Bienvenue dans Karma City, la ville où on ne peut entrer que si son karma est positif. Dans ce futur proche, après une catastrophe (la vague), des scientifiques ont mis au point des machines capables de mesurer son karma, soit le "baromètre en temps réel de sa santé mentale et de son état psychique". Cela ressemble un peu au monde de 1984, beaucoup de policiers pour contrôler papiers et état d'esprit. Autour de Karma City, une zone grise et, encore plus loin, les zones barbares. Une jeune chercheuse en archéologie karmique revient de la zone grise. Elle passe les barrages et sur la route sa voiture plonge dans un ravin. Victime d'un AVC foudroyant. Rien de naturel pour l'inspecteur Napoli qui fait équipe avec la jeune et brillante Kate Cooper, un peu trop psychorigide à son avis. Une enquête policière classique se greffe sur cette réflexion sur la recherche du bonheur. Mais peut-on encore parler de bonheur quand il est imposé ? Découpé comme un comics par grands chapitres d'une trentaine de pages, cet album au trait sombre et réaliste embarque le lecteur dans un cauchemar encore plus horrible qu'il n'y paraît. Distrayant tout en étant très instructif : un des albums les plus originaux de cette rentrée. "Karma City" (tome 1), Dupuis, 20,50 €
"Je regrette d'avoir acheté ce truc !" L'aveu, entre deux quintes de toux, est sans appel. Depuis trois jours, mon épouse est malade. Un bête refroidissement contracté alors qu'elle m'accompagnait à une visite... chez le médecin. De la salle d'attente hyper climatisée au bureau du toubib, on comptait bien 15 degrés de différence. Situation idéale pour lui obstruer le nez, la faire tousser et cracher ses poumons. Samedi, direction la pharmacie. La responsable de l'officine lui conseille un produit fort et efficace . De retour à la maison, elle lit la notice et découvre une méthodologie pour le moins étrange. "Se placer devant un lavabo, renverser la tête en arrière et faire couler le produit dans une narine. Respirer par la bouche en prononçant de façon répétée la syllabe "ké"". "Ké" ? Kézaco ? Bonne élève, elle s'exécute. La scène vire au surréalisme. Ma chérie, consciencieusement placée devant l'évier de la cuisine, se remplit la narine et tente de prononcer le mot magique. Au bout de trois "ké", elle manque de s'étouffer, crache tout par la bouche et les narines en poussant un râle de fin d'existence. Elle tente l'autre narine. Encore moins concluant car, sans pitié, j'éclate de rire. Rire contagieux. Ses "ké" se terminent dans un fou rire entre crachats et reniflements. Le pire ? Elle n'est pas guérie. Oublié le "ké", place aux inhalations d'huile essentielle d'eucalyptus. En silence et sous un torchon. Moins marrant mais plus efficace. En bonus, du "Ké ! Ké ! Ké !" en live...
Marié, père de famille, Morgan Navarro a le malheur de ne côtoyer que des bobos, dangereux extrémistes de gauche et même, le pire parmi la lie de l'humanité avec qui il doit partager l'air qu'il respire : des féministes, lesbiennes, vegan et tatouées. Morgan Navarro, on l'a compris, n'est pas un homme de progrès, ouvert d'esprit. Sous sa calvitie bonhomme se cache un véritable réactionnaire, nostalgique du passé, celui de Pompidou, pas de Mitterrand. Il transforme ses colères et indignations en histoires courtes publiées sur la plateforme du Monde (Le Figaro doit se mordre les doigts). Cette opposition entre des hommes et femmes humanistes et partageurs et Morgan, indécrottable pessimiste, persuadé que le monde court à sa perte, se révèle un ressort comique inépuisable. Et tout le paradoxe de cette BD, au trait classique cela va de soit, est que le réac reste sympathique. Car il a conscience de ses dérives, pour preuve il se sent sans cesse obligé de demander à ses potes d'origines maghrébines s'il est raciste. La réponse, tout en lui faisant un peu honte, le rassure. Paradoxe d'un homme mal dans son temps mais qui n'a jamais perdu le sens de l'autodérision. Preuve au final, qu'il n'est pas si réac que cela finalement... «Ma vie de réac", Dargaud, 17,95 €
Sur le papier, la distribution a de la gueule : Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos réunis, ce sont deux César qui se donnent la réplique. Le thème du film de Pierre Godeau a de plus l'avantage d'être tiré d'un fait divers récent qui a fait couler beaucoup d'encre. Le résultat n'est pas transcendant, la faute à un trop grand classicisme et une retenue dans le jeu qui vire parfois au presque faux.
