samedi 24 décembre 2016

Polar : Agatha Raisin n’a pas la main verte

L’héroïne de M. C. Beaton, présentée comme la nouvelle Miss Marple, amène de l’animation dans son village anglais.

La campagne anglaise, ses vertes pelouses, ses pubs, sa pluie, ses meurtres mystérieux et ses enquêtrices insoupçonnées. Il y a eu Miss Marple d’Agatha Christie et puis plus récemment Agatha Raisin de M. C. Beaton, autre grande dame de la littérature anglaise. Mais là où Miss Marple était sage et bienveillante, démasquant les meurtriers tout en parlant couture avec ses amies, Agatha est plus « cash ». Ses amies elle les retrouve au pub, aime bien boire, se met souvent en colère et en bonne ancienne Londonienne, a tendance à prendre d’un peu haut les provinciaux du village de Corsely dans les Cotswolds.
Pour sa troisième aventure publiée pour la première fois en français dans la collection dédiée à cette héroïne, le lecteur découvre toute la complexité des concours horticoles britanniques. Dans ce petit village, au mois d’août, tous les jardins sont ouverts au public. Le plus beau reçoit un prix décerné par un jury indépendant. Agatha Raisin, de retour sous la brume anglaise après des vacances au soleil (jeune retraitée elle profite de son temps libre) décide de se lancer dans l’aventure.
Mais elle a fort à faire face à une nouvelle arrivante experte en jardinage. Mary Fortune, toujours habillée en vert, encore jeune et au corps parfait, a de plus la mauvaise idée d’être devenue la meilleure amie de James Lacey, le célibataire le plus convoité du village.
■ Étrange plantation
Ce même James avec qui Agatha a résolu ses précédentes enquêtes et qu’elle aimerait bien mettre dans son lit pour pimenter les longues soirées d’hiver solitaires. Agatha est jalouse. Et vaniteuse. Elle ne remporte pas le concours, mais sa rivale non plus. « Quelqu’un avait planté Mary Fortune. Sa tête n’était pas visible : elle était dans la terre. On avait suspendu Mary par les chevilles, avant d’enfouir sa tête dans un grand pot en terre cuite. Ses pieds étaient accrochés par une corde à l’un des crochets plantés dans les poutres du plafond pour y suspendre des pots de fleurs. » Agatha Raisin revit. Enfin un nouveau meurtre dans le village et l’occasion de démontrer toute sa perspicacité pour démasquer le tueur. D’autant que ce drame la rapproche de James...
M. C. Beaton, d’une écriture simple et souvent pleine d’esprit, raconte essentiellement les rapports humains dans un petit village anglais. Un polar provincial en somme. Comme l’œuvre de cette romancière est gigantesque, deux nouveaux romans paraitront tous les trois mois (il y en tout plus de trente enquêtes de Miss Raisin). Après le jardinage, faites une promenade dans la verte campagne en découvrant « Mortelle randonnée ».
➤ « Pas de pot pour la jardinière » et « Randonnée mortelle », deux enquêtes d’Agatha Raisin par M. C. Beaton, Albin Michel, 14 €

vendredi 23 décembre 2016

De choses et d'autres : Noël de bric et de record

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A deux jours de Noël, magasins pris d’assaut et décorations à tous les coins de rue nous le rappellent malgré nous. Les illuminations dans les villages sont redevenues omniprésentes. Oubliées les économies d’énergie. Rien n’est trop beau pour faire pétiller les yeux des petits et des grands. On ne va pas s’en plaindre après deux années assez éprouvantes.

J’ai la chance d’habiter dans une avenue illuminée par la commune. Nous ne fermons pas les volets de la chambre pour le plaisir de nous endormir les yeux dans les étoiles en ampoules leds. Notre salon, pour la première fois depuis des années, est décoré d’une espèce de sapin. La faute à notre petit-fils. A 18 mois, il a déjà tout compris à la magie de la fête et des cadeaux. Même si le soi-disant sapin était le ficus récemment acheté par mon épouse qu’elle a enluminé grâce à trois guirlandes et quelques boules. De toute manière, ce sont surtout les paquets colorés qui ont attiré son œil.
Nos maigres décorations ne font cependant pas le poids face au Canadien Jean-Guy Laquerrel. Ce collectionneur fou détient le plus grand nombre d’objets sur le thème : 25 139 ! Il a commencé à accumuler figurines et autres représentations du bonhomme en rouge en 1988 et a fini par remporter le record en 1994 qui n’était à l’époque que de 1 039 objets. Pas mal pour un personnage prétendument unique. 

