble dérisoire. Elle va tenter de préserver Léa, lui laisser quelques heures de répit, pour qu'elle profite de l'éclipse, elle est si joyeuse, si enthousiaste. La narratrice voudrait tant que cela ne soit pas la triste réalité : « Comment faire rebasculer le temps en arrière ? Comment effacer ce mauvais film, revenir à la scène de lundi, empêcher Louise de partir dans ce pays ? J'avais froid, le ciel s'obscurcissait, lourd de nuages. »

Face à la douleur

Mais alors qu'elles sont chez un éleveur de chiens (Olivier vient d'offrir à sa compagne un cocker) Léa apprend la nouvelle, par hasard. La jeune femme accuse le choc quand elle a la certitude que la journaliste assassinée est bien l'amour de sa vie. « Le corps de Léa, secoué de tremblements et de hoquets, c'est encore aujourd'hui insoutenable à évoquer. Devant une telle douleur, on a honte d'être impuissant, simple humain, incapable de rien d'autre que de prendre par la main, dans les bras, de caresser les cheveux. Souffrir avec l'autre n'est pas mourir avec lui. Je croyais le contraire avant cet événement ».

Brigitte Kernel, connue par ailleurs pour ses émissions nocturnes ou estivales sur France Inter, signe un roman poignant, plein de tristesse et de fureur. Si la première partie est consacrée à la mort de Louise, la seconde se focalise sur Léa, survivante malgré la douleur. Avec en témoin, puis en actrice, la narratrice, beaucoup plus touchée par cette disparition qu'elle ne le croit au début.

« Fais-moi oublier », Brigitte Kernel, Flammarion, 18 € 

vendredi 8 février 2008

BD - La petite fille et la mort


Ce récit en noir et blanc de Benoît Springer traite,avec une grande pudeur et une délicatesse extrême, de la découverte par une fillette de la différence entre la vie et la mort. Luce, petite fille de six ans, est en vacances chez son papi, retraité encore très actif. Elle aide au jardin, au marché, dans les taches quotidiennes de ce vieillard encore alerte mais seul. 

Une solitude temporairement brisée par la venue de Luce durant ces quelques jours. Luce qui ouvre de grands yeux sur ce monde qu'elle découvre petit à petit. Un jour, au marché, elle voit passer une petite fille drapée dans un crêpe noir, accompagnée d’un homme nu. Un couple qu'elle revoit quand le voisin de son papi, un retraité veuf lui aussi, met fin à ses jours. Luce, avant de comprendre ce qu'est la mort, la croise, mystérieuse et silencieuse. 

Un album de 80 pages qui prend le temps de montrer les sentiments. Springer, par exemple, dessine toute la détresse de la solitude en deux planches ne représentant qu'un chat mangeant ses croquettes avec en toile de fond le son d'un jeu télévisé. Une histoire entre réalisme social cru et fantastique masqué. Un cocktail étonnant et séduisant.

« Les funérailles de Luce », Vents d'Ouest, 15 € 

jeudi 7 février 2008

BD - Polar du futur


Même si la couverture n'est pas des plus engageante, plongez dans le premier tome de cette nouvelle série de science-fiction et découvrez Scoffoni, un dessinateur presque débutant (c'est son premier album, mais il travaille depuis de nombreuses années dans le milieu de la publicité) au trait réaliste et aux cadrages dignes d'un vieux briscard assis sur 20 années d'expérience. Une véritable merveille graphique, avec son lot de décors très poussés et de gueules chez les seconds rôles. 

Sans oublier les véhicules futuristes mais totalement crédibles. Côté histoire, le scénario de Benoît Rivière met un peu de temps à démarrer. Heureusement le personnage principal, Milo Deckman, flic de base de Los Angeles permet de faire passer quelques longueurs. Il est le témoin, par hasard, du meurtre d'une jeune femme dans la rue. 

Au moment de l'identification qui s'effectue à l'aide de l'iris, il découvre une double identité. Femme d'un chercheur avec l'oeil gauche et d'un dentiste avec l'autre. Qui est-elle exactement ? Pourquoi a-t-elle été abattue en pleine rue ? L'enquête ne fait que commencer et Milo, sans le savoir, vient de mettre les pieds dans une affaire complexe qui risque de lui gâcher l'existence.

« Milo », Delcourt, 12,90 €  

mercredi 6 février 2008

BD - Cuba libre

En 1902, Cuba a failli devenir le 46e état. Les USA, qui occupaient l'immense île des Caraïbes depuis quelques années, après l'élection d'un président fantoche, étaient sur le point de lui faire signer le traité d'annexion. 

Mais c'était sans compter sur les membres de l'agence WEST (Weird enforcement special team), des mercenaires venus sur place pour aider les Américains mais qui par éthique vont changer d'employeur et se mobiliser pour le peuple cubain en révolte. Le premier tome avait un fort goût de fantastique. Vaudou et magie noire avaient occupé le devant de la scène. 

Dans cette seconde partie, toujours écrite par Xavier Dorison et Fabien Nury avec Christian Rossi au dessin et aux couleurs, c'est la politique qui prend sa revanche. Reste qu'avec Chapel et ses hommes, souvent, avant que la raison ne l'emporte, les armes doivent parler. Les scènes de bagarre ou de combat sont donc nombreuses et les coups de théâtre multiples. 

La série est devenue en quatre albums une référence dans le genre BD d'action et de distraction, avec en plus quelques explications historiques toujours enrichissantes.

« West », Dargaud, 13 € 

mardi 5 février 2008

BD - Le terrorisme met Paris à feu et à sang


Dans un futur très proche, Paris est transformée en ville assiégée avec la tenue du G9. Le groupe des 8 pays les plus riches de la planète accueille pour la première fois son 9e membre : la Chine. Les réunions se tiennent au Louvre et le centre de la capitale est transformé en camp retranché. A l'extérieur, des milliers d'altermondialistes manifestent contre ce sommet du capitalisme et du libéralisme triomphant. 

Le cadre planté, Bartoll, le scénariste, présente les héros de cette nouvelle série de politique fiction dessinée par Rovero (qui signe également ce mois-ci le second tome des aventures de Malone chez Casterman). Arno Toms, journaliste couvrant l'événement, cherche des renseignements sur les opposants. Il les trouve par l'intermédiaire d'une photographe freelance, bien introduite dans le milieu des Blacks Blocs, un des groupuscules les plus violents. 

Alors que la venue du pape met encore plus les forces de sécurité sous pression, les Blacks Blocs tentent de prendre en otage les dirigeants. Arno, entraîné malgré lui dans l'assaut, va devenir le « terroriste » le plus recherché du monde.

« Terroriste », Glénat, 9,40 €