jeudi 26 avril 2007

Roman - La descente aux enfers d'une famille

Les Jensen ont « tout pour être heureux » jusqu'au jour où leur fille aînée entre dans l'adolescence et que le bébé fait une chute dans l'escalier.


La petite Kate s'est envolée pour laisser place à une adolescente de 13 ans, avec tout ce qu'implique cet âge qualifié d'ingrat. Rares sont les ados qui n'entrent pas en conflit avec leurs parents et Kate ne fait pas exception à la règle. De sa mère dont elle était très proche, elle s'éloigne comme une marée descendante, lentement mais sûrement. Quant aux rapports avec son père, ils se brisent tout net le jour où elle l'accuse d'attouchements sexuels auprès du psychiatre que ses parents l'ont emmenée consulter. Invention pour attirer l'attention sur elle, qui se considère comme délaissée depuis l'arrivée de son petit frère Joshua ou réalité ? Rachel, la mère, même si elle ne peut croire en de tels actes venant de Ned, son mari adoré, se laisse petit à petit envahir par le doute.

Une école spécialisée

Cette « confidence » de Kate à son psy marque le début de la dégringolade d'une famille auparavant très soudée. Cela, plus l'accident qui va marquer au fer rouge parents et enfants. Un soir, Liza et Tommy Mendel, de grands amis de Rachel et Ned, invitent ceux-ci à dîner au restaurant en leur compagnie. Dans un premier temps, Rachel refuse parce qu'elle ne peut laisser Joshua seul avec son imprévisible et impossible mère, qui passe un court séjour chez eux, jusqu'à ce que Kate se propose pour garder son petit frère. Et la catastrophe survient au beau milieu du repas : la jeune fille, hystérique, téléphone à ses parents et hurle en sanglotant qu'elle a laissé tomber le bébé dans l'escalier et que c'est un accident. Tout le monde se retrouve à l'hôpital, où l'on fait passer à Joshua toute une batterie de tests. Il s'avère que le petit garçon souffre d'une grave commotion et les médecins restent réservés sur les conséquences possibles du choc sur ses facultés mentales.

Rongée par la culpabilité, Kate devient de plus en plus infernale avec ses parents, au point que son psychiatre leur conseille une école de « redressement », où Kate pourra poursuivre sa scolarité en étant suivie en même temps sur le plan psychiatrique. Les parents de Kate sont également pris dans une tempête au cours de laquelle Ned perd son travail et décide de louer un appartement seul « pour réfléchir » et échapper à une atmosphère familiale devenue irrespirable.

Dani Shapiro nous entraîne bien malgré nous dans une descente aux enfers à laquelle n'importe quelle famille peut s'identifier d'une manière ou d'une autre. Elle aborde les problèmes de l'adolescence de façon tellement juste qu'on ne peut s'empêcher de songer qu'elle a dû passer par là ! Elle décortique également au scalpel le mal que peuvent causer la culpabilité, le doute et les hésitations des parents face aux problèmes d'éducation et de couple.

Bien écrit, bien ficelé, « Plus jamais comme avant » de Dani Shapiro, ne dément pas ses précédents succès de librairie.

« Plus jamais comme avant », Dani Shapiro, JC Lattès, 20 euros.

mardi 24 avril 2007

BD - Capitalistes chinois


En tête des ventes depuis quelques semaines (toute catégorie confondue), ce quinzième épisode de Largo Winch donne l'occasion au héros imaginé par Jean Van Hamme et Philippe Francq de revenir dans une région qui ne lui réussit pas : l'Asie. Son entreprise est sur le point de signer un accord avec un groupe chinois pour construire des jets d'affaires près de Hong Kong. La présence de Largo est vivement souhaitée par le partenaire chinois Tsai Huang. Après quelques scènes d'actions dans les rues ensoleillées de Saint-Tropez, Largo et Simon vont tomber dans la gueule du loup. Largo a une dette envers une triade et va devoir prendre d'énormes risques pour sauver un ami. Un album efficace, sans grande surprise, au suspense soutenu et qui donne envie de relire les épisodes précédents.

Largo Winch, tome 15, Dupuis, 9,80 euros

BD - Fille perdue sous le pinceau de Manara

Manara est de retour. Manara, le dessinateur réaliste au trait magique quand il s'agit de représenter des femmes, court vêtues, aux poses lascives... Dans cette histoire complète de 60 pages, sans surprise, son personnage principal est une femme. 

