lundi 18 octobre 2021

BD - Nuage Blanc, le moine


Dans une Chine moyenâgeuse et bourrée de référence à la fantasy, le jeune moine shaolin Nuage Blanc a pour mission de sauver le monde. Avec une redoutable tueuse, la très belle mais aussi dangereuse Yuki, il va affronter des tigres géants, des trolls aux yeux bridés et des magiciens sans pitié. 


Ecrite par Jean-François Di Giorgio (déjà scénariste de tout l’univers de Samuraï), cette mini saga en trois tomes est dessinée par Looky. Ce dessinateur s’impose de titre en titre comme un remarquable cadreur. Ses mises en pages, dynamiques et originales, donnent une puissance supplémentaire à son dessin réaliste. Chaque coup porté par les différents combattants semblent résonner dans ces pages d’une composition remarquable. 

«Shaolin» (tome 2), Soleil, 14,95 €

dimanche 17 octobre 2021

Thriller - « Le serment » des jeunes amis et ses conséquences

Décidément il ne se passe pas un mois sans qu’un nouveau talent de la scène littéraire nordique ne vienne sur le marché français avec un titre aussi passionnant que les dizaines déjà paru sous les signatures de Jo Nesbo, Arnaldur Indridason ou Henning Mankell. Le petit bijou en question vient de Finlande. Arttu Tuominen propose le premier tome d’une série qui sera sans doute récurrente avec deux enquêteurs très atypiques : le commissaire Paloviita et l’inspecteur Oksman

Le premier est véritablement au centre du premier roman même s’il délègue les opérations sur le terrain à Oksman. Il délègue car il découvre rapidement que le meurtre d’un ivrogne est directement relié à son enfance. La victime, poignardée en pleine fête privée, était l’enfant qui, 27 ans auparavant, harcelait le jeune Jari Paloviita. Le présumé coupable, retrouvé hagard dans la forêt, recouvert de sang, n’est autre que le meilleur ami de Jari à l’époque. Une résurgence d’un passé que Jari a tout fait pour oublier. Et quand Oksman commence à relier le crime au passé des deux belligérants, Paloviita va tenter de ralentir l’enquête au risque d’hypothéquer ses chances de devenir chef de la police de cette station balnéaire. 

En alternant l’enquête actuelle avec les scènes où les deux amis se font des promesses pour un avenir joyeux, l’auteur place l’enfance, ses émerveillements suivis de ses déceptions, au cœur de l’intrigue. Paloviita devra faire des choix. Tout en se méfiant d’Oksman, le plus étrange enquêteur de Finlande. Souffrant de nombreux troubles obsessionnels du comportement, ce célibataire jusqu’au-boutiste, moqué par ses collègues, va pourtant s’approcher de la vérité liée à un serment faite par des jeunes garçons ambitieux des années plus tôt.

« Le serment » d’Arttu Tuominen, Éditions de la Martinière, 22 €


samedi 16 octobre 2021

BD - Les débuts de Machiavel


Avant d’être l’inventeur de la politique moderne, Machiavel était un jeune homme fougueux et en colère. On le découvre dans cette série écrite par l’historien Jean-Marc Rivière et dessinée par Gabriel Andrade, simple rédacteur aux archives. 


Mais pour le besoin d’une enquête sur un meurtre, il passe au service de Soderini, sorte de chef de la police de Florence en cette année 1498. Or, Soderini est à l’origine de la mort du père de Machiavel. Les relations sont tendues mais le jeune homme apprendra beaucoup auprès de cet étrange homme.    

« Les enquêtes de Machiavel » (tome 1), Glénat, 14,95 €

vendredi 15 octobre 2021

BD - Vol contre complot près de la Tour Eiffel


Toujours dans les parages de la  toute nouvelle Tour Eiffel, Manini et Richez, au scénario, racontent la vie des petites gens. David Ratte dessine le second album du concept avec cette fois une voleuse en vedette. 

La jolie Juliette se déguise pour, tous les jours vers midi, détrousser les passants. Dans son butin une valise contenant des documents capables de faire tomber la IIIe République. Cette histoire de vol et de complot se double d’une histoire romantique entre la petite voleuse et le policier chargé de l’arrêter. Une histoire complète distrayante et instructive.   

