vendredi 19 août 2016

Cinéma : Père et fille, triangle compliqué de "Toni Erdmann"

Wilfried semble ne plus comprendre sa fille Ines, femme d'affaires allemande ambitieuse vivant en Roumanie. Il s'immisce dans sa vie en se grimant en "Toni Erdmann", coach gaffeur.
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Présenté en compétition officielle en mai dernier à Cannes, "Toni Erdmann" de Maren Ade a longtemps fait la course en tête. Les critiques présents aux projections plébiscitaient le film de la jeune Allemande tant pour son histoire, sa réalisation que le brio des deux comédiens principaux. Mais les critiques ne font pas le palmarès de Cannes et Maren Ade est revenue bredouille de la Croisette devant simplement se contenter du prix de la critique internationale.

Un peu long (2 h 40), ce chassé-croisé entre un père et sa fille, sans cesse entre la comédie et le drame, ne méritait peut-être pas la palme, mais c'est fort regrettable pour les deux acteurs, excellents dans des rôles particulièrement compliqués à interpréter. Ils resteront cependant longtemps dans les mémoires des spectateurs. Peut-être la plus belle récompense pour un comédien.
Un nouveau père
La scène d'ouverture plante le décor. Un livreur de colis est accueilli par Wilfried (Peter Simonischek). Mais il prétend que le courrier est pour son frère, Toni, qui vient de sortir de prison. Il revient une minute plus tard grimé en Toni avec perruque, lunettes et fausses dents. Wilfried, malgré son âge avancé (il est professeur de musique en fin de carrière) est un peu gamin sur les bords. Et très mythomane. Un peu malheureux aussi. Divorcé, vivant seul avec son très vieux chien, il n'a plus beaucoup de nouvelles de sa fille, Ines (Sandra Hüller), responsable du bureau roumain d'une société de conseil en entreprise. Son boulot consiste à réduire les coûts, voire délocaliser. Une tueuse dans un monde de plus en plus capitaliste. Pas souvent présente, au point que Wilfried va jusqu'à louer les services d'une fausse fille, pour quelques dîners en tête à tête et lui couper les ongles des pieds. À moins que ce ne soit une de ses nombreuses inventions.
A la mort du chien, Wilfried quitte l'Allemagne et débarque à l'improviste chez sa fille. C'est peu de dire que cela se passe mal. Alors pour tenter de renouer les liens avec cette belle jeune femme qui lui semble totalement inconnue, il ressort sa perruque et ses fausses dents et se déguise en Toni Erdmann, coach. Tout l'attrait du film réside en cette incommunicabilité viscérale entre père et fille. Avec l'arrivée d'une tierce personne, un nouveau départ semble possible. Faut-il encore qu'Ines accepte de jouer le jeu, ce qu'elle n'ose pas au début. Sérieuse, trop sérieuse, elle ne peut pas prendre les choses à la légère.
Jusqu'au jour de son anniversaire. Une contrariété va la faire basculer du côté paternel, dans la zone trouble de l'extravagance et de l'humour. Une renaissance et des retrouvailles, tout le sel de cet excellent film intelligent et bourré de scènes hilarantes.
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Une robe serrée et toute une vie change
toni erdmann, maren ade, sandra hullerInes, tout en se débattant dans son travail où une femme est forcément sans cesse sur la sellette, doit subir les excentricités de son père, devenu Toni Erdmann sous sa perruque, ses fausses dents et parfois ses lunettes. Il invente sans cesse de nouvelles histoires, devenant coach de Ion Tiriac (célèbre joueur de tennis roumain devenu homme d'affaires milliardaire) puis conseiller pour les multinationales et même ambassadeur d'Allemagne spécialiste de la peinture sur œuf. Ines, froide et rationnelle, prend beaucoup sur elle pour ne pas craquer. Mais inconsciemment le travail de sape de son père fait effet.
Le jour de son anniversaire, elle organise une soirée chez elle. Elle a acheté une nouvelle robe. Un peu étroite. Elle se débat avec la fermeture éclair quand un premier invité sonne. Sur un "coup de tête", expression favorite de son père, elle va faire quelque chose qui marque la bascule de sa vie trop sérieuse et guindée. Elle risque d'exploser en vol, mais qu'importe si la conséquence est de se sentir mieux dans sa peau et son corps.
Une belle apologie du "lâcher prise", même si la réalisatrice préfère parler de situation permettant de "s'assumer pleinement".

