vendredi 23 novembre 2007

BD - La confirmation de "L'envolée sauvage"

Le premier tome de ce récit avait frappé les esprits. Et remporté de nombreux prix. Voici le second tome mettant en scène le jeune Simon. Il a le malheur d'être Juif au mauvais moment. Dans cette France occupée par l'armée allemande, alors que les rafles se multiplient, il est sauvé par un curé puis placé dans un pensionnat. Mais il doit prendre la fuite et trouve refuge dans une ferme de province. 

C'est là que le lecteur le retrouve. Il est en compagnie de son pigeon Gédéon. Car Simon a de plus le pouvoir de pouvoir parler aux oiseaux. Dans cette ferme, il est tranquille jusqu'à l'arrivée de la milice venue pour le capturer. Il est sauvé in extremis par un faux infirme qui la nuit se bat avec la Résistance. Simon veut aussi se rendre utile, mais son inexpérience et son jeune âge lui font faire des erreurs. 

Il est capturé et enfermé dans un wagon à bestiaux. Direction les camps de la mort. Sur place il rencontre une jeune fille et tente vaille que vaille de survivre à l'horreur. Heureusement pour lui, le commandant du camp, a plusieurs rapaces. Simon parvient à les amadouer et trouve dans les oiseaux des amis. 

L'histoire de Laurent Galandon est dense et forte. D'autres l'auraient beaucoup plus diluée. Aux dessins, Arno Monin parvient à reproduire l'enfer des camps sans trop en montrer.

"L'envolée sauvage", Bamboo Angle de vue, 12,90 € 

jeudi 22 novembre 2007

BD - Guy Delisle présente un témoignage sur la dictature birmane

La Birmanie est au centre de l'actualité mondiale depuis quelques mois. Cette dictature militaire intraitable, Guy Delisle la connaît relativement bien puisqu'il a passé une année dans ce pays. 

Le dessinateur accompagnait son épouse, responsable de Médecins sans frontière. Il a profité de cette année pour pouponner le jeune Louis et raconter sous forme de reportage dessinée la vie quotidienne d'un expatrié et des Birmans. Cela donne un gros pavé de 272 pages en noir et blanc, où le lecteur découvre toutes les facettes d'une dictature. 

Exemple avec la difficulté d'utiliser internet sur les ordinateurs de MSF : les filtres placés par les militaires ralentissent les mail, quand ils ne le détruisent pas complètement. L'auteur, qui a beaucoup travaillé dans l'animation avant de se lancer dans la BD, rencontre de jeunes dessinateurs birmans avides de nouvelles connaissances. Il leur donnera des cours gratuits. 

Une BD qui alterne avec bonheur les chapitres sur la dictature et ses conséquences et quelques scènes beaucoup plus ludiques, notamment dans le milieu de ces étrangers vivant dans un cocon, loin de la réalité du pays. Une réception à l'ambassade de France aura été une mine de gags pour Delisle. Plus sérieusement, il décrit avec minutie la fête de l 'eau et termine son séjour par trois jours de retraite dans un monastère. Un témoignage d'une grande valeur humaine.

"Chroniques birmanes", Delcourt, 16,50 € 

mercredi 21 novembre 2007

BD - Les trois acteurs des croisades

Sujet très délicat qu'abordent Dufaux (scénario) et Xavier (dessin) dans cette série ambitieuse intitulée « Croisade ». Tout en se basant sur des faits historiques véridiques, Jean Dufaux a greffé une bonne dose de fantastique sur cet affrontement qui a duré plusieurs siècles entre Chrétiens et Musulmans pour le contrôle de Jérusalem. 

L'action se situe vers 1191, à l'époque de la troisième croisade. Mais les auteurs partent sur le postulat que cette croisade a été ignorée des historiens. Comme reniée car les forces obscures sont violemment entrées en jeu faussant les combats. Trois nobles, dont le jeune Gauthier de Flandres, s'allient pour aller conquérir le tombeau du Christ. En face, le sultan Ab'Dul Razim, croyant se tourner vers Dieu, reçoit une aide dont il se serait bien passé. La bataille est violente, meurtrière. Elle donne l'opportunité à Xavier de construire une double page très cinématographique se dépliant comme un poster au centre de l'album. Les Croisés sont battus, mais Gauthier, qui n'a pas voulu participer au combat va reprendre le flambeau et demander de l'aide aux Juifs. 

