dimanche 31 décembre 2017

BD - Au cœur de vos cauchemars


Franck Thilliez, romancier renommé qui s’est fait une spécialité des polars sombres et alambiqués, met sa plume au service de la BD. La BD pour adolescents exactement, avec la création de cette série intitulée « La brigade des cauchemars ». Dans un immense asile, deux adolescents, Tristan et Esteban, sont chargés, la nuit venue, de pénétrer dans les cauchemars d’autres enfants pour les libérer de ces peurs primales. 


Dessiné par Yomgui Dumont, cet univers sombre va réellement vous faire avoir les chocottes. On apprécie particulièrement le fait qu’un des héros, handicapé en fauteuil roulant dans la vraie vie, peut galoper quand il est dans les cauchemars. Mais parfois, il faut mieux car tout en étant un rêve, il y risque réellement sa vie.

➤ « La brigade des cauchemars » (tome 1), jungle, 11,95 € 

BD - Un café très corsé


Après le vin, et peut-être avant le jambon (certaines viandes ibériques sont plus chères que le caviar), Corbeyran se penche sur le parcours économique du café. Une façon détournée de faire le procès des grandes multinationales. Le premier tome de cette trilogie dessinée par Luc Brahy présente les trois personnages principaux. Une jeune Occidentale, nez chez un parfumeur mais qui décide de mettre son odorat au service d’une marque de café dirigée par un riche Parisien. Au Brésil, sur une plantation, une descendante d’une vieille famille tente de faire du café d’exception. Entre violence sociale, magouilles financières et exactions, le récit passionnant est aussi ludique qu’instructif.

➤ "Alto Plano" (tome I), Delcourt, 12 €

BD - Picsou, Balthazar de son prénom, superstar


Au Panthéon des avares, il a son trône. Picsou, pour son 70e anniversaire, revient dans un nouveau gros recueil d’histoires complètes parmi les meilleures de Carl Barks ou Don Rosa. Mais cette somme de plus de 400 pages est aussi constituée comme une encyclopédie pour tout savoir du redoutable oncle. 

Et comme la France n’est pas rancunière avec cette horrible création capitaliste américaine, vous trouverez en fin de volume quelques interprétations graphiques du personnage, de Cosey à Kéramidas en passant par Dav, Loisel se permettant même de signer la couverture.

➤ « Balthazar Picsou, l’encyclopédie », Glénat, 29,95 €

Roman - Amours bien cachées

Réalisateur et scénariste, Gérard Krawczyck signe avec « Foudroyé(s) » son premier roman. Comme par hasard, son personnage principal est issu de ce milieu cinématographique qu’il connaît si bien. Un créateur en plein doute. Lassé de signer des suites de ses premiers succès et de servir de docteur en film non abouti, il voudrait être reconnu comme auteur complet. Une ambition contrariée par sa rencontre coup de foudre avec Audrey, journaliste vedette de la télévision française.

Le début du roman, un peu comique, très gnangnan, inquiète. Quelques scènes hot plus tard et des questionnements du héros, on est sur le point de tout abandonner quand… Krawczyck n’a pas totalement perdu son savoir-faire.

➤ « Foudroyé(s) » de Gérard Krawczyck, Cherche-Midi, 19 €.

BD - Hommage à un génial dessinateur


La littérature française utilise souvent l’autofiction pour masquer son manque d’imagination. Edika fait un peu pareil. À la différence que de l’imagination, lui, il en a à revendre à la pelle. Ce n’est pas de l’autofiction qu’il utilise dans ces histoires courtes publiées depuis quelques décennies dans Fluide Glacial, mais de l’autodélire. En cette fin d’année, on peut retrouver quelques-unes de ses histoires dans un recueil dont le contenu a été sélectionné par ses collègues et amis (Bouzard, Riad Sattouf, Goossens...). Il y a les premiers récits, en noir et blanc, avec une précision dans le trait qui lui donnait un petit air de Moëbius. Puis des grands délires avec utilisation de la photo et la mise en abîme de l’auteur en train de réaliser ses dessins. Une bonne façon de se replonger dans une œuvre gigantesque toujours en pleine évolution.
➤ « Edika », Fluide Glacial, 19,90 € 