jeudi 18 août 2016

Thriller : "Rêver" de Franck Thilliez, un pavé pour la plage

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Franck Thilliez, en faisant cauchemarder son héroïne, risque de sérieusement perturber vos propres nuits. Abigaël est psychologue pour la police française. Une experte dont les avis sont essentiels pour résoudre les affaires criminelles. Mais elle souffre d'une forme aiguë de narcolepsie qui fait qu'elle peut s'endormir à tout moment. Même en pleine réunion avec l'état-major. Et dès quelle rêve, ses songes empiètent sur sa réalité. Incapable de savoir si elle est dans un cauchemar ou un véritable guet-apens.
Elle va trouver une parade, simple et efficace : la douleur. Mais pour s'empêcher de sombrer dans le sommeil (ou la folie dans son cas particulier), elle doit se faire de plus en plus mal. Thriller écrit par Franck Thilliez, ce roman déconcerte un peu au début par sa construction désordonnée dans le temps. Mais c'est essentiel pour que le lecteur partage les angoisses d'Abigaël. Au point qu'un chapitre est même manquant (mais lisible sur un site dédié). Le tout est véritablement passionnant et novateur si l'on accepte de se projeter dans la peau (et les rêves) de l'héroïne.
« Rêver » de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90€.

mercredi 17 août 2016

BD : DES NAZIS POUR RASER NEW YORK

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A la croisée de l'uchronie et du récit historique, le quatrième tome de la série « Dent d'ours » fait de nouveau planer la menace nucléaire sur New York. Hitler vient de se suicider, Russes et Américains s'enfoncent dans l'Allemagne, mais des fanatiques veulent continuer le combat. Pour l'honneur. Ils veulent lancer un engin de mort sur la principale ville des USA et il leur faut une pilote d'exception.
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Ce sera Hanna, la jeune héroïne de l'histoire écrite par Yann et dessinée par Henriet. Elle a perdu son ami Max, et Werner, le troisième larron de la bande, passé du côté des alliés, a pour mission de l'abattre. Mais l'amour... Une superbe série entre romantisme gothique et invention aéronautique. Un feuilleton palpitant plein de rebondissements. Vivement la suite.
« Dent d'ours » (tome 4), Dupuis, 14,50 €.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Tintin, héros éternel (3/3)


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 Si Tintin est parvenu à conquérir la planète, donnant ainsi l'occasion au général de Gaulle de prononcer cette sentence savoureuse "Mon seul rival international, c'est Tintin", le succès des albums n'explique pas tout. Hergé, à l'image d'un Walt Disney, comprend rapidement que cette notoriété représente une seconde mine d'or. Il verrouille l'image du jeune reporter et embauche d'excellents dessinateurs pour réaliser publicités et autres produits dérivés.
Une exclusivité prolongée par la société Moulinsart, toujours vigilante (et parfois très procédurière selon ses nombreux détracteurs) quant à l'utilisation de la fameuse ligne claire popularisée par le dessinateur belge. Ensuite, partout où la BD n'est pas élevée au rang d'art populaire, on trouve des adaptations : dessins animés originaux comme "Le lac aux requins" ou films plus ou moins réussis (Les oranges bleues et la Toison d'or dans les années 60). Le succès vient surtout de l'adaptation fidèle des albums en dessins animés pour la télévision. Une série toujours au programme cet été chaque vendredi soir sur 6ter, chaîne de la TNT.
Enfin arrive Steven Spielberg en 2011. Il met des années à réaliser "Le secret de la Licorne". Succès public mais critiques négatives. Depuis, calme plat. Peter Jackson, producteur du premier film, pourrait réaliser le second qui serait tiré de "L'affaire Tournesol"... ou du "Temple du Soleil". Mais, délais de fabrication obligent, la sortie en salles n'aura pas lieu avant 2020. Quatre ans, dérisoire pour une saga lancée en 1929 ! 