jeudi 22 décembre 2016

Roman : Quand l’art danse au « Bal mécanique »

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Pour son second roman, après le très remarqué « La déesse des petites victoire », Yannick Grannec persiste dans sa veine artistico-psychologique en signant un roman sur le phénomène du Bauhaus dans l’Allemagne des années 30 et le pire de la téléréalité. La romancière, à la culture indéniable, parvient à mettre en perspective manipulation des foules présente et passée.
Les lecteurs les plus savants se délecteront des passages historiques sur cette école d’un art nouveau, rapidement détesté par les nazis aux portes du pouvoir. Mais le roman offre aussi une parfaite traduction des méthodes beaucoup plus élaborées qu’on n’y croit pour confectionner une émission de téléréalité. Cette partie du roman est particulièrement édifiante.
Josh Shors, bellâtre imbu de sa personne, dé- barque chez des candidats volontaires pour refaire leur intérieur en une semaine. Chaque semaine une nouvelle famille espère être choisie. Le début du show débute comme un ouragan. Au petit matin, Josh sonne chez les chanceux et se met immédiatement à l’ouvrage. Devant les caméras et les voisins envieux, il détruit méthodiquement le mobilier existant. Comme pour bien faire comprendre aux occupants qu’il y a un avant et un après.
Un début d’une rare violence symptomatique de la télévision d’aujourd’hui où rien ne se fait dans le consensus. Un romancier moins exigeant se serait contenter de cette histoire pour vendre des milliers d’exemplaires en profitant, honteusement de cette mode. Yannick Grannec met la barre beaucoup plus haut. C’est tout à son honneur.
➤ « Le bal mécanique », Yannick Grannec, Anne Carrière, 22 €

DVD et blu-ray : "Equals" ou l'amour devenu maladie contagieuse


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Aimez-vous tant qu’il est temps. Le film « Equals » de Drake Doremus a un peu le rôle d’un lanceur d’alerte pour les générations futures. Cette histoire de science-fiction, dans un avenir proche, fait froid dans le dos. En quelques scènes explicatives, les spectateurs comprennent que rien n’est plus comme avant. Une guerre mondiale a éradiqué la majorité de la population. Les survivants se classent en deux catégories. Ceux vivant dans une enclave sécurisée et travailleuse et les autres, retournés à l’état sauvage dans une zone laissée à l’abandon. « Equals » se déroule dans une ville totalement aseptisée. Toute personne participe à l’effort collectif. En oubliant ses désirs et plaisirs personnels. Un monde terrifiant, fait de routine et d’absence d’émotion. Silas (Nicholas Hoult) est dessinateur. Il a pour mission d’imaginer les images de la conquête spatiale, grand projet censé cimenter le collectif. Il vit seul dans un appartement impersonnel. Ses seules relations extérieures ont lieu lors de son travail. Le soir, avant de se coucher, il joue à construire des puzzles en 3D, comme la majorité de ses collègues. Une vie morne. Sans émotion.


Car c’est là la véritable différence avec notre monde actuel. Personne ne doit avoir d’émotion. Si vous rêvez, pleurez ou souriez, c’est que vous êtes malade, porteur d’un virus qui ne serait pas contagieux mais qui touche de plus en plus de monde. Tout simplement. Dans un premier temps on vous donne des inhibiteurs. Puis, si cela persiste, vous êtes conduit dans un centre, sorte d’hôpital prison où vous aurez tout loisir de vous suicider. À moins que le collectif ne décide tout simplement de vous euthanasier.
Le jeune homme sent sa vie basculer quand il remarque une collègue, Nia (Kristen Stewart), chargée d’écrire les textes allant avec ses dessins. Nia, jeune et jolie, semble diffé- rente. Silas, de plus en plus attiré par elle, se décide, malgré le danger, à l’approcher, la toucher, lui parler. Elle explique alors être une « cacheuse », ces hommes et femmes qui seraient atteints du virus mais qui ne se dénoncent pas aux autorités. Elle joue l’indifférence. Mais elle aussi est attirée par Silas. Ils s’aiment.
Le film, sorti en e-cinéma en France, est d’une esthétique parfaite.Le monde futuriste dé- crit, immaculé, décrit des humains marchant comme des fourmis. Silas et Nia, en redé- couvrant leur humanité, en s’aimant, vont prendre tous les risques. Lassés de se cacher, ils prennent la décision de rejoindre les zones sauvages, là où l’entraide et la solidarité ont encore cours. 
Le film repose en grande partie sur les épaules de Nicholas Hoult (acteur britannique déjà vu dans Kill your friend), celui par lequel on perçoit l’éveil des sens. 
➤ « Equals », Orange Studio, 16,99 € le DVD et 19,99 € le bluray