Pandora, tout juste 18 ans, brune volcanique qui verra son existence basculer en une instant. En rentrant, de nuit, d'une soirée chez des amis, elle est enlevée par deux hommes. Conduite en avion vers la Turquie, elle est enfermée dans une maison où une femme lui explique que c'est son vrai père, un certain Castex, qui veut la rencontrer avant de mourir. 

Castex qui règne en maître sur la pègre d'Ankara. Ankara où elle est conduite pour une rencontre qui n'aura pas lieu. La jeune fille réussira à s'enfuir. Une cavale qui se transforme en cauchemar.

Les yeux de Pandora, Humanoïdes Associés, 12,90 euros

lundi 23 avril 2007

BD - "Quatre ?" et le Monstre de Bilal

Ultime tome du "Sommeil du Monstre", série d'Enki Bilal débutée en 1995, "Quatre ?" achève de manière très interrogative et elliptique cette histoire de science-fiction où Bilal laisse libre cours à ses ambiances cinématographiques glacées. Les trois personnages principaux, Nike, Leyla et Amir, se retrouvent enfin pour un repas hors du commun, au-dessus des toits de Paris, en présence d'Optus Warhole, incarnation du Mal ayant décidé de changer de personnalité et de faire le Bien en devenant créateur. De l'art très étonnant, à base de mouches rouges et de répliques synthétiques. Il détourne ainsi une expédition sur Mars et fait vivre à la planète, en direct, le peuplement express de la planète rouge dans une mission scientifique transformée en orgie procréatrice.

Quatre, Casterman, 13,95 euros

dimanche 22 avril 2007

Thriller - Le réveil du Chirurgien


Intelligente, certes, acharnée du boulot et du travail bien fait, il ne manque à Jane Rizzoli, inspecteur de la brigade criminelle de Boston, que la beauté qui fait se retourner les hommes sur son passage. En tant que femme dans un univers d'hommes, elle ne s'entend qu'avec peu de ses collègues mais apprend à faire confiance à Thomas Moore, son équipier. Depuis plusieurs semaines, les inspecteurs de la brigade sont sur les dents. Des jeunes femmes sont retrouvées torturées et tuées à leur domicile et le meurtrier, surnommé très vite le chirurgien, prélève l'utérus de chacune d'entre elles.

Fait troublant, trois ans auparavant, un serial killer observait le même modus operandi. Mais il y a un bug, et de taille, puisque la dernière victime de l'assassin, le docteur Cordell, a abattu celui-ci alors qu'il s'apprêtait à « l'opérer ».

L'étau se resserre autour du tueur, les inspecteurs de la brigade ayant plusieurs meurtres similaires à examiner afin de débusquer celui qui terrorise Catherine Cordell en lui envoyant des « messages » de très mauvais goût. Rizzoli, écartée de l'enquête à cause d'une « bavure » qu'elle aurait commise fait cavalier seul pour affronter le tueur. Son équipier Thomas Moore ne ménage pas sa peine, lui non plus, d'autant qu'il ne peut s'empêcher d'être troublé par le charme du Docteur Cordell. Un triller haletant, effrayant, bref, passionnant !

« Le Chirurgien », Tess Gerritsen, Pocket, 7 euros.

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samedi 21 avril 2007

Roman - La vie au bout du tunnel

Kate, atteinte d'une forme particulièrement aiguë de leucémie, survit, de traitements en rémissions jusqu'au jour où ses reins cessent de fonctionner.


Anna est « spéciale ». Non contente d'être un bébé-éprouvette, elle a été conçue « sur mesure » pour devenir une donneuse parfaitement compatible avec sa soeur Kate, atteinte d'une leucémie d'une forme particulièrement virulente décelée à l'âge de deux ans. Dès sa naissance, elle est mise à contribution avec le prélèvement du sang de son cordon ombilical qui permet à Kate d'entrer en rémission quelques années. Mais la maladie finit toujours par la rattraper et Anna, de dons de lymphocytes en prélèvements de moelle devient une véritable « enfant médicament ».

L'état de Kate ne cesse de se détériorer jusqu'à ce que ses reins refusent dorénavant de faire leur travail de filtration. Une seule chose pourrait la sauver, pour un temps du moins, c'est une greffe. Mais les donneurs compatibles ne sont pas légion, d'autant plus que Kate est devenue tellement faible qu'un greffon anonyme ne prendrait probablement pas.

Sara, la mère de Kate et d'Anna, ne voit qu'une solution : Anna devra donner un rein à sa sœur.

La rebellion.