Une série prévue en trois tomes, comme la Trinité ou le nombre de peuples et de religions qui s'opposent... sans fin ?


"Croisade", Le Lombard, 13 € 

mardi 20 novembre 2007

BD - Souvenirs d'Indochine dans Tramp de Jusseaume et Kraehn

Yann Calec est à la recherche de son père. De son fantôme exactement puisqu'il a été assassiné par les Vietminhs deux années auparavant dans sa maison de la petite ville de Hoc-Mon à une quinzaine de kilomètres de Saïgon. Des recherches qui avaient débuté dans le septième titre de cette série prenant de plus en plus d'épaisseur. 

Tramp, à la base, était juste une histoire d'amour qui tourne mal. L'occasion pour les deux auteurs, Jusseaume au dessin et Kraehn au scénario, d'explorer quelques contrées éloignées dans le contexte historique des années 50. 

Après les Caraïbes et l'Afrique, Yann Calec est en Indochine. Commandant d'un cargo, Yann Calec transporte essentiellement des armes pour les Français. En 1952, les colons français ont encore l'espoir de battre les révolutionnaires du Nord. Yann, en dehors de ses heures de travail, tente de rencontrer des hommes et des femmes qui ont connu son père. Un journaliste lui raconte ses activités de milicien ayant largement franchi les limites de la légalité. Yann est mis sur la piste de l'ancienne maîtresse de son père. Pour la retrouver, il rencontre la belle Souên et est rapidement séduit. Va-t-il oublier femme et enfant restés en métropole ?

"Tramp", Dargaud, 13 €

lundi 19 novembre 2007

BD - "Ronces" ou l'affrontement entre le rural et l'urbain

Dans le perpétuel affrontement du Bien contre le Mal, Morvan, avec cette série fantastique, utilise la dualité entre la ville et la campagne, le béton et la nature. 

A la base, ce sont deux dieux qui ont choisi des attitudes différentes pour régner sur leur peuple. Le premier guide les humains, les poussant à se développer, à construire, produire, s'agrandir. Le second Dieu les observe trouver un équilibre avec les forces de la nature les entourant. Quand il n'y a plus de place pour tout le monde, la guerre est inévitable. "Le béton, la pollution, le bruit, le stress, ont pour but de pervertir les humain" explique un prêtre "vert". 

Mais Ronces, série dessinée par Nesmo au style noir et sombre, comme la ville qui bouffe l'Humanité, est aussi une enquête policière. Le flic de service, Mornières, dépressif, lâché pas sa hiérarchie, trompé par sa femme, détesté par son fils, fonce dans le tas, attitude suicidaire mais qui au final pourrait lui permettre de renaître. 

Une BD originale et séduisante, aux thèmes universels servis par un dessin en parfait accord avec l'histoire.

"Ronces", Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

dimanche 18 novembre 2007

BD - Dans l'Ether de l'infini spatial

Un peu de fantasy, un soupçon de science-fiction, une bonne grosse dose de fille rebelle à qui on ne la fait pas et de héros au passé trouble, le tout dans un décor de planète sauvage, telle est la recette de cette nouvelle série écrite par Jarry, dessinée par Lapeyre et mise en couleurs par Brants. 

"Ether" débute par une séquence muette de trois pages montrant l'invasion d'une planète par d'étranges créatures au longues tentacules de métal. La suite est beaucoup plus classique. Gamih, jeune femme libre et indépendante, au cours d'une ronde dans la forêt, vient en aide à une tortue géante attaquée par un fauve. Elle découvre un bébé tortue mort dans son œuf. Elle décide d'utiliser son don, tiré des forces de l'Ether qui ronge l'univers, pour lui redonner la vie. 

Cela lui vaudra des remontrances de son professeur, Edraar. Il est mal vu par la tribu d'utiliser les forces de l'Ether. Pourtant Gamih devra puiser dans ses pouvoirs quand apparaît sur la planète les premiers cas de lèpre-rouille. 

Une série partie sur les chapeaux de roues et qui annonce de beaux rebondissements avec l'apparition de redoutables méchants, les Sédisses.