➤ « La petite voleuse de la Tour Eiffel », Bamboo, 15,90 €

jeudi 14 octobre 2021

BD - Atlas final


Troisième et dernier tome de l’ambitieuse série de SF de Vehlmann, De Bonneval, Tanquerelle et Blanchard. Dans une France alternative (Fillon est président), une structure extraterrestre, l’Umo, refait son apparition près d’une centrale nucléaire

Pour le combattre il faut vite réparer le dernier Atlas, des robots géants fonctionnant à l’énergie nucléaire. 

Ces 250 dernières pages concluent parfaitement cette riche saga. On comprend d’où vient l’Umo et quel est son but. Le scénario mélange judicieusement écologie, philosophie et politique.

« Le dernier Atlas » (tome 3/3), Dupuis, 26 €

mercredi 13 octobre 2021

BD - À l’origine des dragons


Le dernier dragon, série  imaginée par Pécau, est déclinée dans cet album en hors-série. En dehors de l’intrigue principale, on découvre comment Ley est devenue la redoutable Drac, ces femmes qui chevauchent des dragons. Ley,  encore adolescente, est promise à un riche commerçant. Les noces tardent, le futur époux, un soudard, vide la réserve de bière du père et décide de prendre son dû avant l’union. Heureusement la tante de Ley, Drac, l’aide et lui permet de décider de son destin. Un album clé toujours dessiné par Pilipovic.  

➤ « Le dernier des dragons » (hors-série), Delcourt, 14,95 €

mardi 12 octobre 2021

Roman - N’oublions pas les femmes kurdes

Rachel Casanova est grand reporter dans un grand journal australien. Dans ce futur proche jamais véritablement défini par l’auteur, elle se rend dans l’ancienne zone contrôlée par Daesh en Syrie et libérée des islamistes par les rebelles kurdes. Elle doit faire un reportage sur les femmes qui ont combattu contre les extrémistes religieux. 

Arrivée à Kobané, passé sous le contrôle des forces turques, elle découvre qu’il n’existe quasiment plus de traces de la bataille menée par des femmes pour libérer la ville. Et dans le cimetière, toutes les tombes des femmes guerrières ont été vandalisées. Toutes sauf celle abritant Tekochine et Gulistan, ensemble jusque dans leur dernière demeure. Qui étaient-elles ? Comment sont-elles mortes ? Rachel décide que ce sera l’angle de son reportage, le cœur de l’histoire à raconter.  Patrice Franceschi, l’auteur de ce roman avec de nombreux passages authentiques, a voulu rendre hommage à ces femmes qui ont autant mené le combat pour libérer leur pays que du patriarcat de la région. En plaçant son roman dans le futur, il alerte aussi sur ce qui est en train de se passer sur place. La coalition, une fois Daesh éliminée, abandonne ses alliés, notamment les Kurdes, qui risquent de se faire exterminer par les Turcs après avoir plus que participé à la victoire contre l’obscurantisme de Daesh. 

Dans ce roman, sélectionné pour le Goncourt, on se passionne pour le travail d’enquête de Rachel. Les faits sont prescrits et se sont déroulés dans une partie du pays désormais interdite aux Kurdes. Elle devra passer par l’Irak et les maquis dans les montagnes pour retrouver quelques rares témoins de la fabuleuse histoire de Tékochine et Gulistan. 

Comme une tragédie

La première est une combattante kurde. Elle a rencontré Gulistan quand son bataillon est allé sauver des dizaines de Yézidies sur le point de se faire massacrer par les islamistes. Des combats d’une rare violence. Mais comme l’explique à la journaliste une ancienne responsable de la révolte kurde, « les islamistes veulent notre disparition ou notre soumission totale à leurs lois - ce qui pour un peuple libre revient au même. Nous n’avons pas d’autre choix que de vaincre ou de ne plus exister. » Les deux femmes vont s’illustrer sur les champs de bataille, portant fièrement leur féminité guerrière. Jusqu’à la mort. Rachel comprend alors que ce n’est pas un reportage qu’elle écrit, mais une tragédie. Le roman lui aussi prend ce chemin, devenant de plus en plus sombre, sans espoir. Pourtant qu’elles étaient belles ces Amazones des temps modernes. Pour elles, la liberté, leur liberté de femme, était plus importante que tout.  Et le roman de nous faire réfléchir sur nos renoncements : « Chez vous en Occident les libertés disparaissent petit à petit mais ce n’est pas par la force d’un destin contraire comme chez nous ; c’est seulement parce qu’il y a en vous une érosion de la volonté de vivre libre. Cela ne ferait-il pas de vous des sortes d’animaux domestiques ? » Un splendide hymne à la liberté.  