mardi 16 août 2016

BD : UN CANCRE PLEIN DE RESSOURCES


Petit rappel pour les adultes qui ont oublié ce temps béni des dieux : depuis début juillet ce sont les vacances scolaires ! De loin la période préférée de l'élève Ducobu. Il peut officiellement faire ce qu'il aime le plus : dormir ou lire des BD toute la journée. Mélangeant gags d'une planche et histoires plus longues de quelques pages, ce recueil titré « Système D » permet à Zidrou de revenir sur quelques unes de ses marottes comme la dictée savante, les clichés sur le métier d'enseignant ou la hantise des cahiers de vacances. On apprécie particulièrement les trouvailles sur les piscines. Par contre Léonie Gratin, vit très mal ces deux mois qui lui offrent moins d'occasions de martyriser son cancre préféré dessiné par Godi.
« L'élève Ducobu » (tome 22), Le Lombard, 10,60€

DE CHOSES ET D'AUTRES : Tintin, héros éternel (2/3)

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Tout le monde a déjà lu une fois dans sa vie un album des aventures de Tintin et Milou. Privilège des héros universels, le jeune reporter à la houppette, imaginé par Hergé, est entré dans tous les foyers français. Pourtant il n'a pas vécu tant d'aventures, comparé à d'autres personnages, mais chaque album, en développant des univers spécifiques, est entré dans la légende comme une représentation définitive et parfaite du milieu décrits. J'avoue que personnellement, pendant longtemps, le monde extérieur n'existait que grâce aux dessins d'Hergé. La Chine ? Je ne connaissais rien de Mao ni de la révolution culturelle mais j'étais incollable sur la guerre avec le Japon et le massacre des civils chinois. L'Amazonie ? Raoni n'était pas sorti de sa forêt que j'en connaissais le moindre recoin en m'y baladant avec Tintin dans « L'Oreille cassée », « Le temple du Soleil » ou « Les Picaros ». Et si on me demandait de citer un dictateur sud-américain, le général Alcazar a longtemps été ma seule réponse. Jamais mis les pieds dans une casbah ou un désert au Maghreb, mais je sais exactement à quoi ils ressemblent grâce aux grandes cases du « Crabe aux pinces d'or ». On peut continuer ainsi presque à l'infini, de la Lune aux montagnes de l'Himalaya en passant par les pirates de la Mer Rouge, tant l'univers de Tintin est riche et diversifié.
Un monde, notre monde, imaginaire mais bien réel, présenté avec des pièces exceptionnelles à l'espace Henry-de-Monfreid de Port-Leucate jusqu'au 10 septembre.

lundi 15 août 2016

BD : De l'or chez de drôles de trolls

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Les trolls aiment leur tranquillité. Les héros d'Arleston et Mourier, un peu à l'image des Gaulois d'Astérix, n'apprécient pas que des inconnus s'approchent trop de leurs maisons. Sauf s'ils sont dodus et tendres sous la dent, bien évidemment. Dans ce 21e épisode de leurs aventures, ce sont des chercheurs d'or qui, grâce à un quiproquo, obtiennent le protection des amis de Waha.
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Immédiatement une ruée sur l'or se déclenche dans les environs et une partie des trolls devra trouver refuge au plus profond des marais pour éviter les sorts des sœurs Shanelle et Erwicque. Le salut viendra d'un dragon, transformé en drone lanceur d'engins par Waha, toujours très imaginative. Un album divertissant, avec quelques gags très osés (la maison de Profy) et des dessins un peu plus réalistes de Mourier quand le dragon fait son entrée en scène.
« Trolls de Troy » (tome 21), Soleil, 14,50 €


