Héliotrope est une charmante adolescente imaginée par Joann Sfar et dessinée par Benjamin Chaud. Dans ce troisième album, l'héroïne perd sa couleur bleue mais pleure beaucoup. Des larmes qui se transforment en cristaux bleus. En réalité, des diamants parfaits.
Avec une larme d'Héliotrope, on peut acheter trois voitures. Une nuit de sanglots et elle a suffisamment d'argent pour racheter X à Elon Musk.
Mais avant de découvrir cette richesse inespérée, Héliotrope va vivre pas mal de péripéties. Avec sa mémé, grande voleuse devant l'éternel, elle se rend dans le grand Nord pour comprendre la formation de ces diamants. Elle y rencontre un adolescent sympathique et retrouve surtout sa copine vampire, Aspirine. Une entrée en matière frigorifique alors que la suite de l'album se déroule sous le soleil de Crète.
L'occasion pour le scénariste de recycler certaines légendes méditerranéennes comme la Toison d'or ou les sorcières de Thessalie. Sans oublier un dragon, la bestiole toujours au rendez-vous dans les histoires de Sfar.
Scénariste compulsif, Joann Sfar ne cesse d'imaginer des mondes et des personnages. Il se les garde pour lui, parfois. Mais souvent offre ce découpage à des dessinateurs heureux de bonifier son monde de fantaisie.
Sa rencontre avec Tony Sandoval, illustrateur mexicain, permet de découvrir un album totalement fou et merveilleusement dessiné. Joann Sfar a voulu réécrire l'histoire des dragons. Ces bêtes légendaires vivent cachées. Il y en a des dizaines à Paris. Camouflées sous des statues, des gargouilles notamment.
Ils vont tous se réveiller en cette année 1900 et semer la terreur sur la capitale.
La faute à la reine Kapa'akea, maori qui gagne sa vie en se battant dans les foires. Elle est trop romantique l'héroïne (qui aime aussi donner de sacrées mandales aux hommes prétentieux). Quand elle découvre un groupe de comploteurs qui ont capturé une sirène. Ils ont l'intention de la sacrifier. Kapa'akea la sauve. Une bonne action ? Pas sûr, car sans ce sacrifice, les dragons se réveillent.
La suite de l'album est une longue course poursuite dans Paris, avec affrontements entre les deux jeunes femmes et quantité d'adversaires. La capitale va-t-elle être rasée de la carte de France ?
Dommage que la solution trouvée par la reine et la sirène ne puisse pas être transposée dans tous les conflits meurtriers de notre époque violente et sans nuances.
« Le Paris des dragons », Glénat, 104 pages, 20,50 €
Réflexion très poussée sur la religion, les miracles, les croyances, le Bien et le Mal dans ce roman finalement assez léger de Jean-Baptiste de Froment.
Jésus revient ! Voilà La bonne nouvelle annoncée dans ce roman de Jean-Baptiste de Froment. Il revient en Auvergne, dans le petit village anonyme. Il n’a plus la même apparence. Exit la tunique et les cheveux longs, il ressemble à un vieux châtelain de plus de 70 ans, un certain Paul de Larmencour.
Les premières pages semblent assez ludiques, presque comiques. C’est la veuve de Paul, Hermine, qui raconte. Paul est mort d’une crise cardiaque. Chez lui, un matin. Enterré en présence de tout le village dans le caveau familial, son corps disparaît trois jours après. Profanation ? Non car le lendemain, des témoins affirment avoir aperçu Paul, dans la campagne environnante. Les « apparitions » se multiplient, l’affaire devient nationale, les pèlerins affluent vers le petit cimetière auvergnat.
En replaçant la résurrection dans un village français, l’auteur brouille les pistes. Et en racontant cet emballement médiatico-religieux du point de vue d’Hermine, il brosse un portrait au vitriol des mœurs de cette caste de notables de province. Alors que la figure de Paul est de plus en plus adorée, elle remarque avec perfidie : « J’ai toujours pensé que les bourgeois catholiques d’aujourd’hui seraient les derniers à reconnaître le Christ s’il revenait sur terre. De même qu’à l’époque, ils auraient été du côté des Pharisiens, de tous ceux qui réclamaient sa mort… Jésus n’était pas très fréquentable. Un fauteur de troubles, un voyou. » Un jugement sévère pourtant confirmé quand le Vatican envoie sur place un prêtre, le jeune et trop beau Spark, chargé de démontrer l’imposture.