Thriller - Morts spectaculaires dans le Brésil actuel

Le Feu follet dont il est question dans ce polar brésilien c’est celui du roman de Pierre Drieu LaRochelle. L’écrivain français, tombé en disgrâce après ses compromissions avec l’ennemi (il se suicidera à la Libération), a signé son chef-d’œuvre avec ce texte sur la destruction d’un homme dépendant de la drogue. Adapté en pièce de théâtre, le rôle principal est tenu par Fabio Cassio. Un pari risqué pou ce jeune homme, idole dans son pays mais essentiellement pour ses interprétations de beau gosse dans des télévolelas sans grande ambition dramaturgique. Fabio, vivant avec la belle et vénéneuse Cayanne, starlette qui tente désespéré- ment de percer, quitte à participer à de mauvaises émissions de téléréalité. Quand, à la fin de la représentation, Fabio se fait véritablement sauter la cervelle, la police est sur les dents. Accident, meurtre suicide ?

Parler aux morts

Toutes les versions sont plausibles. Et pour tenter de trouver la bonne, les policiers devront faire confiance à l’équipe de police scientifique de São Paulo dirigée par Azucena. Une flic un peu trop sentimentale « Avant de toucher le cadavre, elle lui demande la permission mentalement. Comme si elle allait entrer dans une maison. Parfois elle demande aussi au mort qu’il l’aide à percer le mystère. Parler aux morts c’est sa plus grande qualité. Inversement proportionnel à celui de communiquer avec les vivants ». Patricia Melo, Brésilienne pourtant vivant depuis quelques années en Suisse, connaît parfaitement son pays et les mœurs de ce dernier. On se délecte quand elle décrit la suffisance de Fabio, les ambitions démesurées de Cayanne ou les manœuvres d’Olga, la mère de Fabio. Au royaume du paraître, ils sont experts.

Par contre Azucena elle ne sait pas faire semblant. Quand elle découvre que son mari couche avec sa petite sœur, elle ne sort pas le grand air du 3e acte. Elle s’écroule, tout simplement. Mais la vie continue et des morts réclament vengeance. 

➤ «Feu follet» de Patricia Melo, Actes Sud, 22 €

samedi 30 décembre 2017

De choses et d'autres - Fondre pour du fromage

Les derniers excès du réveillon ne sont pas encore digérés que je vais encore vous parler victuailles. A la base, je me suis fait avoir une nouvelle fois par un titre du site parodique du Gorafi. Berné car je suis absolument persuadé de la véracité de leur titre : « Selon une étude, le bonheur serait étroitement corrélé à l’ajout de fromage fondu sur tout ». Le « sur tout » aurait dû m’alerter. Mais à part ça, comment ne pas reconnaître qu’une mauvaise journée s’illumine dès que l’on saupoudre ses pâtes au beurre de quelques grammes de gruyère râpé ? Une raclette ? Qu’y a-t-il de plus réconfortant face à l’adversité de la vie qui tourne et du temps qui passe ? Un camembert, à point si possible, c’est succulent. Mais un camembert coulant passé au four ou sous la braise, dans lequel on trempe des mouillettes de pain de campagne frais... Si ça, ce n’est pas la personnification ultime du bonheur, à quoi bon continuer de vivre ?

Et pourtant, il s’agit encore une bêtise du Gorafi qui parfois voudrait prendre mes envies pour des réalités. Non, tout fromage fondu n’est pas synonyme de bonheur. Par exemple, la dernière fois que j’ai mangé une raclette justement, je me suis brûlé l’index en prenant trop vite ma tranche de lard croustillante. Naïf, je me suis dit qu’un peu de fromage fondu sur le bobo apaiserait la douleur. Perdu, ça fait encore plus mal.

Autre exemple je tombe sur une bouteille de vin bouchonné. Pas bon, mais je ne vais quand même pas jeter 9 toute la bouteille. J’essaie ma recette magique : un peu de  camembert passé au micro- ondes dans le verre à pied. Alors sur le coup, c’est vrai, le goût de bouchon est moins prononcé, mais la mixture qui le remplace n’a pas à propre- ment parler le goût du bon- heur non plus.

De choses et d'autres - 7 d'un coup

Les grands barons de la drogue n’ont qu’à bien se tenir : la police nationale de Loire-Atlantique veille et, à deux jours de Noël, a mis le paquet pour améliorer ses quotas de saisies. Tout semble parti d’une information venant du personnel de l’hôpital psychiatrique de Saint-Jacques à Rézé : de la drogue circule entre les patients. Alors la direction de l’établissement de santé, en collaboration avec la police, organise une journée de fouille complète de toutes les chambres de tous les bâtiments.

