Clara a toujours vécu dans un bel immeuble nommé "Aquarius" au bord de la plage de la ville de Recife. Bâtiment menacé par un projet immobilier. Ce sera le combat de sa vie.
Il n'y a pas qu'en Espagne (et un peu dans la région) que les promoteurs immobiliers cherchent à bétonner les bords de mer. "Aquarius", second film du Brésilien Kleber Mendonça Filho, raconte comment un projet immobilier, moderne et forcément rentable, menace un immeuble, l'Aquarius, pourtant présent en bord de mer depuis des dizaines d'années. Racheté petit à petit par une société ambitieuse, l'Aquarius est désormais désert. Excepté Clara (Sonia Braga), vivant seule au premier étage. Cette femme, passionnée de musique, la soixantaine en retraite, a perdu son mari depuis quelques années. Ses trois enfants, adultes, ont fait leur vie. Ailleurs. Elle profite au quotidien de cette douceur de vie. Le matin elle va se baigner, juste en traversant la rue. Sur sa véranda, dans son hamac, elle lit, écoute de la musique, pense à son passé, ses bons et mauvais moments.
Une battante
Relativement long (près de 2 h 30), ce film présenté en compétition à Cannes se révèle en réalité bien court tant la vie de Clara est dense. La séquence d'ouverture, se déroulant dans les années 80, la montre jeune et les cheveux très courts. Dans cet appartement, occupé à l'époque par sa tante Lucia, elle vient de vaincre un cancer du sein. Au prix fort pour une femme d'à peine trente ans. De nos jours, elle en garde une cicatrice, entraperçue pudiquement en sortant de la salle de bain. Le film, dans cette séquence donne le ton. Le réalisateur fait tout en finesse, jamais de grandes démonstrations ou d'effets voyeurs. L'arrivée des promoteurs immobiliers chez Clara est du même acabit. Ils sont gentils, sirupeux, augmentent le prix d'achat de l'appartement. Pas de violence, mais quelques mots lâchés pour faire peur. Clara, têtue, refuse fermement. Commence alors une guerre d'usure insidieuse faite de tracas quotidiens (fête nocturne dans l'appartement vide du dessus) et de démarches administratives et judiciaires harassantes.
Sonia Braga, la star Le film, d'une grande beauté, montrant Recife sous toutes ses coutures, les belles comme les pires, est littéralement porté par Sonia Braga. La grande actrice brésilienne, révélée dans les années 80, a fait carrière aux USA tournant pour Redford ou Eastwood. Mais elle a aussi conquis le public américain dans des séries télé de grande audience, d'Alias à Sex and the City en passant par Royal Pains. Son interprétation dans "Aquarius", toute en rage rentrée, aurait dû lui donner les prix d'interprétation féminine à Cannes. Le jury en a décidé autrement. Preuve que même les plus grands professionnels de la profession peuvent, parfois, se tromper ou oublier les fondements de leur métier.