Hermine elle aussi en est persuadée. Mais elle va enquêter et découvrir que la figure de Paul, sa résurrection, est peut-être plus complexe et chargée de sens qu’une simple escroquerie à la foi. Une fin très spirituelle, pas étonnant quand on sait que l’auteur est normalien et agrégé de philosophie.
« La bonne nouvelle », Jean-Baptiste de Froment, Anne Carrière, 250 pages, 20 €
"La vie des spectres", roman de Patrice Jean, sera sulfureux pour certains. D’autres le trouveront avant tout visionnaire. Il décrit surtout avec talent la grande désillusion de l’auteur face à un monde qui s’écroule.
Le narrateur de La vie des spectres, double de l’auteur, sent chaque jour sa colère monter d’un cran face à une société, un monde, qu’il ne comprend plus. Jean Dulac est journaliste à Nantes. Son domaine de compétence c’est la culture.
Quand son rédacteur en chef lui demande de faire une série de portraits des figures locales, il va tomber sur quelques spécimens de cette mouvance gauchisante qu’il exècre. Pourtant, ce sont les nouveaux faiseurs d’opinion. Il va le constater au quotidien. Sa femme ne jure que par eux. Son fils, adolescent rebelle, ne supporte plus les classiques, préférant les textes de rap radicaux.
Comme beaucoup de quinquagénaires, les fameux boomers que les millenials vouent aux gémonies, Jean Dulac a la désagréable impression de ne plus avoir sa place dans cette société ayant, selon Patrice Jean, perdu tous ses repères.
Une critique lucide
Parfois, le narrateur a envie de changer d’identité : « Je ne dois pas être le seul à ressentir cette lassitude d’endosser chaque matin la même défroque, la même vie, la même galère. Peut-être meurt-on par ras-le-bol de jouer toujours le même rôle ? » En se détachant du monde, Jean Dulac essaie de se sauver. La réalité le rattrape facilement.
Un simple fait divers va faire vaciller toutes ses certitudes. Une surveillante du lycée de son fils est victime d’un revenge-porn : son ancien petit ami fait fuiter des images salaces. Un ami du fils les publie sur le net. Cabale contre lui. Mais quand il se fait passer à tabac par des inconnus, il endosse le costume de la victime. En cherchant les véritables raisons de l’agression, Jean Dulac prend le risque de ne pas aller dans le sens de la parole majoritaire. Il est à son tour mis en accusation par ses collègues, son épouse, son fils.
La première partie du roman, très factuelle, démonte la fabrication de certains mensonges médiatiques. Avec de graves conséquences. Vérité trafiquée et fuite du domicile conjugal pour Jean Dulac. Il se réfugie dans une vieille maison de son enfance et entreprend de discuter avec son meilleur ami, mort alors qu’il n’avait pas 30 ans.
La vie des spectres devient plus sombre, pessimiste, désespérée. Un autre reflet de la réalité. Le narrateur se recroqueville, abandonne toute relation sociale : « Je restais dans mon bouge, ma tanière. A partie de quel âge perd-on le désir d’arpenter la rue, d’étendre une serviette sur une plage, de pénétrer dans des cafés ? »
Il croit tomber amoureux. Ne s’en sent plus digne. « C’est peut-être ça, vieillir, ne plus avoir besoin des autres, ne plus croire en eux : on en a fait le tour. » Loin d’être une simple et longue litanie d’un homme précocement vieilli, le roman propose aussi une critique lucide des maux de notre époque.
Et s’offre même une étonnante péripétie avec l’apparition d’une nouvelle pandémie. Des boutons défigurent une grande majorité des Français. Quand les scientifiques découvrent le remède à ce mal étrange, on devine un Patrice Jean jubilant en détaillant le plan mis en place par les autorités pour « guérir » les contaminés.
Ce village breton se mobilise pour accueillir des réfugiés ukrainiens. Ce sont des Syriens qui débarquent. Une comédie satirique très politique signée Julie Delpy.