Cette opération de sécurisation est programmée le 23 décembre et le jour J, 24 policiers sont mobilisés avec l’appui de deux chiens spécialisés en recherche de stupéfiants. Une « Belle collaboration » selon le compte Twitter Police Nationale 44 qui dévoile également le bilan de la journée «7 gr de résine découverts dans la chambre d’un patient ». Alors forcément, 24 policiers pour 7 grammes, cela propulse le prix de revient du shit à celui de la cocaïne pure à 100 %.

Et les réponses moqueuses ont fusé sur le réseau social. « 7gr d’un produit qui est considéré comme thérapeutique dans pas mal de pays » fait remarquer OlivM. Piet est assez radical « on a abattu des cochons truffiers qui trouvaient plus que vous. » Beaucoup évoquent une fake news à la Gorafi tant les chiffres sont risibles et d’autres sur un second degré assumé clament à qui veut l’entendre « Quel exploit, je me sens plus en sécurité maintenant. »

De cette histoire, il faut sur- tout retenir que la police, parfois, devrait se méfier des nouveaux moyens de communication. Des petites saisies, tous les jours des agents en réalisent. C’est leur métier, leur quotidien. La lutte contre la drogue passe aussi par là. Par contre, elles ne bénéficient pas d’un tweet ronflant donnant des armes aux pro de la légalisation.

De choses et d'autres - Les mots de votre génération

Trouvé sur Internet un tableau reprenant les mots emblématiques apparus chaque année dans la langue française depuis la fin des années 40 selon les nouveautés affichées par le Petit Robert.


Cela permet de se dresser une sorte de portrait chinois en fonction de sa date de naissance. Parfois on se reconnaît idéalement comme ce membre de Facebook, né en 1976 et qui conserve un attrait certain pour la musique rasta et les couleurs fluos. Un autre, de 2000, n’a pas trop le choix entre bobo et zénitude. Plus compliqué pour le natif de 1997 face au dilemme entre les redoutés spams et les délicieuses panna cotta... Je plains par contre les natifs de 1980. Ils sont la génération perdue ayant vu la naissance de deux symboles de modernités n’ayant pas dépassé la décennie : le minitel et le walkman...
Perso, né en 1961, si j’ai beaucoup utilisé le magnétoscope pour rattraper mes retards en films, je n’ai par contre jamais mis le pied sur la moindre planche de surf. Rire en regardant une vieille VHS de « Jaws », d’accord, risquer de me faire boulotter un mollet voire de me noyer en vrai, pas question.
Plus on se rapproche des dernières années, plus on s’aperçoit que tout ce qui tourne autour d’internet prend le dessus. Comme si les nouveaux terrains d’exploration de l’humanité étaient devenus irrémédiablement virtuels. 1984 : hacker. 1993 ADSL. 1994 : email. 1995 : Gif. 2001 : Wifi. 2009 : hashtag. 2013 : selfie... Pour cette année 2017, le net affirme encore sa supré- matie avec spoiler et emoji.
Et 2018 ? Dans deux jours, quel mot va faire la course en tête ? Quelle mode va envahir nos vies ? Rares sont ceux qui en ont la moindre idée. Et cela reste tout l’attrait de la nouveauté. 

vendredi 29 décembre 2017

BD - Hommage à un animal génial


Depuis la jungle de Palombie, des dessinateurs venus de tous les horizons ont rêvé au Marsupilami. Plusieurs jeunes générations ont imaginé, un jour, s’attaquer à la représentation graphique de la création de Franquin. Son pelage et surtout sa queue permettant une infinité de variations. 
De son vivant, le créateur du Marsu l’a confié à Batem, mais les éditions Dupuis ont donné leur chance à plusieurs auteurs de se frotter à l’animal génial. Des histoires courtes vues dans le journal Spirou et reprises dans ce gros volume de 100 pages. Du très décalé au fantastique sombre en passant par l’humour simple ou l’hommage aux films de guerre, il y en a pour tous les goûts. Mais à chaque fois il n’y a qu’un seul et unique vainqueur : le Marsupilami.
➤ « Marsupilami », Dupuis, 19€