De toutes les fonctionnalités de Facebook, celle des anniversaires est certainement, de mon point de vue, la plus détestable. Certes il n'est pas obligatoire de l'indiquer, mais fortement recommandé par les membres de la communauté virtuelle la plus importante du monde (de tout l'univers connu même, ne soyons pas avare de superlatifs avec ce réseau social). Car la tradition du « Joyeux anniversaire » est particulièrement appréciée par une large majorité des membres. D'autant plus facilement que l'on n'a pas à s'en souvenir, un message d'alerte s'affiche quand vous ouvrez le logiciel. Comme on accumule souvent plus d'amis que de jours dans l'année, on se retrouve quotidiennement avec un ou plusieurs anniversaires à souhaiter. Jusqu'au jour où arrive le vôtre. Et de compter le nombre de messages reçus. Comme si Facebook servait aussi à mesurer sa popularité. Personnellement, dans la vraie vie, j'ai horreur qu'on me souhaite mon anniversaire. Donc vous imaginez mon désespoir le jour où nombre de mes « connaissances » se sont signalées sur ma page personnelle. Comment tromper Facebook tout puissant ? Facile, lui expliquer que l'on accuse un an de plus non pas demain, mais depuis la semaine dernière. Cette année, pour ne pas recevoir ces messages impersonnels et faussement hypocrites, la veille de la date fatidique, je me suis vieilli de sept jours. Et dans trois jours, je remettrai la bonne date. Pour les 360 prochains jours. Ne me blâmez pas, ce petit jeu est innocent. Au moins moi, je ne me rajeunis pas de dix ans (voire plus) comme certains. (Dans la vraie vie, j'ai reçu un cadeau merveilleux :
Pour la première fois de son histoire, la droite française se lance dans des primaires pour désigner son candidat à la présidentielle. De Gaulle doit bien ricaner dans sa tombe. Preuve que les idées de démocratie participative ne cessent de progresser, les chantres de l'homme providentiel se tournent aux aussi vers une désignation plus transparente. Avec pas mal de risques. De scission dans un premier temps. On ne s'affronte pas durant deux mois pour se rabibocher trois jours plus tard en ayant oublié toutes les vacheries balancées en public. Si Juppé l'emporte, que vont faire les soutiens de Sarkozy, beaucoup plus nombreux que ceux du maire de Bordeaux ? A l'inverse, Juppé battu osera-t-il se rallier au panache du maire de Pau et monarque du Béarn ? Autre difficulté en vue, la validité des résultats. Pas à cause de procurations douteuses (elles sont tout simplement interdites) mais par la volonté affichée de militants de gauche d'aller voter, juste pour faire barrage à l'ancien président. Il leur en coûtera deux euros, mais ils estiment que c'est le prix à payer pour éviter le retour de Nicolas Sarkozy, encore plus détesté à gauche depuis qu'il marche ouvertement sur les plate-bandes du Front national. Résultats contestables aussi avec les votes probables de certains soutiens de François Hollande beaucoup plus machiavéliques. Eux, au contraire, vont se déplacer pour aider Nicolas Sarkozy à l'emporter, adversaire le plus à la portée de l'actuel président. Un sacré micmac pour désigner celui que tous les sondages donnent comme futur président de la République.
Parfois, sans que l'on sache trop pourquoi, notre moral est au plus bas. Pas dans les chaussettes, encore plus profond, genre couloir de mine, noir, humide, sans fin. Le blues vous tombe dessus et plus rien ne va. Les enfants de la voisine crient : vous avez envie de les étriper. Votre collègue vous raconte sa soirée : mais pourquoi à moi et maintenant ? Et même seul, les plus sombres idées vous assaillent. Une chape de culpabilité insupportable. Vos pires méfaits vous reviennent à l'esprit et hantent vos nuits devenues insomniaques et interminables. Pour contrer cette grande dépression, on peut solliciter les petites pilules du bonheur. A consommer avec modération bien évidemment. Il existe aussi des solutions plus simples. Perso, quand plus rien ne va, je me débrouille pour trouver un ordinateur et je passe en boucle le clip « Busy Earnin' » du groupe Jungle. Toujours pas trouvé mieux pour me mettre en joie. Un ami m'a confié sa solution. Face à la noirceur de son existence, rien ne vaut une journée passée sur toutes les téléréalités disponibles de la TNT. On a forcément un peu plus d'estime de soi après une bonne dose de « Marseillais », « Anges » et autre « Revanche des ex ». Autre possibilité, se plonger dans un bon roman. On oublie son morne quotidien pour un autre monde, plus abouti et talentueux. Attention, très efficace sur le moment mais sans effet à long terme. Reste la dernière solution radicale pour oublier son mal de vivre : la maladie d'Alzheimer. Plus de questions existentielles puisqu'on ne sait même plus que l'on existe. Mais les bas ne constituent-ils pas le fondement de tout le sel de la vie ?