Mais Anna a treize ans, l'âge de réfléchir à son rôle depuis sa naissance. Elle n'a l'impression d'exister que pour sauver sa sœur et que ses parents ne voient en elle que ce côté. Leur frère aîné Jesse, non compatible, essaie lui d'attirer l'attention de ses parents en faisant bêtise sur bêtise, jusqu'à la délinquance. En fait, le problème de cette famille est que toute leur vie est régie par l'état de santé de Kate, ce qui laisse peu de temps à Sara et son mari Brian pour vraiment se préoccuper de leurs autres enfants.

Au moment où la greffe de rein devient urgente, Anna n'y va pas par quatre chemins et engage un avocat réputé, Campbell Alexander, qui accepte de défendre gratuitement Anna qui réclame la libre disposition de son corps. Pour l'obtenir, maître Alexander devra demander son émancipation sur le plan médical. Pour ce faire, une « tutrice », Julia Romano, est désignée pour démêler ce qui est le mieux pour Anna et sa famille. Mais Sara, ancienne avocate, monte au créneau pour défendre son point de vue, à savoir qu'Anna doit donner un rein à sa sœur.

Au-delà du roman, inspiré d'un fait réel, se pose tout un problème d'éthique médicale. A-t'on le droit de « fabriquer » des enfants sur mesure?

Et que reste-t-il après de l'intégrité, tant physique que morale de ces mêmes enfants?

Jodi Picoult se positionne avec « Ma vie pour la tienne » au cœur de l'actualité puisqu'un décret a été voté en France le 23 décembre dernier, autorisant la conception des « enfants-médicaments ».

Mais plus encore que de coller à la réalité, Jodi Picoult nous fait vivre, vibrer, espérer au même rythme que la famille d'Anna. Avec beaucoup de délicatesse, elle pose les questions essentielles et laisse au lecteur le libre choix de son opinion, en restant parfaitement objective, ce qui représente une sacrée gageure dans ce genre de récit. Un récit qui ne peut qu'interpeller et nous toucher profondément.

« Ma vie pour la tienne », Jodi Picoult, Presses de la Cité, 20,50 €

vendredi 20 avril 2007

BD - "Seuls", palpitant et nouveau

Ceux qui doutent de la possibilité de la BD pour adolescents (à partir de 9 ans exactement) de se renouveler doivent impérativement lire cette série pour changer immédiatement d'avis. Le premier tome, envoûtant, parfait dans l'enchaînement des événements et son explication progressive, est complété par ce second volet à la même efficacité imparable. 

Du bon, du très bon même. Rappel du contexte : un matin, cinq enfants de Fortville se réveillent dans une agglomération déserte. Tous les autres habitants ont disparu. La série raconte leur apprentissage de cette vie nouvelle, seuls face à des dangers inconnus. Dans "Le maître des couteaux", ils seront attaqués par un homme masqué armé de dizaines de lames effilées. 

Pourquoi les attaque-t-il, faut-il répondre à la violence par la violence, le groupe résistera-t-il à cette grave crise ? Des interrogations subtiles amenées avec tact par Fabien Velhmann, le scénariste et donnant l'occasion à Bruno Gazzotti, le dessinateur, de signer quelques scènes d'action dignes de son autre série, Soda. ("Seuls", Dupuis, 8,50 €)

jeudi 12 avril 2007

BD - Le maître de Benson Gate, une grande saga en devenir

Cette série sur la descendance se déroule vers 1900 aux Etats-Unis. Dans ce pays en plein boum économique, les fortunes se fabriquent en quelques années. Elmer Benson, jeune géologue sans le sou, en découvrant plusieurs champs pétrolifères dans le sud, devient un des hommes les plus riches de la ville. 

Fier de ses deux fils, il aura pourtant bien des soucis avec ces héritiers aux caractères opposés. Calder est une tête brûlée, joueur et courueur de jupons, persuadé que tout lui est du en raison du pouvoir de son père. Richard, brillant étudiant en droit, rejetant son milieu, plutôt que d'intégrer la société familiale va se faire embaucher chez le procureur le l'Etat, démocrate intransigeant faisant la chasse aux malversations. Les deux frères, malgré leur opposition de caractère, vont partager une folle nuit de violence. Richard, entraîné par son frère, risque de gâcher sa carrière. Mais Calder accepte de tout endosser et disparaît de la circulation. 