Même sur le marché des réfugiés de guerre, certaines nationalités ont plus la cote que d’autres. Il y a un peu plus de deux ans, des milliers de communes de France se sont mobilisées pour accueillir des familles en provenance d’Ukraine. La petite ville de Paimpont, en Bretagne, décor du film Les barbares de Julie Delpy, en fait partie. Un appartement est spécialement rénové pour accueillir une famille. Mais la veille de l’arrivée, il n’y a plus d’Ukrainiens sur le marché. Alors ce sont des Syriens qui débarquent chez des Bretons interloqués. « On n’a pas voté pour ça » fait remarquer, vert de rage, Hervé Riou (Laurent Lafitte) conseiller municipal, plombier et plutôt d’extrême droite alors que le maire « parle couramment le Macron ».
Comédie satirique et humaniste, le film de Julie Delpy détricote nos indignations et solidarités à géométrie variable. Elle se donne le beau rôle en interprétant Joëlle, l’institutrice du village qui a tout organisé pour accueillir les Ukrainiens.
Mais elle est bien seule pour réserver le même accueil aux Syriens. Sa meilleure amie d’enfance, Anne (Sandrine Kiberlain), a déjà plus de difficultés. La faute aussi à son mari, l‘épicier du village, qui la trompe avec la charcutière. Ce qui explique sans doute sa tendance à noyer ses malheurs dans l’alcool. La relation entre les deux femmes, l’une célibataire, l‘autre malheureuse en couple, fait partie de ces petites touches qui apportent une formidable richesse à un long-métrage foisonnant de seconds rôles forts.
On est ainsi bluffé par le seul agent de la police municipale, Johnny (Marc Fraize), vite dépassé face au moindre signe de violence. Il est vrai qu’il est venu en Bretagne pour oublier les affaires qu’il a dû traiter quand il était à la crim’ en région parisienne.
Pour être crédible, le scénario ne devait pas être trop caricatural. Difficile pourtant d’aborder le sujet sans faire une critique en règle des a priori profondément ancrés dans la mentalité des villageois persuadés que ces Syriens sont des «barbares».
Cela donne quelques portraits savoureux comme ce vieux paysan bio toujours partant pour faire la révolution ou cette infirmière sous la coupe d’un mari toxique et autoritaire. La force du film c’est aussi de ne pas épargner les « bons », l’institutrice frisant le ridicule dans son discours féministe. Reste le meilleur : la famille syrienne. Déracinés, endeuillés, ils se sentent rejetés, tout en savourant de pouvoir dormir pour la première fois depuis 4 ans dans un vrai lit et sous un toit.
Et comme c’est une comédie positive, la fin se veut optimiste. Reste que l’on se demande qui sont les véritables barbares dans l’affaire.
Film de et avec Julie Delpy et aussi Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, India Hair, Jean-Charles Clichet, Marc Fraize
Sophie Fillières n‘a pas eu le temps de finaliser son dernier film. Morte en 2023, ce sont ses enfants qui ont assuré la supervision du montage. Après une présentation à Cannes en mai, Ma vie ma gueule sort enfin au cinéma, sorte de testament d’une réalisatrice (également comédienne) aux projets toujours originaux.
Pour incarner le personnage principal, Agnès Jaoui est parfaite. Une femme de 55 ans, divorcée, seule, dépressive et voyant approcher la mort à grands pas. Pourtant, on a l‘impression dans la première partie de voir une comédie enlevée aux dialogues savoureux et irrésistible.
Surnommée Barbie, Barberie Bichette parle de plus en plus toute seule. Ses enfants, devenus adultes, s’éloignent inexorablement. Divorcée, elle tente de se persuader qu’elle est encore désirable. Mais quand elle prend à pleine main ses bourrelets devant la glace, elle se fait une raison. Elle a fait son temps. Alors Barbie se laisse dériver. Au travail (dans une agence de pub), elle arrive en retard à une réunion et au lieu de trouver un slogan pour des céréales avec un trou, écrit un poème sur le tableau blanc. Son humour tombe souvent à côté et au bout de quelques péripéties, quand elle rencontre un ami d’enfance qu’elle ne reconnaît pas, préfère tout arrêter et se retrouve dans un hôpital psychiatrique.