Stephen King, maître absolu du roman terrifiant, après avoir vendu des millions d'exemplaires de ses livres partout dans le monde, les fait fructifier en signant des adaptations au cinéma ou à la télévision. Un univers unique, qu'il renouvelle sans cesse malgré les années. Tout le monde se souvient de "Christine", la voiture possédée, ou du "Fléau", vaste roman de fin du monde transformé en une mini-série un peu trop édulcorée (tout comme "Ça"). Souvent c'est très réussi. Parfois un peu moins. "Cell Phone", film de Tod Williams sorti directement en DVD et blu-ray est dans la juste moyenne. Tiré du roman "Cellulaire" il met en vedette John Cusack (pas plus convaincant que d'habitude), Samuel L. Jackson (brillant, quel que soit le projet) et la jeune Isabelle Fuhrman déjà vue dans "Hunger Games" ou "Masters of sex").
Tout commence très vite. Un dessinateur de BD, Clay, en transit dans un aéroport, tente de joindre sa femme et son fils. Mais son téléphone est à plat. Bien heureux héros, car tout à coup, tous ceux qui avaient un smartphone à l'oreille deviennent fous furieux, massacrant les épargnés. La faute à une impulsion qui a reformaté les cerveaux des victimes. Ils deviennent des "phoners", autre appellation des zombies à la sauce King. Clay parvient à se réfugier dans le métro et fera équipe avec Tom (Samuel L. Jackson), un vétéran du Vietnam (utile quand on a décidé de descendre le maximum de Phoners avec des armes récupérées chez un membre de l'association "National Rifle Association"). La suite se déroule comme un classique film de survivants traqués par des meutes de zombies avides de chair fraîche. À la différence qu'ils ont une conscience commune, comme des insectes. Reste à trouver la reine… Quelques personnages déjantés plus tard, Clay se retrouve au pied de l'antenne relais d'où est partie l'impulsion. Le réalisateur, sans doute indécis, a visiblement tourné trois fins différentes. Et comme il est généreux, on a droit aux trois dans les deux dernières minutes. En bonus, les classiques coulisses du tournage, avec notamment le maquillage du grand méchant digne d'une émission de Ciné FX... "Cell Phone", Marco Polo Production, 14,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray.
Le CFR, consortium de falsification du réel, organisation secrète, agit sur tout. Antoine Bello imagine les manigances de ces hommes et femmes qui s'efforcent de maintenir une harmonie relative sur la planète en construisant des légendes dont l'humanité a besoin. Mais rien ne va plus dans ce monde de faux-semblants. Dernier volume de la trilogie comprenant déjà « Les falsificateurs » et « Les éclaireurs ». « Les producteurs », Folio, 7,70 €
Jonathan Kellerman s'associe à son fils, Jesse, pour signer un thriller particulièrement ambitieux. Une tête sans corps dans une maison abandonnée d'Hollywood. Sur le plan de travail de la cuisine, le mot « justice », gravé en hébreu. L'enquête est confiée à l'inspecteur Jacob Lev de la mystérieuse section des "Projets spéciaux". Paru précédemment sous le titre « Le Golem d'Hollywood », ce roman se prolongera en novembre avec « Que la bête s'échappe » au Seuil. « Que la bête s'éveille », Points, 8,60 €
Deenie et ses meilleures amies Lise, Gabby et Skye spont des adolescentes insouciantes. Un matin, Lise est prise d'une violente crise de convulsions. Ses amies aussi souffrent de ce mal étrange. La panique submerge petit à petit la communauté entière. Qui sera la prochaine victime de cette mystérieuse fièvre ? Le nouveau thriller de Megan Abbott, « Avant que tout se brise » vient de paraître aux éditions du Masque. « Fièvre », Le Livre de Poche, 7,60 €
Il est des vieux héros qu'il fait toujours bon de retrouver. Sans doute par nostalgie. Ou dérision. Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117 en fait partie. L'espion français, imaginé par Jean Bruce, repris par son épouse dans quantité de romans dits de gare (populaires est plus adapté), après le cinéma renaît de ses cendres sous forme de bande dessinée. Gihef au scénario, Andrea Cuneo au dessin, reprennent les recettes simples des romans originaux. Hubert est beau, intelligent, toujours en avance d'un coup et très séducteur. Son acolyte, Enrique Sagarra, Catalan, est moins futé mais expert en maniement des armes. Quand on lui demande de faire le ménage, il nettoie plu que de raison... Dans ce second tomes, ils sont en Grèce, dans ces années 60 où la guerre Froide permettait aux espions de manger à leur faim. Parfaitement désuet, léger et sans prétention. A lire au second degré comme on redécouvre des films de série B de cette époque insouciante. «OSS 117» (tome 2), Soleil, 11,95 €