Le récit façon grande saga de Fabien Nury a du souffle. Renaud Garetta, au dessin réaliste illustre avec brio cette folle épopée. (Dargaud, 13 €)

mercredi 11 avril 2007

BD - La Chine et le grand capitalisme

Le capitalisme étend tous les jours son emprise sur l'ensemble des économies mondiales. Même dans des pays encore dirigés par un parti communiste. La Chine en est l'exemple parfait. L'évolution des mœurs économiques de ce géant mondial est au cœur du premier tome de cette série écrite par Michel Fleuriet, analyste économique et Patrick Weber, romancier. 

L'héroïne, Shan, est très appétissante sous la plume des deux dessinateurs italiens Mauro Salvatori et Fabrizio Faina. Shan, née en Chine, mais élevée en France par sa mère. Brillante employée d'une société française de haute technologie, elle est envoyée en mission à Shanghai par son patron pour finaliser la vente de l'entreprise à un groupe chinois. 

Intrigues financières, sentimentales et familiales se croisent dans cet album, moderne et exotique.

« Trust », Casterman, 9,80 euros

mardi 10 avril 2007

Thriller - La traque au diable

Une vague de meurtres, sur fond de pratiques sataniques, confronte Matthieu Durey, policier, à des pratiques qui lui font douter de ses propres convictions


Dans notre Europe « civilisée », les protestants, orthodoxe, catholiques et autres de tous bords, sans tomber dans l'extrémisme de certains musulmans, pratiquent un prosélytisme pas toujours de bon aloi. Pendant que les premiers ne jurent que par Dieu, d'autres laissent entrevoir des côtés plus obscurs. Et quelques-uns d'entre eux (de plus en plus nombreux d'ailleurs) versent carrément dans le satanisme et tous ses aspects morbides (dans les romans seulement, on l'espère!), jusqu'à perpétrer des crimes à caractère satanique.

Or, tous les meurtriers de Jean-Christophe Grangé, disséminés dans toute l'Europe, ont vécu la même expérience, la mort imminente, celle dont on se souvient à la sortie d'un coma.

Ces séries de crimes à caractère bien particulier interpellent Matthieu, de la brigade criminelle de Paris, et également catholique pratiquant, d'autant plus que son meilleur ami et collègue, Luc, est plongé dans le coma suite à un début de noyade dans la rivière qui borde sa maison de campagne. Accident ou suicide, rien de permet d'accréditer un thèse plutôt que l'autre.

La course à l'espoir

Matthieu refuse le fait que son ami ne se réveille jamais et prend donc le taureau par les cornes pour essayer de dénouer l'écheveau salement emmêlé de cette histoire. Propulsé dans les bas-fonds pas toujours recommandables de Paris, il écope du meurtre d'un malfrat, Larfaoui, brasseur de son état et plongé dans des histoires on ne peut plus louches touchant à la drogue. Ces affaires ont-elles un rapport avec « l'accident » de Luc ? L'épouse de celui-ci est effondrée, se retrouvant seule avec ses deux petites filles, mais reste néanmoins persuadée de l'infidélité de son mari.

« - Il était gai, joyeux. (...) Il parlait fort, s'agitait tout le temps. Quelque chose avait changé dans sa vie. (...) Je crois qu'il avait une maîtresse. 

- Je faillis tomber du canapé (Matthieu, ndlr). Luc était un janséniste. Il se situait non pas au-dessus mais en dehors des plaisirs de l'existence. Cela revenait à soupçonner le pape de piquer les reliques du Vatican pour les revendre. »

Matthieu continue sans relâche ses investigations, persuadé qu'il existe une connexion entre le meurtre de Larfaoui et le sort de son ami. Mais les découvertes qu'il fait sont loin de redorer le blason de Luc, impliqué, lui et ses hommes, dans des trafics de toutes sortes sur lesquelles il fermait les yeux. L'un des hommes de Luc confie à Matthieu qu'« avec Larfaoui on avait un deal (...) On décrochait des licences pour le bougnoule. On passait chez les cafetiers, on jouait les gros bras pour bien montrer que Larfaoui avait un pied chez les keufs ».

Les recherches de Matthieu l'entraînent même jusqu'à Rome, où dans le berceau du catholicisme il espère trouver des réponses à ses interrogations et à ses doutes.

« Le serment des limbes » foisonne de personnages que Jean-Christophe Grangé décortique à la loupe pour en exploiter, dirait-on, toute la substance. Ce qui en fait un livre riche et particulièrement bien documenté.

De découvertes en rebondissements, les 652 pages du roman se dévorent comme un très bon polar. C'en est un.

Fabiennne HUART

Le serment des limbes, Jean-Christophe Grangé, Albin Michel, 23,90 €