Le film devient plus sombre, réaliste. Même si des éclats de poésie (notamment avec l’intervention de Philippe Katerine) viennent adoucir le discours crépusculaire. La dernière image, contemplative et apaisée, donne le véritable ton de cette œuvre unique en son genre.
Film de Sophie Fillières avec Agnès Jaoui, Angelina Woreth, Édouard Sulpice, Philippe Katerine
Dans la partie soviétique de Berlin, de 1967 à 1988, Hannah et Judith survivent grâce à une amitié indestructible. Pour son second roman, Benjamin de Laforcade touche au cœur.
Elles se rencontrent dans un terrain vague à Berlin-Est, pas loin de ce mur qui coupe la ville en deux. Judith et Hannah ont 6 ans en cette année 1967.
Une blonde et une brune qui dès le premier regard ont senti cette connexion. « Judith a les yeux noirs, Hannah les paupières roses. Elles se fixent sans rien dire, elles sont comme pétrifiées. […] Hannah et Judith se laissent aspirer par ce qui naît entre elles. En silence, elles se racontent la joie, la curiosité, la timidité, l’envie de rire et l’envie de jouer. »
Pour son second roman, Benjamin de Laforcade, jeune écrivain français vivant à Berlin, utilise sa plume pour se glisser dans la peau de ces deux gamines. Il va les suivre jusqu’à l’âge adulte, en 1988, racontant ainsi les années noires de la RDA, le moment où l’État totalitaire et dictatorial a cédé face aux envies de liberté. Les deux héroïnes ne participent pas directement aux événements historiques.
Mais leurs vies, leurs amours, en sont profondément impactées. Judith est la fille d’un responsable de la Stasi, la police politique qui a mis en place un impitoyable système de surveillance des concitoyens. Tout le monde est suspect, tout le monde peut dénoncer son voisin. Hannah vient d’un milieu plus modeste, travailleur. Sa mère ne voulait pas s’encombrer d’un mari.
Un collègue s’est dévoué, depuis elle élève seule sa fille, courageusement. D’autres personnages jouent un rôle dans la vie de Judith et Hannah : Michael le jeune frère de Judith, un pasteur dissident ou Karl, petite frappe profitant du système pour faire régner la terreur.
Au présent, sans fioritures, ce texte raconte le réel étouffant de la vie à Berlin-Est, quand la liberté était à quelques mètres… derrière le mur.
« Berlin pour elles » de Benjamin de Laforcade, Gallimard, 208 pages, 19,50 €
Journaliste américain méconnu en France, Randy Shilts est une figure de sa profession. Clément Xavier (scénario) et Héloïse Chochois (dessin), dans cette biographie partielle, réparent cet oubli.
Après avoir écrit la biographie d’Harvey Milk, homme politique américain gay, assassiné en 1978, Shilts est embauché au San Francisco Chronicle au début des années 80. Un événement car il est le premier journaliste ouvertement gay à intégrer la rédaction de ce grand quotidien.
Rapidement il va découvrir qu’un cancer gay est en train de toucher la communauté homosexuelle masculine des USA. Un cancer qui deviendra rapidement une maladie sexuellement transmissible, le sida. Il sera le premier à tenter d’alerter la population. Faisant même circuler une fake news pour faire bouger les lignes, sortant de son chapeau un prétendu patient zéro, canadien, qui aurait volontairement contaminé les jeunes Américains. C’est cette étape qui est longuement détaillée dans ce roman graphique.
On découvre également les doutes et craintes de Randy Shilts (il mourra lui aussi du sida quelques années plus tard) et la difficulté de faire prendre conscience de l’ampleur des risques à une communauté gay arc-boutée sur sa liberté, chèrement gagnée après des années de lutte. « Randy Shilts », Glénat, 160 pages, 23 €
Craig Thompson, après une période de doute (qu’il explique au détour d’un chapitre), se remet au roman graphique autobiographique. Après Blankets, il signe un colossal Ginseng Roots de 450 pages. Au début des années 80, dans ce Wisconsin très religieux et rural, Craig et son frère Phil, passent leurs vacances d’été à travailler pour les fermiers du coin.