Mais il a l'excuse d'être un premier film. "Éperdument" est l'histoire d'amour impossible entre une détenue et le directeur de la prison. Anna, avant son procès (le film ne dit jamais de quoi elle est accusée, mais on apprend au détour d'une conversation avec son avocate qu'elle risque dix ans de réclusion criminelle), est transférée dans une petite prison pour femme.
Amour impossible
Jean y règne en maître absolu. Ce père de famille, marié à une surveillante (affectée dans une autre prison), essaie d'être juste. Mais quand il croise le regard d'Anna, tout son monde s'écroule. Un amour fou naît entre ces murs froids. Anna va elle aussi se raccrocher à cet homme qu'elle désire. Au mépris de toutes les lois, ils vont mener une relation secrète, à l'intérieur même de la prison. Anna sera affectée au service général, une sorte d'administration composée de détenues, directement sous les ordres du directeur. Pratique pour passer de longues heures à deux dans la salle informatique ou pour la convoquer afin de faire le ménage dans son bureau. La romance ne reste pas secrète. Dénoncé par une détenue rancunière, Jean est mis à pied, jugé, condamné. Et dans le film, comme dans la réalité, en plus de perdre sa femme et sa fille, il sera rejeté par la belle Anna dès qu'elle sera remise en liberté. On retiendra surtout de ce film carcéral la performance d'Adèle Exarchopoulos. La jeune actrice, découverte dans "La vie d'Adèle" s'est fortement impliquée dans ce rôle, passant de longues semaines en compagnie de véritables détenues pour être la plus juste possible. Le DVD offre en bonus un making of centré sur le décor, la prison de la Santé. "Éperdument", Studiocanal, 16,99 €
Remarquable roman graphique de Nicolas Otero, 'Enragé' est la vie d'un enfant, contaminé par la rage après l'attaque d'un chat Au Maroc. Liam, de retour en métropole, va se transformer, perdant de son humanité à chacune de ses crises de rage. Entre fantastique, recherche de soi et explication médicales sur une maladie tombée dans l'oubli, cet album de plus de 120 pages est d'une maîtrise graphique plus que bluffante. "Confessions d'un enragé", Glénat, 25 €
Contrairement au titre très provocateur de Libération hier, François Hollande ne plaisante plus. "Pépère se réveille" constate le journal en Une. Erreur, il entre en campagne, tout simplement. Un discours pendant lequel il a parfaitement montré sa différence avec tous ses challengers. Avec en plus un atout dans sa manche, préservé le plus longtemps possible : Julie Gayet. S'il ne démord pas de sa ligne de conduite de refuser tout mélange entre vie publique et privée, ce n'est plus le cas pour elle. Julie Gayet, sans grande actualité culturelle à promouvoir (son dernier film, "C'est quoi cette famille" est sorti en août) se retrouve cette semaine à la Une de Paris Match et du Parisien Magazine. Motif : elle s'investit totalement dans la campagne contre le sexisme. Une bonne occasion pour parler du rôle des femmes, se plaçant ainsi, en filigrane, dans la posture pourtant tabou de "première dame de France".
Sur les couvertures, elle pose seule, volontaire, souriante. Mais on a comme l'impression qu'il ne s'agit que d'une sorte de répétition avant l'entrée du président dans le champ de l'objectif. L'affaire devient de plus en plus flagrante. Paris Match notamment cite l'entourage de l'actrice qui aimerait être "plus officielle". Reste maintenant à François Hollande à trouver le bon équilibre entre le président sortant, sobre, investi de sa mission au service de la France et le candidat qui devra forcément casser l'armure, redevenir humain, capable de sentiments comme l'ensemble de ses électeurs.
Un an après la fin de la grande guerre, un soldat français tente de se faire pardonner. "Frantz", film très esthétique et en noir et blanc de François Ozon sur la résilience.