"Ether", Delcourt, 12,90 € 

samedi 17 novembre 2007

BD - L'île de la maladie


Une île, perdue au milieu de l'Océan. Les autochtones doivent faire face à l'envahissement des conquistadors. L'Histoire nous a appris que pratiquement dans tous les cas, les Européens ont pris le dessus, exterminant les locaux. Mais dans cette série écrite par Morvan et Dragan, les deux camps semblent de force équivalente. Et surtout, cet affrontement est figé par un élément extérieur qui souvent dicte ses conditions. 

Une maladie contagieuse réduit considérablement les forces des belligérants. Mais cela ne les empêche pas de se battre et de vouloir prendre le dessus. Dans cette guerre abominable, le chef des Européens est d'une rare cruauté. Il pousse ses "savants" à faire des recherches sur des prisonniers cobayes pour tenter de trouver un remède. 

Les Indiens, les plus touchés par la maladie, utilisent les infectés comme boucliers. Bref, guerre et maladie transforment la petite île paradisiaque en véritable enfer. On suit dans ce second tome, dessiné par Noé, les doutes de la princesse Initsii, découvrant sa filiation royale et maudite, tentant de se racheter en soignant les malades dans leurs derniers instants de vie.

"Helldorado", Casterman, 9,80 € 

vendredi 16 novembre 2007

BD - De la différence au racisme

Les éditions Sarbacane, spécialisées dans la littérature jeunesse, viennent de créer une collection de bande dessinée sous la direction éditoriale de Gwen de Bonneval. Parmi les premiers albums sortis en septembre et coctobre, ne manquez pas ce très étonnant "Insekt" de l'Allemand Sasha Hommer. Un dessin minimaliste pour une histoire forte sur l'intolérance et le racisme. 

Dans une ville recouverte d'une épaisse fumée noire obligeant tout le monde à se déplacer avec des lampes de poche, le jeune Pascal va à l'école. Il est comme les autres. Joue au foot, est intimidé par les filles et aime ses parents. Dans cette ville, tout le monde parle avec répugnance des insectes qui vivent à la campagne. Et puis un jour, Pascal découvre l'incroyable vérité : il est lui-même un insecte. 

Dès lors sa vie va changer. Ses amis le repoussent, les filles fuient, il est déchu de son mandat de délégué de classe et les brimades vont en s'accélérant. La parabole est évidente, exemplaire. Le petit garçon-insecte ne comprend pas. Mais qui pourrait comprendre des attitudes abjectes, discriminatoires et injustes ?

"Insekt", Sarbacane, 14,90 € 

jeudi 15 novembre 2007

Jeunesse - "Pretties", les insurgés d'un monde "parfait"

Commencée en mai dernier avec « Uglies » (mochetés), Scott Westerfeld poursuit la saga de son héroïne Tally Youngblood avec « Pretties » (beautés).


Uglies, Pretties, Specials et grands Pretties vivent dans un monde sans voitures, sans pétrole, respectueux de la nature, après la mort des humains qui l’avaient décimé. Les grands Pretties, les adultes, occupent des postes tels que médecins, chercheurs ou gardiens, les Uglies, les enfants, s‘amusent entre eux, les Pretties adolescents, vivent dans l‘insouciance. Tout ce petit monde se trouve sous la houlette des « Specials », sortes de supers Pretties, aux supers pouvoirs, à l’intelligence aigüe et à la vigilance redoutable. Un pas de travers et les Specials débarquent pour remettre de l’ordre.

Un monde parfait

Dans l’univers des Pretties, tout est dédié à la beauté et à la perfection. Les enfants restent Uglies et vivent ensemble avec un seul but dans la vie, dès l’âge de 16 ans, subir l’Opération qui les rendra beaux. Mais il y a toujours des réfractaires, dont Tally Youngblood. La petite maligne se rend vite compte que l’Opération qui les rend parfaits leur fait aussi subir une sorte de lavage de cerveau qui, entre autres effets, oblitère entièrement leur « vie d’avant », celle où ils étaient d’insouciants Uglies, toujours en train de faire des (petites) bêtises et d’essayer par tous les moyens de tromper la vigilance des gardiens pour faire des incursions dans le monde des Pretties, qu’ils admirent tant. Chez les Pretties, l’insouciance est de rigueur. Leurs seules préoccupations est de se creuser la cervelle pour trouver un costume indispensable au bal costumé de ce soir. Pour Tally, le challenge est double et il ne faut surtout pas qu‘il soit « foireux » : il lui faut dénicher un costume assez « intense » pour être admise dans la bande des « Crims », très populaire dans la cité. Ces deux mots, foireux et intense étant d’usage plus que courant chez les Pretties.