Au début du XXe siècle, « monter » à Paris était souvent la seule solution aux jeunes des campagnes françaises. Ange, Auvergnat bon teint, accumule les bêtises dans la ferme familiale. Obligé de quitter le pays, il monte à Paris se mettre sous l'aile d'un oncle, bougnat. Le gamin va découvrir un monde différent, avec ses codes, sa violence et ses interdits. D'entrée il tente d'intervenir dans une dispute dans la rue. Cléo, jeune prostituée, se fait houspiller par son souteneur. Il en sera quitte pour une bonne dérouillée. Stéphane Betbeder, dans cette scène clé, se fait rencontrer pour la première fois ses deux personnages principaux qui donnent son nom à la série « L'apache et la cocotte ». Ils se retrouveront, s'aimeront mais ne trouveront jamais la paix et le bonheur. Ange se transforme en petit truand, Cléo en favorite d'une courtisane de luxe, maladivement jalouse. Une plongée dans le passé parisien dessiné par Hervé Duphot. «L'apache et la cocotte» (tome 1), Glénat, 14,50 €
En plein débat sur l'importance de notre héritage gaulois dans l'identité nationale, un spécialiste de la question vient de rendre un avis tranché. Spécialiste, il le revendique : il a interprété à plusieurs reprises un des plus célèbres Gaulois qui soit : Obélix. L'omnipotent (à ne pas confondre avec impotent) Gérard Depardieu, en tournée de promotion en Italie pour son dernier livre intitulé "Innocent", s'insurge quand on lui demande s'il se sent toujours Français, lui qui détient désormais un passeport russe remis en mains propres par Poutine. Fureur de notre Gégé national : "Non, je suis un citoyen du monde. La France risque de devenir un Disneyland pour les étrangers, peuplé d'imbéciles qui font du vin et du fromage qui pue pour les touristes." Comme d'habitude avec l'inoubliable acteur des "Valseuses", c'est du lourd. Étonnant comme il arrive à se caricaturer tout seul. Car en dehors de ses activités cinématographiques, il est également producteur de vin, bouteilles qu'il vend d'autant plus cher par le simple ajout de son nom sur l'étiquette. Pour le fromage qui pue, il n'a pas encore trouvé le bon filon financier. Mais on lui fait confiance pour lancer une marque de camembert du style "Le Gégé, rond et à point" Quant à critiquer Disneyland, il ferait mieux de se renseigner. Le complexe touristique axé sur les héros américains n'est pas au mieux de sa forme. Par contre le Parc Astérix, en 2015, a vu sa fréquentation augmenter de 8 %. Alors oui, les Gaulois attirent plus les touristes étrangers que la souris aux grandes oreilles, mais faut-il s'en désoler ou saluer une réussite purement commerciale ?
Nouvelle série très steampunk, « Les trois fantômes de Tesla » raconte la bagarre entre deux inventeurs de génie : Edison et Tesla. Marazano, le scénariste, a cependant pris beaucoup de libertés avec l'histoire officielle pour imaginer ce monde entre uchronie, guerre avec les nazis et inventions improbables. Dans un New York encore sous la menace des bombes allemandes et japonaises (nous sommes en 1942), Travis, jeune garçon très intelligent, s'installe avec sa mère, jeune veuve, dans un appartement triste d'un immeuble de Manhattan. Son voisin, vieux monsieur paranoïaque, l'espionne. Il a ses raisons, persuadé que des espions veulent l'enlever pour qu'il termine ses travaux sur une nouvelle énergie. Travis vit à côté de Tesla et va se transformer en relais d'une formidable machination avec robots, armures et autres objets volants très dangereux. Au dessin, Guilhem abandonne le trait rond du très classique style franco-belge (Zarla) pour un réalisme sombre dans lequel il excelle, comme son frère le très célèbre Christophe Bec. «Les trois fantômes de Tesla», Le Lombard, 13,99 €