Tourné en grande partie en noir et blanc dans une petite bourgade allemande, "Frantz" de François Ozon fait partie de ces films au fort pouvoir de rémanence. Pris par l'histoire, on n'est pas sensible immédiatement à la beauté des images. Puis, une fois sorti de la salle, des flashs picturaux nous reviennent en mémoire. Les gros plans sur le visage lumineux de l'actrice principale, ces branches d'arbres qui bruissent dans le vent, les ambiances des cafés en Allemagne comme en France, avec en toile de fond une fierté nationale qui appelle à de nouveaux combats, le cimetière, calme et reposant. Une époque reconstituée, sans beaucoup de moyens, mais avec toute son âme.
Mensonge pieu
D'âme, il en est beaucoup question dans ce film sur le pardon. Adrien Rivoire (Pierre Niney), jeune soldat français fraîchement retourné dans le civil après l'Armistice, se rend dans cette petite ville allemande qui accueille la tombe de Frantz. Lui aussi soldat. Dans l'autre camp. Et moins chanceux puisqu'il est mort au combat. Il croise dans le cimetière Anna (Paula Beer), la fiancée inconsolable de Frantz. Entre ces deux jeunes que tout oppose, une complicité, une amitié, voire plus, va se nouer. Malgré l'ambiance générale qui pousse la majorité des Allemands à cracher au passage d'Adrien. Adrien prétend avoir connu Frantz avant la guerre, quand ils étaient étudiants à Paris. Il raconte à Anna et aux parents du jeune Allemand disparu leurs visites au Louvre, les soirées dans les cafés animés, leur passion pour la musique, le violon en particulier. Le père (Ernst Stötzner), après avoir rejeté violemment Adrien, accepte de l'écouter et va éprouver beaucoup de plaisir à retrouver une partie de la vie de son fils. Mais tout n'est que mensonge. La relation entre Adrien et Frantz est tout autre. Longtemps durant la première partie du film on suspecte une relation homosexuelle. Il n'en est rien, François Ozon a respecté le scénario original du film de Lubitsch. Adrien est simplement le meurtrier de Frantz, croisé dans une tranchée sous la mitraille des deux camps. Il veut se faire pardonner, tout dire aux parents. Anna l'en dissuade, veut se raccrocher désespérément à ce bel inconnu si charmeur qui lui rappelle tant son amour. Frantz, omniprésent au début du film, va peu à peu s'effacer des mémoires et Adrien comme Anna vont enfin accepter de tourner la page. François Ozon, sans la moindre ostentation, raconte comment un mensonge peut parfois être plus constructif que la cruelle vérité. Même si vivre avec ce secret est une souffrance de tous les jours pour les initiés. _________________ Radieuse Paula Beer Un amateur éclairé du cinéma de François Ozon souligne combien le réalisateur sait mettre en valeur les actrices qu'il choisit. Après Ludivine Sagnier ou Marine Vatch, il braque son objectif sur la belle Paula Beer. Jeune actrice allemande pleine d'avenir, elle endosse le rôle d'Anna avec une grâce touchante. Belle, elle se dissimule derrière des habits de veuve, elle qui pourtant n'était que fiancée. Elle refuse les avances d'un notable persuadé qu'il saura lui faire oublier son malheur. Par contre elle se trouve toute tourneboulée quand Adrien évoque ces poèmes français que Frantz aimait plus que tout. Sa tristesse initiale va lentement s'estomper pour laisser place à une joie de vivre qui lui manquait tant. Remarquable en veuve éplorée, Laura Beer l'est encore plus quand elle enfile une robe vaporeuse pour aller au bal au bras du "Français", malgré les regards désapprobateurs de ses amis allemands, torturés, déjà, par l'envie de revanche. Certes elle est belle, bonne actrice, tant en allemand qu'en français, mais cette joliesse, ce mignon minois, doit aussi beaucoup à la délicatesse de François Ozon. Il filme ce visage avec une rare intensité, comme si Paula Beer portait en elle toute la finalité du film : le malheur, la résilience, l'espoir d'une vie meilleure, la décision de vivre, malgré la peine. Seule une grande actrice peut relever un tel défi.