Les « fumants »

Quand elle était encore Uglies, Tally s’est échappée un jour du village pour aller rejoindre les « Fumants » une bande de hors-la-loi, qui refusent de subir l’Opération et où elle rencontre David. Ils vivent en communauté dans un village dont le lieu est tenu secret, la « Fumée » et qu’il ne faut surtout pas que les « Specials » trouvent sous peine de « lobotomie » et d’Opération assurées de tous les résistants. Mais Tally, sans le vouloir, a trahi le secret du lieu grâce à un « mouchard ». Résultat, débarquement des Specials et fuite généralisée.

Depuis qu’elle est devenue Pretty, Tally navigue de fêtes en fêtes avec son amie Shay, son ami Peris, tous deux connus quand ils étaient encore Uglies et son plus qu’ami Zane. Un soir, lors de la fête costumée où elle est déguisée en « fumante » grâce à un vieux sweatshirt fabriqué à la Fumée et oublié dans un coin de placard, elle est abordée par Croy, un des fumants venu en grand secret chez les Pretties. Il lui remet deux petites pilules qui devraient la guérir de son état de Pretty et lui remettre la tête sur les épaules. Que vont devenir Tally et ses amis les Crims ? Vous le saurez à coup sûr très vite parce que « Pretties », une fois entamé, se dévore jusqu’à la dernière page. Et c’est là qu’on râle parce que le tome suivant ne sortira qu’en 2008! 

Destiné aux jeunes adultes au départ, la richesse et les rebondissements du scénario en font un très bon livre de SF soft, que les plus âgés apprécieront également. Les questions posées par le récit, sur la beauté et l’usage qu’on en fait, sur une volonté de perfection encouragée par notre société face au droit à la différence, ouvrent des horizons plus larges. « Quelques bons tours ne suffisaient pas à rendre chacun intense, semblait-il; il fallait vouloir changer de mentalité. Peut-être que certaines personnes avaient toujours été Pretties dans leur tête, avant même que l’on invente l’Opération. Peut-être que certaines personnes étaient plus heureuses ainsi. »

Seul petit bémol, si vous n’avez pas lu le premier, ce deuxième volet de la série ne donne des indications qu’au compte-goutte des événements antérieurs. Alors, reste à faire d’une pierre deux coups, faites l’emplette des deux, leur prix, plus que raisonnable vous le permet. Une bonne idée aussi de cadeau de Noël pour vos grands ados. Succès assuré.

"Pretties", Scott Westerfeld, Pocket jeunesse, 13,50 euros

mercredi 14 novembre 2007

BD - La Bretagne de feu et de sang

La folie et la vengeance sont omniprésentes dans cette série écrite par Balac et mise en images par Parnotte. Dans une Bretagne du 17e siècle, encore indécise entre les anciennes croyances (l'Ankou...) et le christianisme, c'est une véritable tragédie qui se déroule sous les yeux admiratifs du lecteur tant les dessins de Parnotte sont puissants et fluides. 

Une BD qui a un double effet. Dans un premier temps, en feuilletant l'album, on admire les images et compositions. Puis on se plonge dans le récit et on est passionné par cette histoire de famille. Les Porphyre, après des décennies de naufrages provoqués, ont enfin payé pour leur crimes. Le père a été pendu haut et court alors que Konan, le plus âgé des fils, est envoyé au bagne. A 7 ans. Des années plus tard, Konan est de retour en Bretagne. Il est à la recherche du trésor des Porphyre. 

Mais il n'est pas seul à revenir sur ces terres de passion. Hermine de Rotheneuf veut sa vengeance elle aussi. Elle n'hésite pas à tuer froidement qui ose se mettre sur son chemin. 

Une série révélation de ces deux dernières années. Balac prouve que la Bretagne est une source d'inspiration inépuisable et Parnotte s'affirme comme un Marini (dessinateur du Scorpion) en puissance.

"Le sang des Porphyre", Dargaud, 13 €