« S’il n’en reste qu’une » de Patrice Franceschi, Grasset, 19,50 €


lundi 11 octobre 2021

Témoignage - Pandemia, ce que nous avons vécu

Même si on n’est pas encore complètement sorti de la pandémie de coronavirus, on peut désormais faire un premier bilan et retour sur cette période déroutante. Ce beau livre retrace à travers une sélection de clichés des photographes de l’Agence France Presse (AFP) les étapes déterminantes de cette crise sanitaire mondiale sans précédent. On retrouve les photos prises dans Wuhan déserté, des morts par dizaines en Italie puis des solutions farfelues pour remplacer les masques introuvables. Puis est venu le premier confinement

L’occasion pour les reporters de faire des photos de grandes artères totalement désertes. La suite se passe dans les hôpitaux et malheureusement reste encore d’actualité.  

« Pandemia, ce que nous avons vécu », Éditions Les Arènes et AFP, 35 €


dimanche 10 octobre 2021

Roman - La vie de "La sorcière de Sealsea" et de sa fille Alys

À la veille du solstice d’été en 1648, l’Angleterre est déchirée par une guerre civile entre Charles 1er et le parlement insurgé. Sur l’île de Sealsea, Alinor, descendant d’une famille de guérisseuses, est tous les jours confrontée à la pauvreté et aux superstitions.

Un soir de pleine lune, elle rencontre James Summer, un noble catholique. Très vite, tous deux tombent amoureux. Mais c’est l’ère de la chasse aux sorcières et Alinor se retrouve en difficulté en raison de certaines jalousies. 

Cette saga historique signée Philippa Gregory dresse le portrait d’une femme forte et indépendante. Une mère aussi et on découvre dans son sillage la vie d’Alys, sa fille.  

« La sorcière de Sealsea » de Philippa Gregory, Haute Ville, 19,50 €


samedi 9 octobre 2021

Cinéma - Sacrifices de soldats dans « Mon légionnaire »

Louis Garrel, officier impeccable.  ML/Cheval deux trois/Wrong Men



Film de femme sur les soldats, Mon légionnaire raconte le front, mais aussi le quotidien des épouses et compagnes restées à la caserne. Le premier film de Rachel Lang porte donc sur l’armée. Un milieu qu’elle connaît parfaitement, la jeune réalisatrice étant, par ailleurs, soldat de réserve. Certaines scènes ressemblent quasiment à des prises de documentaires. Pourtant, tout est reconstitué et ce sont des acteurs qui endossent les uniformes. Louis Garrel, dans le rôle de l’officier complètement investi dans sa mission au Sahel, est étonnant de vérité. Plus habitué aux films d’auteurs évoluant dans le milieu intellectuel parisien, il dévoile une partie de sa palette d’acteur que peu de personnes soupçonnaient. Camille Cottin est sa femme. Une avocate indépendante, qui a un peu de mal avec les rigueurs de ce milieu. Son mari s’est engagé, pas elle. 

Pour donner un côté plus dramatique et actuel au film, le scénario suit également l’intégration d’un jeune légionnaire d’origine russe. Sa petite amie, interprétée par Ina Marija Bartaité (décédée dans un accident de la circulation, cet été, chez elle, en Lituanie), est déracinée en Corse. Elle tente de se fondre dans ce milieu très partial, mais va s’émanciper. Le film, sans faire l’apologie de l’armée, montre avec honnêteté toutes facettes de la vie des militaires et plus spécialement des légionnaires. 

Film français de Rachel Lang avec Louis Garrel, Camille Cottin, Ina Marija Bartaité