mercredi 21 décembre 2016

BD : Prise de tête hasardeuse

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Aux USA, « La Loterie », nouvelle de Shirley Jackson parue à la fin des années 40 est très connue. En France, ce texte est quasiment inconnu. On ne dévoilera donc pas ici le final d’une histoire qui ne laisse personne indifférent. Dans une petite ville de province, tous les habitants se préparent à la loterie annuelle. Dans une urne, des papiers vierges sont déposés. Un seul est marqué d’un rond au crayon de papier. Celui qui le tire remporte cette fameuse loterie. Pour illustrer ce monde paysan américain du milieu du XXe siècle on retrouve devant la table à dessin le propre petit-fils de la romancière, Miles Hyman. Ses aquarelles et dessins aux tons pastel donnent une force étonnante à un récit qui restera longtemps dans les mémoires.
➤ « La loterie », Casterman, 23 € 

De choses et d'autres : Noël vénéneux


Noël, ses cadeaux, son sapin, ses boules, ses guirlandes… Cheryl, habitante d’Australie, malgré le climat inversé (Noël tombe en plein été) installe elle aussi un superbe sapin dans son salon. Mais au petit matin, alors qu’elle se prépare un thé, elle remarque une nouvelle guirlande dans la verdure. Du plus bel effet avec ses rayures. Comme le pelage d’un tigre. D’un serpent-tigre exactement, reptile très dangereux qui lui aussi subjugué par la magie de Noël, s’est enroulé dans ce sapin devenu d’un coup beaucoup plus exotique.
Vingt minutes plus tard, un chasseur de serpent (métier très en vogue dans le pays qui en héberge vingt espèces parmi les 25 les plus venimeuses au monde) capture l’invité et redonne un aspect plus accueillant au fameux sapin.
On envie parfois les Australiens (et d’une façon plus gé- nérale tous les habitants de l’hémisphère sud) qui réveillonnent en plein été, sirotent des cocktails sur la plage et célèbrent la nouvelle année par un bain de minuit dans une mer à 30 degrés. Mais au moins chez nous, pas de risque de trouver un serpent mortel dissimulé dans les cadeaux. Ni de se faire manger par un requin. 

mardi 20 décembre 2016

Dessin d'humour : le regard de Plantu sur 2016

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Que restera-t-il de 2016 ? Un 14 juillet sanglant ? La mort de quelques figures importantes du siècle dernier (Elie Wiesel, Rocard, Castro) ?
Plantu, en dessinant tous les jours un dessin en première page du Monde donne sa vision de ce monde en plein bouleversement. Alors mieux qu’une rétrospective exhaustive, le traditionnel recueil de ses traits d’humour et d’humeur permet de revivre cette année 2016. Et aussi d’y réfléchir. Car Plantu ne se contente pas de nous faire sourire avec ses Marianne, souris et autres papillons tricolores. Il tente aussi de mettre en perspective décisions politiques, retour et renoncement.
Découpées en chapitres thématiques (Europe, international, présidentielle), les 200 pages débutent par une longue préface dans laquelle l’auteur précise son combat pour la liberté de la presse. La liberté tout court. 
➤ « Debout ! », Plantu, Seuil, 18 €

lundi 19 décembre 2016

Série Télé : Jessica Jones, la petite dernière de chez Marvel


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Dans la famille des Super héros, je demande Jessica, Jessica Jones. Marvel n’en finit plus de décliner ses personnages de comics sous forme de film ou de série. Une invasion qui passe également par la plateforme Netflix qui a produit cette série de 13 épisodes sur cette héroïne craquante bien que très tourmentée. Jessica (Krysten Ritter) tente de vivre simplement
dans New York. Devenue détective privée, elle utilise sa force surhumaine avec parcimonie. Elle devra cependant mettre les bouchées double pour arrêter Kilgrave (David Tennant), un « méchant » qui a le pouvoir de manipuler l’esprit de toute personne qui est proche de lui.