DE CHOSES ET D'AUTRES : Tintin, héros éternel (1/3)


N'en déplaise aux petits bonshommes bleus qui font la pluie et le beau temps dans le cahier vacances de L'Indépendant, cet été 2016 consacre aussi Tintin. Si les Schtroumpfs ont envahi l'abbaye de Caunes-Minervois dans l'Aude, ils doivent compter avec la concurrence de Tintin et Milou, exposés à l'espace Henry-de-Monfreid de Port-Leucate.
Tintin doublement à l'honneur puisque Paris Match vient de publier un hors-série consacré aux 70 ans du fameux journal destiné "aux jeunes de 7 à 77 ans". A côté des albums publiés chez Casterman, Tintin a longtemps eu son propre hebdomadaire. Fidèle au rendez-vous de 1946 à 1988, il a publié les dernières œuvres de Hergé jusqu'à "Tintin et les Picaros". Mais le journal de Tintin, en concurrence frontale avec Spirou qui, lui, paraît toujours, a également été un vivier formidable pour la bande dessinée franco-belge. Des incontournables comme Alix ou Blake et Mortimer en passant par des héros plus populaires ou récents comme Ric Hochet, Michel Vaillant ou Thorgal.
Ce superbe magazine de 116 pages, richement illustré, est en vente à 6,90 euros chez tous les marchands de journaux jusqu'en septembre. Un complément idéal pour donner l'envie de se replonger dans sa vieille collection ou relire ces albums devenus des classiques.

dimanche 14 août 2016

Livre : Fais-moi danser, beau gosse


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Envie de dépaysement total ? Ouvrez vite « Fais-loi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux. En quelques pages vous allez vous retrouver plongé dans la Louisiane, dans ces petites villes proches de bayous où la misère n'existe plus grâce à la musique et à la danse. Paul, mécanicien et beau gosse, a quelques difficultés avec sa jolie femme, Colette. Il a une forte propension à se battre. Colette, elle, ne l'aime que quand il danse avec elle. Mais elles sont nombreuses à vouloir s'abandonner dans les bras de Paul. Sur plus de 400 pages on découvre la vie, pas toujours facile, de ces deux qui s'aiment et se haïssent autant.
« Fais-moi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux, Seuil, 22,50 euros


samedi 13 août 2016

Livre : Je suis de celles qui restent

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Sans être à proprement parlé un roman de terroir, le nouveau livre de Bernadette Pécassou est quand même une ode au retour aux racines. L'héroïne commence très mal. Elle vient de perdre son mari; l'homme de sa vie. Il se croyait invincible, son cœur a lâché. Alice tente de surmonter ce deuil. Seule. Son fils travaille aux USA et sa fille est une executive woman qui n'a plus de temps à consacrer à ses proches. C'est un petit détail du quotidien qui va permettre à la veuve de penser à autre chose. Elle reçoit un colis commandé par son mari. Dedans un vieux briquet. Elle se lance sur les traces de cet objet de luxe, de son histoire et des secrets de ce mari qu'elle ne connaissait visiblement pas tant que cela. Le roman dresse le portrait d'une femme totalement dépendante au début, qui peu à peu reprend sa liberté. Pour donner un côté plus actuel à l'ensemble (qui parle beaucoup du passé), la romancière accorde une belle place à la fille d'Alice. Jeune femme à qui tout réussit professionnellement, elle se pose des questions sur son incapacité à aimer. « Juliette n'avait pas eu le temps de connaître le grand amour, celui qui emporte dans un coup de foudre, auquel on ne peut résister. Aujourd'hui, il lui aurait fallu une bonne dose de naïveté pour que cela lui arrive. Et elle était convaincue de ne plus en avoir un gramme à disposition. » Juliette, l'atout cœur du roman, qui finalement parviendra a découvrir la perle rare et permettra à Bernadette Pécassou de terminer son livre sur une note positive.
« Je suis de celles qui restent » de Bernadette Pécassou, Flammarion, 21 euros