Un élu abandonne rarement ses mandats, son pouvoir, pour se reconvertir dans le privé. L'exemple de Roselyne Bachelot, nouvelle voix de RMC l'après-midi (sur le créneau horaire occupé par Brigitte Lahaie, il fallait oser), n'est pas isolé. Ancienne pharmacienne, elle a occupé des postes de ministre avant de tout plaquer et se lancer dans cette carrière de confidente des auditeurs. De même, pour continuer d'exister, Daniel Cohn-Bendit assure une chronique chaque matin sur Europe1 et Jean-Louis Debré anime sa propre émission sur Paris Première. Nicolas Sarkozy a failli suivre le même chemin. Battu en 2012, il annonce son retrait de la politique. Avec l'ambition, jamais avouée mais flagrante : engranger le plus d'argent possible en donnant des conférences excessivement rémunératrices (un rôle de comique aurait également pu lui rapporter gros). Mais le démon de la politique lui est chevillé au corps. Il part à nouveau en campagne. S'il perd à la primaire, il ne lui restera que la retraite. À 61 ans. Un paradoxe pour celui qui voudrait en prolonger l'âge légal de quelques années. L'an prochain, si Hollande renonce ou perd, je le verrais bien devenir commandant de paquebot. Un gros, un énorme. L'antithèse du pédalo. Valls dispose du physique et du rictus propres aux vigiles de supermarché. Les petits voleurs feront demi-tour aussi sec. Quant à Jérôme Cahuzac, à la fin de son procès, son avenir d'acteur semble tout tracé. Les yeux dans les yeux, il peut endosser tous les rôles. De méchants, de préférence.
Pays totalement replié sur lui-même, la Corée du Nord est devenu un véritable enfer pour ses habitants. La BD d'Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag apporte un éclairage nouveau sur une des dernières dictatures communistes du monde. On suit le parcours d'un enfant. Il a la chance d'être né le même jour que le leader coréen. Un jour férié, le seul anniversaire que le peuple a le droit de fêter. Mais la famine aidant, la famille tente de rejoindre la Chine. Pris, ils passeront de longs mois dans un camp de concentration. Le début de l'album est en couleur et bascule dans le gris foncé lors de la détention arbitraire. Une histoire dure, mais avec au final un rayon d'espoir. Certains peuvent s'en sortir. Mais le chemin est long et douloureux. "L'anniversaire de Kim Jong-Il', Delcourt, 16,95 €
La curée est lancée. Comme l'an dernier avec Maïtena Biraben aux commandes du Grand Journal de Canal Plus, les internautes se déchaînent sur l'arrivée de Cyrille Eldin aux manettes du Petit Journal. "Nul", "sexiste", "égocentriste", les appréciations sur Twitter ne font pas dans la dentelle. Certes ce n'est pas fameux, mais j'ai toujours pensé qu'on accordait trop d'importance à Yann Barthès, l'ancien présentateur. Il incarnait la liberté de penser, l'insolence... il est aujourd'hui sur TF1. La messe est dite. La télé aujourd'hui ressemble aux jeux du cirque des Romains. On se lance dans l'arène, on tente de survivre un peu mais très vite le public hystérique, pouce vers le bas, signe la mise à mort. Malheur à la victime. Cyrille Eldin risque, comme Maïtena Biraben, de traîner ces débuts poussifs jusqu'à l'hallali final. Un qui doit apprécier, c'est Victor Robert. Nouveau présentateur du Grand Journal, sa prestation est passée totalement inaperçue. Parfois, mieux vaut être discret, même si les audiences s'en ressentent forcément. Ce "Canal + Bashing", loin de décevoir le patron de la chaîne, le conforte dans ses choix. Pour lui le "clair" est annexe. Moins il y en a, mieux il se porte. Toujours ça de concurrence en moins pour son chouchou, Cyril Hanouna sur C8. Justement ce dernier, sur les plages horaires du Grand et du Petit Journal, a battu des records. Pourtant, à choisir, Cyrille Eldin, avec des pastilles humoristiques de Michel Fau ou Blanche Gardin, reste mille fois mieux que l'agité du bocal aidé d'Enora Malagré ou Benjamin Castaldi.