On ne s’ennuie pas une minute dans cette série, malgré la quasi absence d’effets spéciaux. L’intérêt de l’histoire est ailleurs, dans les méandres des esprits torturés de ces super héros volontairement anonymes pour ne plus attirer l’attention d’une population qui attend trop d’eux. On apprécie particulièrement l’embryon de romance entre Jessica et Luke Cage, autre « mutant » qui bénéficie lui aussi d’une série.
➤ « Jessica Jones » (saison 1), Netflix et Marvel, coffret 4 DVD

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le champagne de la résurrection

polnareff, malade, assurance, champagneUne certaine presse a visiblement une dent contre Michel Polnareff. Le chanteur, hospitalisé durant plus d'une semaine, a été contraint d'annuler ses deux derniers concerts. Une version mise en cause par son producteur et qui permet à certains journalistes de se transformer en détectives privés. Le Journal du Dimanche d'hier titre en une sur de nouvelles révélations. En clair, le journal laisse entendre que pour quelqu'un qui a frôlé la mort, il profite bien de la vie. Il aurait été vu « vendredi soir, buvant du champagne au bar ». Sans vouloir me faire l'avocat du chanteur aux positions publiques controversées mais aux chansons inoubliables, on peut envisager cela sous un autre angle. Et si, tout simplement, Polnareff, ayant véritablement manqué mourir d'embolie pulmonaire, une fois rétabli, se dise que la vie est trop courte pour ne pas profiter des bonnes choses. Il devient alors compréhensible qu'il décide de s'octroyer quelques derniers plaisirs tant que c'est encore possible. Et pour fêter une résurrection, quoi de mieux que quelques coupes de champagne ? Face à la maladie, deux attitudes possibles. Prendre de bonnes résolutions souvent synonymes d'abstinence en tout genre, ou se dire que notre présence sur terre n'est qu'éphémère et qu'il vaut mieux en profiter tant que nous y sommes encore. Entre mourir dans son lit triste et malheureux ou au bar d'un palace, coupe à la main et bien entouré, Michel Polnareff semble avoir fait son choix. Respectons-le. 

dimanche 18 décembre 2016

Série télé : The Young Pope, la religion rock’n’roll

De toutes les séries proposées en cette année 2016, « The Young Pope » de Paolo Sorrentino remporte aisément la palme de l’originalité. Il ne pouvait pas en être autrement par le réalisateur italien récemment remarqué par « The Youth » et multiprimé avec « La Grande Bellezza ».

Série originale Canal +, « The Young Pope » est interprété par Jude Law. Dans un présent parallèle, le concile vient d’élire le nouveau pape. A la surprise de tout le monde, un jeune cardinal américain l’emporte et devient Pie XIII. Beau, insouciant, orphelin au passé mystérieux, il se pose beaucoup de questions sur son rôle, le pouvoir et sa relation avec Dieu. N’ayant pas de réponses dans un premier temps, sa première décision est de ne plus apparaître en public.
Une catastrophe pour les relations publiques (et surtout le marketing) du Vatican dirigées par une Cécile de France interloquée mais immédiatement séduite par cet homme d’église beau, intelligent et charmeur.

Les 10 épisodes de 50 minutes permettent de mieux faire connaissance avec ce drôle d’oiseau. Et les intrigues de ce petit état que l’on pourrait qualifier d’exotique. Une dimension politique personnifiée par le secrétaire général interprété par Silvio Orlando, véritable révélation pour le public français de cette série. Il a des côtés sombres, manipule son petit monde et tente de sauver la maison en recourant au chantage. Mais c’est avant tout un homme, il tombe amoureux de Sœur Mary (Diane Keaton), mère de substitution de Pie XIII et le soir s’occupe d’un enfant handicapé, comme pour se faire pardonner toutes ses exactions.
La série prend ensuite une dimension plus spirituelle, le jeune pape se révélant en relation directe avec Dieu et capable de miracles. Jude Law est plus que convaincant, on découvre d’ailleurs dans les bonus qu’il semble véritablement habité par le personnage. Un pape très rock’n’roll, fumant comme un pompier tout en étant très sportif. Le tout est sublimé par des musiques très actuelles et un générique qui déménage. La plus originale mais également de loin la meilleure série de 2016.  
➤ « The Young Pope » (saison 1), Studiocanal, coffret 4 DVD.