Cette petite ville de Marathon est la capitale du ginseng américain, racine aux vertus médicinales très prisée en Chine. Une culture exigeante, exténuante. Mais les gamins sont enthousiastes car toute leur paye est transformée en comics, leur passion de l’époque.
Le début du roman raconte ces étés de labeur. Il dévie ensuite sur les vertus du ginseng, l’histoire de cette plante. Et Craig Thompson, souffrant, va découvrir qu’en plus de lui avoir rapporté des sous enfant, peut en partie le soulager. Un auteur toujours au sommet de son art, qui parle de nouveau de sa famille, 20 ans après Blankets, et raconte ses voyages en Chine, Corée et Taïwan.
Il se dévoile, donne la parole à son frère, sa sœur, ses parents et surtout nous en apprend beaucoup sur ces tubercules de forme humaine. « Ginseng Roots », Casterman, 448 pages, 27 €
Plongée dans la noirceur de Copenhague dans ce thriller de Katrine Engberg, valeur montante du polar nordique
Pays le plus au sud de cette région nordique où le polar est roi, le Danemark parvient à se tailler une place de choix entre les productions suédoises et norvégiennes. Avec son troisième roman dont les policiers Jeppe Korner et Anette Werner sont les héros, Katrine Engberg enfonce le clou : sa signature est synonyme d’intrigue élaborée, de crimes horribles et de rebondissements incessants.
Le passé doit mourir débute par une banale disparition d’adolescent. Oscar n’est pas rentrée chez lui ce vendredi soir après les cours. Il devait passer la nuit chez sa petite amie. Mais il n’y est jamais allé. Et le samedi matin c’est le branle-bas de combat dans le groupe de Jeppe après la découverte d’un message énigmatique chez les parents d’Oscar, de riches et controversés créateurs d’une salle de ventes aux enchères.
Le roman devient un peu plus labyrinthique quand au gré des premiers chapitres des personnages font leur apparition. Il y a un ingénieur, Kasper, chargé du fonctionnement de l’incinérateur à ordures le plus sophistiqué d’Europe, en phase de lancement dans la capitale danoise. Un homme solitaire aussi, gardien d’un ensemble fortifié placé depuis des siècles à l’entrée du port de Copenhague. Un certain Mads se revendiquant « Robinson Crusoé du port ». Or, ces deux hommes connaissaient Oscar. C’est Mads qui a retrouvé la sacoche du lycéen, sur une jetée. Mads qui intrigue doublement car la romancière, qui excelle dans la description de la vie privée compliquée de ses personnages principaux, le rend terriblement attirant aux yeux d’Anette.
Pourtant la jeune flic est depuis peu une maman comblée. Pourquoi alors quand elle croise Mads, remarque-t-elle « ce regard couleur mer avec des éclaboussures vertes. » Et un peu plus tard, au moment de partir, « Anette observa ses doigts larges qui tenaient sa carte de visite blanche et eut en même temps envie de tendre la main vers lui et de s’enfuir. »
Ils sont comme ça les protagonistes imaginés par Katrine Engberg, impulsifs, pleins de doutes. Jeppe n’est pas mieux loti. Il tente de refaire sa vie avec une collègue Sara. Mais elle a deux filles. Celle de 11 ans déclare la guerre au nouvel amant de sa maman. Pour la protéger. Ou se protéger ? Ces histoires annexes à l’intrigue, loin de faire perdre le fil au lecteur, apporte humanité et réalisme à un thriller qui, comme les précédents romans de la romancière, explorent les pires zones des déviances humaines.
Parmi les décors, l’incinérateur devrait durablement marquer le lecteur. On y découvre un corps, dans une puanteur absolue. Et dans ses entrailles, aussi brûlantes qu’un enfer sur terre, se cachent bien des secrets. Un monstre de technologie, rendu nécessaire pour évacuer les ordures de la ville : « Le haut de la cheminée rougeoyait comme un mauvais œil. Le nouveau point de repère de la ville ressemblait à un animal vivant, clignotant, tapi entre les buissons et les arbres de Refhaleoen. »
Un thriller addictif, où l’enquête occupe une semaine entière avec son lot d’actions spectaculaires et un dénouement tout sauf téléphoné.
« Le passé doit mourir » de Katrine Engberg, Fleuve Noir, 400 pages, 21,90 €